‹ Lettres physiologiquesChapitre 17 sur 103 · LE SANG, LA LYMPHE, LE CHYLE · texte numérisé non relu

LE SANG, LA LYMPHE, LE CHYLE

homiiKi qui en pèse 65. Comme un adulte est suffisamment nourri avec 5 kilogrammes de nourriture contenant 2,600 grammes d'eau, la plus grande quantité du liquide déversé dans le sang doit être livrée par la lymphe qui revient des tissus, et une très-faible fraction seulement doit provenir de la nourriture ; ce fait peut guider dans l'étude de la nutrition des tissus en général.

Si l'on se souvient que la lymphe et le chyle se déversent tout près du cœur dans la veine sous-clavière gauche, et n'ont à traverser que le cœur droit et les poumons pour arriver au sang artériel, on peut prévoir le rôle probable de certaines parties du chyle et de la lymphe. L'eau superflue s'évapore en partie dans les poumons et est, d'autre part, extraite par les reins. Les corpuscules de la lymphe ne se changent en globules sanguins dans le sang même qu'en très-faible proportion; la plus grande partie d'entre eux est immédiatement employée à la reconstitution des tissus du corps. Les reins, organes sécréteurs des substances salines, éloignent les sels superflus; la fibrine et l'albumine demeurent dans le plasma où elles réparent les pertes subies par la nutrition des diverses parties du corps. La graisse est en majeure partie dissoute dans le plasma, qui la dépose en des endroits déterminés.

La formation du chyle dépend tellement du genre de nourriture, qu'on peut dire, avec certitude, que le chyle de doux animaux d'espèces différentes, nourris de la même manière, offre de plus grandes analogies que le chyle d'èlres de même espèce, nourris différemment. Cela prouve d'une manière certaine que les vaisseaux chylifères de l'intestin n'opèrent pas de Irjage dans les substances qui leur sont présentées, mais qu'ils absorbent tout ce qu'ils peuvent absorber. Si ces vaisseaux pouvaient faire un choix, la qualité du chyle serait indépendante de celle de la nourriture; elle dépendrait plutôt des espèces, ce qui est contraire aux données de l'expérience. De cette étroite connexion du chyle avec le sang et son mode de préparation, il résulte pour le sang une dépendance complète du genre de nourriture. La

santé du corps entier exige donc d'une manière pressante que l'absorption de la nourriture satisfasse aux besoins de la masse sanguine. Nous nous efforcerons de prouver dans une lettre subséquente que ce sont, en première ligne, les vaisseaux chylileres qui renouvellent constamment et pour la plus grande partie le plasma du sang, et que, par conséquent, c'est d'eux que dépend en grande partie la nutrition. L'absorption si forte qui se fait dans les vaisseaux sanguins de l'intestin, ne livre néanmoins à la circulation que les parties accidentelles du plasma, bien plus que les parties essentielles.

La machine organique a besoin d'un entretien continuel, d'une addition incessante de substances nécessaires pour In reconi-truction des parties et des tissus décomposés par l'échange de matériaux.

En vue de cette absorption de substances, la nature a créé dans le corps animal un tube construit d'une façon particulière. Ce tube a deux orifices dans les animaux supérieurs. L'un de ces orifices est destiné à recevoir la substance nécessaire à la nutrition; le second, au contraire, situé à l'autre extrémité, donne issue au superflu qui n'a pas été absorbé. Ce tube se nomme le ca7ial inteslinal. Sa forme tant extérieure qu'intérieure varie presque à l'infini ; elle dépend du genre de la nourriture et aussi de la nature particulière de l'espèce. En général, les carnassiers possèdent un tube intestinal plus court, offrant moins de circonvolutions. 11 n'y a chez eux qu'un seul réceptacle plus grand, r^s/orrî«c. Les animaux qui se nourrissent.de plantes ont un canal intestinal très-long et offrant un grand nombre de circonvolutions, et non-seulement l'estomac y est souvent multiple, mais encore y trouve-t-on quelquefois, sur d'autres points, des culs-de-sac, des cœcums, dans lesfjuels les substances soumises

5i IKTTRK TROISIÈME

à la digestion séjournent quelque temps. Quant à la conformation

intérieure du tube intestinal, elle appartient à un tvpe uniforme, surtout dans les animaux supérieurs.

On peut y distinguer trois couclies : la couche séreuse ou péritonéale, la couche musculaire moyenne, et enfin la muqueuse interne qui est en contact immédiat avec le contenu du canal. La couche extérieure est formée d'une peau trèslisse, onctueuse et tendineuse, dont la surface brillante et toujours humide facilite le glissement (\e:> différentes parties du tube intestinal dans les divers mouvements qu'il exécute.

Cette couche est une continuation du péritoine. Elle entoure toute la cavité abdominale, s'attache à la partie interne des parois de cette cavité, au diaphragme et à la colonne vertébrale, et forme en recouvrant l'intestin, des duplica-

Fig. 15. — Coupe verticale du corps d'une femme pour montrer la position des viscères pector.iux et abdominaux. — a, le cœur; b, crosse de laorte; c, tronc commun de la carotide droite et de la sous-clavière; d, carotide gauche ; e, soiisclavièro gauche; f, artère pulmonaire; g, veine pulmonaire; //, plèvre; i, nert vague; A-, nerf du diaphragme; /. poumon gauche; m, n, o, diaphragme; p, lobe gauche du foie; g. ov'ûïce de l'œsopha-e dans l'estomac (cariiiai ;"7', estomac; -î. anses de l'inlestin grêle; t, iléum; u, partie descendante du srros intestin;

V. anse de cet intestin; w, utérus; x, vessie urinaire; y, rectum; ;:■, vagin; a, l'os pubis scié transversalement; ^, vertèbres lombaires; y, vertèbres dorsales; à diote, Ja moelle épinière dans le canal vertébral et là-dessus les apophyses épineuses des vertèlires avec les masses musculaires du dos; S. paroi pectorale antérieure; î, e. ri, paroi musculaire de l'abdomen.

turcs qui entourent ce dernier comme le rideau entoure la tringle qui le supporte; on l'appelle le mésentère.

Fig. 14. — Coupe verticale à travers les membranes de l'estomac. — A, couche muqueuse avec les glandes gastriques a, une couche musculaire lisse h et le tissu conjonctir c; Ji, la couche musculaire avec les fibres longitudinales â el les fibres transversales sectionnées e; C, la couche péritonéale.

Quoique maintenu ainsi dans tonte sa longueur, l'intestin conserve une grande liberté dans ses mouvements, parce que le mésentère formé des plis du péritoine mentionnés plus haut, se replie beaucoup sur lui-même. Les mouvements de l'intestin sont dus à la coucbe musculaire moyenne des parois mêmes du tube. Cette couche composée de fibres musculaires simples et entièrement indépendantes de la volonté, part de l'œsophage et de l'estomac pour se continuer jusqu'à la fin du canal intestinal; les fibres y sont disposées circulairement de manière à entourer complètement le tube intestinal. Leurs mouvements ondulatoires dirigés de baut en bas et non soumis à la volonté, constituent ce que les physiologistes ont coutume d'appeler les mouvements péristaltiques. On rencontre cependant dans quelques parties de l'intestin, l'estomac, par exemple, des fibres qui se croisant dans

plusieurs directions, ce qui donne aux mouvements de ces parties une plus grande diversité.

