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LETTRE XVIII

Nous avons, dans toute la partie du livre qui précède, étudié l'homme comme individu isolé, et examiné une à une les diverses fonctions qui composent dans leur ensemble la vie de l'organisme humain; nous avons cherché à expliquer clairement au moyen de résultats obtenus de diverses manières, comment ces différentes fonctions de la vie se relient les unes aux autres ; nous avons vu que la nutrition, la circulation et la sécrétion s'entr'aident pour assimiler au corps les différentes substances prises dans le monde extérieur, pour leur donner la forme typique qui convient aux éléments du corps humain, et pour rejeter ce qui est sans emploi. Nous avons examiné aussi quels sont les rapports de l'individu avec le monde qui l'environne, et quels sont les organes du corps dont le rôle est de produire la sensation, le mouvement et les fonctions mentales. Nous avons étudié d'abord ce qu'on pourrait appeler la comptabilité en partie double de la vie avec ses recettes et ses dépenses, sa caisse, ses profits et ses pertes ; nous avons vu ensuite ce qu'on pourrait appeler le livre de correspondance avec le livre de copie et le carnet particulier dans lequel sont transcrits les résultats finaux. Dans toutes ces recherches, nous avons pris comme type l'homme

adulte, sans nous inquiéter de son sexe et de son développement graduel depuis l'enfance jusqu'à son entière croissance ; nous ne nous sommes occupé que de la conservation de la vie individuelle. Dans les lettres suivantes, il s'agira pour nous d'éclaircir avec tous les détails une autre partie de l'organisme humain et de parler des fonctions qui se rapportent à la conservation de l'espèce et à sa propagation.

Avant de livrer à la publicité en Allemagne la première édition de ces lettres, je me suis longtemps demandé s'il fallait traiter ce sujet dans un livre destiné au grand public. Mes doutes n'ont été ni levés ni confirmés par les amis que je consultai. Comme il arrive toujours dans ces circonstances, les uns parlaient dans le sens affirmatif, les autres dans le sens négatif, et chacun donnait à l'appui de son opinion de concluantes raisons. Une simple expérience tirée de la librairie me détermina à surmonter mes premières hésitations, et je me décidai à parler des fonctions de la généiation avec autant de détails que des autres sujets physiologiques, dont on peut causer dans les réunions que l'on est convenu d'appeler des réunions de bon ton ; mais quant aux questions que je traiterai dans les lettres subséquentes, elles sont du domaine de Tinformation intime de cbacun ou des allusions inconvenantes, faites parfois par ceux qui oublient les mots de Goethe :

« Il n'est pas permis de parler devant des oreilles chastes de choses dont les cœurs chastes ne sauraient cependant se passer. »

Or, voici mon expérience de librairie, que je puis citer en deux mots.

Il existe une quantité d'opuscules in-12 ou dans un format plus petit encore qui portent souvent des titres fort singuliers, au négoce des plus actifs et traitant justement de ces sujets, qui intéressent au plus haut point tout le monde, mais dont la bienséance défend de parler. Toutes ces élucubrations publiquement ou secrètement répandues sont le produit d'un charlatanisme éhonté qui marche de concert avec une ignorance profonde; elles trouvent un débit excellent et des acheteurs

nombreux. Ces opuscules, contre lesquels les traits de la censure la plus acerbe venaient sémousser autrefois et qui échappent encore aujourd'hui à la })olice du colportage ordinairement si bien informée, lorsqu'il s'agit de brochures politiques, répandent dans le monde des absurdités incroyables qui se changent en préjugés presque indestructibles plus tard. C'est pourquoi il m'a semblé opportun de relater ici les résultats atteints par la science moderne qui s'est occupée récemment avec un grand succès de la génération et du développement de l'homme et des animaux; j'espère ainsi donner mon appoint à la vulgarisation d'opinions exactes sur ce sujet. Plus que tous les. points traités par la physiologie, celui qui nous occupera ici intéresse le bien-être de l'humanité entière. 11 est peut-être encore excusable d'affaiblir son propre corps par l'ignorance ou le mépris des lois physiologiques, mais on n'a pas le droit de transmettre, au moyen de la génération, ses défauts physi({ues à sa postérité et de ruiner ainsi celle-ci avant même qu'elle soit née. Des plaintes s'élèvent partout au sujet de la décadence de la race, qui fait chaque jour des progrès, et l'on ne se donne pourtant pas la peine de répandre des idées raisonnables au sujet de la génération. Au contraire, on laisse s intioduire partout une littérature malsaine, sans songer que les générations futures ont, elles aussi, le droit de jouir d'une santé florissante.

La propagation de l espèce est rendue possible chez l'homme et la plupart des animaux par le concours des deux sexes, le sexe masculin et le sexe féminin. Chez les animaux supérieurs, les deux sexes sont distribués sur des individus différents qui se distinguent non -seulement par la construction des organes essentiels de la génération, mais encore par un grand nombre de particularités de leur organisme tout entier. Dans les classes inférieures du règne animal seulement, l'on trouve la réunion des deux sexes sur un même individu ; c'est ce que l'on appelle l'hermaphrodisme. On trouve alors rassemblés sur le même individu des organes générateurs mâles et femelles complètement développés. Ce n'est que dans les organismes les plus inférieurs,

occupant le dernier degré de réchelle animale, à cause de la grande simplicité de leur construction, que la génération sexuelle semble être l'exception, et la génération asexuelle, la règle. Avant d'entrer plus avant dans ce sujet, il est nécessaire de donner une description sommaire des organes générateurs en général et des organes de l'homme en particulier ; mais il nous semble superflu d'expliquer plus au long, les différences sexuelles qui se remarquent dans la construction du corps tout entier. Chacun connaît, en effet,' les différences des formes de l'homme et de la femme, et leur description détaillée rentre plutôt dans le domaine de l'art que dans celui de la physiologie. Les organes sexuels femelles sont les organes du corps dans lesquels se fonne un germe pouvant, dans certaines circonstances, se développer et devenir un individu nouveau Ce germe, qu'on appelle l'œuf, prend naissance, dans la plupart des cas, dans un organe, l'ovaire^ différencié d'une manière spéciale pour cette fonction seule. L'œuf, arrivé à maturité, est expulsé de l'ovaire, ce qui lui permet de se développer et de se constituer enfin en dehors de l'organisme maternel en un individu nouveau, propre à mener une vie indépendante. On trouve chez la plu})art des animaux des organes particuliers, en tubes, à travers lesquels l'œuf s'avance graduellement vers l'extérieur. Il reçoit en même temps dans ces organes, suivant la condition spéciale de la génération, différentes substances préparées en vue de lui servir de protection ou de nourriture. Ces oviductes viennent aboutir parfois immédiatement dans les orifices sexuels extérieurs, taudis que dans d'autres cas il se forme un organe intermédiaire s(irvant à l'incubation et dans lequel l'œuf, placé encore dans l'organisme de la mère, se développe ultérieurement. La plupart des animaux, sans en excepter l'homme, naissent d'œufs. La femme produit aussi bien des œufs que la femelle de l'oiseau ou du poisson, et la différence entre les animaux vivipares et ovipares se trouve seulement dans le lait que l'œ^uf est expulsé chez les seconds quand il n'a pas encore atteint son complet développement, tandis que chez les premiers il continue son déve^

loppcmcnt à rintérieur des organes sexuels de hi femelle ; dans ce dernier cas, Tindividu seul qui y a pris naissance est expulsé. La différence entre les animaux « ovipares » et « vivipares » n'existe donc pas dans le principe, elle est seulement sensible dans le développement ultérieur du germe ; mais on remarque facilement cette différence, parce que chez les ovipares l'œuf atteint en général de plus grandes proportions par la présence de formations protectrices et de sulistances servant à la nutrition de l'animal qui doit se développer, tandis que cliez les vivipares les enveloppes de l'œuf disparaissent pour laisser paraître l'embryon formé aux dépens de l'œuf absorbé et anéanti.

Les organes sexuels mâles produisent le sperme, liquide dont le concours est indispensable, en général , au développement de l'œuf. La rencontre des deux produits, ou plutôt leur attouchement immédiat est ordinairement nécessaire pour la formation d'un individu nouveau. Chez les animaux dans lesquels l'œuf est expulsé comme tel de l'organisme femelle, dans un état de développement peu avancé, la rencontre des deux produits sexuels a lieu souvent en dehors de l'organisme femelle, et la fonction sexuelle est limitée dans ce cas à cette simple fécondation. Chez les animaux dont l'œuf S3 développe dans l'intérieur de lorganisme féminin, la rencontre des produits sexuels à l'intérieur des organes qui recèlent l'œuf est nécessaire. Il y a donc, dans ce cas, une véritable copulation au moyen de laquelle le sperme est introduit dans les organes générateurs femelles. On distingue aussi, dans les organes sexuels mcàles, les organes générateurs du sperme appelés les testicules, et les canaux efférents, par lesquels s'échappe le produit. A cela s'ajoutent encore, chez tous les animaux supérieurs et beaucoup d'autres inférieurs, des organes copulateurs particuliers externes, souvent très-compliqués.

Les organes générateurs du sperme ou les testicules offrent chez tous les animaux presque sans exception une construction glandulaire; ils sont formés de la réunion de tubes séparés et plus ou moins longs qui, dans la plupart des cas, s'enchevêtrent

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et forment des boucles iiombieuses pour aboutir cnliii tous eii-^ semble dans un canal unique ; ce canal, le plus souvent, se termine vers l'extérieur en formant des replis nombreux. Les testicules, à de rares exceptions près, se présentent au nombre de deux et sont placés symétriquement des deux cotés de l'axe du corps; dans la plupart des animaux vertébrés, on les rencontre à l'intérieur de la cavité abdominale de chaque côté do la colonne vertébrale. Chez l'embryon humain, ils se trouvent aussi à la même place au commencement de leur formation, mais ils descendent vers le moment delà naissance et sortent tle la cavité abdominale par un canal particulier, le canal inguinal, pour arriver dans le scrotum. Les tubes séminaux excessivement longs et étroits dont l'enchevêtrement donne lieu au testicule, se rassemblent d'abord pour former une certaine quantité de canaux efférents, qui s'enchevêtrent à leur tour et forment un organe renflé et de forme particulière, l'épididyme. De cet organe s'échappe ensuite le canal déférent proprement dit. Chacun de ces canaux déférents se dirige depuis le scrotum vers le haut du côté du canal inguinal, entre dans ce canal, arrive ainsi dans l'abdomen et s'élargit pour former une sorte de sac latéral, la vésicule séminale. Celle-ci est entourée d'une membrane musculeuse et est, pour cette raison, susceptible de contractions énergiques. C'est dans ces vésicules séminales que se rassemble peu à peu le s])erme produit dans les testicules après avoir traversé le canal efférent. Les vésicules séminales et les canaux déférents forment ensuite un canal commun qui s'ouvre de chaque côté par une ouverture très-fine dans l'extrémité postérieure et intérieure de l'urèthre. Ce dernier sert à la fois à l'expulsion de lurine et du spenne.

