‹ Lettres physiologiquesChapitre 39 sur 103 · LETTRE XY · texte numérisé non relu

LETTRE XY

Si le inécanisme de IVeil est aussi clair pour la science que la structure même de cet organe, Vappareil auditif e^i au contraire aussi peu connu, quant à ses fonctions, qu'il est profondément caché dans le crâne. Xous savons bien que nous entendons avec les oreilles, mais on est loin d'avoir éclairci la question de savoir comment s'accomplit cet acte. L'acoustique est une branche de la science encore si incomplète et nos connaissances anatomiques sur l'oreille sont encore si obscures, que la plupart des efforts qu'on a faits pour expliquer cette fonction si importante sont venus se briser contre des difficultés insurmontables. La partie la plus importante de l'organe auditif est cachée dans des os solides. Cet organe est renfermé dans la base du crâne, ce qui empêche qu'on l'observe immédiatement pendant la vie. Nous pouvous étudier facilement les mouvements et les changements qui se passentdnns l'intérieur de l'œil, nous pouvons observer aussi la marche des ravons lumineux soit pendant la vie, soit sur un œil enlevé, nous pouvons nous servir facilement de nos intruments pour en analyser tous les détails. Il est, au contraire, presque impossible de se faire une idée sur les fonctions des diverses parties de l'oreille au moyen de la vivisection. Les opéra-

tions nécessaires pour ces observations ont une action si délétère sur d'autres parties avoisinantes délicates et sur la vie dans son ensemble, que jusqu'à présent au moins on n'a pu arriver à des résultats satisfaisants.

Fig. 50 — Les différentes parties de l'organe auditif. — Le pavillon externe conduit vers le canal auditif a, fermé au bout par le tympan circulaire, — La cavité tyn)panique est ouverte pour laisser voir les parties qui y sont cachées; la trompe d'EusIaclie b prolonge celte cavité vers l'arrière-liouclie, où elle s'ouvre dans le haut du pharynx. — Lf s osselets de la cavité tympanique sont dans leur position nalurcllc. — Sur l'enclume c est articulée la lélc du marteau cl, tandis que le manche du marteau est engagé dans la face interne du tympan, — L'étrier f repose avec sa base dans la fenêtre ovale, conduisant au vestibule, sur lequel s'élèvent les [rois canaux semi-circulaires. — La fenêtre ronde o conduit de la cavité tympanique au limaçon, derrière lequel se montrent les faisceaux du nerf acoustique n se rendant au labyrinthe. — Les proportions des parties internes sont considérablement exagérées, tandis que l'oreille externe et le méat auditif sont de grandeur naturelle.

V oreille externe forme un demi-entonnoir contourné et cartilagineux au centre du duquel se trouve l'oinfice d'un ttdje, le canal auditif, qui conduit transversalement à l'intérieur du crâne.

IXS AITRES SENS. ^0-

L'extrémité intérieure de ce canal est fermée complètement par une membrane élastique presque verticale et transversale, le tijwpan. On pourrait représenter grossièrement l'oreille externe, la conque auditive, le canal auditif et le tympan en prenant un entonnoir ordinaire que Ton fermerait à son extrémité inférieure avec un morceau de vessie. 11 est évident que toute l'oreille externe, pavillon et canal auditif, n'est qu'un appareil conducteur pour les ondes sonores. On a constaté que l'angle sous lequel la conque auditive est séparée du crâne a une assez grande influence sur l'audition. Des oreilles aplaties contre le crâne ne permettent pas d'entendre aussi bien que celles qui en sont écartées de 50 ou de 40 degrés. Si le conduit externe est obstrué par des corps étrangers, si le cérumen, sécrétion cireuse de la muqueuse du conduit, se trouve accumulé en trop grande quantité, ou s'il y a inflammation, la faculté d'audition est toujours affaiblie et peut même disparaître pour faire place a une complète surdité.

Le tympan, qui est légèrement convexe vers l'extérieur et concave vers l'intérieur, sépare le conduit auditif externe d'une seconde cavité, la cavité tympanique, qui présente dans son ensemble des conditions semblables à celles du conduit auditif externe : c'est un espace arrondi et creusé dans l'os qui s'ouvre par un tube assez long, la trompe d'Eustache, dans la partie supérieure du palais derrière les ouvertures natales. Si l'on introduit une sonde à courbure particulière dans une fosse nasale et si on la fait avancer jusqu'à ce qu'on arrive contre la voûte du palais, on atteint facilement, avec une certaine babitude, l'ouverture de la trompe d'Eustache, dont le canal étroit, en se portant obliquement vers le haut et vers Fextérieur, conduit dans la cavité tvmpanique. La cavité tympanique n'est donc pas une cavité fermée, elle est en rapport avec l'air extérieur au moyen du nez et de la bouche. Si une inflammation ou d'autres transformations maladives ont bouché les trompes d'Eustache, l'audition est sensiblement attaquée, elle devient plus faible et moins distincte. On ne sait cependant encore exactement quels sont les

rapports de ce canal avec les fonctions de roreille. Il semble cependant que les trompes d'Eustache soient essentiellement des appareils résonnateurs et que, d'un autre côté, elles servent à affaiblir les commotions de l'air contenu dans la cavité tympanique lorsque le tympan est fortement ébranlé. Quand on entend des sons un peu forts, le bruit d'un canon, par exemple, on ouvre involontairement la boucbe. Nous accomplissons évidemment cet acte pour établir une communication directe entre Tair enfermé dans la cavité tympanique et l'air extérieur et pour empècber ainsi un ébranlement trop violent du tympan. On peut faire entrer, au moyen de mouvements de déglutition bien combinés, de Tair par la trompe d'Eustache jusque dans la cavité tympanique.

La cavité tympanique communique librement avec des cellules qui se trouvent dans les os environnants et surtout dans l'apophyse mastoïdienne de l'os temporal. La ca^\ité tympanique est d'ailleurs complètement fermée ; si l'on excepte la trompe d'Eustache, elle est indépendante des autres parties de l'organe auditif, l'e même qu'elle est séparée du conduit auditif externe par une membrane tendue, le tympan, de même aussi elle présente, vis-à-vis du tympan et dans le fond de la cavité tympanique, deux ouvertures fermées par des membranes tendineuses. L'une est de forme ovoïde et a été appelée pour cela la fenêtre ovale, elle conduit dans une partie importante de l'oreille interne, le vestibule; il V a une autre ouverture plus petite, la fenêtre ronde, qui ferme l'entrée du limaçon.

On oi serve une curieuse chaîne de petits osselets, appelés les osselets de V oreille, et qui vont depuis le tympan jusqu'à la fenêtre ovale en traversant la cavité tympanique dans toute sa longueur. Le premier de ces osselets, le marteau, est engagé par son manche au milieu de la membrane du tympan. Le tympan ne peut donc subir le moindre ébranlement sans communiquer . ses vibrations au marteau. Par sa partie postérieure plus renflée, la tète, le marteau est articulé sur un second osselet plus petit qu'on appelle Venclunie. Celui-ci a la forme d'une dent molaire

à racines très-écartées. L'une de ces racines est posée horizontalement et à son extrémité se trouve un petit bouton osseux et libre, Vos lenticulaire. Ce dernier est engagé entre l'enclume et le sommet du dernier os, Vétrier. Le nom du dernier de ces os est le mieux choisi entre ceux des os de l'oreille. 11 a tout à fait la forme des étriers que l'on emploie en Europe. Le sommet de l'étrier est articulé avec l'os lenticulaire et par lui avec Fenclume. La hase de rétrier, sur laquelle se poserait le pied dans l'étrier ordinaire, est engagée dans la membrane de la fenêtre ovale exactement comme le manche du marteau dans le tympan; il y a donc, en travers de la cavité tympanique, une série d'osselets mobiles et articulés les uns sur les autres ; c'est par eux que se réalise la communication directe entre le tympan et la fenêtre ovale. Cette communication a, comme nous le verrons plus tard, une haute importance par rapport à l'acte de l'audition. Divers petits muscles vont des parois osseuses de la cavité tympanique jusqu'à ces osselets mobiles. Ils s'attacbent surtout au marteau et à l'étrier, et leur contraction provoque évidemment la tension des diverses membranes avec lesquelles les osselets communiquent.

V oreille interne, ou labyrinthe, forme une cavité fermée de tous les côtés et creusée dans l'os le plus dur de la tète, le rocher; elle présente des canaux nombreux et diversement contournés. La cavité et les canaux sont tapissés d'une muqueuse tendre, ils forment des sacs fermés et remplis de liquide. On distingue dans l'oreille interne, le vestibule, cavité allongée dans laquelle viennent aboutir toutes les autres parties de l'organe auditif interne. On y trouve, en outre, trois canaux en forme de demi-cercles, ce sont les canaux semi-circulaires qui aboutissent par leurs deux extrémités dans le vestibule comme le feraient des tubes recourbés. On y rencontre enfin un organe curieusement contourné, le limaçon, qui ressemble complètement à une coquille d'escargot enroulée ; dans l'intérieur de ce limaçon se trouve une cloison qui partage la cavité contournée en deux portions, appelées les escaliers.

La forme dos organes auditifs dans la série animale nous donne, jusqu'à un certain point, la mesure de l'importance des diverses parties. Le pavillon exierne disparait le premier, puis le canal auditif; ce qui fait que le tympan est étendu librement sur la peau extérieure. Les mammifères aquatiques et les oiseaux manquent ainsi d'oreilles externes. Dans les reptiles et les amphibies, l'oreille moyenne, c'est à-dire la cavité tympanique, la trompe d'Eustache et les osselets, disparaît peu à peu et l'organe auditif interne est enfoncé profondément dans les os du crâne chez les poissons. La disparition et la déformation du limaçon commencent déjà chez les mammifères inférieurs. Les oiseaux n'ont pas de limaçon contourné, mais seulement un petit sac en forme de bouteille. Ce sac disparait peu à peu chez les reptiles. La plupart des poissons n'ont qu'un sac auditif interne, qui est même caché en partie dans la cavité cérébrale. Il y a, en outre, un vestibule et trois canaux qui offrent à leur entrée des ampoules assez vastes. Chez les poissons les plus inférieurs, enfin, on voit disparaître les trois canaux semi-circulaires. Chez les invertébrés, il ne reste do l'organe auditif qu'une vésicule simple qui représente le vestibule réduit. C'est dans ce vestibule qu'entre le nerf auditif.

Les différents milieux réfringents de l'd'il, la cornée, le cristallin et le corps vitré, représentent un organe conducteur par lequel les rayons arrivent à l'appareil sensitif, la rétine. De même, pour rorganc auditif, l'oreille externe et la cavité tympanique ne sont que des appareils conducteurs servant en môme temps à renforcer les ondes sonores qui arrivent jusqu'au nerf auditif et sont perçues par lui. Les parties sensibles de l'organe auditif sont uniquement celles qui contiennent des ramifications du nerf acoustique ; parmi ces parties se trouve la membrane interne du vestibule et la cloison spirale du limaçon. Les canaux semi-circulaires du labyrinthe ne contiennent pas de libres nerveuses. Ces fibres se distribuent encore dans les renflements vésiculaires qui se trouvent à l'entrée des canaux circulaires dans le vestibule, et que l'on appelle ampoules, mais elles n'entrent point

dans les canaux eux-mêmes. Les tubes des canaux semi-circulaires ne peuvent donc pas être des organes qui perçoivent les sons, ils servent probablement à éliminer et à détruire les ondes sonores qui arrivent des deux côtés et se rencontrent au sommet de leur courbure.

Les rapports que l'on trouve dans la structure des parties acoustiques de l'oreille chez les animaux qui n'ont pas de limaçon sont relativement encore assez simples. Pour en donner un exemple, nous donn(»ns ici une représentation des extrémités nerveuses qui se termi- g nent dans les ampoules des canaux ■'^~scmi- circulaires de la raie. Les Kig. co raies, comme la plupart des autres poissons, présentent dans les ampoules une sorte de cloison transversale incomplète sur laquelle se trouvent les terminaisons nerveuses. Des cellules cylindriques simples à noyaux recouvrent cette cloison en formant un épitbélium. Entre ces cellules et au-dessous d'elles se trouvent des cellules également à noyaux, mais plus petites et arrondies, et qui envoient, vers la surface libre, des bâtonnets minces, rigides et transparents, tandis qu'à leur base se trouvent des filaments fins se dirigeant vers la cloison cartilagineuse de l'ampoule. Les filaments en queue sont quelquefois en relation avec une seconde cellule et semblent se continuer dans les fibres nerveuses qui traversent la cloison et se ramifient suljitement en présentant un pinceau de fibrilles extrè-

Préparation microscopique prise sur la cloison de l'ampoule do la raie bouclée [Waja clavata . — a, cellules cylindriques à noyau, formant répithi''lium interne; b, cellules à noyau se terminant en filaments fins et reposant sur le cartilage traversé par les fibres nerveuses f qui se terminent par des ramifications très-fines g; les ramifications se continuent très-probablement dms les filaments fins e, par lesquels commencent les cellules à noyau c dont les terminaisons en bâtonnets auditifs d sont engagées entre les cellules a de l'épithéliun).

mement fines. Les organes essentiellement sensitifs paraissent donc, ici aussi, être des bâtonnets particuliers entrant eu rapport avec des cellules; on observe une structure analogue dans les bâtonnets et les cônes de la rétine et dans les bâtonnets que l'on trouve dans la partie sensitive de la muqueuse nasale.

La structure du limaçon est beaucoup plus compliquée. On peut se représenter cet organe comme un tube contourné en forme de vrille. Nous avons déjà remarqué que ce tube est partagé en deux canaux par une lamelle osseuse horizontale, la lamelle spirale. On a appelé ces deux canaux les escaliers; le canal inférieur communique par la fenêtre ronde avec le vestibule et s'appelle pour cela l'escalier du tympan (scala tympani). Le canal supérieur correspond directement avec le vestibule et s'appelle pour cela l'escalier du vestibule {scala vestibîdi). La lamelle spirale, qui est osseuse, est entourée des deux côtés d'une membrane molle. Cette lamelle n'arrive pas jusqu'à la paroi extérieure du canal ; il en résulte que si l'on fait macérer cet os, ce qui éloigne par la putréfaction les parties molles, on trouve que les deux escaliers ne sont pas complètement séparés. Dans un limaçon frais, au contraire, les membranes qui recouvrent la lamelle spirale des deux côtés se séparent l'une de l'autre et forment de cette manière un espace dont la coupe est triangulaire, c'est le canal cochléaire (caualis cochlearis)\ il présente des formations très-curieuses à l'endroit où les deux membranes se séparent l'une de Tautre. On y distingue en effet une sorte de bourrelet étendu en longueur, appelé l'organe de Corti. Cet organe est formé de plusieurs couches de fibres retenues par des épithéliums tabulaires qui sont percés comme des cribles de nombreux interstices. L'organe, dans son ensemble, ressemble ainsi au clavier d'un piano où les fibres représenteraient la série des touches. A la base des fibres, on trouve des cellules ganglionnaires et par là-dessus des séries de bâtonnets transparents, enfin des cellules avec des cils excessivement fins. On n'a pas encore pu découvrir le lien qui rattache ces organes élémentaires aux der-

LES AUTRES SENS. ilô

nières extrémités des fibres du nerf acoustique. Nous sommes cependant en droit de dire, en nous basant sur la différenciation de ces formations terminales, que l'oreilie analyse et dissèque probablement les sensations du son de la même manière que la rétine analyse par ses éléments divers les sensations de lumière. . . ,

Un corps élastique fraj- %rr^^

pé par un autre entre en ' "^^"^t^^i^-^-^e^p .

vibrations périodiques ou Fig. Ol. -Coupe verticale du limaçon d'un fe-

. . tus cie veau presque arrivé à terme. La colu-

non. Les vibrations qui ^elle ainsi que la lame spirale ne font pas

manquent de périodicité encore ossifiées. On voit aislinctemenl dans

j . . f . , chaque tour les trois cavités ainn que lepais-

produisent les bnuîs. Les sissemenl dû à l'organe de Coni.

vibrations périodiques simples et semblables au mouvement du pendule, et que Ton observe dans les diapasons par exemple, produisent les sons. Plus les vibrations d'un corps sont nombreuses dans un temps donné, plus aussi le son produit est élevé. Notre organe auditif a certaines limites en dehors desquelles il n'entend pas les sons. Le son le plus bas qui soit appréciable comme tel pour l'oreille est produit par 14 ou 16 vibrations par secondes et ressemble plutôt à un sourd bruissement qu'à un son véritable. Le son le plus élevé que perçoive notre oreille est produit probablement par 70,000 vibrations par seconde. Il n'y a pas de doute qu'il n'existe encore des sons plus élevés qui ne peuvent plus être perçus par notre oreille ; des phénomènes nombreux semblent indiquer que les oreilles de beaucoup d'animaux sont construites en vue de percevoir ces sons plus élevés. On remarque déjà des différences sensibles chez le? divers individus, même quand leur oreille perçoit la plupart des sons avec la même intensité. Quand l'un entend encore un son très-élevé, l'autre ne le perçoit pas du tout : lu cri de la chauve-souris se

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trouve par exemple à peu près à la limite des sons que riiommc peut encore percevoir, et beaucoup de personnes ne Tont jamais entendu. Il n'est cependant pas probable que la nature ait donné à un animal un cri qui soit ainsi placé à la limite de la perception du son en général, surtout lorsque ce cri sert d'appel aux individus de la même espèce.