Si le sang contient un peu plus d'acide carbonique qu'à l'ordinaire, les mouvements des intestins deviennent plus rapides; la nicotine du tabac et les huiles empyreumatiques du cale ont aussi l'effet d'activer leurs contractions. Une grande quantité d'acide carbonique empêche, au contraire, ces mouvements. De là l'influence des eaux gazeuses prises en quantité convenable ; c'est encore la présence de ce même acide carbonique qui permet de digérer plus facilement certaines eaux minérales qui contiennent en outre d'autres substances, comme, par exemple, du fer.

Nous avons vu que les fonctions mécaniques de l'intestin, c'està-dire, l'ingestion, la marche et l'expulsion des matières nutritives constituent la fonction exclusive de la paroi musculaire de l'intestin. Quant à la fonction chimique, elle est essentiellement concentrée dans la muqueuse intérieure, qui sécrète certains sucs indispensables à la digestion. Elle absorbe en même temps tous les sucs qui doivent être extraits delà nourriture pour servir à la formation du sang et à celle du corps eu général. La constitution intime de cette muqueuse varie beaucoup dans les diverses parties de l'intestin. Dans l'estomac on ne rencontre, pour ainsi dire, que des tubes glandulaires cylindriques juxtaposés ; ce sont les glandes gastriques, qui sécrètent essentiellement le suc gastrique. Du côté de la couche musculaire, ces glandes se terminent en cul-de-sac. Outre la sécrétion de liquide, on observe encore dans ces glandes une élimination des cellules cylindriques qui en tapissent les parois. Ces produits forment par leur mélange un suc tenace et visqueux qui se combine peu à peu intimement avec les aliments. Déjà au pylore de l'estomac, à l'endroit où finit ce dernier et où commence le duodénum, la muqueuse prend un autre caractère ; dans l'estomac elle est veloutée, au pylore on commence à rencontrer de petits plis munis d'encoches. Ces plis s'élèvent de plus en plus, et atteignent enfin une forme cylindrique ; on les appelle alors les vïllosïtés de

l'intestin. La matière fondamentale de ces villosités est gélatineuse et blanchâtre ; elle est recouverte de cellules régulières et cylindriques qui sont pour elle ce que le gant est à la main ; on

Fi^. 1?. — Glande gastrique simple remplie de cellules; en haut se montrent les cellules cylindriques qui recouvrent la surface de l'estomac.

Fig. if). — Une villosilé intestinale schômatiquement représentée, a, revêtement de cellules cylindriques avec un bord plus clair; b, réseau capillaire; c, fibres musculaires pâles dans la masse londamentcle; â, commencement du vaisseau lymphatique.

peut facilement les enlever. Dans l'axe même de la villosité .se trouve toujours le commencement d'un vaisseau lymphatique, en général terminé en cul-de-sac. Des fibres musculaires trèsfines et peu colorées lentourent. On trouve dans la masse fondamentale, qui est claire et parsemée de noyaux, un système capillaire naissant d'une petite artère et se rassemblant à son tour en une seule veine. Les vaisseaux capillaires entourent le vaisseau lymphatique comme un réseau à mailles assez larges. La villosité dans son ensemble est donc comparable à un doigt recouvert d'un gant tricoté; l'os du doigt serait dans cette comparaison

représenté par le vaisseau lymphatique axile, la chair et la peau par la matière fondamentale de la villosité, et le doigt tricoté par le réseau capillaire. Les villosités n'ont aucune ouverture; les cellules cylindriques qui les entourent à Textérieur sont en effet étroitement serrées et collées les unes aux autres. Des corpuscules infiniment petits et des gouttelettes peuvent cependant traverser les cellules elles-mêmes. Outre les villosités qui disparaissent dans le gros intestin, on trouve encore dans l'intestin grêle une grande quantité de glandes diverses. Les unes sont munies d'un canal excrétoire dont les autres sont dépourvues ; quant à leur importance physiologique on n'a pu encore la déterminer complètement. Il v a des tubes simples assez semblables aux glandes gastriques de l'estomac, qu'on a nommées les glandes de Lieberkuhn. On y trouve aussi des glandes en grappe, munies d'un canal excrétoire ; ce sont les glandes de Brunner. Une dernière sorte de glandes ressemble à des capsules sans ouverture ; on les appelle les glandes ou plaques de Peyer,

De l'activité combinée de ces glandes résulte ce qu'on est convenu d'appeler le suc intestinal^ liquide à réaction alcaline, dont la composition chimique n'est pas exactement connue.

La digestion en elle-même, c'est-à-dire le changement que subit la nourriture dans le tube intestinal depuis la bouche jusqu'à la sortie du corps, est purement chimique. Cette transformation exécutée dans les mêmes circonstances, mais en dehors du corps vivant, donnerait exactement les mêmes résultats. Ils ne sont pas dus, ainsi qu'on l'a cru si longtemps, à des forces vitales particulières, dont l'analyse nous serait impossible. Le seul rôle de la vie de l'organisme en cette circonstance consiste à maintenir les matières digestibles à la température nécessaire, à fournir les sucs et les réactifs indispensables à la décomposition, à filtrer les matières dissoutes et enfin à fournir les forces . nécessaires à l'expulsion des substances non absorbées. L'action digestive elle-même n'est pas moins indépendante de l'influence immédiate de l'organisme que toute autre action chimique dans le corps. On a déjà souvent remarqué que les procédés employés

par le corps pour la digestion ressemblent à beaucoup d'égards à ceux auxquels ont recours les chimistes, lorsqu'ils veulent épuiser une substance contenant des matières solubles. D'abord, la substance que les dents divisent, qu'elles broient et qu'elles râpent se mêle à un suc très-aqueux et presque indifférent, la salive. Ainsi préparée à Faction que doivent exercer sur elle les divers liquides dissolvants, la substance entre dans un réceptacle plus vaste, Festomac, puis dans un tube plus long, comprenant l'intestin grêle et le gros intestin. C'est là qu'elle se mêle à divers sucs. Les différentes solutions obtenues par Faction de ces sucs sont extraites par la muqueuse qui remplit l'office de filtre, et reçues par les vaisseaux sanguins et lymphatiques ; ce qui reste enfin, étant inutile, est rejeté après l'opération.

La mastication et Fimbibition de la nourriture par le li(|uide de la bouche, lequel est composé du mucus buccal et du jtroduit des diverses glandes salivaires, n'a tout d'abord que Fintluence mécanique mentionnée plus haut, qui est de diviser les aliments et de les humecter. La salive ne contient de substances solides que dans une proportion excessivement minime; parmi elles pourtant, il y a un ferment très-actif qui change presque immédiatement l'amidon <'t le gluten en dextrine et en sucre. La force fermentatrice de la salive sur l'amidonne cesse même pas de s'exercer quand ce dernier vient à être mêlé au suc gastrique acide, et la décomposition elle-même est activée par l'oxygène de Fair qui se trouve jusqu'à une certaine quantité combiné avec la salive dans la mastication, et entraîné ainsi dans Festomac. Si donc la salive facilite d'un côte la déglutition de matières sèches, et permet p .r la liquéfaction des matières contenues dans la bouche la sensation du goût, elle commence d'un autre coté la digestion et le travail chimique à l'égard des substances amidonnées. La digestion de ces dernières est d'ailleurs beaucoup plus difficile que celle de la viande et des autres substances qui servent à la composition du sang, comme, par exemple la fibrine et Falbumine. La dextrine, qui est le produit de Faction de la salive sur l'amidon, a de son r-ùté une influence particulière sur

la digestion : elle Tactive. La présence de la dextrine dans l'estomac ou dans le sang, semble faire naître en très-grande quantité le suc gastrique, et surtout la partie acide de ce suc. On voit par là l'importance de la mastication complète et de l'imbibition des aliments par la salive pour la digestion en général, mais surtout pour celle des substances amylacées. C'est pourquoi nous voyons chez les carnassiers une mastication et une imbibition de salive moins parfaite. Leur salive même est aqueuse et beaucoup moins écumeuse. Les herbivores, au contraire, ont des molaires à couronne large, émoussées et capables de broyer entièrement. En effet, la mastication chez eux est complète ; déjà dans la bouche ils transforment leur nourriture en une sorte de pâte ; cette action est rendue possible par une salive écumeuse et contenant beaucoup d'air. Chez les ruminants cette pâte est même ramenée pour la seconde fois dans la bouche par des mouvements rétrogrades de l'estomac ; ils réduisent ainsi leur nourriture en plus petits morceaux encore, tout en la mêlant de nouveau à une (juantité encore plus grande de salive et d'oxygène.