La composition du liquide fécondant, du spenne, est d'une grande importance pour nous. Si l'on examine une goutte de ce liquide au moyen du microscope, avec un grossissement suffisant, on voit au milieu d'un liquide clair et transparent, une grande quantité de corps excessivement petits et offrant une forme très-particulière. On serait tenté de prendre, à première

vue, ces corpuscules pour des infusoircs, car ils présentent dans le champ du microscope des mouvements très-vifs et très-accentués. Ces spermatozoïdes, comme nous les appellerons provisoirement, se présentent chez l'homme comme des corps d'apparence pyriforme et aplatie; on peut les comparer aussi à une raquette à très-longue tige. La partie antérieure, un peu allongée et arrondie au hout, que nous appellerons la tête, se termine en arrière par une queue longue et mince présentant des mouvements semblahles à ceux d'un fouet. Cette queue elle-même est si fine à son extrémité, qu'elle nous apparaît alors seulement comme un trait sans qu'on puisse en étudier l'organisation interne. M la tète, ni la partie un peu épaissie par ¥ " y laquelle se rattache la queue à la télé (on peut appeler cette partie le corps) n'ont offert jusqu'à présent de traces d'organisation ultérieure. La forme des spermatozoïdes, leur grandeur, les proportions entre la tète et la queue varient énormément chez les différents genres et les différentes espèces d'animaux. Chaque espèce, en effet, présente des spermatozoïdes à aspect par- ' ticulier, et on peut les distinguer assez facilement 'matozoïdcs ^^dô de ceux d'une autre espèce. Les formes les plus l'iiomme. — «, étranges se remarquent parmi les mammifères c^ queue *^°^^^' chez les rongeurs, les souris et les rats. La tête présente alors le plus souvent la forme d'un disque ou d'une demi-lune. La queue ne s'attache pas à la périphérie du disque mais à une de ses surfaces. Chez d'autres animaux et surtout chez la plupart des amphibies et des oiseaux, la tête du spermatozoïde n'est pas aplatie, mais cylindrique et se terminant en queue par degrés insensibles. Quant à la tête, cylindrique et plus épaisse, elle est souvent contournée en spirale comme le serait un tire-bouchon. Le spermatozoïde ainsi formé tourne dans ses mouvements autour de l'axe de la tête qui est enroulée en spirale, il avance dans le liquide comme une hélice. Les plus gros spermatozoïdes se trouvent chez les salamandres et les tritons ; ces animaux sont

remarquables aussi par la grandeur de leurs globules sanguins. Ces spermalozoïdes, presque visibles à l'œil nu, offrent aussi une tête en tire-bouchon, et la queue, qui est filiforme, présente en outre une sorte de nageoire large et excessivement fine dont les mouvements ondulatoires produisent des vibrations particulières que l'on croyait autrefois déterminées soit par un véritable épi- Ihélium de cils vibratiles, soit par un fil en spirale, tournant autour de l'axe de la queue. La forme la plus différenciée des éléments du sperme se trouve chez les animaux de l'ordre des crustacés, ils ont chez eux la forme de petits tonneaux d'où s'échappent des pointes fixes dans lesquelles on n'a point encore observé de mouvement.

Le mouvement que l'on remarque d'ailleurs dans tous les spermatozoïdes complètement formés de chaque animal, est ondulatoire et provoqué par les vibrations de là queue; on peut le comparer à juste titre au mouvement natatoire d'une anguille ou d'un serpent. Quoique ces vibrations présentent une certaine rapidité, le déplacement qu'elles produisent n'est pourtant que fort lent. On a mesuré ce déplacement au moyen du microscope, et on a trouvé que les spermatozoïdes peuvent parcourir en une minute à peu près l'espace de deux millimètres. Ces mouvements peuvent être arrêtés par des substances attaquant la composition chimique du spermatozoïde , mais ils continuent dans les liquides dont la composition et le degré de concentration n'a pas d'influence fâcheuse. Les spermatozoïdes se meuvent en général isolément, la tète en avant, mais on remarque chez beaucoup d'animaux qu'ils se rassemblent pour former un faisceau ; ils sont dans ce cas tous placés dans la même direction, les têtes à côté des têtes, et les queues à côté des queues. Ces faisceaux se meuvent alors en ondulant, comme s'ils formaient un seul filament. Ils se rassemblent même chez les sauterelles autour d'un axe longitudinal commun et présentent ainsi des formes semblables à celles d'une plume; ils avancent alors par ondulation, et leur aspect so'^s le microscope est un des phénomènes les plus étonnants qu'on puisse observer au moyen de cet instrument.

Les savnnts ont pris iiatiircllement pour des animaux les éléments du sperme dont nous venons de parler, aussi longtemps qu'on ne connaissait pas dans le corps d'autres éléments de structure animés d'un mouvement propre. Mais lorsqu'on découvrit le mouvement vibratile et qu'on démontra l'existence de cellules à prolongements animés de vibrations propres, la théorie de la nature animale des spermatozoïdes fut ébranlée par sa base. Depuis lors, on a appris à connaître leur développement particulier au milieu des testicules, ce qui a fait abandonner complètement l'opinion que nous venons de relater. On ne trouve en effet de spermatozoïdes mobiles que chez les individus capables d'engendrer. Leur formation constitue la fécondité et leur mort la cessation du pouvoir fécondant. Chez les animaux dont le rut est soumis à un retour périodique, les spermatozoïdes ne se montrent qu'à l'époque des amours et disparaissent après ce temps. On a pu, par conséquent, étudier vers le commencement du rut, le développement des spermatozoïdes chez les animaux à propagation périodique, et lorsqu'on connut l'histoire do leur formation, chez un animal de ce genre, il fut possible de retrouver chez les animaux qui peuvent procréer, pendant l'année entière, les éléments de la semence en voie de formation, et l'on arriva ainsi à étudier leur développement. Voici le résultat de ces observations, étendues depuis cà un grand nombre d'animaux.

On ne trouve chez les mammifères et l'homme dans la jeunesse que de petites cellules transparentes dans l'intérieur des tubes séminaux ; ces cellules ressemblent à colles qu'on rencontre aussi dans d'autres formations glanduleuses, mais elles deviennent beaucoup plus gr-^ndes au commencement de la virilité, tout en augmentant en mémo temps par gemmiparité et par fissiparité. Cette augmentation continue pendant tout le temps de la virilité. Les cellules conservent chez beaucoup d'animaux un petit noyau transparent, chez d'autres elles contiennent à la fin une quantité de noyaux arrondis et transparents accolés à la paroi cellulaire, et dont le nombre va jusqu'à dix et quel-

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quefois aussi jusqu'à vingt. Chacun de ces noyaux gagne en transparence, s'allonge et sort latéralement de la cellule. De l'autre côté, le contenu de la cellule se différencie pour former la queue du spermatozoïde; cette queue vient s'attacher au noyau. La suhstance cellulaire, qui dans le commencement formait une sorte de sac autour du noyau et de la partie supérieure de la queue, disparaît peu à peu, et ne forme à la fin que la partie un peu plus épaisse, le corps, qui relie la tète et la queue du spermatozoïde ; ce dernier devient peu à peu lihre, dans le cas où la cellule contenait un noyau unique; si elle en contenait au contraire plusieurs, les spermatozoïdes sont d'ahord réunis en faisceaux, puis ils deviennent lihres et se meuvent isolément. Dans les testicules mêmes, les spermatozoïdes sont presque toujours encore enfermés au milieu des cellules ; ces cellules disparaissent seulement dans les canaux de l'épididyme et des tuhes déférents. Les noyaux et les spermatozoïdes, dans leur ensemhle, soiît d'autant moins développés, que l'on examine les tuhes des testicules dans une partie se rapprochant davantage de l'endroit où ils commencent. L'histoire de ce développement nous montre clairement que les spermatozoïdes ne sont pas des animaux infusoires ou parasites ayant une formation propre et élant dans le même rapport avec l'organisme que les parasites et les vers intestinaux ; ils représentent au contraire des éléments mohiies analogues aux cellules vihratiies. On a trouvé dans l'organe auditif de la lamproie des cellules vihratiles formées d'un corps arrondi auquel s'attache un seul prolongement en forme de fouet, ce prolongement est trèslong et présente des mouvements ondulatoires. Si Ton isole une pareille cellule vibratile, on s'aperçoit qu'elle ressemble, à s'y méprendre, à un spermatozoïde. On peut, en effet, la comparer en tous points à ce dernier.

Les spermatozoïdes sont les seuls éléments de formation de la semence dont la présence soit indispensable à la fécondation. Leur naissance à Tépoque de la puberté et leur disparition après cette période nous en fournissent déjà la preuve. On peut s'en

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convaincre encore mieux par des expériences directes dont nous parlerons plus tard. Le liquide dans lequel nagent les spermatozoïdes, et qui est fourni soit par les testicules, soit par quelques glandes accessoires, est évidemment destiné à permettre la sortie et les mouvements progressifs des zoospermes. Il n'a par luimême aucun pouvoir fécondant.

Les organes fjémtaux femelles, qui sont construits d'une façon tout à fait analogue à celle des organes mâles, ne peuvent morne être distingués de ces derniers au commencement du développement embryogénique ; ils sont tous placés dans la cavité abdominale et même dans la partie la plus profonde de cette cavité, si l'on se représente la femme debout. Les ovaires, dans lesquels naissent les germes, sont deux corps aplatis et en forme de fève, suspendus librement à quelques replis du péritoine. La masse principale de ces organes est formée chez l'homme et chez beaucoup de mammifères par un tissu ferme et fibreux. Si l'on examine plus particulièrement les ovaires par rapport à leur structure, on trouve à l'intérieur de ce tissu, et distribuées d'une façon irrégulière, une grande quantité de cavités ou de petites capsules arrondies qui semblent remplies d'un liquide clair et transparent comme de l'eau. Les plus grandes de ces capsules, appelées d'après le nom du savant qui les a découvertes les follicules de Graof, se trouvent à la surface de l'ovaire et placées immédiatement sous l'enveloppe luisante et lisse formée par le péritoine. Les follicules plus petits et moins développés, au contraire, se cachent plutôt à lintérieur de l'ovaire. On prenait autrefois ces follicules pour des œufs véritables, et l'on n'est arrivé que dans les derniers temps à étudier d'une façon plus précise la vraie construction de ces parties. On a découvert que l'œuf véritable dos mammifères ou de l'homme se trouve placé à l'intérieur seulement de ces follicules, et qu'il a tout au plus un quart de millimètre de diamètre, tandis que le follicule, comme nous l'api^ellerons désormais pour éviter dos longueurs, arrive quelquefois jusqu'à atteindre la grandeur d'un pois de petite dimension.

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11 est très-important de connaître exactement la structnre du follicule ainsi que celle de l'œuf, avant d'étudier plus au long les divers changements qu'ils subissent pendant leur développement. Il faut avant tout se rappeler que l'ovule de l'homme comme celui des mammifères est formé par une sphère excessi-

Fig. 71. — Coupe schématique d'un follicule de Graaf fortement grossi. — a, l'œuf entouré de la zone pellucide circulaire (menibrarie vitellaire) et renfermant le vitellus grenu ainsi que la vésicule et la tache gerniinatives situ "es excenUiijuemcnl; h, couches de cellules épithéliales (disque proligère; entourant Itruf au dehors et se continujnt dans les couciies de cellules c qui tapissent la surface interne du follicule; d, capsule du follicule formée par du tissu conjonctif hhreiix; e, limite du follicule.

vement petite que l'on peut encore avec peine apercevoir comme un point, à l'œil hu, avec des conditions de lumière très-favo- Lles. 11 faut, pour l'étudier dans ses détails, s'aider du microscope. Si l'on emploie des grossissements suffisants, on apeiToit bientôt les formations suivantes : L'enveloppe extérieure de l'ovule, complètement sphérique, est formée par une membrane épaisse et transparente comme du verre ; elle apparaît sous le microscope comme un anneau complètement translucide et réfringent comme du cristal. Si Ton emploie des grossissements

très-forts, on peut distinguer dans cette membrane des tubes poreux excessivement lins et disposés d'une façon rayonnante. On appelle cette enveloppe transparente qui est proportionnellement très ferme et élastique, la zone pellucide. ^ous remarquerons d'avance qu'elle est l'analogue de la fine membrane qui entoure le jaune dans l'œuf de l'oiseau et qu'on a nommée pour cette raison la membrane vitelline.

Le contenu de la zone est formé en grande partie par le viîellus^ qui a chez les mammifères l'apparence d'une masse granuleuse et jaunâtre présentant à la lumière directe une teinte blanchâtre comme la crème de lait, mais avec la consistance du suif. Si le vitellus est pressé entre deux plaques de verre, il se comporte à peu près comme une boule faite avec de la mie de pain frais, qui a assez de consistance pour qu'on puisse lui faire prendre au moyen des doigts des formes diverses. Le vitellus lui-même est en partie de nature graisseuse, et il est probable que les Fig. 7-2. — Œuf ovarien de petits granules distribués au milieu de sa ^^ femme, grossi 250

i,"^ .p ' 1 . ^ .•. fois. — a, zone pellu-

suDstance sont lormes de tres-petitesgout- cide; b, vitellus- r vételettes de graisse suspendues au milieu ^icule gem.inative ren-

I' ""^ ,, • -i ? . 1 • ^ fermant la tache geriiii-

d une masse albummoide; c est une loi, a native, ce qu'il paraît, générale dans le règne animal, que le vitellus soit formé de deux classes différentes de substances, qui sont des corps albuminoïdes et des substances graisseuses. Le vitellus ne remplit cependant pas complètement la cavité de la zone; sur un des points de sa surface et en général tout près de la paroi intérieure de la zone, se trouve une petite vésicule complètement transparente et remplie d'un liquide clair comme de l'eau. Cette vésicule a à peu près cinq centièmes de millimètre de diamètre et présente une enveloppe excessivement fine, dans laquelle est renfermé à son tour le liquide transparent dont nous venons de parler. Cette petite vésicule, appelée la vésicule (jer minât ive ou vésicule dePurkinje, nom qu'elle doit au savant

qui l'a découverte, se rencontre dans tous les œufs de l'ovaire, surtout lorsqu'ils sont jeunes, et cela sans exception pour le règne animal tout entier; elle est par conséquent un élément constant de l'œuf non encore fécondé. Outre ce liquide fransparent, on remorque encore à l'intérieur de la vésicule chez les mammifères et chez l'homme, une petite tache arrondie, de couleur foncée et granuleuse, trop petite cependant pour qu'on puisse y reconnaître avec certitude une structure ultérieure. On trouve chez beaucoup d'autres animaux à la place de cette tache <jerininative unique, un nombre pkis ou moins grand de formations vésiculaires .semblables souvent à des gouttelettes de graisse aplaties, et disséminées sans ordre à la paroi interne de la membrane de la vésicule.