L'oreille ne perçoit pas seulement des sons, elle perçoit aussi des tons, c'est-à-dire des sons composés et formés par la réunion d'un certain nombre de vibrations distinctes produites dans un corps par la combinaison d'un son fondamental avec certains sons accessoires plus faibles. Nous percevons alors, outre les vibrations principales, des ondes sonores moins fortes, mais plus courtes ou plus longues, c'est à-dire plus hautes ou plus basses. Le timbre spécifique des divers instruments dépend de ces sons accessoires qui se combinent avec le son principal. Nous distinguons par exenqile très-bien par leur timbre les la du piano, du hautbois, du violon ou de la trompette. Le musicien exercé entend immédiatement, au milieu de divers instruments d'un orchestre, quand même ils jouent tous à l'unisson, Tinstrument qui a fait une faute, llelmholtz a analysé les tons des instruments en employant des résonnateurs ; ce sont des cylindres ou des boules de verre creuses et présentant deux ouvertures disj)osées comme des diapasons dans le but de produire un son déterminé. Si l'on introduit l'une des ouvertures d'un résonnateur pareil daus l'oreille, et qu'on bouche l'autre ouverture, on entend très-fortement le son du résonnateur même, et l'on n'entend que très-faiblement tous les autres sons. Si le son du résonnateur se trouve parmi les sons accessoires qui se produisent dans la note d'un instrument, on entendra ce son au lieu du son principal. Au moyen d'expériences lentes et difficiles, car il faut des résonnateurs très-exactement timbrés pour tous les tons et demi-tons de la gamme, on peut arriver à déterminer quels sont les sons accessoires qui déterminent le timbre particulier d'un instrument donné, et quelle doit être huv force relative pour produire une illusion complète. On imite ainsi, dans les orgues

par exemple, le timbre de la voix humaine ou du trombone.

L'emploi des résoiinateurs montre déjà que tous les corps sont pour ainsi dire accordés en vue d'un certain son et entrent en vibration aussitôt que ce son vient les frapper. Bien des personnes se sont déjà étonnées d'entendre tout à coup vibrer distinctement et chanter un candélabre de métal qui était placé sur un piano ou dans son voisinage au moment où le musicien frappait la touche qui correspondait à un son déterminé. 11 est probable que les divers éléments de l'organe de Corti sont accordés en vue de divers sons et ne sont irrités que lorsque ce son particulier leur est communiquépar les vibrations des autres parties de l'oreille. Ceci nous explique pourquoi nous pouvons entendre et distinguer même clairement une quantité de tons, de timbres et de bruits produits à la fois et comment nous pouvons en former un accord ou une harmonie. C'est là évidemment la fonction du cerveau qui nous apprend à percevoir et à réunir les différents sons pour en faire un tout, comme il apprend à percevoir la lumière et à comprendre l'image que les rayons lumineux produisent.

Cette perception simultanée des différents sons produits à la fois peut, du reste, s'expliquer par la conduclibilité de l'oreille .

Les ondes sonores que produit un corps en vibration se communiquent à tous les corps environnants, mais pas partout au même degré. Les vibrations des corps solides se transmettent très-facilement à des corps solides aussi; c'est dans ces corps que les ondes sonores se propagent le plus complètement. La transmission des ondes sonores d'un corps solide à un corps liquide est déjà moins facile, et c'est en passant d'un solide à un corps gazeux qu'elle est le plus incomplète. Le même rapport s'observe quand la transmission a lieu en sens inverse; l'air atmosphérique qui entre en vibration ne communique son mouvement que fort difficilement aux corps solides et aux corps liquides, tandis que les vibrations produites dans les liquides se transmettent très-bien aux corps solides. La faculté de transmission augmente beaucoup quand des membranes élastiques et

tendues, ou encore des corps imcomplétemenl solides, servent à transmettre les vibrations. Les ondes sonores de Tair se transmettent par exemple très-facilement à l'eau quand elles ont préalablement mis en vibration une membrane tendue, et la transmission des sons de Tair à un solide se fait avec une grande facilité quand les deux sortes de substances sont mises en rapport par une membrane tendue.

Si Ton examine la structure de Torgane auditif en la rapportant aux lois de conductibilité du son, on voit que cet organe est calculé en vue de transmettre le plus facilement possible, au moyen de ses parties externes et moyennes, les ondes sonores jusqu'au labyrinthe interne, qui est l'organe acoustique essentiel. Les vibrations sonores de l'air, recueillies par le pavillon de l'oreille externe, arrivent par le canal auditif jusqu'à une membrane tendue et élastique, le tympan, qui a évidemment pour but de permettre, et cela aussi complètement que possible, la transmission des ondes sonores aux osselets solides. Ces derniers, dont la chaîne peut être relâchée ou tendue au moyen de muscles, transmettent les ondes sonores, à travers la cavité tympanique, à la fenêtre ovale, seconde membrane tendue qui transmet avec facilité les ondes sonores aux liquides du labyrinthe; ce liquide les propage à son tour jusqu'au nerf acoustique.

Les recherches consciencieuses de llelmholtz sur la perception du son, ont fourni des aperçus nouveaux pour l'étude des sons musicaux et pour l'étude de leurs rapports entre eux. Nous ne pouvons, malheureusement, entrer davantage dans les détails que nous fournirait l'étude de ce sujet.

On sait que les fosses nasales sont le siège de Vodorat. Ce ne sont cependant que les parties tout à fait supérieures de la cloison du nez et les deux conques supérieures qui perçoivent l'odeur au moyen des fibres de la première paire, le nerf olfactif. La partie inférieure du canal du nez, par lequel passe l'air pendant la respiration, est tout aussi insensible pour l'odeur que les cavités latérales nombreuses du nez, situées dans l'os frontal, derrière et au-dessus des sourcils, ou que les cavités dans les os

base du crâne. Toute

des joues et même dans l'os sphénoïde, à l'étendue de la cavité nasale, ainsi que les cavités latérales, sont tapissées d'une membrane muqueuse , dite la membrane de Schneider, dont l'élément principal est un épithélium vibratile, qui est continuellement en rnuiivemeut et entretient un courant incessant de liquide sur la muqueuse. Les cellules sur lesquelles se trouvent les cils vibratiles sont très-sensibles à toutes sortes de réactifs, elles changent même immédiatement de forme et se boursouflent quand on les met dans l'eau. Ces cellules se laissent enlever facilement ; il n'y a qu'à gratter un peu la muqueuse nasale avec les barbes d'une plume, pour retrouver ensuite dans le mucus une quantité de cellules séparées, et dont les cils sont encore en mouvement. Elles se détachent en grande quantité dans le rhume, aussitôt que la période de fort écoulement a commencé.

Les cils disparaissent sur ces cellules à l'endroit où se trouve l'espace restreint, qui sert à l'olfaction. Cet espace se présente à la partie supérieure de la cloison et des conques ; c'est là que se distribuent les fibres du nerf olfactif. On a appelé cette partie qui présente une couleur jaunâtre Vespace olfactif. On y remarque

Fig:. 62. — Eléments microscopiques de la muqueuse olfactive. — 1. De la frrenouillc : a, cellule éjjilhélialc cylindrique à noyau, se terminant à sa base par un filament ramifié; b, cellule à noyau du bâtonnet olfactif c qui se termine à sou extrémité par un faisceau de longs cils vibratiles e, tandis que la cellule porte à si base un fin filament noueux qui entre en commuuicalion avec les fibres du nerf olfactif. — 2. De Ihoninie : a, les cellules épiihéliales à queue, entre lesquelles se trouvent les cellules b avec leurs bâtonnets olfactifs c, leurs terminaisons en bouton e et leurs filaments intérieurs d communiquant avec les fibres du nerf olfactif. — 5. Fibres du nerf olfactif du chien se divisant en ûbrides trèsfiacs.

des cellules sans cils, longues et cylindriques, présentant vers le bas un noyau muni d'un lilament, dont les rameaux vont se perdre dans la muqueuse. Entre ces cellules, on trouve de longs bâtonnets minces présentant une extrémité transparente et cristalline; chez l'homme et chez la grenouille on constate, en outre, la présence de cils excessivement longs. Les noyaux de ces cellules sont placés tout à fait vers le bas, et se terminent en des fils noueux qui entrent à la fin en relation avec les extrémités des fibres du nerf olfactif. Nous voyons par là qu'ici comme dans les autres organes spécifiques des sens, se retrouvent toujours les mêmes éléments de structure, c'est-à-dire des parties en forme de ])àtonnets, qui représentent les dernières extrémités des fibres nerveuses et sont destinées à percevoir la sensation spécifique.

La muqueuse du nez ou membrane dite de Schneider ne perçoit, par conséquent, que les sensations du tact et non pas les sensations de l'odorat. Une expérience très-simple confirme cette opinion. On peut remplir complètement d'eau les fosses nasales d'un homme, étendu sur le dos et qui laisse pendre la tête vers le bas et en arrière, sans que l'eau coule dans les ouvertures du fond du palais, et sans que l'individu ne perçoive aucune odeur.

Si l'on prend de l'eau odoriférante au lieu d'eau pure, si l'on met, par exenqile, quelques gouttes d'eau de Cologne dans l'eau dont on veut se servir, l'individu ne percevra, malgré cela, aucune seniation d'odorat. Les substances odorantes doivent, paiconséquent, si on veut qu'elles déterminent une sensation, arriver sous la forme gazeuse vers l'espace olfactif, et l'on ne sent que les corps qui émettent des vapeurs gazeuses. On a calculé la limite à laquelle certains corps fortement odorants ne sont plus perçus, et l'on est arrivé à des résultats surprenants, par rapport à la finesse du sens de l'odorat. Une espèce d'air qui contient tout au plus un dix-millionième de son volume de vapeur d'essence de rose, offre encore une odeur très-appréciable , et un liquide qui contenait un deux-millionième de milligramme de musc de qualité supérieure, présente

aussi une odeur très-reconnaissable. Beaucoup de circonstances accessoires favorisent la sensation. On peut y ranger le mouvement imprimé à l'air, surtout par l'aspiration, ainsi qu'une température convenable. Nous arrêtons notre respiration lorsque nous ne voulons pas sentir une odeur, et nous pouvons ainsi, en activant ou en ralentissant le courant d'air qui circule à travers le nez, augmenter ou diminuer la sensation. On sait bien que pour percevoir facilement une odeur faible, nous faisons comme les chiens, nous flairons en reniflant.

Il ne faut pas confondre avec la perception de l'odorat, dont l'effet plus particulier nous est tout à fait inconnu, les sensations de tact, excessivement fines, que l'on constate dans la muqueuse du nez et qui sont transmises par la branche nasale de la cinquième paire nerveuse. La sensation particulière que produit l'ammoniaque volatile, par exemple, n'est pas une sensation d'odorat, mais une impression de tact déterminée par l'action corrosive de l'ammoniaque sur la muqueuse. Beaucoup de sensations, que nous appelons odeurs, sont probablement le résultat d'une combinaison de l'odorat et du tact ; d'autres encore proviennent de l'action réunie du goût et de l'odorat.

Le rôle que joue l'odorat, par rapport à la sensibilité générale, est très-différent suivant les individus. Les hommes dont l'odorat n'est pas fin ne font guère attention aux sensations qu'il provoque en eux, tandis que chez d'autres, ce sens plus que tout autre détermine le plaisir et la peine, le bien-être et le malaise. Les goûts des individus, comme des nations entières, sont très-différents quant aux parfums, et varient même suivant la mode. Des états particuliers du système nerveux central peuvent déterminer des grandes différences, dans notre prédilection pour certaines odeurs. Plus d'une personne a pu s'étonner de ce que des femmes, qui aimaient passionnément certaines fleurs, avaient une répulsion pour elles en devenant hystériques, et préféraient, au contraire, l'odeur de l'assa-fœtida et de la plume brûlée à toutes les autres.

Nous avons déjà parlé dans une lettre précédente des différents agents, qui entrent en jeu dans la sensation du yoût. Nous avons vu que la langue n'est pas seulement le siège de la sensation du goût, mais encore d'une sensation de tact excessivement fine. Ce que nous désignons sous le nom de goût, est ordinairement une combinaison du tact, de l'odorat et du sens du goût proprement dit. Le goût en lui-même, surtout pour les substances amères, ne prend naissance que déuis les parties postérieures de la cavité buccale, aussi bien sur la langue que sur l'arc palatin. On ne peut cependant nier qu'outre son tact si fin, le bout de la langue ne possède aussi la sensation du goût pour les substances salées ou sucrées. Le mouvement des parties intéressées, semble être une condition essentielle pour la perception du goût. Toutes les sensations du goût que l'on produit en touchant simplement ces parties, après les avoir immobilisées, sont très-peu nettes, et souvent même si indistinctes, que notre esprit ne peut en trouver l'explication, mais dès que l'on fait un mouvement de déglutition ou bien que l'on promène la langue dans la bouche, la sensation devient distincte, il est évident que a racine de la langue ne présente pas seulement une très-gnnule faculté de perception pour les sensations de goût en général, mais qu'elle les distingue encore les unes des autres, si fines qu'elles puissent être. C'est pourquoi les bons connaisseurs en vins, lorsqu'ils veulent distinguer les nuances plus fines du goût, et juger de la valeur du liquide, se gargarisent pour ainsi dire, en avalant goutte par goutte. La finesse du goût est très-différente suivant les individus et les substances que l'on déguste ; les substances doivent toujours être dissoutes dans un liquide. De l'eau qui contient un centième de son poids de sucre de canne, ne nous semble plus sucrée. On perçoit encore la présence du sel de cuisine quand il n'y en a qu'un cinq-centième, et la présence de l'acide sulfurique anhydre et du sulfate de quinine quand il y en a un millionième. Il faut toujours se rappeler, lorsque l'on fait ces mesures, que la quantité absolue du liquide a aussi son influence. Une goutte d'un liquide ainsi dilué produit bien moins

facilement une sensation de goût, que lorsque la cavité buccale tout entière est remplie de liquide.