La construction des parties postérieures de la bouche, du palais et du pharynx est éminemment calculée en vue d'une bonne direction à donner à la nourriture, qui, par la disposition de ces parties, ne peut se diriger ni vers le haut, où se trouvent les ouvertures nasales postérieures, ni en avant dans le larynx et la trachée. Le voile du palais qui est suspendu au fond de la bouche, forme, pour ainsi dire, un rideau que le bol alimentaire doit soulever pour arriver dans l'œsophage. La voûte palatine, qu'on peut voir en ouvrant la bouche, se resserre à l'entrée en rapprochant ses deux portions. Ainsi pressé de toute part, le bol alimentaire passe sous le voile du palais, qui Tempèche de remonter en haut dans les ouvertures nasales postérieures, glisse par-dessus l'épiglotte qui protège l'entrée de la trachée-artère, et arrive à l'entrée du pharynx, d'où les fibres musculaires par leurs contractions le poussent jusqu'à l'estOmac. Dans ce trajet l'ouverture de la glotte dans le larynx offre les plus grandes difficultés. C'est dans le pharynx, situé derrière le voile du palais.

LA DIGtSTION.

(jue s'ouvrent 1rs voies respiratoires et le canal alimentaire. C'est par le nez et avec la bouche fermée, que se fait une respiration

Fig. 17. — Coupe longitudinale de la lèle et de la partie supérieure du cou dans la la ligne médiane. — a. lèvres supérieures; a', cloison du nez; b, le pilais osseu.v séparant la cavité nasale de la cavité buccale; c, la langue; d, le palais mou qui pend comme un voile et sépare la cavité nasale de la cavité buccale postérieure derrière la langue; e. la luette; f, ouverture postérieure de la cavité najale dans le phaiynx; g. pharynx; h, épiglolte; i, g'otte; k, larynx; /, œsophage. Les autres lettres de la figure seront e.xpliquées plus tard.

régulière, normale et tranquille. L'air traverse les fosses nasales, les ouvertures nasales postérieures, pénètre de là dans le pharynx.

et, à travers la glotte, dans le larynx, dont la saillie est vulgairement appelé pomme d'Adam. Pour arriver aux poumons, il descend par la trachée-artère, que l'on rencontre immédiatement sous la peau. Quant à l'œsophage, il s'appuie à la colonne vertéhrale ; il s'ensuit que chaque bol alimentaire doit glisser pardessus la glotte pour arriver k l'œsophage et que chaque aspiration doit traverser en biais la voie respiratoire. Pendant la déglutition, l'épiglotte ferme la glotte en se rabattant sur elle; si cette occlusion était incomplète, le bol entrerait facilement dans la glotte qui est très-impressionnable, ou même encore dans le larynx. Cet accident peut amener une toux violente et quelquefois même la suffocation.

^.'io 18. — L'estomac eu relation avec le duodi-nuai et l'extrémité inférieure de l'œsophage, ouvert de telle soi te qu'on puisse voir la surl'ace interne. — 1, extrémité inférieure de l'œsophage présentant des plis longitudinaux; 2, ouverture de l'œ-sophage dans lestomac (cardia); 5, fond de l'estomac; 4, partie pylorique ; o, petite^'cQurbure supérieure; 6, grande courbure de lestomac; 7, entrée du pylore; 8, cavité de l'estomac; 9, pylore; 10, partie transversale; 11, partie descendante du duodénum; 12, conduit biliaire et pancréatique; 13, orifice de ces canaux excréteurs dans l'intestin; 14, extrémité inférieure du duodénum; 15, intestin grêle.

Chaque bouchée arrive ainsi sép rément dans l'estomac, qui est une poche simple munie de minces parois musculeuses. Une opinion accréditée presque partout, non-seulement dans le peuple, mais encore dans les classes instruites, veut que l'estomac

opère une iiouvellt' mastication et triture à son tour k's aliments. Cette opinion complètement erronée nous vient de Texamen de l'estomac des volailles, poulets et canards, que nous mangeons ; ces oiseaux ont, en effet, un estomac à parois musculaires épaisses qui est capable de triturer les graines. Chez l'homme cette activité musculaire est réduite à des dilatations et à des contractions sans importance, qui dirigent seulement les matières contenues dans l'estomac de haut en bas vers le pylore. Si ces matières n'entrent pas dans lintestin par cet orifice, elles suivent le bord supérieur de l'estomac et s'avancent jus(|ue vers l'orifice d'entrée ; ce qui fait que ces matières qu'on nomme « le chyme » décrivent un cercle le long des parois de l'estomac.

Les mouvements de l'estomac sont ordinairement si insensibles, que l'individu en bonne santé ne les penjoit même pas. Ils deviennent très-sensibles, au contraire, quand ils provoquent le vomissement. Cet acte est généralement précédé d'une grande dépression de toutes les forces vitales, de frissons, de pâleur et de tremblements convulsifs ; la respiration devient lente, le pouls faible, on arrive même souvent à un état voisin de la syncope. En même temps on sent distinctement les mouvements vermiculaires de l'estomac, surtout ceux de la région du pylore. Au moment même du vomissement, le pylore se contracte violemment et produit ainsi une pression assez forte contre le contenu de l'estomac. A ces symptômes vieiment s'ajouter la contraction croissante des muscles abdominaux et celle du diaphragme, puis enfin la dilatation par l'air, introduit dans l'estomac par chaque inspiration. L'effet des muscles abdominaux est si important, que leur seule contraction peut produire le vumissement chez des animaux auxquels on a enlevé l'estomac pour y substituer une vessie de porc pleine. Mais c'est aller trop loin que de prétendre que l'estomac reste complètement inactif pendant le vomissement ; car on peut prouver par des expériences en sens inverse que les contractions de l'estomac, et surtout celles du pylore, ont aussi une importance capitale. Chaque moteur, à lui seul, soit l'estomac, soit l'action réunie de tous les muscles ab-

dominaiix, peut provuquer le vomissement ; mais ordinairement

ils agissent ensemble

Après le vomissement les symptômes deviennent tout à l'ait analogues à ceux qu'on observe dans une aUaque de lièvre ; la chaleur revient aux extrémités, la peau rougit, devient moite et humide ; et les divers phénomènes ayant rapport au système nerveux disparaissent. Quelquefois il succède au vomissement une période très-désagréable el même douloureuse dans laquelle l'estomac, violemment contracté se dilate par lui même et aspire de Tair au moyen de l'œsophage. Peu à peu tout rentre dans l'état normal, à moins que la cause du vomissement ne se prolonge, comme dans le mal de mer.