En nous résumant, nous reconnaîtrons que l'œuf humain est formé de deux vésicules sphériques, excentriques l'une à l'autre, et dont la plus petite renfermée dans la plus grande est la vésicule gcrminative, tandis que la plus grande qui l'entoure est la zone. Chacune de ces vésicules offre un contenu particulier, la vésicule germinative un liquide transparent et fluide dans lequel se trouve la tache germinative granuleuse. Quant à la zone, elle renferme un liquide plus dense, le vitellus, dans lequel, à un certain endroit et près de la périphérie, est placée la vésicule germinative.

L'ovule lui-même est, comme nous l'avons déjà dit plus haut, placé k l'intérieur du follicule de Graaf. Ce dernier est rempli d'un liquide albuminoide et gluant, et entouré d'une pellicule plus ou moins épaisse, qui enveloppe le liquide comme un sac fermé de toute part. La surface intérieure de cette pellicule est tapissée d'une couche de cellules épithéliales arrondies, dont le nombre augmente près de l'œuf et qui l'entourent de tous côtés. L'œuf est par conséquent enfermé dans une couche de ces cellules et est ainsi fixé à l'endroit qu'il occupe. Si l'on ouvre le follicule pour permettre à l'œuf de' sortir, ces cellules épithéliales qui s'attachent assez solidement à la surface de la zone pellucide se séparent de la partie interne du follicule et

accompagnent l'œuf. Ce dernier semble alors, sous le microscape, comme entouré d'une couronne ou d'une auréole, mais, en réalité, il est entouré de toute part par ces cellules. On a voulu assigner pendant un certain temps à ces cellules un rôle important, c'est pourquoi on avait donné à cette espèce d'auréole le nom de disque proligère ; des observations récentes ont prouvé cependant que ces cellules ne jouent aucun rôle dans le développement" embryogénique de l'œuf; elles se séparent de l'œuf dans l'oviducte et se perdent complètement. En revanche, on a découvert aussi que ces cellules sont en rapport intime, ainsi que le follicule entier avec son épithélium, avec la formation primitive de l'ovule. L'œuf primitif, en effet, naît de la transformation des cellules épithéliales de l'ovaire. Ces dernières arrivent en même temps que IVeuf dans l'intérieur de l'ovaire au moyen d'enfoncements en forme de boyau, qui s'étranglent par places et se ferment cà la fin complètement pour constituer les follicules.

L'ovule primitif, renfermé dans Tovaire, est constitué des mêmes parties dans toute la série animale, aussi bien chez les invertébrés que chez les vertébrés. On trouve partout comme enveloppe extérieure une membrane vitelline, qui est dans la plupart des cas très -fine et atteint seulement chez les mammifères une épaisseur plus considérable; aussi n'est-ce que chez ces derniers, qu elle prend le nom de zone pellucide. On ti^ouve partout aussi un vitellus dont la consistance et la couleur peuvent varier beaucoup; sa composition est cependant jusqu'à un certain point la même, car on y rencontre toujours, comme nous l'avons dit plus haut, deux sortes de substances, une substance albuminoïde et une substance grasse. La graisse est plus ou moins liquide ; elle est liquide dans le jaune de l'œ-uf de la poule, par exemple, et d'autres fois plus solide : elle forme souvent des granules microscopiques, comme dans l'œuf des mammifères, tandis que chez les poissons , on la trouve en grosses aouttes visibles à l'œil nu. Cette graisse est sans couleur dans un grand nombre de cas, elle est très-souvent aussi jaune ou orange.

quelquefois même verle, rouge vif ou violette ; la couleur se transmet alors au vitellus tout entier, La vésicule germinative, contenant une ou plusieurs taches germinatives, appartient aussi aux formations que l'on rencontre dans tous les œufs encore renfermés dans l'ovaire. Cette vésicule est toujours placée près de la péripliérie du vitellus et même le plus souvent accolée à la paroi interne vitellaire. L'œuf présente donc à lintérieur de l'ovaire des caractères constants et très-faciles à reconnaître. Si l'on n'a découvert l'œuf des mammifères que dans une époque assez récente, cela tient au fait que l'on s'attendait à trouver une formation visible à l'o'il nu et offrant quelque analogie avec l'œuf si connu de l'oiseau. Induits en erreur par l'existence des follicules, les anciens savants ont négligé d'étudier plus particulièrement le contenu de ces derniers.

Tous mes lecteurs connaissent l'œuf de la poule, ilne sera donc pas superflu d'entrer pendant quelques instants dans des détails plus circonstanciés sur sa structure; nous pourrons ainsi montrer quels sont les rapports de formation qui existent entre cet œuf et celui d'un mammifère. 11 est facile d'étudier ces détails de structure en ouvrant quelques œufs frais ou cuits durs, et ce mode d'observation pourrait grandement contribuer à faire comprendre les détails que nous avons donnés précédemment. L'enveloppe calcaire, la coqiie^ qui entoure l'cxaif delà poule, est tapissée à son intérieur d'une membrane mince et de la couleur du lait : on l'appelle la membrane coquillière. On rencontre ensuite le blanc d'œuf, toujours plus épais h l'intérieur du côté du jaune. L'albu7nen, comme on l'appelle dans le langage scientifique, se montre dans IVeuf cuit composé de couches concentriques. On distingue dans sa masse deux cordons contournés en spirale, qui vont des deux pôles de l'œuf vers le jaune et semblent destinés à maintenir ce dernier en place ; ces deux cordons nommés les chalazes, formés d'un albumine plus ferme, sont le résultat de la rotation que subit l'œuf en descendant dans l'oviducte. Pendant cette descente, où il tourne autour de son axe, les couches successives d'albumen sont déposées sur lui. Toutes les

parties extérieures de l'œuf de la poule dont nous venons de parler, c'est-à-dire la coque, la membrane coquillière, l'albumen et les chalazes, ne se trouvent ims chez les mammifères, pas plus qu'elles ne se trouvent dans l'œuf de l'oiseau aussi longtemps qu'il est encore enfermé dans l'ovaire. Ces formations ne viennent se déposer successivement sur l'œuf que plus tard, après que l'œuf s'est séparé de l'ovaire et pendant que la sphère vitelline traverse l'oviducte. L'albumen étant plus rapproché du vitellus, se dépose en premier lieu dans la moitié supérieure de l'oviducte; la coque n'est formée que dans une partie élaigie inférieure de l'oviducte. On ne peut donc prendre ces parties en considération lorsqu'on veut comparer l'a'uf de la poule à l'œut ovarien du mammifère.

A l'intérieur de l'albumen de la poule on voit suspendue une sphère orangée, la sphère vitelline, dont le liquide un peu épais se solidifie h la cuisson. BVais, ce liquide est maintenu dans sa forme sphérique par une membrane fine mais assez •consistante, la membrane vitellaire.

On peut se convaincre facilement de l'existence de cette enveloppe en séparant le jaune de l'œuf du blanc qui r- -^ p , , ,. 1

' "^ i Fi^r. lô. — Coupe schL-mntii|uc du

l'enloure et en le piquant ensuite, ce qui permet au liquide de s'écouler.

On voit alors la membrane vitelline se plisser manifestement. Il est facile de constater que le jaune est composé de deux substances différentes qu'on peut reconnaître très-bien en faisant une coupe verticale à travers un œuf cuit dur.

On trouve à l'intérieur du jaune une masse blanchcàtre de peu de consistance, tandis que la substance extérieure paraît toujours plus ferme et plus jaune. Le vitellus intérieur, qui est plus blanc, présente dans son ensemble la forme d'une bouteille dont le

jaune de l'œuf de la poule.

a, membrane vitellaire; b, couche g'jrniinative remplissant la vésicule germinative; c, vitellus nutritif jaune, dispose par couches; d, |:oulot de l'accumulatioîi centrale de vitellus blanc désijrtié par d'.

fond se trouve au milieu de l'œuf, tandis que le col se dirige vers l'extérieur, à une place qui est toujours tournée en haut lorsque l'œuf est entier et que le vitellus nage dans l'albumen. En cet endroit, toujours reconnaissable lorsqu'on ouvre un œuf sur le côté, on distingue un anneau blanchâtre ordinairement transparent dans son milieu et quelquefois entouré de plusieurs cercles concentriques. On appelle cet endroit cicalricule, blastoderme ou vitellus formatif. Au milieu'du blastoderme se trouve, clans les œufs non encore développés, \a vésicule (jenninative ^\ec sa tache germinative. La vésicule germinative est aussi excessivement petite chez les oiseaux et on ne peut la voir qu'au microscope; en général, elle a déjà disparu quand l'œuf est pondu, tandis qu'on peut la reconnaître facilement dans l'œuf qui n'a pas encore quitté l'ovaire. Les anneaux blanchâtres entre lesquels est placée la vésicule germinative sont formés d'éléments vitellaires d'une siructure paiticulière. Si l'on étudie la formation de l'œuf de la poule à Tinlérieur de l'ovaire et en allant du plus développé au moins, voici ce que l'on remarque : si l'on examine l'ovaire d'une poule qui a, comme chacun le sait, la forme d'une grappe simple et placée immédiatement con-. tre la colonne vertébrale et un peu plus du côté gauche, on s'aperçoit que les œufs sont d'autant plus blanchâtres qu'ils sont plus petits. La cicatriculese voit d'autant moins facilement que l'œuf est plus jeune, et l'œuf primitif se montre à nous comme formé d'une vésicule fj^erminativc assez i^rande et claire, entourée d'un vitellus blauchâtre et granuleux. Les éléments de formation de Vœuï primitif sont par conséquent exactement les mêmes que dans l'œuf du mammifère, et cet œuf se trouve placé aussi bien dans un sac formé par l'ovaire que l'onif du mammifère est placé dans le follicule. C'est à partir de ce point seulement que commencent les différences, uniquement apparentes pour qui les examine de phis près. 11 se forme des dépôts considérables de couches de cellules ,qui viennent s'attacher aux vitelhis granuleux. Ces cellules se présentent à nous comme formant insensiblement le vitellus jaune et la masse

principale de l'œuf. Le vitellus blanchâtre et granuleux qu'on trouve à l'intérieur de l'œuf de l'oiseau, ainsi que la vésicule germinative et le vitellus formatif qui se trouve accumulé autour de celle-ci, constituent par conséquent le vitellus primitif. La masse principale jaune ne provient que d'un dépôt intérieur formé postérieurement. C'est ainsi que se différencient la cicatricule, le vitellus jaune de la périphérie et le vitellus blanc intérieur ; on peut s'en assurer déjà à l'œil nu. Cette différenciation ne se produit donc dans l'œuf que lorsqu'il approche de la maturité ; dans l'œuf ovarien n^n encore développé, le vitellus se présente aussi uniforme dans toutes ses parties que dans l'œuf d'un mammifère. Nous pouvons appeler vilellus formatif on \iie\\us principal bipartie développée en premier lieu et vitellus nutritif ou vitellus accessoire la substance jaune ajoutée plus tard. La partie primitive du vitellus se trouve essentiellement en rapport avec la formation première de l'embryon, tandis que la partie jaune déposée plus tard s'emploie au développement ultérieur de l'embryon déjà formé et sert à le nourrir. Cette séparation entre le vitellus de formation et le vitellus de nutrition manque complètement dans l'œul mùr des mammifères, car chez eux l'embryon est essentiellement nourri par des matières que lui fournit la mère ; mais cette séparation existe dans le commencement, car une partie du vitellus est fournie par le follicule.