Il faut distinguer le tact, qui se trouve d'ailleurs distribué sur toute la surface de la peau^ de la sensation de douleur que produit tout nerf sensitif et que l'on observe encore quand l'organe tactile, la peau, est enlevé. Déjà auparavant, en parlant de la propriété des nerfs, nous avons attiré 1 attention sur le fait qu'une blessure ou une irritation provoquée dans un nerf sensible, ne produit que de la douleur. Notre faculté de perception localise cette douleur à l'endroit où le nerf irrité se distribue. Nous avons montré aussi que dans l'organe central, il se trouve certains groupes de fibres qui ne perçoivent que le tact, et qu'il y en a d'autres qui ne transmettent que la douleur. D'autres perceptions qui se présentent, lorsque l'on touche l'épiderme, n'ont aucun rapport avec la sensatian de douleur. Ces perceptions tactiles se relient, par conséquent, essentiellement à la structure de la peau, et à des fibres particulières que l'on trouve dans l'organe central. On n'est pas encore complètement d'accord sur la structure de la peau au point de vue des rapports des éléments constitutifs avec les diverses sensations. Comme nous l'avons dit pbis haut, il se trouve aux endroits où le tact est le plus développé, par exemple à la face interne des doigts, des formations particulières et arrondies que l'on appelle les corpuscules du tact. Ils semblent être formés de feuillets placés les uns sur les autres, et dans lesquels entrent les extrémités nerveuses.

On ne peut attribuer aux corpuscules du tact seuls le sens du tact ou la sensation de la pression. La preuve en est dans le fait que les différentes sensations spécifiques de la peau se perçoivent aussi aux endroits où il n'y a pas de corpuscules du tact. Des expériences semblent avoir prouvé cependant qu'ils produisent une augmentation dans la sensation de pression et atténuent l'influence défavorable que doit exercer pour la sensation, en certains endroits, l'épaisseur de l'épiderme. Ils offrent, en effet, une base d'une certaine dureté aux extrémités nerveuses,

ce qui permet à ces dernières de percevoir une pression qu'elles n'auraient pas senties h d'autres endroits.

Pijr. 05. — Coupe de la peau de l'homme, considérablement grossie. — «, conclu; cornée de l'épiderme; h, couclie interne de l'épiderme (réseau de Malpighi); c, corpuscule du tact faisant saillie dans le réseau de Malpighi; d, vaisseaux sanguins du derme; c, /", Cimaux excréteurs des glandes sudoripares g, entre lesquelles se trouvent des dépôts de graisse h; i, nerls se rendant aux corpuscules.

La finesse du tact diffère non-seulement chez les individus, mais encore dans les diverses parties de la peau. Chacun connaît la finesse surprenante du tact des aveugles. On sait qu'ils prêtent leur attention aux sensations même les plus faihles que perçoit leur peau, pour apprécier les différents ohjets que nous distinguons ordinairement avec la vue. Le tact ainsi développé remplace jusqu'cà un certain point la vue, et l'aveugle s'hahitue à percevoir avec le tact certaines impressions que nous négligeons, parce que notre œil nous les transmet beaucoup mieux. On n'a pas fait, que je sache, d'observations comparatives sur la finesse absolue du tact des aveugles; ces 'observations donneraient une mesure exacte du tact aussi bien que les observa-

tioiis faites sur les diverses parties du corps. Ces recherches auraient peut-èlre leur importance pour l'idée générale que l'on doit se faire de la sensation du tact. On arriverait ainsi à savoir si les sens peuvent matériellement gagner en finesse, ou si le tact si développé qu'on observe chez les aveugles ne provient que d'un exercice plus accompli de leur cerveau, qui s'est appliqué à déchiffrer et à transformer en images objectives les impressions tactiles qui lui sont transmises. Ceux qui ont encore leurs yeux et qui touchent les yeux fermés une pièce de monnaie, sentent peut-être toutes les rugosités que forment les lettres et le relief de l'effigie aussi bien qu'un aveugle, mais ils sont incapables de coordonner ces impressions 'séparées pour s'en faire un image complète comme le fait l'aveugle.

Fig. 64. — Deux corpuscules tactiles. — a, couche formée por le derme; b, coussinet inlerne formé par le tissu conjonctif ; c, nerf entrant dans le corpuscule.

On a déterminé la finesse du tact dans les différentes parties du corps en se servant d'un compas dont les pointes étaient cachées par de petits morceaux de liège. On mesura la distance qu'il fallait mettre entre les deux pointes du compas pour que la peau perçût les deux impressions comme distinctes Tune de

424 LETTRE QU^ZIÈME.

l'autre. En appliquant cette méthode au corps tout entier, on a pu faire un tableau comparatif de la finesse du tact sur la peau. Cette détermination est cependant assez arbitraire, car l'on ne trouve pas les mêmes résultats sur les deux moitiés du corps; la direction dans laquelle on place les pointes du compas et la méthode en elle-même peuvent aussi produire des erreurs. On perçoit, par exemple, dans la plupart des parties du corps et surtout aux extrémités, les pointes du compas beaucoup plus facilement quand elles sont placées transversalement que lorsqu'elles touchent la peau d'un membre dans la direction de son axe longitudinal. Le passage de la sensation qui nous fait distinguer un seul point h celle qui nous permet de percevoir les deux pointes du compas séparément est tout à fait insensible. Le point semble s'étendre quand on ouvre les deux pointes, il semble prendre une forme elliptique, jusqu'à ce qu'enfin les deux extrémités de l'axe de l'ellipse se séparent et soient perçues comme deux points indépendants l'un de l'autre.

L'extrémité de la langue est la partie du corps où le tact est le plus développé. On senties deux pointes du compas quand elles ne sontdistantes que d'une demi-ligne. Viennent ensuite les surfaces internes des dernières phalanges des doigts dont nous nous servons pour le tact. Elles perçoivent en moyenne des corps séparés par une distance de 7/10 de ligne. Les parties rouges dés lèvres, les surfaces internes des secondes et des troisièmes phalanges des doigts perçoivent en moyenne une distance d'une ligne et demie. L'extrémité du nez, les côtés et le dos de la langue, les parties extérieures des lèvres perçoivent une distance de deux à trois lignes. Les surfaces dorsales des doigts et des joues donnent une distance de 4 lignes et davantage. On trouve pour le front, en général, à pou près 6 lignes. On perçoit une distance de 9 lignes 1/2 au sommet de la tète et une distance de 10 lignes à la rotule. La partie supérieure du pied donne 12 lignes, le bras proprement dit, 14 lignes, et les fesses 15 lignes. La surface de l'épine dorsale donne en moyen'ne 24 lignes. On voit par ces chiffres que l'incertitude de la sensation peut atteindre,

au milieu du dos, jusqu'à 2 pouces, et nous savons, par notre propre expérience, qu'il en est vraiment ainsi. Sur les autres parties du corps, l'incertitude est plus ou moins grande suivant les circonstances; c'est pourquoi, par exemple, nous ne pouvons saisir immédiatement la puce qui nous pique quand nous ne la voyons pas: nous cherchons ordinairement à côté, parce que cet animal est si petit, qu'il rentre dans les limites dans lesquelles la sensation est incertaine.

La pression que des corps pesants déterminent sur une partie de la peau, provoque une sensation dont nous pouvons jusqu'à un certain point mesurer l'étendue. On peut donc parler du sens de la pression dans la peau, quand même cette expression manque d'exactitude. Partout où se perçoit une sensation de tact, il y a aussi production d'une certaine pression qui diffère selon les divers endroits de la peau. Cette pression, quand elle est très-faible, est ressentie par nous au moyen du duvet qui couvre la peau et qui facilite beaucoup la perception. L'épaisseur de l'épiderme s'oppose d'un autre côté à cette sensation. La finesse du sens de la pression est loin d'être aussi grande que celle du tact ; c'est pourquoi les différences que l'on observe dans les diverses parties du corps sont bien moins considérables. Les différences entre divers poids, dont la base est de même grandeur, ne sont perçues par le bras, par exemple, quand on le tient immobile, que lorsqu'on les remplace rapidement les uns par les autres. Si l'on a laissé s'écouler un certain temps avant de changer les poids, on ne sentira pas une différence de quelques onces pour des poids de deux livres, par exemple. La détermination du poids absolu des corps que nous prenons à la main dépend bien moins de la sensation de pression que de la détermination de la force employée pour soulever le poids. Cette évaluation manque aussi d'exactitude, mais peut atteindre un certain degré de perfection par la puissance de Fliabitude. La surface de l'endroit sur lequel s'opère la pression n'influe pas sur la perception de deux pressions simultanées sur notre peau. On a appelé cette perception la sensation de respace. Elle n'influe pas non plus sur la

420 LETTRE QUI>'ZIÈME.

détermination de l'endroit où se produit la sensation sur la peau ; cette dernière faculté a été appelée le sens de la localité. Elle n'influe pas davantage sur la détermination de la direction des mouvements que l'on peut produire sur la surface de la peau.

La sensation de chaleur, qui est perçue par la peau, a surtout rapport aux variations de la température extérieure, bien plus qu'à un degré constant de celle-ci. La peau peut nous faire connaître des différences de quelques dixièmes de degré entre dix et quarante-six degrés centigrades, et cela avec assez d'exactitude, mais la sensibilité des différentes parties de la peau n'est pas en raison directe de la quantité de nerfs qui s'y trouvent et de la finesse du tact. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que notre peau n'est pas seulement sensible par rapport à la différence des degrés de chaleur qui l'affectent. Elle perçoit aussi la quantité absolue de chaleur qui lui est transmise dans un temps donné; ce dernier cas dépend de la conductibilité des corps. Suivant la grandeur de la surface cutanée qui transmet la sensation de froid ou de chaud, nous percevons celte sensation avec plus ou m.oins d'intensité. L'eau chaude ni)us donne une moindre sensation de chaleur, quand nous y plongeons seulement l'extrémité du doigt, que lorsque nous y plongeons toute la main. La sensation de chaud et de froid dépend énormément de la température à laquelle nous sommes habitués. Une cave qui est assez profonde pour offrir toute l'année une température constante, nous semble froide en été et chaude en hiver.

Humboldt raconte qu'il grelottait de froid, à Caracas, un jour que le thermomètre était tombé, en quelques heures, de 10 degrés à peu près, sans que pour cela il soit descendu au-dessous du degré de chaleur du sang.

Les différentes sensations de la peau ont été de tout temps un champ très-exploité par tous les rêveurs fantaisistes ; on a prétendu que le tact était comme la base de tous les sens et qu'il pouvait même les remplacer au besoin. On a dit qu'on pouvait entendre, voir, sentir et goûter avec la peau,' et l'on a raconté les histoires les plus curieuses pour soutenir cette assertion. Tl n'y a

pas de doute que les sensations cutanées peuvent être exagérées, tout aussi bien que les autres sensations, par certains états plus ou moins maladifs du système nerveux central. La peau peut percevoir, dans ces cas, des courants d'air, des différences de chaleur et d'autres impressions qui ne Taffectent pas à l'état normal, et le cei veau qui est dans un certain état d'irritation, peut donner naissance, au moyen de ces impressions passagères, à des hallucinations dont les phénomènes fondamentaux nous échappent. Une chauve-souris à laquelle on a crevé les yeux, évite, en volant, des fils tendus dans une chambre, et ne se frappe pas davantage qu'une autre chauve-souris, qui voit encore clair, contre les murs de la chambre. Les grandes surfaces de peau nue qu'on remarque sur la tête de ces animaux, sont évidemment le siège d'une sensibilité très-prononcée, par laquelle ils peuvent ainsi distinguer les moindres courants d'air. Mais, de cette sensibilité à une sensation spécifique dec sens, il y a un abîme que la nature ne peut franchir qu'au moyen des organes spécifiques des sens.

On n'a malheureusement pas encore fait d'expériences exactes sur la sensibilité extrême et maladive que présente la peau à l'égard d'impressions de ce genre. Les histoires véritables que l'on a répandues souvent au sujet de femmes hystériques ou somnambules ont évidemment rapport h une sensibilité plus grande de la peau. La répugnance que les hommes de science ont toujours montrée pour des recherches de ce genre, vient de ce qu'ils ont observé que des phénomènes maladifs très-simples sont souvent défigurés par des imposteurs. Toutes les fois que l'on a prétendu que des somnambules lisaient avec le creux de l'estomac ou d'autres parties de leur corps plus ou moins intéressantes, et cela les yeux bandés, les savants ont pu découvrir quelque tromperie. Jamais personne n'a pu lire, dans ces conditions, avec les mains ou le creux de l'estomac quand le bandeau était complètement opaque. On s'est toujours servi, dans ce cas, de bandes de taffetas, que des personnes amies, comme la mère, le père, etc., attachaient autour de la tête du sujet.

La personne magnétisée ponvait parfaitement voir à travers le bandeau. L'histoire du prix Burdin doit avoir écLairé même les plus crédules. Il y a quelques années, on parlait beaucoup de somnambules qui lisaient les yeux bandés. Le médecin que nous venons de nommer se contenta de déposer à l'Académie une lettre cachetée, avec une somme de 2,000 francs, pour la personne qui pourrait lire le contenu de la lettre sans l'ouvrir. Les 2,000 francs attendent encore la personne qui doit les

Chacun sait que notre corps est soutenu par une sorte d'échafaudage construit d'une quantité de morceaux différents, formés d'os et de cartihiges. Si l'on examine de plus près cet échafaudage solide que nous appelons le squelette, on y trouve réalisées deux conditions essentielles. Il protège d'abord les parties molles en formant des étuis ou des capsules plus ou moins fermés, tels que le crâne pour le cerveau et les principaux organes des sens, le canal vertébral pour la moelle épinière; il dessine aussi par des appuis espacés, des cavités plus ou moins considérables servant à recevoir les viscères de la poitrine et de l'abdomen. 11 concourt d'un autre côté d'une manière très-efficace à l'exécution des mouvements ; les diverses parties du squelette forment en effet des leviers attachés les uns aux autres par des articulations qui les rendent plus ou moins mobiles. La manière dont les os se relient les uns aux autres varie beaucoup suivant les diverses conditions que doit remplir l'articulation, suivant l'étendue de son champ d'activité et suivant l'espèce de mouvement qu'elle doit permettre. On trouve dans certaines parties où il doit y avoir une certaine élasticité dans l'articulation et une certaine résistance à l'égard d'une action extérieure ou intérieure, des mor-

ceaux de cartilages élastiques et plus ou moins compressibles accoUés aux os et placés entre eux. 11 n'y a alors, malgré cela, pas de surfaces articulaires propres, au moyen desquelles les os puissent glisser les uns sur les autres. Les corps de vertèbres sont ainsi reliés entre eux par des disques élastiques interposés, tandis que les côtes sont attachées au sternum par des lames cartilagineuses. Dans le premier cas, la motilité des différents corps de vertèbres arrondis et posés les uns sur les autres de manière à former une sorte de colonne, est rendue possible par les coussinets de cartilage fibreux. Ces parties, comme les coussins d'une chaise, peuvent céder à une certaine pression et reprendre leur forme première quand la pression a disparu. La mobilité est réalisée dans les côtes par le fait que les bâtonnets aplatis au moyen desquels elles s'attachent au sternum, peuvent être courbés comme des lames d'épées par une pression ou une traction. Ils rebondissent et reprennent leur position première quand il ne s'exerce plus sur eux aucune traction.