Les mêmes causes se peuvent rencontrer aussi bien dans l'estomac lui-même que dans d'autres parties du corps. Il y a des maladies de Fe^tomac dans lesquelles on observe de constants vomissements; des irritations mécaniques comme, par exemple, des chocs dans le creux de l'estomac, des maladies ayant leur siège dans la partie de l'intestin qui avoisine cet organe, provoquent souvent ces contractions anormales. Une autre cause de vomissements est la contraction des muscles abdominaux qui a lieu souvent pendant une toux violente ou par suite d'une immersion subite dans Teau froide. Les irritations à la base de la langue, au palais et à l'épiglotte sont aussi inévitablement suivies de vomissements, ainsi que l'absorption de certains médicaments parmi lesquels nous mentionnerons en premier lieu l'émétique (le tartre stibié) et l'ipécacuanha. L'union intime qui existe entre l'estomac et le cerveau mérite aussi d'être examinée. Souvent les seuls symptômes du commencement do l'encéphalite chez un enfant sont de fréquents vomissements. De même les hémicé- ])halalgies, les migraines ne sont souvent que des résultats de l'état maladif de l'estomac. Un vomissement les fait ordinairement cesser. Des ébranlements dans le cerveau produits par un choc ou une chute font presque toujours vomir. Les vomitifs mentionnes plus haut n'ont pas une influence directe sur l'estomac, ils agissent plutôt par le système nerveux. Un peut, en in-

JL'ctaiit de rériiétique dans le sang, obtenir le mèiiie résultat qu'en l'introduisant dans l'estomac. C'est aussi à l'intluence du système nerveux que sont dus les nausées et les vomissements que provoquent, suivant la plus ou moins grande sensibilité des personnes qui y. sont sujettes, les impressions violentes et certaines images nauséabondes.

Le SMC gastrique est le seul élément qui, par son action, transforme les aliments en une pâte uniforme; c'est une liqueur légèrement acidulée et que les nombreuses glandes gastriques de la nmqueuse de l'estomac produisent en si grande quantité, qu'un bomme de trente ans, à ce qu'on assure, |)eut en sécréter jusquà quinze litres en vingt-quatre heures. Des expériences, déjà anciennes, ont clairement démontré cette influence du suc gastrique. On fit avaler à des poules, à des canards et à des chiens des petits tubes creux de fer-blanc ou de bois, à parois perforées, ce qui permettait au suc gastri(|ue d imbiber les matières contenues dans ces petits tubes, sans que ces aliments fussent en contact avec les parois de l'estomac. Quelque temps après, on retirait ces appareils au moyen de lils qu'on v avait attachés; grâce à cet artifice, on pouvait étudier l'influence de la digestion. On a trouvé que les tubes étaient vides; le suc i^astri(|ue, par sa seule influence, avait donc fait digérer et dissoudre les aliments.

Le suc gastrique est ordinairement acide. Chez l'individu à jeun, cette sécrétion est peu abondante, et les nmcosités que l'on trouve alors dans l'estomac i)résentent une réaction très-peu acide, neutre et même faiblement alcaline. Celte mucosité se compose surtout de débris d'anciennes cellules qui se détachent de la muqueuse interne de l'estomac. Dès que les nerfs ga>triques sont irrités, que cette irritation provienne du système nerveux (•(jiilral ou qu'elle soit seulement mécanique, comme par exemple l'attouchement de la muqueuse de l'estomac, on voit aussitôt les glandes gastriques sécréter le suc gastrique acide qu'elles contiennent. Ce suc apparaît d'abord en petites gouttelettes, puis en un blet contiiui qui s'échappe des ouvertures des glan-

des. L'acide libre, dont la sécrétion dans les glandes gastriques est démontrée, est l'acide chlorhydrique. Pour que le suc gastrique ait une intluence dissolvante sur des matières album inoïdes, la production d'une certaine quantité d'acide chlorliydrique Cbt nécessaire. L'absence de cet acide fait naître une fermentation putride. S'il y a trop d'acide, la digestion est retardée ; la pyrosis qui se produit ])ar suite de cette sécrétion trop abondante nous en fournit la preuve. Si l'on niéle à des aliments, et cela en dehors du corps, du suc gastrique, ils sont digérés de même, tandis que l'acide chlorhydrique étendu d'eau n'a à lui seul qu'une influence nulle ou très-faible qui n'est pas comparable à celle du suc gastrique.

Il est facile de se procurer un liquide qui ait, même eu dehors du corps et à une température convenable, exactement la même action digestive que le suc gastrique dans l'estomac. 11 suffît pour cela de rincer l'estomac d'un animal et de mêler au liquide glaireux ainsi obtenu une quantité convenable d'acide. Ce liquide digérera, dans le même temps et de la même manière que l'estomac, de la viande, ainsi que des lambeaux d'albumine et de fibrine, mais cette action n'aura lieu que si on maintient le liquide à une température correspondante à celle du corps. Les substances se. dilatent, se divisent, deviennent transparentes et se dissolvent enfin en formant un liquide trouble et uu peu pâteux. Ce dernier est tout à fait semblable au chyme. On a prouvé par de nombreuses expériences chimiques que le principe digestif de ce liquide, tout comme celui du suc gastrique, se trouve dans une substance organi(jue particulière dont la composition offre beaucoup d'analogie avec celle de l'albumine; c'est un ferment d'une espèce particulière. En présence d'un acide libre quelconque, mais surtout de l'acide chlorhydrique, il décompose immédiatement les principes élémentaires du sang. Cette substance digestive, appelée pepsine^ se rencontre dans la caillette du veau et a la propriété de coaguler immédiatement la caséine du lait. Chacun sait que le fait le ])lus remarquable dans celte coagulation est la petite quantité de pré-

sure nécessaire pour cailler une grande quantité de lait. La pepsine agit toujours en très-petite proportion, mais connue on n'a pu encore l'obtenir chimiquement pure, il est difficile de dire quelle est la quantité de cette substance qui produit le maximum de force digestive dans un liquide donné. Il semble que la pepsine soit une sorte de ferment dont la présence seule, lorsqu'elle est combinée avec un acide, suffit pour déterminer la dissolution des corps albumiiioides auxquels elle se trouve mêlée. C'est la même action que celle de la levure à l'égard du sucre et celle de la diastase à l'égard des substances amylacées. Quoiqu'on puisse déjà se procurer dans le commerce la pepsine nécessaire dans les cas de digestion inconq)lète, on n'a pu encore déterminer exactement sa composition chimique. Il faut donc se borner, dans les essais que l'on fait au moyen de cette pepsine, placée dans de petites fioles, à déterminer sa quantité par l'action plus ou moins grande qu'elle a sur les substances à digérer. Un a trouvé par l'expérience, cette règle générale, que la moindre quantité en plus ou en moins d'acide ou de pepsine relarde la digestion ou l'arrête même complètement : au contraire, une proportion exacte des deux facteurs développe le maximum d'énergie digeslive. Une certaine quantité d'eau est tout aus^^i nécessaire dans cette action ; le suc digestif artificiel perd complètement sa force dès qu'il est trop concentré et recommence à digérer aussitôt qu'il est étendu d'eau. C'est une preuve que la pepsine n'a d'influence que comme ferment et qu'elle ne se combine pas avec les corps albuminoïdes,

La transformation qui s'ojière dans ces corps albuminoïdes n'a pas de rapport avec leur cuinposition chimique, elle est au contrane d'une nature toute physique. Ces corps, une fois digérés, ont été appelés peptones. La cuisson ou l'influence d'acides peu énergiques ne peut plus les ramener à la coagulation. Au moyen de l'alcool absolu, ainsi que de certains sels métalliques, de l'acide tannique et des éléments de la bile, on [)eut même les précipiter dans une solution acide. Le suc gastrique n'agit pas seulement sur les corps albuminoïdes, mais

encore sur les substances collagènes, ou productrices de colle, c'est-à-dire les tendons, les os, les cartilages, etc. Ces substances se translornient alors en une colle, qui conserve à l'origine sa faculté de se transformer en gélatine, mais la perd dans la suite. Cette action de l'acide est maintenant utilisée dans la fabrication de la colle liquide.