On croyait autrefois que les follicules de Tovaire des mammifères et de l'homme devaient être les œufs véritables, tandis qu'ils représentent en réalité les sacs en forme de grappes qui entourent les œufs des oiseaux et de la plupart des animaux ovipares. Ces sacs ovariens ou ovisacs sont en effet tapissés à l'intérieur de cellules offrant une grande analogie avec celles qui entourent l'œuf du mammifère à l'intérieur du follicule et forment le disque proligèrc. Le follicule des mammifères et de l'homme se distingue par conséquent de Fovisac d'autres animaux par le seul fait qu'il atteint par rapport à l'œuf un développement considérable et contient une grande quantité

de liquide dans lequel nage l'œuf resté petit. Chez les animaux ovipares, au contraire, l'ovisac entoure étroitement de tous côtés l'œuf, qui atteint un grand développement. L'ovaire de la femme ne nous apparaît pas sous la forme d'une grappe comme celui des oiseaux et de beaucoup de mammifères, parce que la substance iiitermédiaire fibreuse qui se trouve entre les sacs ovariens n'est que fort peu développée chez ces derniers ; dans l'ovaire humain au contraire, celte substance remplit tous les espaces intermédiaires entre les follicules.

Le développement de l'œuf à l'intérieur de l'ovaire a paru de tous temps un problème très-important; ce problème semble maintenant à peu près résolu. Les œufs primordiaux de l'homme, dont le nombre a été évalué h 50-40,000, ne se forment que pendant la période de la vie embryonnaire, comme nous l'avons déjà remarqué, et cela sous l'apparence de cellules épithéliales placées sur l'ovaire. Cesceufs contiennent la vésicule germinative et dans celle-ci, la tache germinative ainsi qu'une couche enveloppante de substance plastique molle et sans enveloppe. Ils ne constituent donc pas par conséquent de véritables cellules, mais bien des cijtodes à noyaux. Ces œufs primitifs sont alors poussés, et quelquefois en grande quantité, dans des enfoncements, qui deviennent de véritables boyaux en culs de-sac et b:e dirigent vers l'intérieur de l'ovaire. Là ils s'entourent d'une couche de cellules épithéliales qui se serrent autour de chaque œuf et forment ainsi le premier développement du follicule de Graaf. Les cellules du follicule produisent alors une substance plastique qui augmente d'abord le vitellus, et se condense enfin sur sa périphérie en formant la membrane d'enveloppe, la future zone pf'llucide. C'est ainsi que se constitue et se complète la cellule de Vœuf ovarien mûr. Aussitôt que ce dévelo})pement est terminé, le follicule se remplit peu à peu de liquide et son épithélium augmente tellement, qu'il entoure l'œ'uf et tapisse à l'intérieur la cavité du follicule.

Il serait trop long de parler ici avec plus 'de détails de la formation des œufs chez les autres animaux. 11 est curieux de

LE SKXL. jç,5

constater la grande quantité d œufs primordiaux qui se l'oriuent chez l'homme pendant la \ic fœtale. La plus grande quantité de ces œufs n'atteint jamais un développement complet. Ils disparaissent en outre pendant la vie de l'individu. Si Ton se souvient qu'à chaque menstruation il se détache un œuf mûr qui est expulsé, comme nous le verrons plus tard, et (jue la femme peut procréer pendant trente ou irente-cinq ans, on peut évaluer à 400 en moyenne le nomhre d'œufs consommés pendant la vie sexuelle de la femme. Il \r\ aurait par conséquent qu'un œuf sur cent qui arriverait à la maturation complèle dans l'intérieur de l'ovaire. Comme la fécondité moyenne de la femme dans les pays civilisés ne dépasse pas le nombre de quatre enfants, il en résulte qu'un œuf sur dix mille se développe et devient un individu nouveau. Chaque germe a par conséquei t le droit de <q développer, mais une infime minorité .seulement atleint son développement définitif.

L'ovaire se continue chez beaucoup d'animaux immédiatement dans Vovidncte, qui expulse les produits au dehors. Chez la femme, au contraire, l'ovaire se trouve complètement isolé et séparé de l'oviducte. Ce dernier forme de chaque coté un tube étroit qui s'ouvre du côté de l'ovaire en forme d'entonnoir. Le bord de cet entonnoir est couvert de franges qui entourent l'ovaire et reçoivent l'œuf qui s'en échappe. Les parois des oviductes sont formées partout de fibres musculaires et peuvent par conséquent se contracter énergiquement. Ces contractions, semblables aux contractions vermiculaires de l'intestin, se propagent de haut en bas et peuvent par conséquent faire descendre, depuis l'entonnoir vers l'exlériein-, un corps qui se trouve à l'intérieur de l'oviducte. On rencontre cà la surface interne de l'oviducte une grande quantité de glandes qui sécrètent l'albumen, cette surface interne est en outre animée d'un mouvement vibratile très-vif, dont la direction est de haut en bas à partir de l'entonnoir. Les contractions vermiculaires ainsi que la direction du mouvement vibratile sont par conséquent arrangées de telle façon qu'elles peuvent poussera travers le tube de lovi-

ducte les corps renfermés dans cet organe et spécialement les œui's. Les deux oviducles aboutissent chez la femme à leur partie

inférieure dans un corps médian appelé Viitérus. Ce corps est ordinairement, chez une fille vierge, pyriforme et aplati ; il présente des parois trèsépaisses, composées de fibres particulières, et n'a qu'une petite cavité interne de forme triangulaire. Les oviductes viennent aboutir dans les deux angles postérieurs de la cavité.

C'est dans l'utérus que le fœtus se développe chez les mammifères ; la forme de cet utérus varie énormément chez les différentes espèces de ces derniers. Ce n'est que dans un petit nombre d'entre eux qu'on tiouve un utérus simple comme chez l'homme. Dans la plupart des cas, il est partagé plus ou moins profondément en deux parties latérales appelées les cornes ; c'est à l'extrémité de ces dernières que viennent aboutir les oviductes. L'œuf vient se placer à l'intérieur de cette cavité simple ou double, aussitôt qu'il a traversé l'oviducte. Il y reste jusqu'à ce qu'il soit expulsé au moment de la

naissance. L'utérus est pour cette raison ex-cessivement dilatable;

il remplit vers la fin de la grossesse la cavité abdominale presque

ig. 74. — Coupe du co;ps léminin par le plan niétlian et vertical. — iv, la matrice coupée par le milieu de manière à montrer la cavité interne; x, vessie urinaire ; y, rectum ; z, vagin ; a, os pubis.

entière, car les autres viscères sont alors repoussés dans un espace très-restreint. Le fœtus lui-même entre en relation organique avec les parois de l'utérus et vient prendre, comme nous le verrons plus tard, sa nourriture dans les vaisseaux sanguins de ce dernier ; c'est pour arriver à ce but que les vaisseaux sanguins de 1 utérus grandissent dans la même proportion que l'utérus lui-même ainsi que ses fibres. Les contractions de ces fibres cherchent à chasser, à l'époque de la naissance, le fœtus hors de la cavité utérine et rendent peu ii peu à l'utérus un volume à peu près égal à celui qu'il occupait à l'état vierge.

11 serait inutile d'étudier ici d'une manière plus détaillée la forme et la structure des organes génitaux externes. Ils ne sont construits en effet que dans le but de la copulation, et servent à permettre la rencontre des deux matières génératrices , le sperme et l'œuf. Nous parlerons dans les lettres suivantes de Tendroit dans lequel se fait cette rencontre chez les mammifères, ainsi que de la nature des phénomènes qui concourent à ce but.

Tous les organismes, sans exception, vivent un temps déterminé, pendant lequel ils grandissent et se développent, puis se maintiennent dans un état culminant d'équilibre pour s'affaiblir ensuite, se détruire enfin et périr. La disparition de l'espèce serait, par conséquent, fatale, surtout dans le règne animal, puisque la mort est le sort inévitable de tout être organique et que, chez les animaux, la durée de la vie est très-courte, comparée à la durée de celle des plantes ; mais la génération et la propagation fournissent le moyen de conserver l'espèce même après la disparition des individus existants. Si nous examinons le règne animal, nous voyons que cette propagation se fait de diverses manières, et quand on compare les phénomènes qui se passent alors avec ceux que l'on observe chez l'homme, on obtient des résultats très-importants : nous ne saurions les passer sous silence.

On a parlé beaucoup, et dans une époque reculée aussi bien que de nos jours, de la génération spontanée ou asexnelle de certains animaux ; on entendait par là la génération immédiate d'animaux vivant au moyen de substances organiques inanimées ou même au moyen de m;\tières inorganiques. Ces substances, suivant cer-

taines croyances, n'ayaient, au point de vue de la propaj^ation, aucun rapport avec les individus créés. A mesure que le flambeau de la science vint éclairer les ténèbres qui enveloppaient encore la génération des organismes animaux, ces idées de génération équivoque, comme on appelait aussi souvent la génération asexuellc, furent de plus en plus abandonnées. Il est vrai qu'on s'aperçut bientôt que les anguilles ne naissaient pas, comme le croyait anciennement Aristote, de la boue des rivières, ni les vers des cadavres en pourriture; mais, malgré cela, on conserve encore, cà l'égard de certaines classes d'animaux, l'ancienne opinion, et maint savant des temps modernes cherche encore à la défendre et cà l'appuyer de diverses raisons. C'est surtout à l'égard des infusoires, des vers intestinaux et de quelques insectes parasites que l'on croyait devoir admettre une génération équivoque. On a prétendu qu'ils se produisaient au moyen de substances indifférentes ou hétérogènes, contenant les éléments des corps organiques, sans naître pour cela de germes existant dans ces substances. L'explication de beaucoup de phénomènes, en effet, pourrait être favorable à l'opinion que nous venons de relater, et nous voulons en parler ici plus au long, car il est facile de persuader aux gens inexpérimentés et aux observateurs superficiels qu'il y a, en effet, chez ces animaux une génération spontanée.

Si l'on verse de l'eau sur une substance organique quelconque et qu'on la laisse ainsi quelque temps à l'air libre, il se développe aussitôt une quantité de plantes et d'animaux microscopiques qui grouillent dans la matière en pourriture et semblent être nés de celle-ci. Le nombre considérable de ces animaux et de ces plantes microscopiques, leur naissance presque instantanée et leur similitude dans les conditions d'existence analo^ gués, semblent parler en faveur de l'opinion qui veut que ces organismes plus ou moins parasites naissent de l'action combinée de l'air, de l'eau et de la substance organique. Il a fallu des expériences décisives pour montrer que les infusoires et les champignons formant la moisissure existent déjà, soit dans les substances employées pour l'infusion, soit flottants dans l'air au gré

du moindre courant, à l'état desséché et enkysté, ou bien aussi sous forme de germes ou de spores. Ces germes et ces spores trouvent alors dans l'infusion un milieu convenable pour se développer. On a prouvé que la naissance de ces organismes est impossible lorsqu'on a détruit les germes qui se trouvent dans l'air, dans l'eau ou dans la substance organique qu'on a choisie pour Finfusion. Il a fallu prouver aussi que la faculté génératrice de ces organismes inférieurs est, en effet, assez puissante pour produire en quelques heures ou en quelques jours des milliers d'individus.