Dans toutes les autres formations articulaires et mobiles, on trouve toujours deux surfaces osseuses qui glissent l'une sur l'autre et sont pour cela recouvertes de cartilages lisses, ainsi que de mucus qui les maintient toujours humides. Nous imitons dans la mécanique cette disposition au moyen des surfaces tournantes lisses et de l'huile dont nous enduisons les joints. On trouve très-rarement dans le corps des surfaces complètement planes glissant les unes sur les autres et agissant seulement par leur déplacement en ligne droite. Le genre particulier de mouvement détermine en général une disposition de surface à courbures différentes, ce qui permet des torsions de toute espèce. La nature s'est montrée très-ingénieuse dans la disposition des différentes surfaces articulaires. On trouve des surfaces articulaires sphériques qui tournent sur une surface presque complètement plane et peuvent ainsi se mouvoir dans tous les sens à peu près. On trouve aussi des énarthroses beaucoup moins libres dans lesquelles la tête de l'os tourne dans une capsule sphérique qui l'entoure presque complètement. On trouve des charnières

LES MOUVEME^•TS. 431

très-peu mobiles, qui ne permettent de mouvement que dans un seul sens, et, en outre, des charnières très-libres, qui permettent aussi des mouvements latéraux et tournants. On rencontre donc, dans le corps, les modifications les plus variées, produites soit par les dispositions des surfaces articulaires mobiles, soit par l'arrangement des parties avoisinantes, qui empêchent les mouvements trop libres de l'articulation. Ou" il nous suffise d'avoir attiré l'attention sur ces divers rapports. Chacun peut voir sur son propre corps, combien la motilité du bras diffère de celle du coude ou de la main. On peut tourner le bras en cercle comme le rayon d'une roue ; on peut le porter en avant et en arrière, tandis que le coude ne permet que le mouvement d'une charnière qui s'ouvre et se ferme. Le poignet peut faire des mouvements latéraux et des mouvements rotatoires. Il en est de même pour la première articulation des doigts et surtout pour celle de l'index. La seconde et la troisième articulation des doigts ne peuvent faire que des mouvements de charnière. Si Ton compare les extrémités supérieures et les extrémités inférieures, on trouve que les mouvements correspondants se ressemblent , mais qu'ils sont bien plus limités dans les extrémités inférieures. Les mouvements du haut de la cuisse, qui correspondent aux mouvements du haut du bras, sont bien plus faibles dans toutes les directions, parce que la tête du fémur est engagée dans une surface articulaire sphérique, tandis que la tête de l'humérus s'articule sur une surface plus petite et presque plane. Les mouvements du genou, du talon et des doigts du pied sont pour ainsi dire une répétition de ceux du coude, de la main et des doigts, mais ils sont beaucoup plus bornés dans leur extension.

Les surfaces articulaires des os sont rattachées les unes aux autres par des membranes et des ligaments. Leur combinaison fait plus ou moins obstacle à la trop grande mobilité des articulations, qui serait déterminée par la forme des surfaces articulaires. Ces membranes et ces ligaments affermissent en outre les articulations dans tous les sens. Elles empêchent aussi la luxation et la désarticulation des surfaces en arrêtant les glisse-

ments latéraux. Plus une articulation est libre, plus son champ d'activité est grand, plus aussi les ligaments seront lâches et les luxations fréquentes.

La capsule intérieure qui entoure immédiatement les surfaces articulaires forme toujours un sac hermétiquement fermé. C'est un tissu de fibres solides recouvert à l'intérieur d'un mucus plus ou moins tenace qui s'engage continuellement entre les surfaces articulaires lisses et empêche aussi complètement que possible le frottement de ces surfaces entre elles.

Une conséquence nécessaire de cette fermeture hermétique des capsules articulaires est l'exclusion de l'air atmosphérique et la formation à l'intérieur de l'articulation d'un espace qui ne contient pas d'air, mais seulement du liquide, et n'exerce par conséquent aucune pression en sens contraire de celle de l'air extérieur. Qi\ sait que c'est la pression de l'air qui fait monter l'eau jusqu'à onze mètres à peu près dans un tube complètement vide. Elle fait monter aussi le mercure du baromètre jusqu'à 7"20 millimètres. C'est cette pression qui dans le corps permet le contact immédiat des surfaces articulaires. La grandeur de ces surfaces est telle que la pression de l'air sur elles maintient en équilibre toutes les parties qui s*^' rattachent. On a pu démontrer l'exactitude de cette loi, en se servant surtout de l'articulation du fémur dans la hanche. On a prouvé par des expériences que lorsque la jambe est suspendue en l'air, ce ne sont ni les ligaments, ni les muscles qui la retiennent dans cette position, mais uniquement la pression de l'air sur l'articulation. Cette pression suflit pour maintenir la jambe librement suspendue contie la hanche. Si l'on couche un cadavre sur le ventre et qu'on laisse pendre la jambe en dehors de la table, on peut couper par une incision circulaire, tous les muscles jusqu'à la capsule même de l'articulation. Malgré cela, la jambe restera aussi solidement attachée à la hanche qu'avant l'opération. Les surfaces articulaires delà tète du fémur et de la hanche correspondent si exactement l'une à l'autre, que l'on peut même inciser la capsule sans que la jambe se détache de l'articulation. Mais si l'on fait

depuis l'intérieur, c'est-à-dire depuis le bas ventre, un petit trou dans l'articulation, l'air entrera avec un sifflement dans l'articulation au moment même de l'opération, et la tète du fémur sortira de l'articulation , autant que le permet le ligament central rond qui se trouve à son intérieur. Ce ligament va du sommet de la tète du fémur, au point le plus profond de la surface arliculaire de la hanche. Si l'on appuie alors la jambe, en la soulevant, contre le fond de l'articulation, et que l'on ferme avec le doigt l'ouverture que Ton avait percée, la jambe restera de nouveau solidement attachée à la hanche. Le ào'vA lui-même sera attiré par l'ouverture que l'on a pratiquée comme par une ventouse ; à l'instant même où l'on éloignera le doigt, la 'jambe retombera. On a répété ces expériences en faisant la préparation suivante de l'articulation du fémur. On a scié le haut de la cuisse et l'on a enlevé les différents os du bassin en ne laissant subsister que les deux morceaux d'os qui étaient articulés l'un sur l'autre. On a placé ensuite le tout sous la machine pneumatique en attachant un poids à l'os du fémur. La tète du fémur était solidement engagée dans son articulation, mais aussitôt qu'on faisait le vide, elle sortait de la cavité circulaire. Si on laissait revenir l'air sous la cloche de la pompe, elle rentrait dans cette cavité. On pouvait ainsi répéter le jeu alternatif de sortie et de rentrée du fémur dans son articulation, en faisant tour à tour le vide, et en laissant rentrer l'air ensuite.

Si l'on calcule d'après la grandeur de la surface de l'articula* lion de la hanche quelle doit être la pression de l'air sur elle, on trouve qu'elle est de 22 à 25 livres. La jambe pèse en moyenne 18 à 20 livres. Dans la pression atmosphérique ordinaire, le poids de l'extrémité est donc à peu près en équilibre avec la pression de l'air. Les muscles n'ont, par conséquent, aucun effort à faire pour maintenir la jambe suspendue dans l'air. On trouve lesmèmes rapports au genou, à l'humérus etaux articulations de la main et du pied. Les capsules sont partout hermétiquement fermées et la giandcur des surfaces est partout en un certain rapport avec le poids des parties qui y sont attachées.

Ce n'est que lorsque Taction sur les articulations devient plus grande que les muscles et les ligaments entrent en jeu pour maintenir les articulations dans leur position normale.

Si l'on examine le squelette de l'homme (fig. 65) et si on le compare à celui des mammifères, on voit que déjà la disposition des différents os est en rapport intime avec la station verticale, L'articulation de la partie postérieure du crâne avec la première vertèbre cervicale, qui permet les mouvements de la tète en avant et en arrière, est combinée dans un crâne bien développé de telle façon que la tète balance en équilibre sur sa base. La courbure qu'offrent les vertèbres du cou, d'arrière en avant, sert aussi à maintenir dans le centre de gravité du corps la tête, qui est équilibrée sur la première vertèbre cervicale. La colonne vertébrale présente au contraire dans le dos une courbure vers l'arrière. Les poumons et le cœur, ainsi que le thorax tout entier, se trouvent placés à la surface antérieure de la colonne vertébrale. Toutes ces parties déplaceraient donc le centre de gravité vers l'avant si la courbure de la colonne vertébrale dorsale ne s'y opposait. La cavité abdominale est fermée en* bas par le bassin, et la courbure de la colonne vertébrale en cet endroit permet aux intestins de se placer en arrière du centre de gravité. Toutes ces dispositions amènent à ce résultat que le plan de gravitation de la partie supérieure du corps passe, lorsqu'on examine l'individu de profil, à travers les tètes des deux fémurs. Les extrémités antérieures qui doivent faire des mouvements libres, et qui ne servent pas, comme chez tous les quadrupèdes, à supporter le corps pendant la marche, sont partout munies d'articulations très-làches, et présentent une grande mobilité des divers os les uns à l'égard des autres. Les jambes, au contraire, qui sont destinées à porter le poids entier du corps, offrent une grande fixité dans leurs articulations, et, par conséquent, une mobilité bien moins considérable. A l'exception des animaux . sauteurs, qui présentent des proportions toutes différentes, l'homme est l'animal qui a la jambe la pKis longue et la plus forte par rapport à l'extrémité antérieure. Le caractère particu-

Os pariétal.

Fémur

Tarse..

Métalarsc. .

Os occipital.

Vertèbres cervicales.

Goloune vertébrale.

Omoplate.

Calcanéuin

-^Doigts du pied.

'ig. 05. — Squelelte de l'homme vu de profil.

lier du squelette humain se trouve surtout, comme on l'a prouvé sans réplique, dans la l'orme du pied. La main de l'homme n'a pas une. forme particulière; les mains des singes anthropomorphes sont tout aussi mobiles et peuvent faire les mêmes mouvements compliqués, mais les bras sont en général plus longs par rapport aux jambes que chez l'homme, ce qui dépend d'ailleurs du genre de vie de ces animaux essentiellement grimpeurs. C'est aussi de cette vie grimpante que dépend la présence d'une main aux extrémités postérieures des singes. Beaucoup de savants ont cru, mais k tort, que c'était là une supériorité du singe sur l'homme. L'homme se distingue des autres animaux par la solidité des attaches qui relient les doigts de ses pieds, par l'aspect voûté de l'os médian, des os du tarse et du métatarse, l'arrangement en voûte de son pied, et enfin par la disposition parliculière de l'articulation du pied avec la jambe. Ces caractères distinctifs sont tout aus;ji précis que ceux que l'on peut tirer du développement particulier du crâne. Ces dispositions du pied permettent à l'homme de marcher normalement debout, tandis que les autres animaux ne peuvent prendre la position verticale qu'exceptionnellement et pendant un court espace de temps seulement.

Les os, par leur structure particulière, représentent dans les mouvements des leviers roides et inertes agissant sous l'influence des muscles qui font l'office de cordes de traction. Un os ne peut se mouvoir par lui-même ; il lui faut des fibres particulières susceptibles de contractilité et dont la réunion forme ce qu'on appelle des muscles ou, dans le langage ordinaire, de la chair. Chacun connaît les tissus fibreux des parties charnues, chacun sait aussi que ces fibres sont parallèles les unes aux autres, et qu'on peut avec raison comparer un muscle à un faisceau de fibres reliées en un tout par une enveloppe commune de tissu connectif ou tendineux. C'est entre les fibres que se distribuent les vaisseaux sanguins et les nerfs. Si l'on examine au microscope les fibres les plus fines que Ton puisse distinguer dans les muscles, on voit que chacune d'elles est formée d'une gaine

simple, transparente, mince et très-délicate. On trouve disséminés des noyaux de cellules sur cette enveloppe qui a reçu le nom de sarcolemme; si l'on examine la substance qui s'y trouve contenue, on y distingue des stries transversales foncées et quelquefois ondulantes. Ces stries deviennent apparentes lorsqu'on traite la fibre musculaire avec des substances qui déterminent la coagulation de Falbumine, par exemple de l'alcool ; elles sont très-visibles chez tous les animaux supérieurs, et on a appelé les muscles composés de fibres de cette espèce des muscles à stries transverses. On n'a pas encore déterminé clairement la composition de la substance même qui se trouve à l'intérieur du sarcolemme. La plupart des observateurs se rangent maintenant à cette opinion que la substance contractile est formée de granules appelés les éléments de la chair, agglutinés soit dans le sens de la longueur, soit transversalement par une substance facilement soluble. Par suite de cette structure, les libres se décomposent soit en fibrilles très-fines et longitudinales, soit en petits disques transversaux, suivant que la substance agglutinante est plus ou moins développée dans telle ou telle direction, ou qu'elle est plus ou moins attaquable dans tel ou tel sens. D'autres observateurs de grand talent soutiennent, au contraire, que la striation transversale des fibres musculaires n'est que l'expression optique de fins filaments en spirale. Chaque fibre est indépendante dans les muscles striés ; ce n'est que dans le cœur qu'on trouve par fois deux fibres liées ensemble. Ces fibres sont mises en action par les nerfs, et leur contractilité particulière détermine la contraction du muscle tout entier. Le muscle, à son tour, détermine diverses positions des os en exerçant une traction entre les points où il s'attache; il produit ainsi les mouvements. Les fibres musculaires mêmes s'attachent aux os tantôt directement et tantôt par les filaments intermédiaires des tendons. Les fibres tendineuses ne sont pas contractiles par elles-mêmes ; elles servent surtout à transmettre la force à des endroits éloignés des membres dont le volume ne doit pas trop au^rmenter. Les mus-

des de l'avant-bras, par exemple, exercent leur action sur la main et sur les doigts au moyen de minces tendons qui passent par-dessus le poignet. Il en est de même pour les muscles du bas de la jambe qui s'attachent au cou-de-pied et aux doigts du pied. Les câbles de transmission y glissent même dans des poulies lubiéfiées semblables à celles dont on se sert en mécanique.

Si l'on examine au microscope les fibres musculaires au moment de la contraction, on voit que les stries transversales de l'enveloppe se rapprochent les unes des autres et se rident, indiquant ainsi que les éléments des fd)res se rapprochent plus intimement et se raccourcissent par eux-mêmes. Les stries transversales de l'enveloppe ne se voient clairement, en général, que lorsque li fdjre est véritablement contractée. Plus la contraction est énergique, plus aussi les stries transverses sont apparentes. Les fibres musculaires distendues présentent une enveloppe presque lisse et sans rides. On voit très-distinctement ces phénomènes sur de petits animaux transparents que l'on peut placer, sans les blesser, sous le microscope. On peut prendre, par exemple, de tout jeunes poissons. Si la contraction est trèsforte, on arrive môme à apercevoir des courbures ondulantes ou en zigzag dans les différentes fibres. On croyait autrefois que c'était là l'expression véritable de la contraction. Mais on s'est convaincu de nos jours que ces incurvations proviennent soit de contractions isolées des fibres musculaires voisines, ce qui détermine un plissement des fibres non contractées, soit de l'élasticité qui s'oppose à la contraction du muscle vivant. Dans la contraction, la fibre musculaire s'augmente dans tous ses diamètres transversaux, tandis qu'elle diminue dans son diamètre longitudinal. Le muscle qui était auparavant étendu dans toute sa longueur devient plus large et plus gros; il se bouffit énormément et semble dur au toucher. Chacun peut s'en convaincre lui-même en examinant le biceps lorsqu'on» serre les coudes. On croyait autrefois que la substance musculaire devenait en effet un peu plus épaisse pendant la contraction, et que le muscle

LES MnrVEAŒNTS. 439

contracté occupait un espace absolu plus petit que le muscle à l'état de repos. Des expériences plus exactes ont prouvé, au contraire, que le muscle ne s'épaissit pas; il ne fait que gagner en largeur et en épaisseur pendant la contraction ce qu'il perd en longueur.