On a pu voir ainsi que déjà, dans 1 estomac, les aliments sont mêlés à deux ferments qui, tout en ayant des effets différents, ne se nuisent pourtant pas dans leur influence particulière. Ces substances sont : d'abord la salive, dont l'action se porte sur l'amidon réchauffé et cuit ; en second lieu, le suc gastrique acidulé, qui transforme les corps albuminoïdes en peptones dissous et les substances collagènes en colle dissoute. PSous verrons que cette double influence, soit sur les corps albuminoïdes, soit sur les substances amylacées, se répète encore sur le chemin que les aliments parcourent dans l'intestin ; elle se fait d'après le procédé qu'emploie le chimiste qui veut extraire d'une substance les paities solubles ; pour cela, en effet, il prendra tantôt les acides, tantôt les alcalis.

Le résultat de la digestion est un liquide blanchâtre et homogène, le chijme, dont la réaction est acide, grâce à la présence du suc gastrique. Il est clair que ce liquide ne représente pas la nourriture entièrement dissoute ; c'est un mélange de substances dont les unes sont dissoutes, d'autres chimiquement transformées, d'autres entin seulement ramollies. On y rencontre en dissolution les sels inorganiques, et aussi les substances organiques qui, comme le sucre, par exemple, se dissolvent facilement en présence de l'eau ou d'un acide peu énergique. Les carbonates sont décomposés, les corps organiques ramenés à leurs éléments, qui sont des cellules, des fibres et des petits disques, à l'exception pourtant des fibres ligneuses et des parties cornées. Les plumes, les ongles, les cheveux, les glumes des graminées et les coques des fruits restent tels quels dans l'estomac. La graisse, sous l'influence de la haute température de l'estomac, qui est de trente-sept degrés et demi centigrades, se liquéfie en général ; on la retrouve en

gouttes nu milieu du chyme. La caséine du lait se caille d'abord dans l'estomac, mais se change bientôt en une gélatine sans structure définie. Le même effet s'observe sur les fibres musculaires, le cartilage, la fibrine coagulée, et même les os, en un mot, sur la plupart des substances animales. Quant aux substances amylacées, elles semblent éprouver des modifications chimiques. Leur propriété, de se changer endextrine et en sucre de raisin est d'autant plus grande qu'elles sont mêlées à plus de salive. La plupart des espèces de sucre entrent dans une fermentation acide ; la fibrine et Talbumine, une fois dissoutes dans l'esfomac, perdent en grande partie leur faculté de se coaguler, elles ont donc éprouvé aussi des modifications importantes.

Aussitôt que le chyme a dépassé le pylore et qu'il est entré dans l'intestin grêle, il rencontre sur sa route les sécrétions de deux glandes importantes : le pancréas et le foie. Le foie surtout a joué de tous temps un grand rôle dans les doctrines médicales, dans les idées physiologiques des médecins et même dans les préjugés populaires. Dans beaucoup des pnys d'Europe, on considère la bile comme cause de la moitié des maladies au moins. Beaucoup de ces préjugés sont immédiatement réfutables, d'autres ne le sont que sous certaines conditions; malheureusement on ne peut formuler aucune affirmation sur la plupart d'entre eux. Nous sommes forcé d'avouer que de toutes les iniluences diverses qui entrent en jeu dans l'acte de la digestion, celle de la bile est la moins connue. Ce n'est que dans ces derniers temps qu'on a (•xpliqué d'une manière satisfaisante la .structure du foie. Déjà, par la disposition de ses vaisseaux sanguins, le foie se distingue de toutes les autres glandes. L'artère qui le nourrit est sans proportion avec la grandeur de la glande, et ses grands réseaux à larges mailles nous montrent qu'évidemment le rôle de cette artère n'est pas considérable dans la sécrétion de la bile. H semble qu'elle sert plutôt à nuurrir le tissu même de la glande. Pour compenser ce développement si faible des artères hépatiques, tout le .sang veineux qui revient de l'intestin se dirige en un seul tronc vers le foie; les parties supérieure et inférieure de l'intestin

n'ayant pas de rapport avec la digestion et l'absorption, ne déversent pas leur sang dans ce tronc, appelé la veine porte. Ce tronc veineux se ramifie de nouveau dans le foie, et joue, à l'égard de cette glande, le même rôle que les artères dans les autres glandes sécrétantes.

Fig. 19. — Résofiii ca])illaire ilu loie inject/^ dr'|)iiis lis \(-iiios siis-li('));ili(|iiO;5.

La veine porte forme donc dans le foie des réseaux capillaires très-caractéristiques, d'où naissent peu à peu des veines hépatiques qui portent le sang dans la grande veine cave et de là dans l'oreillette droite du cœur. Les substances qui, après leur extraction par l'intestin, ont été reçues dans le sang, n'entrent donc pas immédiatement dans la circulation générale, elles traversent auparavant les capillaires de la veine porte.

Cette disposition singulière des vaisseaux sanguins n'est cependant pas la seule exception aux conditions ordinaires de la structure des glandes que l'on rencontre dans le foie. Toutes les autres glandes du corps ont au moins ceci de commun entre elles, qu'elles sont formées de canaux commençant en forme de cul-de-sac et dont la réunion finit par former le canal excréteur commun par lequel sont expulsés les produits de la sécrétion. Les canaux excréteurs des glandes ont un diamètre beaucoup plus grand que celui des capillaires et sont entourés

par les mailles de ces derniers. On peut se représenter les canaux excréteurs des glandes avec les vaisseaux qui les enveloppent comme une main dans un gant de soie. Les doigts représenteraient les canaux glandulaires ; le tissu de la soie, les réseaux sanguins. La conformation des canaux biliaires du foie est toute différente. Ils finissent par une sorte de réseau dont les canaux sont tout aussi fins que ceux des capillaires, mais qui ont aussi des mailles beaucoup plus lâches, ce qui permet de les distinguer facilement des capillaires sanguins.

Tous les observateurs s'accordent sur ce point; les divergences portent sur d'autres points. En effet, la substance du foie est formée surtout do cellules plates, assez irrégulières, qui s'appliquent les unes contre les autres, en rangées ou en réseaux, et forment ainsi de petits amas séparés les uns des autres par une faible quantité de tissu conjonctif. Les cellules du foie présentent quelque- j-jo. 20 — Cellules du

fois jusqu'à deux novaux, une masse inté- ^'^''^ '^o^ées; n, a nu- ' . ciéus simple ; h, n mi-

neure terne et un peu jaunâtre dans la- cién^ double.

quelle il y a encore de petites gouttelettes

de graisse et de tous petits grains de biliverdine et d'amidon-

Ces petits lobules, formés par une certaine disposition des cellules, montrent au centre une veine d'où rayonne, en s'amincissant toujours vers la périphérie du lobule, un réseau conjonctif composé de petits trabécules.