Des recherches quon a faites sur les infusoires et la moisissure prouvent, en effet, que leur activité propagatrice est considérable. Un filament de champignon qui sort en quelques heures d'une spore distribue, au bout de ce temps, des millions de toutes petites spores qui se reproduisent à leur tour avec une rapidité tout aussi grande et augmentent en nombre dans les mêmes proportions. Les infusoires inférieurs se divisent longitudinalement et transversalement, et chaque animal produit par cette division peut, au bout de quelques heures, se partager de nouveau. Leur propagation représente, par conséquent, une série géométrique. Les rotifères eux-mêmes, qui appartiennent à une classe particulière et plus hautement organisée d'animaux vermiformes, augmentent si rapidement en nombre au moyen de leurs œufs qu'une seule femelle peut, en quelques jours, avoir une descendance de plus d'un millier d'individus. La propagation si rapide au moyen de la descendance directe des organismes que nous venons de meF)tionncr (ces organismes se trouvent en grand nombre dans les infusions), est donc amplement prouvée, et la vitalité de ces plantes et de ces animaux ainsi que de leurs germes n'est pas moins considérable. Les rotifères, les tardigrades et les infusoires, humectés d'eau, recommencent à vivre même après être restés desséchés pendant des années. On peut même les dessécher complètement en les tenant pendant deux mois dans le vide de la pompe pneumatique, on peut les exposer ainsi sèches à fond pendant un temps assez court à une chaleur de plus de

100 degrés; malgré cela, ces animaux recommencent à vivre lorsque leurs tissus sont imbibés d'eau, tandis qu'ils périssent dans l'eau cbauffée à 50 degrés. Secs, ils peuvent, par conséquent, supporter des températures très-élevées, qui les tueraient à l'état humide. Ces animaux sont d'ailleurs si légers, qu'une fois desséchés, le moindre courant d'air les emporte. On a prouvé, dans ces derniers temps, qu'une quantité d'infusoires s'entourent d'enveloppes particulières, s'enkystent, pour employer le terme technique, lorsque l'eau dans laquelle ils vivent commence à manquer. Ils peuvent ainsi, protégés contre une dessiccation complète, attendre pendant un temps assez long un moment favorable, c'est-à-dire une humidité nouvelle qui leur permette de recommencer à vivre. Ce n'est pas seulement dans la poussière ordinaire, mais encore dans la poussière des vents alizés, qui souvent est entraînée à des distances énormes à travers les régions supérieures de l'atmosphère, grâce aux courants réguliers qui y régnent, qu'on a découvert une quantité de kystes, d'animaux et de plantes microscopiques desséchés. Tous ces organismes si légers sont enlevés par le vent de dessus les flaques d'eau desséchées et se distribuent ainsi sur une partie considérable de la surface terrestre. On peut donc dire avec raison que l'air est continuellement rempli de germes excessivement petits et d'animalcules desséchés, et que les molécules de poussière que nous voyons scintiller dans un rayon de soleil ne sont en grande partie pas autre chose que des germes et des organismes à l'état de dessication et n'attendant qu'un milieu favorable pour se propager. Une expérience assez simple nous donne la preuve directe de cette opinion ; presque toutes les recherches expérimentales, si multipliées et si variées, que Ton a installées depuis quelques années, reposent sur cette expérience fondamentale, qui a toujours donné le même résultat. On cherche, par cette expérience, à détruire dans une infusion de substance organique tous les germes qui pourraient s'y trouver et à ne laisser entrer ensuite que de l'air dans lequel tous les germes aient été détruits aussi par un procédé quelconque. S'il se formait, sous ces conditions,

502 LETTRE DIX-ISEITIÈME.

des infusoires ou de la moisissure, on avait la preuve que ces organismes peuvent se développer par génération asexuclle sans le secours de germes. S'il ne s'en formait pas, on était obligé d'attribuer leur naissance aux germes suspendus dans l'air ou nageant dans l'eau. On a fait cette expérience de la façon suivante : on met de la viande, par exemple, avec de l'eau dans un vase, et après l'avoir cuite longtemps, on ferme le vase de telle façon que l'on puisse faire passer à volonté un courant d'air à travers le bocal. Cette cuisson prolongée a détruit tous les germes microscopiques, toutes les plantes et tous les animaux qui se trouvaient auparavant dans l'eau ou sur la viande. Quant au courant d'air, on le fait passer auparavant à travers un tube chauffé au rouge, contenant de lacide sulfurique, de la potasse caustique ou une autre substance de ce genre; on détruit de cette façon tous les germes qui flottent dans le courant atmosphérique ou qui avaient été enlevés par lui, sans pour cela changer en aucune façon la composition de l'air lui-même. La viande se décompose et entre en putréfaction sans que l'on puisse apercevoir la moindre trace d'infusoires ; mais si l'on ouvrait le flacon, en laissant entrer par une ouverture, que'ique petite qu'elle fût, un courant d'air qui n'eût pas subi auparavant les opérations dont nous avons parlé plus haut, on verrait en quelques heures se développer une grande quantité d'organismes végétaux ou animaux, de la moisissure ou des infusoires.

Des expériences analogues, variées de mainte façon, ont servi de point de départ à toutes les discussions sur la fermentation, la putréfaction et tous les phénomènes de ce genre qui sont basés sur la présence de champignons microscopiques et d'infusoires et n'ont pas un caractère purement chimique. Toutes ces actions sont, en effet, produites par le développement et la vie d'organismes de ce genre, et elles peuvent être arrêtées par leur destruction. Mais ces expériences n'impliquent pas que la génération asexuelle . soit impossible pour les organismes les i)lus simples; on est même forcé de repousser complètement cette conclusion, qui va au delà des faits constatés. Toutes ces expériences prouvent seu-

lement qu'il ne se développe pas d'organisme de ce genre sous les conditions dans lesquelles on a fait jusqu'ici les expériences ; elles ne prouvent pas l'impossibilité de la production d'organismes ou de substance organique vivante en général. Nos connaissances sur les conditions nécessaires à la production d'êtres vivants sont encore bornées ; nous ne pouvons affirmer que toutes les circonstances dans lesquelles peut se manifester la vie soient épuisées par les expériences faites jusqu'à ce jour. Les organismes sur lesquels on a expérimenté jusqu'ici et que les uns prétendaient avoir créés, tandis que les autres mettaient en doute, et certes avec raison, ces créations spontanées, ont, il faut bien se le dire, une organisation déjà relativement très-élevée. Ce sont, en effet, des champignons, des moisissures et des infusoires, tandis que les organismes, que les recherches des derniers temps nous ont faits connaître, sont amorphes, mais présentent cependant des manifestations vitales. La génération spontanée, telle que nous pouvons la concevoir, ne pourra porter que sur la création de cette substance organique fondamentale ayant vie mais ne possédant point encore de forme déterminée ; elle devient inacceptable pour des organismes plus élevés qui se présentent déjà comme des différenciations ultérieures de cette substance fondamentale.

Une autre classe d'animaux, à laquelle on attribuait autrefois une génération asexuelle, est celle des vers intestinaux ou plutôt de tous les parasites intérieurs en général qui vivent aux dépens d'autres animaux. On ne trouve pas seulement ces vers intestinaux dans l'intestin et dans ses dépendances ou dans d'autres cavités, dans lesquelles ils peuvent pénétrer depuis l'extérieur ; on les rencontre encore à l'intérieur d'organes complètement fermés qu'il faut détruire pour en faire l'examen ou dans lesquels il faut se frayer violemment un chemin. Le tournis des moutons et du gros bétail est produit par la présence à l'intérieur du cerveau d'un ténia enkysté, d'un scolex vésiculaire qui s'y développe et comprime le cerveau. On trouve très-souvent, à l'intérieur des yeux des poissons, au milieu du corps vitré, une grande quantité de

vers, on en rencontre dans les muscles d'un grand nombre d'animaux et de l'homme, on en voit même quehjuefois dans les membranes internes et même dans les cartilages et les os. Il est impossible que ces vers soient entrés directement de l'extérieur dans ces organes fermés de toute part. Quelle autre opinion paraît ici admissible que celle des anciens savants? Ils prétendaient, en effet que ces parasites s'étaient formés aux dépens de la substance de l'animal vivant et continuaient à vivre à l'endroit où ils s'étaient formés. A cela vient s'ajouter que chaque espèce d'animaux présente des parasites particuliers et que trèspeu d'espèces seulement de vers intestinaux sont communes à plusieurs types. Comment serait-il possible que ces parasites passent d'un individu à un autre, puisqu'ils périssent, en général, immédiatement après être sortis des organismes dans lesquels ils vivent? N'est-il pas bien plus probable que ces parasites naissent dans l'animal lui-même? Leur mort, après leur passage dans un autre animal ou à leur mise en liberté, ne nous démontre-t-elle pas que leur existence est impossible en dehors de l'organisme dans lequel ils sont nés?

Les recherches modernes sur les vers intestinaux ont donné des réponses complètes à toutes ces questions ; ce serait un tour de force que de vouloir défendre encore l'opinion qui fait de ces organismes le résultat d'une génération spontanée. L'anatomie d'abord a montré que les organes sexuels, aussi bien que les germes et les œufs, se trouvent en quantité énorme chez les vers intestinaux. Un ténia, par exemple, présente dans chacun de ses articles, dont il possède plusieurs milliers, un appareil sexuel, mâle et femelle, complet, et chaque article contient des centaines et même des milliers d'œufs qui se conservent intacts même dans des liquides en putréfaction et des substances corrosives, et n'éprouvent pas de dommage lorsqu'on les dessèche. Un seul lombric (ascaride) produit en un an dans ses ovaires filiformes, environ six millions d'ovules microscopiques dont la vitalité semble excessivement grande. A quoi servirait une accumulation aussi colossale de germes dans ces parasites et dans beaucoup

d'autres, si ces germes étaient inutiles à la propagation de l'espèce? S'il était vrai que les parasites prissent naissance aux dépens des organismes qui les cachent, les millions d'œufs que développe un seul de ces individus seraient une prodigalité incompréhensible de la part de la nature. Dans ce cas l'expulsion des germes à l'extérieur, qui revient même chez quelques espèces à des époques régulières, serait de toute inutilité. On sait que les vers solitaires de certains poissons expulsent au printemps leurs articles remplis d'œufs, que ces articles arrivent à l'extérieur, tandis que la tète ou le scolex, comme l'appelle le langage scientifique, privé de ces articles, reste attaché dans l'intestin. Derrière ce scolex naissent, pendant l'été et l'automne, de nouveaux articles qui, peu à peu, se remplissent d'œufs pendant l'hiver et sont expulsés de nouveau au printemps. Chez le ver solitaire humain à articles larges, le Bothriocephahis latus, on remarque une périodicité analogue dans l'époque d'expulsion des articles. Ces périodes reviennent, d'après m.a propre expérience, deux fois par an, au printemps et en automne. C'est à ces époques que les dérangements produits par un ver solitaire deviennent plus violents et se terminent par l'expulsion des articles gorgés d'œufs et arrivés à maturité. Chez les chiens et même chez la plupart des animaux affligés de vers solitaires, l'expulsion d'articles isolés, et remplis d'œufs mûrs qui s'en vont avec les excréments, est presque continuelle. Le lombric ou ascaride et d'autres vers ronds rampent au dehors de l'anus de leurs hôtes dès qu'ils contiennent des œufs mûrs ou des petits vivants; chez d'autres, au contraire, les œufs sont expulsés avec les excréments de l'hôte. On remarque par conséquent dans la plupart des parasites intestinaux une émigration des parasites eux-mêmes, ou encore de leurs œ^ufs ou de leurs petrts ; cette émigration est toute normale et une des conditions de leur existence.

Les faits dont nous venons de parler semblent rendre probable que les œufs des vers intestinaux expulsés en si grande quantité sont produits en nombre aussi considérable pour leur

permettre de périr par milliers sans que pour cela l'espèce s'éteigne. Un de ces œufs trouve par hasard un milieu favorable dans lequel il pourra se développer, tandis que les autres, moins heureux, périssent sans avoir atteint le but. On peut même affirmer, sans crainte d'être démenti, que les iniluences nuisibles qui menacent de destruction les œufs doivent être très-nombreuses et avoir une action très-puissante pour empêcher une véritable invasion de vers intestinaux. Un adulte ou un enfant qui a une douzaine de lombrics dans son intestin, ce qui n'est d'ailleurs pas rare, expulse avec ses matières fécales en une année 72 millions d'œufs. Les matières fécales sont employées, dans beaucoup de pays, dans Thorticulture et l'agriculture, comme engrais, tandis que dans d'autres elles se déversent sans trouver d'emploi, dans les ruisseaux et les fleuves. Des millions d'œufs sont ainsi détruits, mais l'un d'eux peut arriver, directement ou indirectement et d'une manière encore inconnue, dans l'intestin d'un homme, et le seul individu qui naîtra de cet œuf suffira pour produire de nouveau des millions d'œufs soumis aux mêmes hasards.