La contraction provoque toujours un changement moléculaire dans la masse musculaire. La dureté du muscle contracté vient de la tension de ses fibres et non pas de l'épaississement de sa masse. Cette masse devient, au contraire, plus molle pendant la contractron, comme on l'a prouvé par des expériences. L'état électrique se modifie pendant la contraction. Un muscle en repos est toujours positif dans le sens de sa longueur, tandis que sa section transversale, qu'elle soit naturelle ou produite arlificiellement, est toujours négative. 11 y a, par conséquent, dans le muscle un courant continuel et faible qui va des côtés positifs de la molécule aux extrémités négatives. On peut imiter avec les muscles la construction d'une pile galvanique en disposant des masses musculaires, comme, par exemple, celle de la cuisse d'une grenouille, de telle façon que la section transversale d'un des morceaux du muscle touche la surface extérieure du morceau voisin. Une pile formée ainsi au moyen de muscles vivants, produit les mêmes mêmes effets qu'une faible pile ordinaire qui fciit contracter une cuisse de grenouille préparée. Dans les muscles contractés, au contraire, le courant moléculaire est si affaibli, qu'on peut à peine en constater la présence.

La contraction volontaire dépend de l'influence des nerfs qui se distribuent dans les muscles et dont les tubes primitifs passent entre les fibres musculaires. Les extrémités de ces tubes se fondent dans la masse rnuscu'aire de la manière que nous avons déjà décrite. Aussitôt qu'un nerf musculaire est coupé, ce qui détruit sa communication avec le système nerveux central, l'influence de la volonté sur le muscle disparaît, comme nous l'avons déjà dit plus haut. Si l'on irrite alors l'extrémité périphérique du nerf qui communique encore avec le muscle, ce dernier se contractera comme si la volonté adssait sur lui. Si on

laisse en repos le membre paralysé par la section des nerfs, l'irritabilité disparaît peu k peu du tronc nerveux vers la périphérie. Dans le commencement, le muscle se contracte toutes les fois que Ton pince le tronc nerveux; un peu plus tard, le courant de la pile seul, qui est l'appareil irritant le plus énergique par rapport aux nerfs musculaires, produit des contractions. Quelque temps après, il faut appliquer la pile sur les rameaux nerveux plus fins si l'on veut obtenir un résultat. A la fin, il faut que le muscle lui-même soit en communication avec les fils de la pile pour se contracter encore faiblement. Ces contractions même finissent par disparaître; le muscle devient alors inactif, et ne réagit plus en aucune façon.

La nutrition des muscles qui ont été paralysés par une cause quelconque, se fait plus ou moins difficilement ; les muscles deviennent pâles, flasques et disparaissent peu à peu. On connaît même des cas, dans lesquels des muscles ont été changés complètement en graisse et détruits. On observe sur les membres dont les nerfs ont été coupés, les mêmes phénomènes que sur rindividu vivant qui développe ses muscles par l'exercice, ce qui facilite leur nutrition. Si l'on fait passer journellement des courants galvaniques k travers des membres paralysés, ce qui produit des contractions et maintient les muscles en activité, l'irritabilité se maintiendra beaucoup plus longtemps, elle ne disparaîtra même pas, et le muscle sera toujours nourri, il ne pâlira pas et ne diminuera pas.

Les faits observés nous prouvent déjà que l'irritabilité de la fibre musculaire constitue un phénomène vital particulier à cette fibre. Cette irritablité ne peut être mise en activité que par l'influence nerveuse. On peut se convaincre encore plus facilement de cette circonstance, en examinant l'influence produite sur l'irritabilité quand la nutrition du muscle est arrêtée. Un animal auquel on fait une ligature à l'artère abdominale, marche au commencement avec facilité, mais il chanaelle au bout de peu de temps, et ses deux pattes de derrière sont bientôt paralysées de la même façon que si on en avait coupé les nerfs. Dans le

commencement, on arrive encore à obtenir des contractions dans les muscles des extrémités au moyen d'irritations galvaniques, mais bientôt on n'y parvient plus. Si l'on fait des expériences comparatives sur le même animal, en arrêtant l'afflux sanguin nutritif d'une patte et en sectionnant les nerfs de l'autre patte, on trouve que l'irritabilité disparaît bien plus vite dans la patte, dont on a fermé les vaisseaux sanguins en empêchant complètement l'arrivée du sang, qu'elle ne disparaît dans la patte paralysée par la section du nerf.

La contractilité est donc une faculté vitale inséparable de la fibre musculaire, et qui ne lui est pas transmise par les nerfs. Les nerfs servent seulement à soumettre les muscles à Tinfluence de la volonté ; l'impulsion donnée par le système nerveux central se communique aux muscles pour y provoquer les contractions. Des expériences exactes faites récemment, ont prouvé qu'en effet les muscles présentent une contractilité indépendante sous l'influence d'une irritation mécanique, dune pression ou d'un attouchement avec le manche d'un couteau, et que cette irritabilité dure encore lorsque la conductibilité des nerfs a complètement disparu. Cette contraction, dite idio-musculaire, ressemble alors, par son augmentation et sa diminution graduelle, aux contractions que l'on observe dans les muscles non soumis à la volonté. On peut la distinguer facilement de la contraction produite par les nerfs, qui se fait instantanément, et a été distinguée sous le nom de contraction névro-musculaire.

Si nous nous demandons quelles sont les conditions mécaniques réalisées dans le corps pour permettre les mouvements, nous trouvons avant tout une relation facile à prévoir entre les os et les muscles. Les premiers peuvent être regardés comme des points d'appui ou des leviers auxquels s'attachent les muscles, représentant des sortes de cordes de traction. On voit souvent se produire la relation suivante : selon le besoin ou le hasard, un 03 servira de point d'appui à un autre os articulé sur lui qui entrera en mouvement, tandis que pour exécuter un moment plus tard un autre mouvement, l'os ayant servi comme point

(l'appui se déplace, en s'appuyant lui-même sur l'autre os qui est tenu immol)ile. Si, étant assis, nous soulevons en la tenant étendue la jambe qui repose par terre, le bas de la jambe aura pour point d'appui dans ce mouvement la cuisse, qui repose sur le siège. Si, au contraire, on se lève, le bas de la jambe présentera un point d'appui solide sur lequel se mouvra la cuisse, et le corps sera ainsi soulevé. Rarement se présentent des rapports comme sur les muscles de la face, dans lesquels il n'y a qu'une extrémité qui soit attachée solidement aux os, tandis que l'autre aboutit à la peau ou à des parties mobiles et molles. On ne peut donc obtenir de mouvement qu'à une seule extrémité de ces muscles, quand ils se contractent. Enfin, il y a quelques muscles assez rares dans le corps humain, qui constituent des cercles complets et servent à ouvrir et à fermer quelques ouvertures. On en trouve aux paupières, à la bouche et cà Tanus. L'ouverture toute entière, peut être resserrée par une contraction uniforme et venant de tous les côtés à la fois.

Des considérations mécaniques curieuses se rattachent à la façon dont les muscles sont fixés aux os. Les os jouent dans la plupart de nos mouvements le rôle de leviers, et les lois de leur mouvement sont exactement les mêmes que celles qui régissent les leviers de la même espèce-^ que nous construisons en mécanique. L'avant-bras forme un levier dont le point d'appui est placé au coude, et dont les cordes de traction, les muscles avec leurs tendons, sont tendues entre le point d'appui et l'endroit où Ton a placé les poids à soulever. Il serait trop long d'entrer ici dans les détails sur les lois du levier, qui appartiennent à la statique et à la mécanique pure, et sont cependant du domaine de la physiologie parce que ces mêmes lois se trouvent ap|)liquées dans le corps. Nous rappellerons seulement ici ce qui ressort de l'exemple que nous de venons donner, c'est que les muscles de notre corps réalisent, en général, les conditions mécaniques les moins favorables pour la production seule de la force ; lorsque nous voulons soulever un poids avec le moins de force possible, nous le plaçons sur un bras de levier

LES MOUVEME>TS. 4i3

très-court, en appliquant la force sur un bras de levier très-long. Si nous voulons remuer une pierre qui ne céderait pas aux efforts réunis de dix hommes, nous introduisons sous elle l'extrémité d'une longue perche, et nous appuyons cette perche sur une petite pierre placée dans le voisinage immédiat de Tautre pierre; nous appliquons ensuite notre force à l'autre extrémité très-allongée de la perche. Si nous voulons soulever un poids avec un levier du second genre, en épargnant de la force, nous plaçons le poids au^si près que possible du point d'appui du levier, et nous tirons à l'autre extrémité. La nature a fait tout le contraire dans le corps, les muscles sont en général adaptés de telle manière qu'ils doivent dépenser une force immense, pour produire un fort petit résultat. Nous connaissons ces faits par l'expérience journalière. Un sac que nous portons à la main, en courbant le bras, nous fatigue bien vite. Si nous le plaçons sur le milieu de l'avant-bras il nous fatigue bien moins, et nous pouvons enfin le porter avec le coude, pendant un nombre d'heures égal au nombre de minutes pendant lesquelles nous le portions à bras tendu. On a calculé ces relations avec beaucoup d'exactitude, et l'on a trouvé que les muscles du mollet d'un homme qui se tient sur la pointe d^s pieds, doivent développer 80 fois plus de force qu'il n'est nécessaire. Les muscles du mollet supportent donc, dans cette position au lieu de 140 livres que nous prenons pour le poids moyen d'un homme adulte, un poids de 11, '200 livres. On voit, par cet exemple, que l'on pourrait appuyer de beaucoup d'autres, que la nature n'a pas cherché à épargner de la force, et que les avantciges minimes qu'elle obtient par la formation de protubérances et de saillies, ne peuvent pas combattre la dépense excessive de force.

Il est ordinairement du ressort de notre volonté de mouvoir un muscle seul, ou en même temps avec quelques autres. Beaucoup de mouvements, les plus importants surtout, dépendent de cette action simultanée et combinée de certains muscles, et d'une contraction successive et régulière d'un muscle après l'autre. Cette suite régulière de mouvements isolés, qui doivent produire

un mouvement combiné unique, demande ordinairement un certain exercice, surtout lorsque le mouvement doit être continu et non pas saccadé. Bien peu de gens peuvent faire tourner en cercle, au bout de leur bras tendu, un verre plein d'eau sans répandre quelques gouttes. Il faut, pour produire ce mouvement, une transmission graduelle de la volonté d'un muscle à un autre, qui empêche tout mouvement brusque et tout arrêt. On peut arriver à réaliser ces conditions avec de l'exercice. 11 y a cependant certains mouvements combinés qui semblent dès l'abordj-eliés intimement entre eux, et que la volonté ne peut arriver à décomposer. Mais dans la plupart des cas, ce n'est que par l'habitude que nous arrivons à produire les mouvements combinés les plus ordinaires : nous apprenons à courir, à marcher et à nager après de longs efforts. Nous arrivons aussi à décomposer, dans leurs contractions particulières et isolées, ces mouvements combinés Qt acquis par l'exercice. La plupart des hommes ne peuvent, en étendant la main, courber isolément l'annulaire ou le petit doigt, mais ils apprennent bientôt, lorsqu'ils sont appelés à jouer du piano à se servir de chaque doigt isolément. Chaque exercice durable produit, pour certains mouvements, un retour habituel de leurs diverses combinaisons qui devient peu à peu inconscient. Mais ces combinaisons peuvent être facilement détruites, quand on s'habitue à faire d'autres mouvements combinés. L'habileté de certains ouvriers dans les divers métiers repose, en grande partie, sur cette loi fondamentale de la formation graduelle de certaines combinaisons de mouvements. L'ouvrier qui veut apprendre un métier auquel il est complètement étranger, ne sera jamais dans le premiers temps, même avec la meilleure volonté et les plus grands efforts, aussi habile que l'ouvrier expérimenté qui pratique le même métier depuis des années. Le premier est obligé de produire les combinaisons de mouvements, en dirigeant sa volonté sur chaque muscle l'un après l'autre, et de faire, par conséquent, à côté du travail mécanique, un travail intellectuel indispensable, tandis que le second exécute les mouvements combinés dans leur série régulière,

d'une manière presque inconsciente, sans avoir besoin pour cela d'une attention particulière.

Parmi les mouvements combinés les plus ordinaires, il y a la marche, dont on a étudié les conditions mécaniques au moyen de recherches très-consciencieuses. Lorsqu'un soldat se tient immobile et droit au commandement de : « Garde à vous! » son corps repose sur les deux jambes placées ainsi que des colonnes, la ligne de gravitation passe alors entre les deux talons; mais on peut regarder comme une position plus naturelle, moins fatigante et peut-être moins forcée, la position lianchée dans laquelle le corps repose bien encore sur les deux jambes, mais un peu plus sur l'une que sur l'autre. Le corps s'appuie alors sur la jambe que l'on tient en arrière, tandis que l'autre que l'on avance ne s'appuie que légèrement sur le sol. La ligne de gravitation se trouve alors sur le pied de la jambe placée en arrière, au lieu de passer entre les deux talons. La marche repose sur le fait que le corps est alternativement soutenu par l'une et l'autre jambe. Les jambes, pendant l'exercice de la marche, changent de position et se meuvent en avant. Lorsqu'on fait deux pas, la jambe gauche et la jambe droite avancent alternativement; c'est ce qui constitue la marche. C'est d'abord la jambe droite qui soutient le corps pendant que l'autre se porte en avant, puis c'est la jambe gauche. La jambe qui se meut en avant se courbe un peu à l'articulation du genou, ce qui l'empêche de toucher le sol pendant la durée de ce mouvement. Elle se porte ainsi en avant comme un pendule, et n'est soutenue que par la pression de l'air. Pendant ce temps, la jambe qui touche le sol se courbe, et le corps tombe pour ainsi dire en avant. Mais avant que le corps ne tombe réellement, l'autre jambe a terminé son mouvement de pendule, et soutient à son tour le corps, appuyée sur le sol. On lève alors la jambe laissée en arrière, le talon se détache le premier du sol, puis le reste du pied. Cette tension du pied au moment où il se sépare du sol communique au corps un certain élan et le projette ainsi en avant. Le corps, pendant ce mouvement, s'appuie sur la jambe qui a été soulevée la première, et,

pendant ce temps, la seconde accomplit son mouvement de pendule, et vient soutenir le corps au moment même de sa chute probable.