Les conduits de la bile forment, en outre, un réseau très-tin autour de ces lobules; de ce réseau partent de tout petits tubes aboutissant au lobule même.

Les canalicules entourent-ils les cellules hépatiques comme le ferait un tissu capillaire? Leurs membranes passeraient elles dans le tissu conjonctif ; les cellules seraient-elles, pour ainsi dire, placées au milieu même de renflements formés par les capillaires de la bile? Les cellules hépatiques remplissent-elles complètement cet espace, ce qui ferait qu'il n'y aurait échange

de matière que de cellule à cellule, ou bien y a-t-il assez d'espace pour permettre à la bile de circuler entre ces cellules ?

Toutes ces questions ne sont pas encore définitivement résolues. La seule chose qui soit certaine, c'est que ce sont les cellules hépatiques qui forment la bile, et que la bile est enfin déversée par les canaux biliaires dans sa vésicule et de là par le canal dit cholédoque dans l'intestin.

Fiiï. 'il. — Arrangement des cellules dn foie dans un lobule coupé transversalement, avec la coupe de la veine hépatique au milieu.

La bile elle-même est un liquide clair, amer, d'un jaune verdàtre, qui déjà, dans la vésicule biliaire, possède une réaction alcaline par suite d'un commencement de décomposition qui s'opère très-facilement et a suscité de grandes discussions entre les chimistes. On en est enfin arrivé à s'assurer que la bile est une dissolution de sels de soude alcalins, qui sont produits par deux acides particuliers ayant dans leur composition cette analogie avec les acides gras, qu'ils sont très-riches en carbone. Ces deux acides contiennent, en outre, une petite quantité d'azote. L'un, l'acide taurocholique, contient un peu de soufre, et l'autre, l'acide glycocholique, n'en contient pas. Leur analogie avec les acides gras est d'autant plus manifeste encore qu'ils sont tous deux des combinaisons doubles d'un acide non azoté, l'acide

choliqiie, avec la taurine d'un côté et avec la glycine de lautrc. Ils apparaissent dans la bile combinés avec la soude pour former des savons. En outre, il y a encore dans la bile deux graisses neutres, Télaïne et la margarine, une substance particulière semblable à la cire appelée la cbolestérine, et enfin une substance colorante, très-facilement décomposable. qui passe pail'oxydation en deux autres substances colorantes, une verte et une brune. Ces deux dernières sont peu à peu transformées en résine dans l'intestin, et donnent aux excréments leur couleur plus ou moins foncée. 11 résulte de cette composition que la bile est, dans son ensemble, une sécrétion très-carbonée; elle est donc l'opposé de l'urine dans les substances organiques de laquelle l'azote joue le plus grand rôle. La bile d'un décapité de quarante-neuf ans contenait sur mille parties 827,7 d'eau. 177,5 de parties solides, parmi lesquelles 107,9 d'alcalis biliaires (savons), 47,5 de graisses non saponiliées et de cbolestérine ; 22,1 de substances colorantes et de mucosités, et 1(1,8 de sels inorganiques.

Des expériences faites sur des cliiens ont prouvé qu un bomme adulte, pesant 150 livres, prépare dans son foie et fait passer dans le duodénum un litre et demi de bile environ en vingtquatre heures. Ce calcul cependant paraît fort sujet à caution, car la quantité de bile sécrétée dépend de la nourriture ainsi que de la digestion des corps albuminoïdes. Le liquide même de la bile varie beaucoup. Des expériences comparatives sur l'alimentation et les excréments nous ont en outre prouvé qu'un huitième au plus des parties solubles de la bile est expulsé avec les excréments, et que les sept huitièmes restants sont absorbés de nouveau par l'intestin. 11 ne faut donc pas regarder la bile comme une simple excrétion de l'économie ; il est même préférable de la ranger dans les liquides servant aux transformations intérieures et à la métamorphose des substances du corps. Ces substances rentrent dans le sang après avoir terminé leur œuvre dans l'intestin.

Quels services In bile nous rend-elle? C'est là une question

74 LETTRK TROrSlÈME.

difficile à résoudre; malgré toutes les recherches qu'on a pu faire, on n'a obtenu que petit à petit des données positives à cet égard. L'importance des fonctions du foie nous est déjà démontrée par son apparence extérieure et par les maladies qui laffectent. En outre, la présence de cet organe a été constatée chez presque tous les animaux, elle atteint parfois chez eux un volume assez considérable. Une destruction maladive du foie amène presque inévitablement la mort, et des essais faits sur des animaux nous prouvent que la déviation de la bile hors du corps peut porter atteinte à la vie. On a tenté à ce sujet de nombreuses expériences. On a fermé et même tranché le canal biliaire d'un chien, de sorte que la bile n'entrait plus dans l'intestin. Pour ne pas empêcher la sécrétion même de la bile, on a ouvert la vésicule biliaire en faisant correspondre cette ouverture avoc la paroi du ventre. De cette manière la fonction du foie lui-même n'était nullement entravée. La bile se sécrétait après comme avant, mais elle était conduite au dehors par une fistule artificielle au lieu d'être versée directement dans l'intestin. Tous les animaux opérés ainsi, s'ils ne succombaient pas à l'opération, montraient une grande voracité; s'ils vivaient encore quelque temps, ils devenaient excessivement maigres; la graisse surtout disparaissait chez eux. Chez quelques rares individus dont la faculté digestive de l'estomac était assez puissante pour résister à la grande quantité de nourriture avalée, l'équilibre se rétablissait malgré la perte delà bile ; mais la plupart des animaux périssaient d'inanition. Chez tous les individus opérés, on a remarqué une odeur très-forte des excréments, même de l'air qu'ils expiraient, preuve suffisante de rinfluence antiseptique de la bile sur le contenu de l'intestin. Quand même la digestion stomacale n'avait pas été troublée, il est évident que l'absence de la bile avait pour effet d'amener la putréfaction des substances azotées qui se trouvaient dans l'intestin et de provoquer, en outre, une fermentation trop acide des substances végétales. C'était là une gran/le source de maladies.

Une seconde action importante de la bile est de permettre

Tabsorption de la trraisse et son passage dans les vaisseaux lymphatiques.