Les recherches qu'on a faites sur la propagation des vers solitaires ont, jusqu'à un certain point, élucidé les moyens par lesquels ils arrivent dans les divers organismes. Le cycle complet du développement de la plupart d'entre eux est, en effet, exactement connu. Parmi ces espèces si parfaitement décrites, on remarque le ver solitaire étroit de l'homme {Tœnia so- Hum) que l'on trouve surtout en France et en Allemagne ; en Suisse, en Pologne et en Hollande se rencontre une autre espèce, le ver solitaire large {Bothnocephalns latus). Le ténia proprement dit vit dans lintestin de Phomme, ses articles mûrs et remplis d'œufs se séparent de temps en temps, sont expulsés et arrivent ainsi avec les excréments dans les fosses d'aisances. Chacun sait que le porc est un animal domestique assez malpropre; il fouille en effet dans toute espèce d'immondices, et il ne faut pas s'étonner s'il avale, avec la nourriture qu'il cherche dans les fumiers, une grande quantité d'articles et d'œufs

(le ténia. L'œuf du ver solitaire, arrivé dans l'appareil digestif du porc, commence à se développer, l'embryon se forme et arrive bientôt à pouvoir briser l'enveloppe de l'œuf et à sortir sous sa véritable forme. L'embryon devenu libre est formé d'une spbérule microscopique excessivement petite qui peut se contracter et se dilater énormément, et est armée à la partie antérieure de six crochets pouvant se mouvoir dans tous les sens. L'animal, au moyen de ces crochets, se fraye un chemin à travers les tissus du corps et arrive ainsi à l'endroit où il doit se développer. 11 est probable qu'il se sert en partie du courant sanguin pour continuer sa route. On a démontré d'ailleurs l'existence de ce mode de locomotion pour d'autres espèces qui pénètrent dans les vaisseaux sanguins, sont charriées avec le sang, de la même manière que les corpuscules sanguins avec lesquels ils sont mêlés, et arrivent ainsi à leur destination. 11 se peut aussi que l'embryon du ténia perfore directement les tissus eux-mêmes, car on a observé chez d'autres animaux, et surtout dans le foie et le cerveau des lapins, des moutons, etc. , des canaux très-fins forés par des vers intestinaux connus. L'endroit où doit arriver dans le porc l'embryon du ténia est le tissu cellulaire sous-cutané et intcrmusculaire. L'embryon microscopique s'attache alors solidement dans ces parties, il grossit et développe un scolex avec un cou très-court qui se termine à la partie inférieure par un grand sac rempli de liquide. L'embryon devient ainsi peu à peu un ver vésiculaire, et chacun connaît le ver cystique du porc sous le nom de ladrerie. La police sanitaire défend, dans beaucoup de pays, la vente de la chair des cochons ladres, mais ce serait une grande naïveté que de croire que l'on en jette la viande. Il est vrai qu'on détruit les vers cystiques en faisant cuire ou rôtir la viande, une température élevée audeLàde 60 degrés les tuant infailliblement ; mais, malgré cela, les vers vésiculaires arrivent souvent en bon état jusque dans l'estomac de l'homme, par la viande fraîche. On a remarqué que les juifs orthodoxes, qui ne mangent pas de porc, ne sont jamais affligés du ver solitaire. On a observé aussi que

les iadividus loi ces par leur métier à manier beaucoup la viande fraîche, comme les boucliers, les cuisiniers, etc., sont plus sujets que d'autres au ver solitaire; ils ont en effet l'habitude, en découpant la viande ou en faisant de la charcuterie, de tenir leur couteau entre les dents et de goûter la viande fraîche qu'ils viennent de hacher.

Les vers arrivent ainsi dans l'estomac de l'homme. Là, la vésicule se sépare et le scolex arrive avec le chyme dans l'intestin grêle où il s'attache au moyen de sa trompe munie de crochets et de ses ventouses. Il grossit alors de plus en plus et devient un ver solitaire pouvant atteindre jusqu'à plusieurs mètres de long, dont se séparent enfin des articles et des œufs arrivés à maturité ; ceux-ci recommencent le même cycle de développement.

On a nourri des cochons de lait, qui ne peuvent jamais être ladres à leur naissance, avec des articles du ténia de l'homme et on leur a donné ainsi la ladrerie. On a fait manger à des hommes des vers cystiques de la ladrerie fraîche, et on leur a donné ainsi le ver solitaire. On a fait les mêmes observations sur des espèces voisines de ténias habitant d'autres animaux, et on a trouvé partout le même résultat. On sait maintenant que le tournis des moutons provient d'un ver cystique particulier, lecœnurus cerebralis, qui se développe dans le cerveau du mouton quand ce dernier a avalé les œufs d'un ver solitaire particulier, répandus dans l'herbe avec les excréments d'un chien de berger. Le chien, à soji tour, est atteint du ver solitaire, parce qu'il mange avec avidité les vers vésiculau^es contenus dans le cerveau des animaux tombés ou abattus. On sait que les chiens de chasse sont souvent aftligés d'un autre ver solitaire, parce qu'il est d'usage de leur donner à la chasse les intestins du gibier tué. On trouve en effet, surtout chez le lièvre et le lapin , des vers vésiculaires qui se développent dans le foie de ces animaux. Le gibier, à son tour, sera atteint du ver vésiculaire, s'il avale les articles et les œufs du ver solitaire qui se trouvent dans les excréments du chien de chassé. On sait aussi que le chat mange avec la souris les vers vésiculaires qui se trouvent

dans le foie de celle-ci ; ces vers deviennent des vers solitaires dans l'intestin du chat. Le ver vésiculaire de la souris et du rat provient à son tour des œufs de ce ténia que le rongeur avale en mangeant des substances auxquelles sont mêlées des excréments de chat.

L'exemple suivant nous montrera combien les embryons microscopiques et les vers vésiculaires sont communs. Les scarabées de la farine et leurs larves, si connues sous le nom de vers de farine, qui se trouvent partout, sur nos greniers, dans les tas de céréales, sont, en certaines localités, remplis à Tintérieur de vers cystiques enfermés en général dans des capsules et attachés en dedans de la cavité générale du corps, à la surface extérieure de l'intestin et de l'estomac. Voici comment s'exprime le savant qui a découvert ce fait : « Les vers de farine et les scarabées que je ramassais au grenier de ma maison paternelle étaient, dans le sens le plus strict du mot, tellement bourrés devers cystiques à divers degrés de développement, que je puis évaluer, sans exagération, à plusieurs millions le nombre de vers solitaires enkystés qui se trouvaientdans ce seul grenier. » Xe pourrait-on pas se croire entouré de toute part de germes, de kystes, de vers cystiques et de jeunes vers solitaires dont des millions peuvent périr avant qu'un individu arrive dans l'intestin d'un animal dans lequel il puisse se développer? Les poules et autres oiseaux avalent avec avidité les vers de farine. Les animaux à l'engrais de nos fermes mangent du son et avalent avec cette nourriture, non-seulement une quantité de vers de farine contenant des vers enkystés, mais encore les excréments de ces insectes. Dans la farine dont le boulanger se sert pour saupoudrer le pain, ainsi que dans celle qui reste attachée à la face inférieure du pain lorsqu'on roule le pain qu'on vient de cuire, se trouve une quantité d'excréments de vers de farine qui sont mangés par les animaux domestiques et contiennent sans doute des œufs de vers solitaires ou des vers encore enkystés. Nous ne savons pas encore où et comment ces vers se lixent, mais il est indubitable quils arrivent à leur

lieu de destination par l'un des moyens mentionnés plus haut. Les observations dont nous venons de parler expliquent la présence d'animaux parasites dans des organes complètement fermés, et même là où il n'y a pas de route qui conduise à l'extérieur , comme par exemple au milieu des muscles, dans le cerveau, dans les yeux, etc., les embryons et les jeunes percent avec la plus grande facilité les tissus des animaux qu'ils habitent; ils sont souvent même pourvus dépiquants, de crochets et d'autres instruments de ce genre qu'ils perdent plus tard, lorsqu'ils ont atteint l'endroit où ils doivent continuer leur développement. On a fait beaucoup d'observations sur des pérégrinations de ce genre, je ne reparlerai ici que de quelquesunes d'entre elles.

On trouve à une certaine époque de l'année, dans les grenouilles, une espèce de filaire très-commune qui se meut librement dans la cavité abdominale et se rencontre ordinairement dans les environs des grands troncs vasculaires qui vont du foie au cœur. Cette filaire est vivipare. Les parties génitales internes qui contiennent des œul's à la partie supérieure, sont remplies vers leur extrémité inférieure d'une grande quantité de jeunes se mouvant avec beaucoup de vivacité et ressemblant complètement aux anguilliiles du vinaigre, que chacun connaît pour les avoir observées lui-même. Si l'on examine le sang d'une grenouille dans laquelle on a trouvé des filaires contenant des jeunes, on voit ces jeunes nager en grande quantité dans les vaisseaux sanguins et circuler dans le corps avec les globules. J'ai examiné encore dernièrement, à Genève, des grenouilles chez les(|uelles on trouvait, dans les plus p jlits capillaires des palmures des pieds et des membranes transp:. rentes de l'œil, de jeunes filaires de cette espèce. Elles se mouvaient en serpentant et avec rapidité, et semblaient se trouver complètement dans leur élément. Ces vers disparaissent du sang après un certain temps , mais on trouve à ce moment tous les viscères abdominaux et surtout les organes glandulaires et le péritoine, parsemés d'innombrables petits points blancs que l'on reconnaît pour des capsules sous le

microscope. Ces capsules se trouvent à l'intérieur des tissus et toujours dans le voisinage des vaisseaux sanguins, et on les voit quelquefois arrangées comme une enfilade de perles le long des petits troncs vasculaires sanguins du mésentère, par exemple. Chacune de ces capsules contient une filaire enroulée qui perce au bout de quelque temps la membrane enveloppante pour arriver dans la cavité abdominale et atteindre son complet développement.

Si l'on examine la distribution des parasites se trouvant à l'intérieur des organes, on voit qu'ils se fixent presque toujours aux environs des vaisseaux sanguins grands ou petits et surtout aux endroits où ces vaisseaux n'ont que des parois minces et peuvent être par conséquent facilement percés. Les capsules se trouvent toujours tout près des vaisseaux sanguins dans la substance des tissus même, il est donc indubitable que beaucoup de parasites vivant à l'intérieur des organes y parviennent encore jeunes et microscopiques par la voie des vaisseaux sanguins qu'ils transpercent. Ils circulent ensuite pendant un certain temps dans les vaisseaux avec le sang, et abandonnent de nouveau le courant sanguin lorsqu'ils arrivent aux endroits propices à leur développement. Ils se fixent alors à l'intérieur des tissus. Les observations dont nous venons de parler ne sont pas les seules qui prouvent la circulation des vers intestinaux au milieu " du sang. On a remarqué le même fait sur des poissons, des chiens et d'autres animaux encore.

On a découvert, il y a quelques années, un ver filiforme quasimicroscopique qui fut trouvé à l'état enkysté et en quantités innombrables dans les muscles de certains cadavres humains. Cette découverte fit beaucoup de bruit. Les muscles étaient parsemés de petits points blancs qu'on reconnut être des capsules de la grosseur d'une mince tête d'épingle. A l'intérieur de ces capsules, le ver encore asexué était enroulé en spirale comme dans un cocon. On connaît maintenant exactement l'histoire de la trichine {trichina spiralis), nom ([u on a donné à ce vers ; la trichine vit par millions dans les muscles des lapins, des porcs

et des hommes, et non pas dans ceux des chiens; elle se nourrit de fibres musculaires et s'encoconne aussitôt qu'elle a atteint une grandeur convenable. Dans cet état elle attend pendant plusieurs mois le moment de sa délivrance ; si la chair attaquée, qui contient quelquefois des milliers de capsules par pouce cube, n'arrive pas dans 1 intestin d'un autre animal dans lequel la trichine puisse se développer, le ver finit par périr, la capsule se remplit de calcaire et n'offre plus aucun danger ; mais si l'on mange la chair attaquée, le vers asexuel devient libre dans l'estomac, et les Irichines délivrées entrent dans l'intestin, développent des organes sexuels, s'accouplent et donnent naissance à d'innombrables petits qui sortent alors de l'intestin, entrent dans les tissus, les transpercent pour arriver aux muscles et produisent souvent par leur nombre une maladie mortelle. On connaît aujourd'hui les symptômes particuliers de cette maladie que l'on prenait autrefois pour une fièvre rhumatismale ou typhoïde, on sait par quel moyen on peut la découvrir; aussi ne s'écoule-t-il pas d'année dans laquelle on n'entende parler d'une épidémie de trichines dans un endroit quelconque, en Allemagne surtout. Les épidémies de trichinose éclatent subitement dans une localité restreinte, faisant plus ou moins de victimes, et on peut toujours en découvrir l'origine dans un porc tué à l'endroit même, et dont on a pris la chair encore fraîche pour en faire des cervelas ou d'autres préparations analogues non cuites entrées dans la consommation. C'est surtout dans l'Allemagne du Nord et du centre, où l'on fait paître les cochons et où l'on consomme des quantités considérables de cervelas, de saucisses et d'autres mets composés de viande de porc hachée, peu ou point cuite, et à peine fumée, en même temps que des jambons frais non cuits, que s'observent ces épidémies. Dans les pays au contraire où l'on nourrit les porcs seulement avec des substances cuites en n'en mangeant la chair que bien cuite ou grillée, les trichinoses sont inconnues. Il va sans dire que des animaux aussi microscopiques que les jeunes trichines ne laissent dans les tissus qu'ils percent aucune ouverture et aucune cicatrice qui puisse

LA GÉNÉRATIO>' DES AMMAUX. 513

indiquer l'endroit où ils ont passé. Il est impossible de découvrir la cicatrice d'une blessure faite avec une aiguille, il est bien plus difficile encore de découvrir la trace laissée par un animal tellement microscopique qu'il en faudrait réunir plusieurs centaines pour atteindre la grosseur d'une seule aiguille. L'exemple que nous avons choisi plus haut à propos de la filaire de la grenouille, prouve que cette dernière circule dans le sang du batracien. La trichine est surtout dangereuse parce qu'elle passe d'un individu de même espèce à un autre et peut même passer d'une espèce à l'autre. Le lapin qui mano-e de la chair de lapin affectée de trichinose est attaqué par la maladie aussi bien que l'homme qui mange de la chair d'un porc atteint de trichinose. Dans la plupart des vers vésiculaires, au contraire, il y a une migration involontaire allant d'un herbivore à un Carnivore ; l'animal infectant est mangé par l'animal infecté et devient malade à son tour par les excréments de ce dernier.