Cette analyse de la marche de l'homme nous prouve que le corps tombe continuellement en avant, et qu'il est constamment arrêté dans sa chute d'une façon tout aussi régulière par les mouvements de balancier de la jambe que par l'appui que trouve le pied sur le sol. Il y a donc dans la marche une alternance entre deux temps différents. Dans le premier temps, le corps appuyé sur une jambe se projette en avant, et dans le second tenq)s, il s'appuie sur les deux jambes à la fois. Le second temps est d'autant plus durable et le corps repose plus longtemps sur les deux jambes à la fois, que la marche est plus lente. Plus on marche vite, plus ce temps devient court et il est réduit à zéro quand on se met à courir. La course se distingue de la marche parle fait qu'il n'y a toujours qu'une seule jamb'e qui soutient le corps et que les deux pieds se relaient l'un l'autre complètement, l/un des pieds abandonne le sol à l'instant même où l'autre vient s'y appuyer. Les mouvements de projection du corps sont naturellement bien plus forts pendant la course, et cette vitesse acquise fait qu'il est d'autant plus difiicile de s'arrêter lorsque l'on court, que la course est plus rapide. Lorsque la course devient très-rapide, il y a même un instant où le corps reste suspendu dans l'espace sans soutien d'aucune sorte, il est par conséquent projeté en avant comme lorsque l'on saute. La course est donc une transition entre la marche et le saut, et nous distinguons ces mouvements par la seule raison que dans la course nous combinons une suite de petits sauts peu élevés pour [)roduire un mouvement horizontal dans son ensemble, tandis que le saut indique un effort unique et [)lus grand dans lequel nous ployons les différentes articulations du pied et même du corps tout' entier, pour les détendre ensuite subitement comme des ressorts. Cette action connuunique au corps un mouvement de projection considérable et les jambes ne font que suivre ce mouvement. L'élévation verticale que peut

atteindre le corps dans le saut, n'est cependant pas si considérable qu'on pourrait le croire au premier abord. Un sauteur expérimenté peut sans se servir de trapèze ou d'autres appareils dont Télasticité augmente la force de projection, sauter par dessus une barrière ayant même hauteur que lui. Cette hauteur semble considérable, mais lorsque nous nous rappelons que dans un saut de ce genre nous attirons les jambes vers le corps, de sorte que la hauteur du saut est diminuée de toute la longueur des jambes, notre étonnement est bien moins grand. La hauteur verticale à laquelle un homme peut projeter son corps ne dépasse pas cinq pieds. Il ne faut donc pas apprécier la hauteur d'un saut d'après l'obstacle à franchir, mais d'après la hauteur qu'atteint le sommet de la tète du sauteur. La différence entre la grandeur de l'individu debout et la hauteur qu'atteint sa tête lorsqu'il saute, donne la mesure exacte du saut. Il en est de même pour les animaux. Il suffit, en effet, d'observer un chevreuil ou un cerf qui saute par dessus une haie. Les jambes de devant sont rabattues entièrement sur le ventre ou étendues droites en avant ; les jambes postérieures, après avoir donné rimpulsion, s'étendent complètement en arrière, ce qui fait que toute la partie inférieure de l'animal forme une ligne horizontale. Si l'on admet qu'un cerf a des jambes de deux mètres de long, il sautera par dessus un obstacle de quatre mètres de haut, si son corps ne fait qu'un mouvement vertical de deux mètres. On admet en moyenne que la longueur d'un pas est de deux pieds ou de 65 centimètres. La marche plus rapide ainsi que la course n'est pas produite i)ar un allongement du pas, mais bien par son accélération, la même distance se parcourt ainsi avec une perte de temps bien moins grande. On a calculé que le soldat français fait 76 pas par minute dans la marche ordinaire, tandis qu'il en fait 100 au pas accéléré et 116 au pas de course. Il en résulte que le soldat parcourt une distance de deux pieds et demi par seconde dans la marche ordinaire, tandis qu'il parcourt 5 1/2 pieds par seconde au pas de course. Des coureurs exercés peuvent parcourir, dit-on, 14 et même 50 pieds par seconde. C'est là une

vitesse qui alleint presque celle des meilleurs chevaux. Il est facile de concevoir que les mouvements se font dans ce cas d'une autre manière que dans la marche normale décrite plus haut. Le halancement de la jamhe ne peut plus entrer en ligne de compte et doit être remplacé par la force musculaire. Le temps qu'il faudrait en effet pour que la jambe accomplît un mouvement de pendule, serait dans ce cas beaucoup trop long. Cependant lorsqu'on examine plus particulièrement la structure du pied de l'homme, on voit que l'homme n'est pas destiné à courir beaucoup. C'est pourquoi on ne trouve pas de profession qui se base sur un mouvement de ce genre.

Il serait trop long d'examiner ici les autres mouvements de l'homme avec autant de détails que celui de la marche. En prenant pour exemple ce mouvement combiné, le mieux connu de tous d'ailleurs, nous avons voulu montrer de quelle manière se font les combinaisons de mouvements. Cet examen nous prouve en même temps, que la volonté peut avoir une intluence importante sur les mouvements combinés, qu'elle est en effet capable de modifier séparément chacun des temps de ces mouvements. Il y a cependant certaines combinaisons de mouvements sur lesquelles la volonté n'a que peu d inlluence. On remarque dans cette catégorie, les mouvements respiratoires et les mouvements de déglutition. Nous pouvons respirer lentement et vite, d'une manière profonde ou superficielle, retenir ou accélérer notre respiration, aussi bien que marcher, courir ou sauter. Mais il nous est impossible d'arrêter complètement notre respiration, de supprimer tous les mouvements respiratoires, même quand ce ne serait que pour quelques minutes. Si l'on arrête un peu la respiration, on voit se produire des battements de cœur, un tremblement général et des angoisses, et quelque effort (jue fasse la volonté, elle finit par céder et la respiration recommence de nouveau. Il en est de même pour les mouvements de déglutition; nous pouvons avaler quand nous voulons, mais lorsqu'un aliment a une fois atteint les parties postérieures du gosier, nous l'ingurgitons involontairement

malgré tous les efforts que nous puissions faire pour le retenir.

Si dans le groupe de mouvements combinés que nous venons de citer, la volonté joue encore un certain rôle, et si la limite de son influence peut même varier suivant les circonstances et être étendue par un exercice constant, il y a, au contraire dans le corps, toute une série de mouvemenls entièrement indépendants de notre volonté. Les mouvements du cœur, des intestins, des canaux excrétoires des glandes appartiennent à cette classe de mouvements involontaires, produits en général par des fibres particulières, qu'on appelle les fibres musculaires lisses. Le cœur possède encore des fibres musculaires striées et semblables aux fibres des muscles volontaires. L'intestin et les canaux des glandes, au contraire, ne présentent que des fibres primitives simples qui ne sont pas réunies en faisceaux ni engagées dans une gaine ; elles n'ont par conséquent pas non plus de stries transversales. Nous avons déjà vu que le mouvement involontaire a des rapports particuliers avec le système nerveux central et avec ses extrémités périphériques, par suite de la disposition spéciale du système nerveux sympathique. La continuation régulière des mouvements vermiculaires de haut en bas des intestins et des canaux glandulaires, les contractions du cœur des oreillettes vers les ventricules, sont le produit de mouvements combinés et nécessaires semblables à ceux que nous venons de mentionner à propos des muscles volontaires.

Les tables tournautes et les esprits frappeurs ont attiré dans ces derniers temps l'attention sur une série de phénomènes qui dépendent de l'activité du système musculaire. La volonté a sur les muscles la même influence que le courant de la pile, elle sert d'excitatif pour produire une contraction. Chaque mouve* vement continu que nous voulons produire, chaque contraction musculaire duiable'est, pour ainsi dire, le produit d'une suite de petites contractions, dont la sphère d" activité ne dépasse pas la limite que nous lui avons prescrite. La contraction durable d'un muscle ou d'un groupe de muscles, est donc semblable au tétanos qui se produit sous l'influence dune machine électrique

à rotation, ou d'un moteur à électro-aimant. Les différentes secousses qui produisent dans ce cas des contractions, se suivent trop raipidement pour permettre entre elles un relâchement du muscle. La contraction durable d'un muscle est aussi le produit d'une série d'impulsions volontaires qui se suivent en un espace de temps très-court et s'ajoutent les unes aux autres, de telle façon que le muscle ne peut se reposer pendant cette action. On peut s'en convaincre très-facilement en maintenant l'état de contraction, jusqu'à ce que la fatigue s'ensuive. L'irritabilité des muscles, la conductibilité des nerfs et l'activité de la partie du cerveau d'où part la volonté, s'épuisent à la longue, et au lieu d'un tétanos durable, on voit se produire des crispations alternatives. Les différentes impulsions de la volonté deviennent plus lentes, le muscle leur obéit moins facilement, le mouvement auparavant continu devient saccadé, et montre qu'évidemment il est formé de la réunion d'une série de contractions distinctes. Si la fatigue devient encore plus grande, il faut une action énergique de la volonté pour faire disparaître ces contractions alternatives. La partie du cerveau qui préside à la volonté, entre alors dans un état de surexcitation maladive.

En se servant de ces mouvements insensibles qui se suivent rapidement à de courts intervalles, et en utilisant les contractions simultanées que produisent plusieurs personnes, on parvient à réaliser des effets de force considérables ; c'est là ce qui arrive aux gens inexpérimentés et naïfs qui essayent de faire tourner des tables. La table ne se met en mouvement qu'après un certain temps ; il faut attendre ce moment en maintenant les mains étendues dans une position très-incommode, jusqu'à ce que les membres soient fatigués. Cette première période de fatigue se caractérise par des chocs et des contractions musculaires qui se suivent à des intervalles appréciables. Toutes les prescriptions en usage, suivant lesquelles on doit avoir les doigts aussi écartés que possible, en formant une chaîne par l'attouchement des doigts et en prenant une position penchée sur la table, etc., n'ont été inventées que dans le but de produire plus rapidement la

LES MOrVEMEÎsTS. 4ol

période de fatigue et de détourner Tattention de l'action musculaire en la fixant sur des phénomènes secondaires. Les tremblements involontaires entrent en jeu, et tous ces petits effets de forces se transmettent à la table en lui imprimant une certaine direction. C'est là un fait assez clairement prouvé pour qu'il ne soit pas nécessaire d'entrer dans de plus nombreux détails à ce sujet. Aujourd'hui, la démonstration de ces effets purement mécaniques est si bien donnée, quil est inutile d'insister davantage.

Mais à cet élément purement mécanique vient s'ajouter un autre facteur important, surtout lorsqu'il s'agit de personnes expérimentées et exercées, à savoy' l'influence inconsciente de notre volonté sur nos mouvements : c'est là le premier anneau d'une chaîne de phénomènes dont le dernier est le somnambulisme. Chaque impulsion volontaire fortement accentuée exerce une telle influence sur nos actions, qu'elle peut même, d'une façon inconsciente, diriger jusqu'à un certain point nos mouvements. Cette influence inconsciente de la volonté est d'autant plus manifeste que les individus ont les nerfs i)lus faibles. C'est pour cela que les tables peuvent, en frappant, manifester les idées et les pensées des personnes se livrant à cette occupation et cela d'une manière fort étonnante pour quiconque n'est pas au courant de la physiologie des nerfs. Mais il est facile de prouver que les réponses des tables ne sont que les reflets des pensées de la personne qui domine dans le jeu. Chacim sait que les tables ne parlent et ne répondent que dans une langue que tous les assistants, ou au moins l'un d'entre eux, peuvent comprendre. Elles restent, au contraire, muettes, ou ne donnent que des lettres incompréhensibles quand on veut leur faire parler arabe ou russe dans une société composée de Français.

Ce sont là les causes très-simples de phénomènes qui ont fait tourner la tète à bien des gens. Triste spectacle, qui nous prouve que, malgré les lumières dont se vante notre siècle, l'inintellio"ence et l'incapacité de comprendre les faits tels qu'ils sont et de les examiner dans leur essence, prédominent toujours dans la grande majorité des hommes, et formeront toujours un

sabot au cliar du progrès. On a pu se convaincre, à celte occasion, que les idées extravagantes prennent d'autant plus d'extension et sont d'autant plus difficiles à extirper, qu'elles s'éloi,^nent davantage de la saine raison. Le principe de saint Augustin, Credo quia absurdinn^ guide toujours inconsciemment les foules, qui se croient instruites, mais dont l'instruction entière repose sur des bases fausses.

Je ne parlerai pas des petites supercheries qui ont lieu dans ces amusements de famille, et encore moins des grandes représentations des Hume, Davenport et autres. Quant aux petites comédies de famille, elles peu.vent être mises en jeu d'autant plus facilement, quon prend moins garde aux acteurs qui se donnent pour mission de tromper des parents et des amis sans esprit de critique. Je sais, par expérience, que ce sont surtout les jeunes filles, pendant leur évolution, les meilleurs « médiums » qu'on puisse employer pour des jdaisantcries de ce genre. H suffit de quelques études, faites dans le domaine des simulations et des tromperies exercées sur des médecins par trop crédules, pour savoir quel trésor inépuisable d'espièglerie est souvent enfoui dans le cœur des jeunes filles de cet âge, si innocentes qu'elles puissent paraître.

En terminant cette lettre, nous parlerons encore d'un phénomène particulier dont nous connaissons seulement rexistence sans pouvoir nous faire une idée très-nette de son utilité. Je veux parler des mouvements vibratiles.

La muqueuse du nez, la trachée-artère, les parties génitales internes de la femme sont couvertes d'une couche particulière d'épithéliums formés de petites cellules dont chacune supporte une quantité de cils vibratiles excessivement fins et continuellement en mouvement. 11 n'y a que la destruction de la cellule ou des cils qui puisse arrêter ce mouvement, toute autre influence manque d'efficacité. Les cils ne dépendent ni du système nerveux ni de la circulation^ et les cils des cellules, arrachés au corps et isolés, vibrent aussi longteujps que la cellule n'est pas décomposée. Le mouvement vibratile est très-répandu

LES MOUVEME>'TS. 453

aans le règne animal, et l'on peut presque dire que Ton trouve d'autant plus de cils yibratiles sur un animal et que l'importance de leur mouvement pour l'économie du corps est d'autant plus considérable, que l'animal est placé plus bas dans l'échelle des êtres. Ce phénomène ne se remarque, d'ailleurs, pas seulement dans le règne animal. Les spores de la plupart des plantes aquatiques inférieures, des algues et des fucus, par exemple, présentent aussi une Fig- 66. — Cellules vibra-

, , ., ., ., . , „ , lilesisolées. — rt, i>, co-

couclie de cils vibratiles qui les lont mou- niques; c, renflée, à voir très-rapidement et en tous sens dans queue courbe; f/, aiion-

,, p , 1 1 . • 1 gée à double novau et

1 eau. Les mouvements ressemblent, indu- longue queue. bitablement, à ceux qui ont un but ; on pourrait croire qu'ils sont volontaires. Le mouvement volontaire au moyen d'organes moteurs particuliers était, jusque dans nos temps, le principal critérium servant à distinguer les animaux des plantes dans le domaine des êtres les plus inférieurs ; mais, par ces spores, ces deux types organiques, ordinairement si différents, semblent se donner la main. Les observations modernes ont détruit cette dernière distinction, autrefois si facile à faire. H est impossible de distinguer, par le mouvement seul, la spore d'une algue d'un infusoire de couleur verte. Ce n'est que lorsqu'on voit la spore de l'algue se déposer et s'allonger en un filament que l'on reconnaît sa nature végétale. On peut trouver la preuve de ce fait en examinant le livre du plus grand observateur d'infusoires des temps modernes. Ce livre est rempli de descriptions d'organismes végétaux qu'il a pris pour des infusoires.

Chez beaucoup d'animaux inférieurs, les cils vibratiles sont les seuls moyens de locomotion ; chez d'autres, ils servent à nmener la nourriture vers la bouche, h faire circuler les aliments dans l'intérieur du tube digestif et le sang dans l'intérieur des vaisseaux ; ils servent aussi à maintenir en circulation l'eau indispensable cà la respiration au moyen des tourbillons qu'ils produisent sur la surface des branchies et de la peau. Il doit y avoii^

aussi un courant continuel à la surface des muqueuses vibratiles de l'homme, car les cils qui se trouvent sur une membrane battent toujours dans le même sens. On a cru que ce courant pouvait pousser la mucosité vers l'extérieur et qu'il servait sur d'autres membranes à faire passer des liquides ou de petits corpuscules de l'extérieur à l'intérieur; mais on a trouvé, en général, que le courant allait dans le sens opposé à celui que le but supposé réclamait. Nous ne savons jusqu'à présent pourquoi ces cils se ti'ouvent sur certaines muqueuses, tandis que d'autres en sont dépourvues ; nous ne pouvons faire que des suppositions sur la fonction qui leur est échue.