Une loi constante dans la théorie de la pénétrabilité des membranes animales par des liquides, affirme qu'il n'y a que des liquides capables de se mélanger entre eux et avec le liquide humectant la membrane, qui puissent traverser celle-ci. L'huile et la graisse, par exemple, ne traversent pas une membrane humectée d'eau, eivice versa. Or, les membranes et lesvillosités de l'intestin, les parois des vaisseaux absorbants, le chyme, enfin toutes les substances animales qui entrent en jeu dans la digestion et l'absorption, sont humectées de liquides aqueux. Il serait donc physiquement impossible que ces membranes puissent permettre à la graisse de les traverser et d'entrer dans le chyle. Cette absorption est i*endue possible par l'action chimique suivante : Les savons sont des combinaisons graisseuses solubles dans l'eau ; ce sont des sels d'acides gras combinés avec des bases alcalines. Il est vrai que la bile possède la faculté de produire des savons solubles en se combinant avec des acides gras. Mais comme en général on ne mange que des graisses neutres, cette propriété de la bile ne peut se mettre en jeu que lorsqu'il se forme des acides gras dans l'intestin même. Or, cette formation n'est possible qu'à la condition d'être très-lente. Comme il faut pour cela l'action des alcalis contenus dans la bile, il n'y aura qu'une petite partie de la graisse ingérée qui se changera en acide gras. La bile, le suc pancréatique et le suc intestinal servent alors à faire passer dans le sang la graisse restée neutre, leur action n'est que mécanique. Tous ceux qui peignent à l'encre de Chine ou à l'aquarelle savent qu'il suffit d un peu de bile (les peintres se servent ordinairement de bile de brochet) pour donner à la couleur la faculté de s'étendre d'une façon uniforme sur du papier gras. La graisse, à l'état liquide, s'élève dans des tubes cafûUaires imprégnés de bile, et non dans des tubes humectés d'eau. La bile est par conséquent l'intermédiaire permettant le mélange des liquides gras avec les liquides aqueux. Elle rend possible aussi le contact des villosités de l'in-

testin avec les graisses que renferme ce dernier, et enfin le passage de celte graisse à travers la substance de ces villosités, qui est pourtant imbibée d'eau. Par ce moyen, la graisse arrive jusqu'aux canaux chylifères. Les savants ne sont pas complètement d'accord au sujet de quelques faits que l'on observe dans ce passage de la graisse à travers les villosités. Les uns ont pensé que les cellules des villosités ne sont fermées que par un tampon glaireux, d'autres ont admis la présence d'une cuticule poreuse, servant à fermer la villosité. On est cependant d'accord sur ce point que des particules infiniment petites de graisse neuire peuvent pénétrer à travers les cellules des villosités jusqu'au canal axile. rson-seulement la bile, qui joue évidemment le rôle principal dans cet acte, mais encore le s^ic pancréatique, le suc intestinal et la mucosité de l'intestin tendent à diviser en particules la graisse introduite dans l'intestin. Ces globules ou gouttelettes graisseuses, infiniment petites, entrent alors dans les cellules des villosités, les remplissent, les traversent ainsi que la masse spongieuse de la villosité, pour arriver enfin dans le canal axile qui les dirige dans les vaisseaux cbylifères. On peut examiner cette action dans son entier sur des animaux tués quelques heures après qu'ils ont absorbé de la graisse. On a pu aussi l'étudier chez des hommes morts de mort violente et qui avaient mangé, peu de temps auparavant, des aliments contenant de la graisse. Comme le suc pancréatique et le suc intestinal ont aussi leur rôle dans cet acte de sélection, il ne faut pas s'étonner que même après la cessation de l'influence du foie et l'éloignement complet de la bile hors de l'intestin, une quantité très-rninime de graisse puisse pénétrer dans les villosités et de là dans les vaisseaux chylifères. Il ne faut point oublier non plus un autre agent qui joue son rôle dans l'absorption en général et dans celle de la graisse en particulier. L irritation produite par la bile fait contracter violemment toutes les fibres musculaires non soumises à la volonté. Au contact de la bile, les villosités se contractent énergiquement, grâce à la présence de ces fibres musculaires. De cette façon la graisse qu'elles contiennent arrive dans les vais-

seaux cliyl itères et peut continuer sa route. En même temps, la villosité peut absorber de nouvelles gouttelettes de graisse.

Rappelons encore ici rpielques faits sur lesquels nous reviendrons peut-être plus tard. La structure même du foie, comme nous l'avons expliqué plus liant, prouve qu'il y a un échange considérable entre le sang et la bile une fois 'sécrétée. La disposition de la circulation qui fait filtrer tout le sang venant de rintestin à travers le foie, avant de lui permettre de circuler dans le corps, prouve que la bile est chargée dune fonction particulière par rapport au sang.

Toutes ces opinions se confirment complètement par vni examen approfondi. Dans le foie, il se passe des transformations chimiques très-importantes et que nous ne connaissons qu'en partie.

Il est hors de doute que la plupart des substances qui forment la bile prennent naissance dans le foie même ; elles ne seraient donc pas simplement extraites du sang, comme cela a lieu d;ms d'autres glandes. Des grenouilles auxquelles on a ôté le foie peuvent vivre des semaines entières. Si les substances qui composent la bile se trouvaient formées dans le sang, on devrait les retrouver dans le corps, après cette opération. Mais il n'en est pas ainsi. Cela nous prouve que les éléments de la bile sont formés dans le foie même au moyen du sang. Les grains d'amidon ({ui se trouvent dans les cellules du foie, combinés à un ferment appelé ghjcocjène, doiment aussi naissance, même dans un foie sain, cà une certaine (piantité de sucre de raisin. Le glycogène manque tout à fait dans le foie, si le sucre y fait aussi défaut. 11 est hors de doute, et l'expérience l'a prouvé, que ce sucre du foie n'est ])as amené par la veine porte, ou par un autre organe, mais qu'il se forme d'une façon indépendante dans le foie luimême. Du foie il passe dans les veines hépatiques et arrive aux poumons à travers le cœur. Il disparaît en grande partie dans l'acte de la respiration. H est intéressant de savoir que ce même sucre qui ordinairement ne se trouve que dans le foie, se rencontre dans le sang et dans l'urine dans certaines maladies. Un

78 LtTTKE TKOISlEMt;.

coiinait depuis longtemps chez l'homme une maladie particulière appelée le diabète sucré (ilïahetes mellitus), dans laquelle l'urine, dont la production est alors abondante, contient une quantité appréciable de sucre. On peut produire la même maladie chez les animaux en blessant la moelle épinière dans sa partie supélieure, ou la moelle allongée au sinus rhomboïdal. Trois ou (|uatre heures après cette opération, le sucre se montre dans l'urine et disparaît aussitôt qu'on empêche l'arrivée de la bile dans le sang ou dans l'intestin au moyen d'une ligature des vaisseaux et du canal biliaire. Ces divers changements ont probablement pour cause une dilatation passagère ou durable des vaisseaux du t'oie. Cette dilatation, conséquence de la blessure laite aux nerls, amène le passage rapide du sucre dans le sang. On ne s'expliquait pas autrefois l'origine de cette maladie ; la rapidité de tous ces actes nous est démontrée aussi par beaucoup d'autres maladies; la jaunisse, par exemple, se présente souvent après une colère violente; elle provient du passage de la biliverdine dans le sang. La colère semble en effet avoir, sur le système nerveux central, une influence analogue à celle d'une blessure pratiquée au sinus rhomboïdal.

Les échanges de substance sont très-actifs dans le l'oie, nous en avons encore d'autres preuves. Nous connaissons toute une série de poisons végétaux ou animaux dont l'influence mortelle ne peut avoir lieu que par leur entrée dans le sang. Le curare, ce célèbre poison dont les Indiens enduisent leurs flèches, et le venin des serpents \ sont les plus connus sous ce rapport. On savait depuis longtemps que le poison de la vipère par exemple, même introduit en grande quantité dans Testoniac, n'exerce par là aucune influence sur l'organisme. La morsure du serpent, au

* Ou cruil encore daus Lieu des pays que le serpent pique, car il est éciit ; u 11 écrasera la tète du serpent, mais le serpent le piquera au talon. » Nous avons, en Europe, quelques espèces de serpents venimeux, des vipères, qui, comme tous leurs congénères, possèdent une glande à venin de chaque côté du crâne et des crocs cauiiliculés dans la mâchoire. Au moment où le serpent mord, le suc de ces glandes s'écoule dans la blessure en passant par les deux dents crochues et creuses, qui se dressent lorsque l'animal ouvre la bouche. Le serpent ne pique donc pas, il mord.