Une fois que l'éveil fut donné à propos des vers microscopiques circulant dans le sang et des parasites enkystés qui se trouvent dans tous les viscères, dans les replis du péritoine, etc., on ht des observations répétées qui donnèrent lieu à la loi presque générale suivante : Les parasites peuvent, surtout lorsqu'ils sont encore jeunes, parcourir les tissus en les perçant. On a bientôt trouvé aussi que cette loi s'applique surtout quand les parasites sont transportés d'un animal à l'autre, et on est certain maintenant que le développement de beaucoup de parasites se fonde uniquement sur leurs migrations à travers différents animaux. Le ver parasite, qui commence son existence dans un certain animal, n'atteint en lui ordinairement qu'un certain degré de développement, auquel il s'arrête toujours lorsqu'il ne transporte pas ailleurs son domicile. Si le premier hôte est mangé par un autre animal dans l'intestin duquel le parasite arrive ainsi, le parasite y continuera son développement. Dans la plupart des cas, le développement sexuel du parasite est lié à une migration de ce genre. On trouve, par exemple, dans l'épinoche ordinaire, petit poisson que l'on rencontre dans toutes les eaux et dans

toutes les mares de l'Europe centrale, un ver solitaire particulier dont les parties génitales ne se développent jamais, tant que le ver reste dans le poisson. Si un animal à sang chaud, un oiseau aquatique, un rat d'eau, ou une autre béte de ce genre mange l'épinoclie, le ver solitaire se fixe dans l'intestin de ce dernier et se développe alors de telle façon qu'on l'a pris autrefois pour un animal d'une espèce différente. Ses articles contiennent dans cet état des organes sexuels complètement développés avec des œufs mûrs qui arrivent dans l'eau au moyen des excréments des oiseaux, sont mangés par les épinoches qui se nourrissent, en grande partie, de substances végétales et animales en putréfaction, et recommencent le cycle de leur développement dans l'intestin de ces derniers.

Ces exemples, que je pourrais multiplier indéfiniment, prouvent que beaucoup de parasites doivent parcourir le cycle de leur développement dans différents animaux et surtout dans ceux qui se servent de proie les uns aux autres, ce qui permet au parasite de passer immédiatement d'un animal à l'autre et de se métamorphoser ainsi peu à peu ; mais il y a aussi des espèces de parasites qui vivent pendant un certain temps libres comme d'autres animaux, et ne deviennent parasites que pendant une certaine période de leur vie. On trouve souvent, dans différentes eaux, un ver long d'une aune, cylindrique et atteignant l'épaisseur d'un fil, c'est le dragonneau (Gordius aqaalicus des zoologistes). On ne sait pas exactement combien de temps cet animal nage librement dans l'eau, mais il est certain qu'on peut le conserver vivant dans un verre d'eau, pendant des mois entiers, et qu'il reste assez longtemps comme parasite dans la cavité abdominale des sauterelles. Beaucoup d'observateurs ont déjà remarqué que les dragonneaux sortent du corps d'une sauterelle qui semble malade et ne l'abandonnent complètement que lorsqu'ils trouvent un terrain humide ou de l'eau dans laquelle ils puissent se développer. Il est certain maintenant que les jeunes dragonneaux s'enfoncent de vive force dans le corps des larves aquatiques d'insectes, passent avec celles-ci

dans riiitestiii des poissons qui les mangent, s'enkystent dans le tissu de l'intestin même, et sortent enfin pour vivre librement dans Teau et se jeter quelquefois sur des sauterelles dans la cavité ventrale desquelles ils passent une villégiature.

Un autre genre de génération de beaucoup de vers intestinaux est encore plus étonnante. On la connaît maintenant sous le nom de génération alternante. Nous voulons décrire ici plus particulièrement une de ces métamorphoses, car une simple définition ne suffirait pas pour rendre complètement claire ce terme de génération alternante. On trouve dans les poumons et les trachées de beaucoup d'oiseaux aquatiques des parasites particuliers faisant partie des vers plats et appelés monostomes, qui produisent des petits vivants ayant tout à fait l'apparence d'infusoires et pouvant nager dans l'eau au moyen de cils vibratiles. Le phénomène le plus curieux que l'on observe dans les petits du monostome, est que les deux tiers postérieurs du corps, transparent et sans intestins, se remplissent d'une substance blanchâtre et moins transparente qui semble être au commencement un organe de la larve, car elle a toujours la même position et est toujours la même dans toutes les larves. Mais on s'aperçoit bientôt que ce corps blanchâtre remue et constitue un ver en forme de sac avec deux prolongements latéraux et une extrémité postérieure pointue. Ce ver se meut assez lentement de côté et d'autre, se contracte, se dilate, et brise pour ainsi dire à la fin la larve qui le contenait pour devenir libre. L'enveloppe vibratile reste abandonnée et se décompose bientôt. Il est donc sorti de la larve, qui nageait librement, un sac vermiculaire à mouvements assez lents, et dont la nature se rapproche déjà davantage de celle du monostome.

En multipliant ces observations, on a appris à connaître de nos jours toute une série de sacs vermiculaires de ce genre que l'on trouve en général dans les animaux aquatiques, les escargots et les coquilles. Les uns sont complètement organisés, présentent une tête, une cavité buccale, un pharynx et un tube intestinal assez court. Les autres, qui se trouvent au bas de l'échelle, sont

516 LETTRE DIK-N'hUVIÈME.

des filaments creux ayant quelques rentlements ; ils sont assez allongés, creux, entortillés et ordinairement immobiles. On reconnaît, entre ces deux formations, une quantité de degrés différents de développement. Ce sont des boyaux contractiles sans organes distincts, ou des sacs à mouvements lents, présentant des intestins atrophiés et de formes très-diverses. Tous ces sacs vermiculaires se ressemblent en un point, c'est qu'il se forme en quantité à leur intérieur des bourgeons libres, qui ressemblent, au commencement de leur développement, à une accumulation de substance granuleuse et se développent peu à peu pour former des vers particuliers appelés cercaires. Ces cercaires présentent à la face ventrale deux ventouses au moyen desquelles elles peuvent se fixer. Elles ont en outre une bouche, un tube intestinal en forme de fourche, et ordinairement une longue queue que l'on peut nettement distinguer de la partie antérieure du corps. La partie antérieure, sans la queue, ressemble complètement aux vers plats que Ton appelle distomes, et dont l'un, la douve, qui habite le foie du mouton, est bien connu. Ces cercaires présentent aussi en général une armature buccale particulière, un dard, une pointe, ou une couronne de crochets de grande utilité pour leur vie ultérieure. Les cercaires, en effet, dès qu'elles sont complètement développées, abandonnent le boyau vermiculaire qui les contenait, en sortant par des ouvertures particulières, et arrivent ainsi dans les cavités intérieures des limaçons et des mollusques. Le boyau vermiculaire, que l'on a appelé la nourrice dans le but d'avoir un terme général pour tous les phénomènes de ce genre, se décompose à la fin après le développement complet des cercaires qu'il a produites. Ce n'est qu'un moyen terme destiné à augmenter considérablement le nombre des jeunes vers par une gemmiparité abondante dans son intérieur.

Les cercaires, une fois délivrées du boyau vermiibrme, cherchent à sortir des cavités du corps de l'escargot. Elles passent ordinairement par les ouvertures des canau'xaquifères. Les contractions de l'escargot favorisent la sortie des cercaires ; c'est

pourquoi l'on voit souvent dans le voisinage de lymnées, qui contiennent des nourrices ou des cercaires, se former un véritable nuage au moment où l'animal se contracte brusquement et rentre dans sa coquille ; il semble alors qu'une vapeur jaunâtre sorte de l'escargot pour se distribuer dans l'eau. Ce nuage n'est autre chose qu'une accumulation de cercaires chassées dans l'eau en même temps que le liquide des canaux aquifères par une contraction subite. Les cercaires nagent alors dans l'eau autour de l'escargot. Leur manière de nager est très-curieuse, elles contractent et dilatent en eiïet alternativement le corps et jettent de côté et d'autres la queue en formant des figures qui ressemblent à un huit renversé (yo } attaché à l'animal. Les cercaires tourbillonnent pendant un certain temps dans l'eau, puis elles s'attachent à des larves d'insectes ou à d'autres animaux aquatiques, percent leur enveloppe au moyen des armatures qu'elles présentent à leur extrémité antérieure et s'introduisent ainsi dans ces animaux. Pendant qu'elles pénètrent ainsi dans l'insecte, elles perdent leur queue qui était leur organe de locomotion et rampent alors sous la forme de distomes non encore complètement développés dans l'intérieur des animaux. Elles s'enkystent ensuite, s'entourent d'une capsule transparente et restent enfermées dans cette enveloppe jusqu'à ce qu'un oiseau ou un autre animal, favorable à leur développement, mange la larve de l'insecte dans laquelle elles se sont enkystées. Un distome sort alors du kyste détruit par la digestion de l'animal qui l'a avalé; il devient propre à la génération, et produit une quantité d'œufs dans lesquels se forment des larves; colles-ci recommencent le même cycle de développement en produisant des nourrices et des cercaires.

Nous voyons par là que la nature a assuré la propagation des vers intestinaux par deux moyens différents. D'abord l'augmentation presque incroyable des œufs et des germes, et d'un autre côté des migrations et des métamorphoses volontaires ou involontaires très-curieuses, ce qui permet la conservation de l'espèce dans les circonstances les plus étranges et les plus difliciles. Il est vrai que nos recherches sur tous ces rapports sont encore

518 LETTiiE DIX-NEIVIÈME.

aujourd'hui fort peu avancées. Mais malgré cela, nous pouvons déjà affirmer que l'on trouve, chez la plupart des vers intestinaux, des migrations à travers divers animaux ou bien aussi un élat de complète liberté, dans lequel le ver vit ordinairement dans l'eau, ou au moins dans les endroits humides. Les germes, les œufs, les larves et les petits se trouvent partout dans les fossés, les mares, les marais et les prairies basses; on les rencontre aussi dans la nourriture, qu'elle soit composée d'animaux vivants ou de plantes, aussi bien que dans l'eau, et il y a partout certaines voies par lesquelles un individu au moins arrive à sa destination, tandis que des milliers et des millions de ses semblables périssent sans pouvoir atteindre l'endroit qu'ils doivent habiter. Les voies qu'ils parcourent semblent quelquefois être calculées en vue d'un pur hasard, et Ton voit ici encore que le développement d'un individu n'est garanti que par des circonstances prises en grand. C'est, en effet, un hasard qu'un escargot soit mangé, tandis que des centaines d'autres terminent leur vie d'une autre manière, et c'est encore un hasard, pour un ver intestinal, que de pouvoir se développer par ce moyen refusé aux autres vers de son espèce; mais il est indispensable, pour hi propagation et la conservation d'un certain genre de vers, qu'une certaine quantité d'escargots soit mangée par un certain nombre d'animaux. Il est indubitable qu'en examinant ces proportions en grand, au point de vue statistique, on trouverait que ces hasards sont en nombre constant et reviennent à des époques régulières, de même que le nombre des fractures de jambes est, chaque année, dans une proportion constante dans une population donnée. Toutes ces expériences et tous ces essais j)rouvent, d'une façon péreinploire, que même dans les cas où l'on pourrait admettre une génération asexuelle, la présence d'un individu générateur est toujours nécessaire pour produire un autre être organisé.