LETTRE XYII

La perfectibilité illimitée du genre humain et la marche ascendante et progressive de sa civilisation ne sont dues, au fond, qu'à la faculté que possèdent les hommes de communiquer à leurs semblables leurs pensées au moyen de la parole. Ces pensées deviennent ainsi la pi'opriété de tous, tandis que chez les animaux elles restent, même dans le cas où elles seraient élaborées, la propriété d'un seul individu, disparaissant avec la mort de celui-ci et n'ayant, par conséquent, aucune influence sur la perfectibilité de l'espèce. Je n'irai pas jusqu'à dire que les animaux soient incapables de se communiquer des pensées plus ou moins complètes suivant leurs aptitudes particulières; je crois qu'au contraire la parole des animaux, loin d'être du domaine de l'imagination pure, existe en effet, mais qu'elle est aussi limitée que la langue du crétin qui ne peut communiquer à ses semblables que les faits et les phénomènes les plus ordinaires au moyen de certains mouvements et de certains sons. Les fameux chiens Scipion et Bragance sont des créations toutes poétiques, mais quel chasseur n'a vu ses chiens se concerter sur une chasse en commun? Lorsque deux de ces derniers quittent le chenil ensemble, marchant d'abord à petits pas, Tun à côté de l'autre, la tête

baissée et le nez au vent; lorsqu'ils se séparent ensuite tout à coup, l'un d'eux s'en allant directement sur une passe connue du gibier, tandis que l'autre parcourt la foret et chasse les lièvres à haute voix vers l'endroit où les attend son canriarade, peut-on nier, dans ce cas, que les chiens ne se soient entendus d'avance et aient décidé que l'un chasserait tandis que l'autre irait se mettre à l'affût à un endroit déterminé?

Les recherches de Huber sur les fourmis ont prouvé que ces petits animaux si intelligents ont un langage de signes tout aussi complet que le langage des sourds-muets. Les sons qu'émettent beaucoup d'animaux s'adaptent très-bien à leurs habitudes. Chez les uns, ils servent à avertir, chez les autres, à appeler; ils peuvent ainsi transmettre à leurs semblables une série assez longue de sensations et de sentiments intimes. Nous ne comprenons pas ce langage de signes et de sons, parce que nous ne sommes pas habitués, pour la plupart du temps, à reconnaître l'importance de chacun de ces signes par un examen et une analyse consciencieuse. L'étranger qui entre dans une institution de sourds -muets ne peut saisir davantage les conversations des élèves que le maître comprend trèsbien. Si l'on examine le développement du langage et des caractères de l'écriture qui y correspondent d'après les données historiques, ou si l'on examine le développement du langage de l'enfant depuis sa naissance, on verra que dans le règne animal on retrouve la même gradation dans le développement des différents moyens qui servent à communiquer les pensées. Chez l'animal, ces moyens de communication s'arrêtent à un degré beaucoup plus bas que chez l'homme, car ils sont représentés seulement par des signes et des sons inarticulés. Ceci dépend d'ailleurs du développement intellectuel qui est beaucoup moins élevé chez l'animal. La parole de l'homme n'est donc pas pour lui un avantage absolu et dépendant de la forme du larynx, de même que la peinture et la sculpture ne dépendent pas de la conformation particulière de la main. Il n'y a d'ailleurs pas une seule fonction du corps humain et, par conséquent, aucune ac-

tivité de l'àme qui soit l'apanage de l'homme seul et qui puisse le distinguer d'une manière absolue de tous les autres animaux. La supériorité de l'homme réside dans la réunion bien combinée des facultés et dans le développement plus grand des facultés animales.

Fig. 07. — Coupe (le la tête luontraut la position des organes de la voix. — a, lèvres; a', cloison du nez; b, palais osseux; c, langue; d, voile du'palais; e. luette; f, ouverture nasale postérieure; g, pharynx; h, épiglolte; i, glotte; /.-, cavité ouverle du larynx; /, œsophage.

C'est le larynx^ que l'on appelle ordinairement aussi la pomme d'Adam, qui est l'organe vocal ; il forme chez le mâle une proé-

minence appréciable à la partie antérieure du cou, et la tradition raconte qu'Adam, en mordant la pomme, se défendit énergiquement contre les insinuations d'Eve, jusqu'à ce que celle-ci lui ait poussé la pomme dans la bouche. Un morceau de cette pomme s'engagea dans la trachée-artère et y resta. Le larynx représente la partie supérieure de la trachée-artère ; il s'ouvre par une fissure longitudinale, la (jlotte, dans la partie postérieure du gosier et à la racine de la langue. Si on regarde dans une glace le fond de la bouche ouverte en comprimant fortement la langue au moyen d'une cuiller, on voit au fond du gosier et des deux côtés deux prolongements membraneux et placés en ogives, les arcs palatins^ qui peuvent s'avancer vers le milieu et se retirer ensuite. Depuis le haut du palais peut s'abaisser aussi un rideau membraneux muni au milieu d'un prolongement mobile et en forme de crochet, le voile du palais avec la luette. Ces formations, placées au fond de la bouche, la ferment ordinairement presque complètement quand elle est close. En arrière on trouve une cavité spacieuse, le gosier^ dans lequel aboutissent la trachée- artère au moyen de la glotte en avant, .'œsophage en arrière et les cavités nasales par leurs ouvertures postérieures en haut. C'est en cet endroit que se croisent les deux routes que doivent parcourir l'air d'un côté et les aliments de l'autre. La route normale de la respiration passe par le nez, le larynx et la trachée-artère ; la route normale pour les aliments par la bouche, le gosier et l'œsophage. Quand la respiration est tranquille, le courant aérien est séparé eri avant de la cavité buccale par les formations mobiles du palais, et n'arrive donc pas dans la roule des aliments. Pendant la déglutition, un petit couvercle en forme de soupape, Yépiglotte, recouvre la glotte et empêche les aliments de passer dans la trachée-artère. La voie respiratoire peut être ainsi fermée pendant que les aliments passent pour aller dans l'œsophage qui s'ouvre derrière la trachée-artère. Lorsque nous émettons des sons 'articulés, les deux voies sont ouvertes dans leur partie antérieure, et les parties mobiles du palais, de la langue et de la bouche prennent une

large part à la formation et à la modification de certains sons et de certaines lettres. Examinons avant tout les conditions nécessaires à la production des sons, et nous verrons ensuite jusqu'à quel point les sons formés peuvent être utilisés par le langage.

Le larynx est formé par la partie supérieure de la trachéeartère qui est dilatée en cet endroit. Les anneaux cartilagineux de la trachée-artère la maintiennent toujours ouverte ; le larynx est composé de plusieurs cartilages mobiles retenus par des ligaments nombreux.

Ces cartilages peuvent être mis en mouvement soit isolément, soit dans Içur ensemble, par des muscles, ce qui donne au larynx, au total aussi bien qu'à ses parties, une grande motilité. Il avait été jusqu'à présent très -difficile d'étudier les conditions physiques de cet organe au moyen de l'expérience ; ce n'est que par les études consciencieuses et suivies de plusieurs observateurs récents que l'on a pu triompher de ces difiicultés ; par l'emploi du laryngoscope surtout, on a pu se faire une idée, il est vrai, ' '

encore assez incomplète, de l'activité du larynx.

On trouve placé sur le premier anneau de la trachée-artère un anneau cartilagineux complet : le cartilage crkoide, qui est

Fig. 08. — Coupe verlicale et transversale du larynx montrant la partie antérieure de la cavité depuis l'intérieur. — 1, os livoïde coupé; 2, cartila-e thyroïde; o, cartilage annulaire ; 4, premier anneau de la trachéeartère; 5, membrane entre l'os hvoïde et le cartilage thyroïde; 6, épiglotte; 7, saillie en creux dans la cavité laryngéenne supérieure embrassée par A; 8, cordes supérieures; B, cavité laryngéenne moyenne (poche de Morgagni) ; 9, cordes vocales proprement dites; C, cavité larvngéenne inlérieure.

aminci en avant et élargi en arrière, ce qui lui donne la forme d'une bague munie d'un cachet. Dans cet exemple, le cachet serait tourné vers l'œsophage et la colonne vertébrale, et la partie amincie de la bague vers l'extérieur. Sur cet anneau repose en avant et en haut un grand cartilage triangulaire qui est formé de deux pièces latérales ayant l'apparence de deux triangles irréguliers ; c'est le cartUage thyroïde, et la partie antérieure et saillante dans laquelle se réunissent les deux ailes latérales du cartilage forment la proéminence que l'on remarque sur le cou des individus du sexe masculin. A la partie postérieure de ces deux ailes du thyroïde, et placés entre elles et la partie élargie du cricoïde, se trouvent deux petits cartilages très-mobiles, les aryténoides, qui donnent ainsi une forme arrondie à la partie supérieure du larynx. Au-dessus du thyroïde se trouve V épiglotte, qui est placée verticaUnnent. L'épiglotte, en s'abaissant d'avant en arrière, peut fermer la partie supérieure du larynx, ouverte par une fente longitudinale, qui est appelée la glotte. Les organes essentiels de la voix sont deux ligaments fibreux et élastiques qui sont tendus d'arrière en avant entre les aryténoïdes d'une part et la paroi interne du thyroïde de l'autre. Ces ligaments sont disposés de telle façon qu'ils laissent entre eux un espace médian plus ou moins large; on les appelle les cordes vocales inférieure^:. Ces cordes sont indispensables pour la production du son. Si l'on examine le larynx d'en bas, après l'avoir préalablement séparé de la trachée-artère, on voit que la cavité formée par le cricoïde est limitée en haut par l'ouverture de la glotte. Cette ouverture est placée entre les cordes vocales inférieures. La glotte présente le même aspect d'en haut lorsqu'on relève l'épiglotte et qu'on ôte les cordes vocales supérieures. Celles-ci ne servent d'ailleurs qu'à soutenir les parties du larynx et n'entrent pas en jeu dans la production des sons. Si l'on fait sur un animal ou un homme vivant^ une ouverture dans la trachéeartèic ou dans le cartilage cricoïde, au-dessous des cordes vocales.

Cette opér.ilion, appelée la trachéotomie, devient souvent nécessaire en cas d'occlusion de la glotte par le croup des enfants, la présence de corps étrangers, etc.

ce qui fait que l'air expiré s'échappe non pas par la glotte, mais par l'ouverture artificielle, la production du son disparaîtra complètement. Si l'on ferme l'ouverture avec le doigt, et que l'on oblige ainsi l'air à passer de nouveau à travers la glotte, il y aura de nouveau production de sons. En faisant des expériences sur des animaux ou en observant des suicidés qui s'étaient coupé la gorge dans la partie supérieure du larynx, de manière à mettre la glotte à nu, on a pu fournir la contre-épreuve de la trachéotomie. On a pu voir, en effet, que les sons sont produits par les cordes vocales. On a souvent traité des suicidés qui s'étaient fait une blessure immédiatement au-dessus du thyroïde ou dans la partie supérieure de ce cartilage. Ces malheureux avaient ainsi détruit l'épiglotte et même la partie supérieure du thyroïde, ce qui mettait à nu les cordes vocales. Ils pouvaient alors émettre des sons comml; auparavant, et la voix ne disparaissait que lorsque les cordgs vocales elles-mêmes étaient blessées.

Il ressort de ces expériences que la trachée-artère forme avec le cartilage cricoïde un tube terminé à sa partie supérieure par deux ligaments élastiques qui laissent entre eux une petite fente; ces ligaments peuvent être plus ou moins tendus, et produisent les sons lorsqu'on souffle à travers le tube pendant l'expiration. L'organe vocal représente, par conséquent, un sifflet à anche avec lequel on produit des sons en faisant vibrer des languettes élastiques membraneuses. Le tube par lequel on souffle est représenté par la trachée-artère, les parties placées au-dessus des languettes formées par les cordes vocales, c'est-à-dire les parties molles du larynx supérieur, l'épiglotte, les cavités gutturale, buccale et nnsale, représentent des sortes de prolonges très-compliquées qui renforcent ou modifient le son par leur ré sonnance.

La différence dans l'élévation des tons que produit le larynx dépend de diverses circonstances, mais une des plus essentielles est le plus ou moins grand degré de tension des cordes vocales, ce qui augmente ou diminue le nombre de vibrations produites dans vin temps donné. La largeur de l'ouverture de la glotte n'a

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pas d'influence immédiate sur l'éiévation des sons; il est nécessaire cependant que la glotte l'orme une fissure linéaire dont le

diamètre transversal ne dépasse pas un dixième de pouce. Si la glotte est plus large qu'une ligne, il n'y a plus production de son, mais on observe alors seulement une sorte de ràlement.

L'air passe en bouillonnant entre les cordes vocales sans pouvoir les faire vibrer et sans arriver à la production d'aucun son.

L'examen du larynx au moyen du laryngoscope fournit, entre autres, les renseignements suivants sur les fonctions de cet organe .

f ig. 69. — Le larynx vu au laryngoscope. (On remarquera que dans celte figure, les parties étant vues dans un miroir, on voit les parties antérieures situées du côté de la langue en haut et les parties postérieures en bas). — 1, base delà langue; 2, pli membraneux entre la langue et lépiglotte; 5, bord supérieur de l'épiglotte; 4, saillie à la base de l'épiglotte; 5, paroi postérieure du pharynx; 0, entrée de l'œsophage, se présentant sous la forme d'une lente en croissant; 7, glotie respiratoire; 8, ç;lotlc vocale; 9, plis membraneux autour de la glotte avec des petites éminences, désignées par les chiffres 10 et 11; 12, cordes supérieures; 15, cordes vocales inférieures.

L'épiglotte, qu'elle soit tirée en avant mécaniquement par la langue ou par la production d'une note élevée, se montre, comme pendant le repos, sous forme d'un arc à flèches fortement recourbé à ses extrémités, lesquelles passent en continuité à la paroi postérieure de l'œsophage ; la lumière de ce dernier se présente sous forme d'une fente étroite courbée en demi-cercle. Dans l'espace circonscrit par l'épiglotte et la paroi de l'œsophage, se dresse un second demi-cercle parallèle à la fente de l'œsophage et formé par un pli cutané garni de petites tubercules en saillie. Au centre se trouve un espace lenticulaire, fendu au milieu par la glotte dont l'ouverture peut être fermée et amoindrie comme par des coulisses par les cordes vocales internes, tandis que les cordes externes remplissent les deux coins latéraux de l'espace lenticulaire.

En faisant abstraction des parties moins importantes, le jeu des parties principales se lait de la manière suivante : lorsqu'on expire tranquillement, l'épiglotte est rabattue en arrière, les cordes vocales largement écartées et l'espace entre l'épiglotte et l'œsophage se présente alors sous forme d'un fuseau allongé transversalement; lorsqu'on tire pendant lexpiration l'épiglotte en avant au moyen de la langue, la glotte se présente comme un trou de forme carrée, pendant que les cordes vocales paraissent presque disparues; par l'expiration saccadée, en soupirant par exemple, les cordes vocales se rapprochent davantage, la glotte vocale se montre sous forme de fente assez large, qui se confond avec la glotte respiratoire ; la production de notes basses ferme la glotte respiiatoire, pour faire passer tout l'air par la glotte vocale à peine élargie, mais couverte par l'épiglotte rabattue ; par la production de notes hautes au contraire, on tire l'épiglotte en avant, découvrant ainsi toute la glotte, devenue à peine perceptible par le rapprochement des cordes vocales ; enhn lorsqu'on expire vivement par intervalles entre le chant, les bords postérieurs des deux glottes vocale et respiratoire s'écartent au point de faire paraître l'ouverture triangulaire.