(joiitiaire, [nu laquelle il arrive une bien moins grande quantité de venin dans le sang, peut amener la mort. Cette propriété du venin nous donne en même temps le meilleur moyen pour guérir un individu mordu par un reptile venimeux, d'une façon peu dangereuse pour celui qui opère cette guérison. C'est la succion immédiate du venin qui se trouve dans la blessure, avant que ce Nenin ait pénétré dans le sang. 11 me souvient d'avoir lu, dans les ouvrages à l'usage de la jeunesse et dans certains journaux, le récit de plusieurs accidents analogues. On y qualifiait l'opération que nous venons de mentionner d'acte d'héroïsme surhumain et de dévouement extraordinaire. C'est pourtant l'acte de dévouement le moins dangereux que l'on puisse accomplir. LU homme blessé dans une partie de son corps (pii lui permette d'opérer lui-même la succion de la plaie, comme par exemple à la main ou à l'avant bras, peut se donner à lui-même le secours le plus eflicace, il peut même, et cela sans danger, avaler ce qu'il a sucé, pourvu qu'il n'ait aucune plaie ou gerçure aux lèvres ou à la langue. Les venins que nous venons d'énumérer, sont quant à leur quantité, dans le même rapport avec la masse du sang que la pepsine au lait ou la levure au sucre. Ce sont des ferments dont l'introduction dans le sang, même en très-petite quantité, provoque une décomposition mortelle de la masse sanguine tout entière. S'ils passentau contraire par l'estomac, ils arrivent dans le sang de la veine porte, de là dans le foie et dans les capillaires de cet organe. Là ils seront décomposés complètement, ce qui leur ùte toute intluence sur les centres vitaux et en particulier sur le système ner\eux. On peut facilement prouver que c'e^t justement grâce à leur passage dans le foie que ces venins sont détruits. Le foie est donc pour ainsi dire un gardien placé entre l'intestin et le système circulatoire. Lue solution de curare injectée dans les poumons produit le même effet que l'introduction immédiate de ce poison dans la masse sanguine. Cette dissolution est absorbée par les capillaires des poumons, et pénètre ainsi dans la grande circulation et jusqu'au centre nerveux, sans avoir uréalablenieut traversé le foie.

80 lETTRfc: THOISIÈME.

Des essais faits sur des grenouilles ont prouvé qu'après Tenlèvement du foie, les poumons séparent beaucoup moins d'aride carbonique de la masse san-iuine, que la quantité des globules blancs devient beaucoup plus grande par rapport aux globules rouges, ce qui prouve qu'il se passe do grands rbangements cbimiques dans le foie. Ces transformations favorisent la combustion et la régénération des éléments du sang.

Cessons cette digression pour examiner plus particulièrement les modifications des aliments que contient l'intestin. Nous avons dit plus baut qu'outre la bile, il y avait un second liquide arrivant dans le duodénum situé immédiatement au-dessous de l'estomac. Ce suc est le suc pancréatique, produit par la glande du pancréas ; c'est un liquide clair, gluant et transparent comme de l'eau. Il se coagule par la coction et sa fonction principale est de transformer l'amidon en dextrine ou en sucre, et les graisses neutres en acides gras. Il change en même temps les corps albuminoïdes en peptones, comme le ferait le suc gastrique. Il est certain que déjà dans le duodénum le sucre se change en acide lactique par l'influence combinée de la bile et du suc pancréatique. De cet acide lactique naît l'acide butyrique ; ainsi s'achève la transformation des substances amylacées en matières gi'asses. Le suc pancréatique a sur les graisses le même effet que la bile, il produit avec elles une sorte d'émulsion, et permet leur passage mécanique à travers les villosités de l'intestin dans la masse sanguine.

Après le parcours des substances nutritives à travers le duodénum, partie de l'intestin dans laquelle toutes les influences de la salive, du suc gastrique, de la bile et du suc pancréatique se trouvent concentrées, et où l'activité digestive est la plus grande, vient s'ajouter l'mfluence du suc IntestinaL Ce dernier est trèsalcalin, mais il n'est sécrété qu'en faible quantité. Comme il contient un ferment, son action principale est de dissoudre la fibrine, les réactions des autres sucs continuent. Comme le suc intestinal contient beaucoup de carbonate de soude, il détruit la réaction acide du chyme, qui était devenu peu à peu jaune ver-

dàtre sous l'intluence de la bile. De là vient que dans la partie inférieure de l'intestin on voit dominer la réaction basique. Les éléments du sang dissous par le suc gastrique, comme l'albumine, la fibrine et la caséine, ont disparu presque entièrement dans la partie inférieure de l'intestin et ont été absorbés. Les substances amylacées, transformées en grande partie en sucre, en acide lactique et en acide butyrique, ont été extraites sous forme de graisse. La graisse libre, à son tour, est entrée peu à peu dans la masse du chyle et du sang. Plus le chyme se rapproche du gros intestin, plus sa couleur devient brunâtre, grâce à la transformation de la biliverdine ; il prend alors cette odeur particulière aux excréments que l'on distinfiue facilement de l'odeur des matières putrides.

L'analyse des excréments prouve que leur masse principale est formée des parties non digérées des aliments, comme la corne, le bois, les parois cellulaires des plantes ; on y trouve encore des restes de bile et de mucosités intestinales. Il y a donc très-peu de matières solubles ; mais en revanche, dans les excréments desséchés, une assez forte proportion de sels. Si l'on abuse de nourriture animale, on y trouve toujours des fibres musculaires non complètement dissoutes, des morceaux de tendons et des tissus cellulaires graisseux. Dans une alimentation végétale, on retrouve telles quelles les formations cellulosiques et ligneuses ; elles sont cependant privées de leur contenu soluble. Si la nourriture est trop végétale, ce sont les granulations d'amidon qui se conservent le plus longtemps; ce qui fait que par exemple, si l'on mange des pommes de terre, on retrouve presque toujours de l'amidon dans les excréments.

Avant de quitter ce sujet nous devons encore dire quelques mots sur le rôle des gaz dans l'inteslin. Avec la salive qui est écumeuse, on avale de l'air, et l'oxygène joue un certain rôle dans les diverses transformations chimiques qui ont pour théâtre l'estomac et l'intestin. 11 y a en même temps un échange probable entre les gaz de l'intestin et ceux du sang. On pense qu'il y a imbibition d'oxygène et expulsion d'acide carbonique. Dans

82 LETTRE TUOIblEME.

rititestiii grêle et dans le gros intestin, viennent s'ajouter encore des gaz de fermentation qui diffèrent suivant le genre de nourriture. Si l'alimentation est surtout végétale, on trouvera de l'hydrogène, de l'hydrogène carboné, ainsi que de petites quantités d'acide sulfhydrique et phosphydrique. A cela vient s'ajouter l'odeur d'acides gras volatils.

Si nous considérons la digestion dans son ensemble et d'après ses résultats, nous trouverons que c'est une action chimique, qui se passe dans l'organisme et a pour but de lui assimiler, en les séparant des aliments, les substances nécessaires au corps. Celte assimilation se fait, soit par une simple absorption, soit par des transformations chimiques plus profondes. Quant à l'examen des matières nutritives, de leurs aptitudes physiologiques et de leurs rapports avec le corps humain, c'est là un sujet trop important pour que nous ne le traitions pas dans une lettre à part.

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