Ici encore il y a des variations nombreuses dans le mode de développement et de séparation des sexes; la génération dépendant do la réunion de deux individus de sexes différents, ne

peut être considérée que comme un degré tout à fait supérieur. On trouve chez les animaux inférieurs des modes de propagation très-divers, que nous mentionnerons ici succinctement, et l'on remarque, en même temps, une certaine dépendance à l'égard des conditions extérieures, dépendance que l'on ne constate pas chez les animaux supérieurs. Beaucoup d'animaux inférieurs, en effet, peuvent se multiplier de diverses façons, et suivant les circonstances ou les saisons, ils préfèrent l'un ou l'autre mode de propagation.

Beaucoup d'entre mes lecteurs connaissent probahlement certains petits animaux gélatineux que l'on trouve attachés aux tiges des lentilles d'eau; ils sont fixés par une extrémité de leur corps aux racines, et présentent à l'autre extrémité plusieurs bras qu'ils peuvent contracter à volonté et qui forment une sorte de couronne autour de la Ijouche. Ces animaux, appelles hydres cVeau douce ou polypes à bras, rappellent beaucoup d'individus de la même famille vivant dans la mer ; ces derniers forment alors des colonies qui s'attachent à différents corps. Ces colonies sont composées d'une masse gélatineuse fondamentale qui s'étend souvent comme une croûte à la surface des corps et forme un amas générateur commun, sur lequel se développent les polypes isolés. Cette croûte s'étend de plus en plus et envoie, comme le feraient des pieds de fraises, des prolongements et des stolons, sur lesquels naissent de nouveaux polypes, et la propagation et l'augmentation d'un polypier de ce genre est souvent bornée au seul développement de ces prolongements ou stolons.

Les polypes isolés se multiplient pourtant quelquefois d'une manière particulière ; il se forme latéralement sur leur corps une sorte de sac extérieur qui s'allonge peu à peu, s'ouvre, et devient à la fin un boyau allongé autour de l'ouverture antérieure duquel bourgeonnent des bras. Le jeune polype se sépare peu à peu du corps de la mère et va seï- fixer quelque part pour commencer une vie indépendante. Cette propagation par bourgeonnement est la plus ordinaire chez l'hydre deau douce.

On remarque en outre chez les polypes marins un troisième

mode de développement qui correspond en partie à la propagation par nourrice des parasites que nous avons décrite plus haut. Il se forme aussi sur les côtés du polype un bourgeon qui devient peu à peu un animal gélatineux à corps discoïde et arrondi, ressemblant à une ombrelle bombée ou à une cloche. Au bord de cette cloche pendent de nombreux filaments natatoires et on trouve à son intérieur une bouche centrale qui se continue dans des sacs stomacaux plus larges et dans des canaux très-ramifiés. Quiconque a visité le bord de la mer a pu remarquer ces êlres curieux qui nagent par milliers sur l'eau et sont ornés de nuances très-tendres. Les vagues les poussent vers le rivage et ils incommodent souvent les baigneurs par leurs propriétés urticantes. Ces méduses développent à leur intérieur des œufs et des petits présentant d'abord la forme d'infusoires, qui nagent librement dans la mer au moyen d'une enveloppe de cils vibratiles, mais se fixent cependant bientôt et deviennent un polype complet. Les polypes peuvent de cette façon se propager à de grandes distances, car la méduse nage librement dans la mer et les jeunes polypes qu'elle produit peuvent aussi se mouvoir librement au commencement de leur développement.

On peut réunir ces divers modes de propagation, lafissiparité, la gemmiparité et la propagation par bourgeons sous le nom de (jénération asexuelle. 11 n'existe pas ici de matières génératrices particulières, il n'y a pas de germes spéciaux dont se développe l'individu nouveau. Dans la génération sexuelle, au contraire, il y a des substances génératrices particulières que nous avons di.stinguées déjcà en œufs et en sperme. 11 faut alors, dans la plupart des cas. comme nous l'avons déjcà indiqué plus haut, que le sperme rencontre immédiatement l'œuf pour réveiller le germe qui est à l'état de repos et pour provoquer le développement de l'individu nouveau. Les spermatozoïdes constituent indubitablement l'élément reproducteur, ne qui semble déjà iirouvé par le fait qu'ils se développent h l'époque de la ,puberté seulement. Une expérience direcle prouve complètement cette propriété des spermatozoïdes. On peut filtrer le sperme de la grenouille sans

que les spermatozoïdes traversent le filtre avec le liquide. Il est impossible de féconder une grenouille femelle avec le liquide filtré, tandis que la masse restée sur le filtre, qui contient des spermatozoïdes, conserve toutes ses propriétés fécondantes.

Chez beaucoup d'animaux, et surtout chez les mollusques, les organes reproducteurs mâles et femelles se trouvent réunis chez le même individu et ordinairement de telle façon que le testicule et l'ovaire sont engagés l'un dans l'autre comme deux gants. Mais les canaux efférents des organes de germination sont ordinairement disposés de telle sorte que les matières expulsées ne peuvent se rencontrer sur leur route, et qu'une fécondation réciproque est nécessaire pour permettre aux œufs de se développer. C'est pourquoi nous voyons toujours dans l'escargot commun de nos jardins une fécondation réciproque de deux individus.

Chez tous les animaux supérieurs, les insectes, les arachnides, les crustacés, ainsi que chez tous les vertébrés presque sans exception, on trouve les sexes séparés sur des individus différents ; une réunion de ces individus est nécessaire pour la fécondation. Il y a en même temps une certaine période pendant laquelle a lieu l'acte de la fécondation. Les œufs ont besoin d'un certain temps pour se développer à lintérieurdes ovaires ; ils grossissent peu ta peu, sont expulsés lorsqu'ils sont mûrs, amenés au dehors par l'oviducte, et peuvent ainsi entrer en contact avec l'élément reproducteur mâle. Cet élément mâle s'est développé pendant ce temps d'une manière correspondante à l'intérieur des organes génitaux, et il est complètement formé à l'époque de la maturité des œufs. Cette époque représente en même temps le maximum de développement de la vie individuelle. Beaucoup d'insectes, en effet, n'existent dans leur dernière métamorphose qu'en vue de la propagation de l'espèce. Ils meurent après un temps assez court et presque immédiatement après la copulation.

On a été jusqu'ici très-peu renseigné sur l'influence de la semence sur l'œuf, et de nos jours encore on n'a pas résolu tous les problèmes qui s'y rapportent. Quoique chez la plupart des animaux l'œuf se développe seulement en dehors de l'organisme

522 LETTRE DlX->ErVIEME.

de la mère, et n'est fécondé qu'en dehors de ce dernier, quoiqu'on ait trouvé chez la phipart des œufs des canaux dans l'enveloppe extérieure, à travers lesquels des liquides ou des corps aussi miscroscopiques que les spermafozôïdes peuvent passer pour arriver jusqu'à la sphère vitelline, on n'a pas encore pu arriver à constater un rapport matériel déterminé entre les spermatozoïdes et l'embryon qui doit se développer. On a été obligé cependant de rejeter nécessairement l'opinion des anciens savants, d'après laquelle le spermatozoïde entrait dans la sphère vitelline et formait ainsi les premières ébauches de l'embryon. On a dû abandonner cette thèse avec plus de raison encore lorsque l'on eut appris à connaître plus exactement la formation de la première ébauche embryonnaire qui est composée de tissus particuliers, de cellules.

Les recherches modernes ont prouvé cependant que les spermatozoïdes arrivent en effet jusqu'à l'œuf et se fondent alors avec le vitellus qui doit former l'embryon, et cela, soit par des ouvertures particulières pratiquées dans les enveloppes de l'œuf, soit par une perforation de ces membranes produite par les spermatozoïdes. Ce fait est maintenant évident dans la plupart des classes d'animaux, et l'on a vu les spermatozoïdes à l'intérieur de l'œuf fécondé, même là où on ne pouvait constater aucune ouverture dans les enveloppes de l'œuf. Si l'on tient compte du fait que beaucoup d'animaux présentent des poches ou des réservoirs particuliers par lesquels les œufs peuvent être, après la copulation, fécondés à l'intérieur de l'organisme de la mère, on est obligé d'adopter l'opinion que, dans la plupart des cas, l'entrée des spermatozoïdes dans l'œuf est un acte très-important, quand même on ne connaît pas encore exactement les transformations que subit alors le spermatozoïde. Là où il y a des ouvertures particulières, des micropylcs, pratiquées dans les enveloppes de l'œuf lui-même, et à travers lesquels les spermatozoïdes peuvent pénétrer à l'intérieur, on voit que ces ouvertures sont évidemment établies dans le but de préparer des voies permettant la rencontre immédiate du vitellus avec les spermatozoïdes.

-LA GENERATION DliS ANIMAUX. 523

Ces observations ont évidemment une haute importance pour l'élude de la naissance de l'être nouveau. Les mystères disparaissent ainsi complètement et un fait matériel et incontestable vient les remplacer. Chacun des deux parents donne, dans l'acte de la copulation, son appoint à la formation de l'être nouveau, l'organisme femelle donne l'œuf et l'organisme mâle le spermatozoïde fécondant. Il ne semblera donc pas étonnant que le résultat de ce mélange de substances différentes soit un produit mélangé et que les enfants réunissent en eux un certain nombre des particularités que l'on observe chez leurs parents.

Les observations des dernières années prouvent cependant qu'il ne faut pas faire de la rencontre des deux produits générateurs une loi générale et indispensable, car on a découvert maintenant une série de faits montrant qu'il peut se former des œufs complets chez des femelles capables d'engendrer et de se copuler, même sans qu'il y ait fécondation. Ces œufs peuvent se développer et engendrer des petits d'une façon tout à fait normale. On a fait des observations sur la parthénogenèse (c'est ainsi qu'on a appelé la genèse par œufs sans fécondation) surtout chez les animaux articulés, tandis que les vertébrés n'en ont pas encore présenté d'exemples. Chez les crustacés inférieurs, comme par exemple les branchiopodes, ainsi que chez les insectes, on voit que ce mode de propagation est assez répandu; il est même très-important chez les abeilles, surtout pour l'existence de la colonie. Tous les œufs fécondés de la reine deviennent, en effet, des femelles ou des ouvrières, et tous les œufs non fécondés des mâles. Chez d'autres insectes, on observe le fait contraire, les œufs fécondés produisant des mâles et les œufs non fécondés des femelles. Chez d'autres encore, comme par exemple le ver à soie, la parthénogenèse ne semble être, pour ainsi dire, qu'un expédient servant à suppléer, dans des cas spéciaux, à la fécondation qui n'a pas eu lieu, car les œufs non fécondés deviennent aussi bien des mâles que des femelles. Il est, par conséquent, impossible de faire une loi tgénérale pour l'influence de la semence dans l'acte de la reproduction. Elle semble avoir, en effet, dans

quelques cas, une action spécifique sur le sexe de l'individu qui doit être formé, tandis que, dans d'autres cas, cette action paraît ne pas s'exercer.

Ces observations prouvent cependant que le mélange matériel des éléments du sperme avec l'œuf est une condition pour le mélange des particularités caractéristiques des parents. On connaît deux races d'abeilles que l'on élève toutes deux pour leur miel : la race jaune ou italienne, et la race du nord, qui est brune. Si l'on fait féconder une femelle d'une race par un mâle de l'autre race, les individus qui naîtront des œufs fécondés, c'est-à-dire les reines et les ouvrières, présenteront des caractères mélangés; ce sont de vrais métis, tandis que les mâles qui naissent des œufs non fécondés présentent les caractères complets de la mère. C'est là une preuve indubitable du fait que la fécondation a transporté matériellement, au moyen de la semence, les caractères du père sur l'œuf de la mère ; le^ œufs dans lesquels ont pénétré des spermatozoïdes sont les seuls, en effet, qui produisent des petits présentant les caractères du père.

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