On sait qu'on peut élever la note que produit une corde tendue en diminuant sa longueur; il en est de même pour le^ cordes vocales. Plus leur longueur naturelle est petite et plus on les raccourcit par Teffort de la volonté, plus aussi le son sera élevé. C'est là-dessus que se base la différence entre les sons produits par le larynx d'un homme adulte, et ceux produits par le larvnx des femmes ou des enfants. La longueur moyenne des cordes, vocales d'un homme est, à l'état de repos, de 18 millimètres et 1/4, et dans leur état de tension maximum, de 25 I G millimètres. Chez la femme, les cordes vocales présentent, à l'état de repos, une longueur moyenne de \'2 millimètres 2; 5 et, dans leur état de tension maximum, de 15 millimètres 2/5. On a trouvé les résultats suivants sur un jeune garçon de 14 ans: 10 millimètres 12 à l'état de repos et 14 millimètres 1/2 à l'état de

tension maximum. La plus ou moins grande capacité du larynx, la rigidité de ses parois et de ses cordes vocales, provoquent aussi pour leur part des différences entre les sexes et les âges divers. Le larynx de l'homme est bien plus grand que celui de la femme ; l'angle sous lequel se rencontrent les deux ailes du thyroïde à leur partie antérieure est bien plus ouvert, les cartilages sont plus épais et les cordes vocales plus rigides. C'est pour cette raison que le sexe masculin éprouve plus de difficulté à produire rapidement des notes diverses, c'est pour cela aussi que la voix est plus basse et que le timbre est différent. C'est surtout la rigidité des cordes vocales, des cartilages et des muscles qui a ici une influence essenlielle. La flexibilité de la voix est en raison directe de son élévation, si l'exercice et l'étude ont développé la voix au même degré. Une voix basse exige généralement pour faire une roulade plus de temps (ju'une voix de ténor, et les femmes ont sous ce rapport un grand avantage sur les hommes. Les musiciens connaissaient ce fait bien avant les physiologistes. Les basses-tailles donnent en général des sons pleins, tandis que le ténor pousse des croches et le soprano des trilles en triples-croches. S'il y a quelquefois des exceptions dans des opéras-comiques où l'on entend chanter, sur une mesure plus rapide, des vieillards d'humeur querelleuse, la voix restera en général sur la même note et la parole seule partage en plusieurs sons la note unique plus soutenue.

Les languettes élastiques parmi lesquelles se rangent les cordes vocales peuvent être comparées, sous le point de vue acoustique, aux cordes des instruments; mais elles ont sur ces dernières cet avantage qu'on peut élever ou abaisser à volonté la note qu'elles donnent. Une languette élastique peut donner deux notes trèsdifférentes avec le même degré de tension, pourvu que cette tension ne soit pas trop forte. La différence des notes provient de ce que la languette vibre tantôt dans toute sa largeur, tantôt seulement au bord. Dans le dernier cas, la note est bien plus élevée et bien plus claire que dans le premier. Cette particularité des languettes élastiques est échue aussi aux cordes vocales humaines et doimc

lieu à la distinction entre la voix de poitrine et la voix de tète. La Yoix de poitrine est produite par la vibration ondulatoire complète et dans tous les sens des cordes vocales. Dans la \oix de tète le bord intérieur des cordes vibre seul dans toute sa longueur. Plus la corde vocale est tendue, plus il est difficile de la faiie vibrer dans toute sa largeur. Si la tension augmente, la partie du bord qui entre en vibration devient de plus en plus petite, et le son de plus en plus élevé. Nous ne pouvons, par conséquent, produire les sons élevés qu'au moyen de la Yoix de tète, c'est-à-dire en faisant vibrer le bord seul de la corde vocale. Pour les notes moyennes, nous pouvons à volonté les émettre avec la voix de tète ou la voix de poitrine. Si nous produisons dans leur série toutes les notes de la gamme que notre voix peut émettre, en commençant par le son le plus bas, nous faisons vibrer d'abord les cordes vocales dans toute leur largeur, et en auf^mentant successivement la tension des cordes vibrantes; ainsi nous donnons les notes élevées bien plus aisément avec la voix de poitrine, par laquelle nous maintenons cette vibration des cordes vocales dans toute leur largeur jusqu'au dernier moment. C'est seulement lorsque les cordes, maintenues dans cette vibration totale, ne peuvent plus émettre des notes plus élevées, que nous changeons leur position en ne faisant vibrer que leur bord intérieur. Si nous commençons au contraire la gamme par les notes les plus élevées, en ne faisant vibrer que les bords des cordes vocales, nous émettrons certaines notes avec la voix de tète, tandis que dans le premier cas, nous produisions ces mêmes notes avec la voix de poitrine. La différence des tyroliennes avec les chants ordinaires, consiste surtout dans le passage rapide de la voix de fausset à la voix de poitrine. Le chanteur tyrolien produit la plupart des notes moyennes qu'un autre chanteur émettra avec la voix de poitrine, avec sa voix de tète. Comme les sons donnés de fausset sont beaucoup plus aigus que les notes plus pleines de la voix de poitrine, ils sembleront bien plus élevés et la différence est bien plus sensible. Ijeaucoup de chanteurs sont incapables de chanter des tyroliennes, parce

qu'ils ne peuvent passer instantanément de la voix de poitrine à la voix de tète. La plupart des chanteurs savent très-bien dans quelle cramme on doit leur donner le fameux lit, pour qu'ils puissent l'émettre avec la voix de poitrine.

On peut encore élever le ton produit par une languette qui vibre en renforçant le courant d'air qui passe devant elle ; à tension égale, on peut ainsi, sur les cordes vocales humaines, élever le son d'une quinte tout entière. Il est facile de constater que cet effet de l'air provient surtout de la tension qu'il produit sur les cordes vocales. Plus l'air expiré sort violemment, plus aussi les cordes vocales sont poussées avec force ; les cartilages servant à les tendre peuvent rester dans la même position, tandis que les cordes vocales peuvent enfler comme une voile, ce qui élève la note. Cette proportion nous montre que les modulations, en forte et piano, qu'on fait en chantant, ne sont pas si faciles à produire que se le figurent beaucoup de professeurs de chant, mais qu'au contraire, il faut une étude suivie et beaucoup de pratique pour qu'un chanteur arrive à donner exactement la même note en modifiant la force du son émis. Plus il renforcera le son par l'expiration, plus aussi il devra détendre les cordes vocales pour compenser l'élévation de la note que détermine une expiration plus active. iMais il n'est pas donné à tout le monde de garder toujours en équilibre ces deux forces ; sitôt que l'équilibre est rompu, la voix détonne quand l'expiration devient plus forte.

On peut, en tendant différemment les cordes vocales, arriver à produire, avec un larynx ordinaire, une série de notes formant deux octaves. L'extension ordinaire d'une voix humaine est de deux octaves ou tout au plus de deux octaves et demie, si Pon ne veut produire que des sons purs et musicaux ; la plupart des individus peuvent, il est vrai, émettre encore quelques notes soit plus élevées, soit plus basses, mais elles sont tantôt trop criardes et tantôt trop sourdes pour pouvoir être utilisées dans l'art du chant. Des chanteurs et des chanleuses remarquables ont pu arriver à une extension de voix beaucoup plus grande.

LA VUlX ET LA l'AIlULE. 467

mais on n'en connaît pas qui aient pu chanter quatre octaves. Ces proportions nous donnent une loi très-simple : c'est que des chansons, composées pour des voix ordinaires, ne sauraient présenter de mélodies dépassant deux octaves. Les chœurs dhommes, par exemple, dont les mélodies embrassent plusieurs octaves, £t dans lesquels les différentes parties chantent alternativement la mélodie même, peuvent être d'un fort bel effet dans l'ensemble, tandis que, chantés par un seul individu, ils deviendront de vraies cacophonies. La Waclit am Rheiu, devenue si populaire en Allemagne pendant la dernière guerre, nous en a donné un triste exemple.

Si l'on a, jusqu'à présent, en examinant des larynx sur des cadavres, pu déterminer avec assez d'exactitude la formation des sons, les données plus précises sur les rapports des parties supérieures de l'organe vocal, avec le chant, par exemple, nous font encore complètement défaut. Il est indubitable que ces parties ont une influence capitale sur le timbre, la sonorité et l'ampleur du son, mais nous ne savons pas quelle est l'influence de la glotte, du gosier, des canaux du nez, de la cavité buccale, de la forme de la laufjue, du palais et des lèvres sur toutes les conditions accessoires indispensables à la perfection du chant.

Le langage consiste dans remploi des différentes parties qui sont en rapport avec la voix respiratoire, en vue de la production des bruits ou des sons dépendant de la position de ces parties et du courant aérien qui les traverse. La production des sons articulés en eux-mêmes est complètement indépendante de la glotte. On peut, en effet, parler très-clairement en chuchotant et sans produire ainsi un son musical. Vi\ sourd-muet ne comprend pas mieux quand on parle distinctement que quand on chvichote, car il étudie la position des organes vocaux. Des observateurs récents ont voulu reconnaître un degré de perfection matérielle plus grand dans les organes vocaux d'une espèce de singe, en se basant sur l'anatomie du larynx et la présence de quelques petits muscles étrangers au larynx humain. Cette opinion nous montre seulement que ces savants navaient pas étudié suftisam-

ment les conditions même du langage articulé. Le larynx et la glotte n'entrent jamais en jeu pour la production des consonnes; ils jouent un rôle dans la production des voyelles, et cela seulement quand un parle haut. Dans ce dernier cas même, ces organes ne servent qu'à produire le son musical qui doit être encore modifié, pour devenir une voyelle, par les cavités buccale et na.sale. La-glotte, à elle seule, ne pourra jamais prononcer une vovelle, ses vibrations ne servent qu'à émettre un son nmsical. Si le contraire avait lieu, nous ne pourrions pas chanter sur tous les tons une voyelle quelconque. Il est vrai qu'on choisit généralement la lettre a dans les exercices de chant, mais ce choix provient uniquement du fait que Va demande pour sa prononciation que la bouche soit très-grande ouverte. Cette lettre permet donc de conserver au son toute sa pureté primitive, tandis que pour articuler les autres voyelles il faut toujours fermer plus ou moins la bouche, la cavité buccale ou le palais : les sons deviennent ainsi plus ou moins indistincts ou sourds. Les nations qui n'ont pas d'ft pur dans leur langage, parce qu'elles sont trop paresseuses pour ouvrir la bouche, la nation anglaise par exemple, ne peuvent parvenir qu'à grand'peine à employer une méthode de chant agréable pour une oreille exercée.

Tout cela n'empêche pas qu'à chaque voyelle corresponde un son particulier de la cavité buccale qui dépend delà forme de cette dernière et non de sa grandeur. On peut s'en assurer en analysant les vovelles au moyen de diapasons ou de résonnateurs. La cavité buccale est accordée au si bémol simple lorsque l'on prononce la voyelle a et elle est accordée à l'octave au-dessus quand on prononce \'o. La cavité buccale prend alors la forme d'un entonrioir ; mais elle prend la forme d'une bouteille à col étroit pour produire les autres voyelles. Le ventre et le col de la bouteille produisent alors deux sons différents, et le son le plus élevé émis par le col obtient plus facilement l'avantage.

Il serait trop long de vouloir expliquer ici quel est le rôle des ditférentes parties des organes vocaux dans là production des différentes lettres, voyelles ou consonnes. La seule différence

entre ces deux sortes de lettres provient de ce que, dans les premières, la glotte émet un son musical véritable, tandis qu'elle ne le fait pas pour les consonnes. Les sons se forment, lorsque ce sont des consonnes, au moyen des parties extérieures des organes vocaux. On peut cependant, dans la plupart des cas, considérer les consonnes comme des bruits particuliers produits par différents organes. Les langages des peuples civilisés ont des consonnes toutes formées par des bruits, les peuples moins civilisés possèdent encore des sons produits par le claquement de la langue ou des lèvres et ayant évidemment tous les caractères d'un son. 11 n'est pas besoin d'aller jusque chez les iïottentots pour entendre des sons pareils ; les paysans du canton d'Appenzell claquent de la langue au lieu de dire oui, et ce son n'a pas moins de force que le claquement d'un fouet .

A l'exception de Vh aspiré qui est produit par la sortie rapide et subite de l'air expiré, toutes les consonnes sont émises d'après le même principe. La position de l'os hyoïde par rapport au larynx ne change pas, mais la voie respiratoire se resserre quelque part sur le chemin entre la glotte et l'entrée de la bouche, ce qui fait que l'air en passant produit un bruit. On peut distinguer les consonnes en trois groupes suivant l'endroit où se fait ce resserrement. Dans le premier groupe on place les lettres p, /;,/, r, 7n^ pour la production desquelles les deux lèvres ou une lèvre seule réunie à une rangée de dents ferme plus ou moins complètement l'entrée de la bouche ; dans le second groupe se trouvent les lettres cl, f, s, ch^j^ /, ??, ainsi que Vr prononcé avec la langue ; la fermeture de la voie respiratoire provient ici de la position de l'extrémité antérieure de la langue qui vient s'appuyer contre les dents ou la partie antérieure du palais. Le troisième groupe enfin est formé par les lettres g (yh), k, Yn nasal, 1'/' et le ch gutturaux. La fermeture se fait alors au moyen des parties postérieures de la langue aidées des parties molles qui forment le fond du palais.

Les passage des différentes voyelles et consonnes les unes aux

autres et la manière dont elles se substituent ont donné naissance à une science particulière, la linguistique comparée. Cette étude nous a fourni beaucoup de connaissances au sujet de la distribution des différentes races humaines sur le globe. Il faut pourtant en user avec discernement, car ce serait aller trop loin que de vouloir donner une origine commune aux Nègres et aux Caucasiens à cause de la ressemblance fortuite de quelques sons de leurs diverses langues. On peut ainsi découvrir des ressemblances entre un chameau et une montagne, et l'on peut avec un peu d'babileté faire dériver le mot cheval du mot latin eqiius, qui a la même signification. La langue est un produit immédiat de l'esprit créateur d'un peuple ; elle est en rapport intime avec sa manière de penser. Chaque individu a une certaine façon de s'exprimer qui tient à son caractère et à sa manière d'être, comme aussi à son degré de culture intellectuelle. Il en est de même pour les peuples. Leur caractère et les progrès qu'ils font trouvent leur expression dans les particularités et les progrès de leur langage. Les peuples chez lesquels un langage étranger est venu se greffer pour ainsi dire sur une souche nationale différente, et dont le caractère est en contradiction avec le lan^ai^e, sont condamnés à la stérilité; ce n'est que lorsque cette contradiction s'est changée dans le langage en un mélange que les peuples peuvent se développer dans une direction particulière. On peut s'assurer de la vérité de ces faits en examinant l'Europe, dans laquelle la politique a cbangé de fond en comble Vliabitus, si l'on peut s'exprimer ainsi, de beaucou;) de nations. Les Anglais ont fait de la confusion de leurs différentes souches de langages un idiome particulier dont la brièvelé et les modulations uniformes et monotones sont l'expression du caractère de ce peuple. Ils peuvent par conséquent dével pper leur langage dans ce sens. En Alsace, au contraire, où le français et l'allemand sont en lutte, le français étant parlé par les classes supérieures, et l'allemand étant ,1a langue du peuple, il ne peut s'établir aucune originalité, parce que l'un des éléments étouffe l'autre. Ces intluences sont de loniiue durée:

le canton de Yaud parle français, a une éducation française, et veut être un canton de la Suisse française ; mais, malgré, cela il a des sentiments allemands, une manière de raisonner et de penser tout allemande, et il restera par conséquent toujours stérile parce que la langue ne correspond pas aux besoins intellectuels du peuple vaudois. Ceci prouvera même aux gens les plus convaincus combien il est absurde de rêver une langue universelle. Cette langue ne satisferait les besoins de personne et serait bientôt transformée en dialectes, comme l'a été la langue primitive des races aryennes ou indo-germaniques. Il s'est formé là, en effet, des langages indépendants, et ce n'est que dans les racines qu'on peut retrouver l'origine commune.

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