SIS
A ces 474 millions R. argent^ il faut ajouter le capital représenté parles assignations en circulation, et qui montent à 595^776^54 0 (4 ), Ce qui porte la dette intérieure à 4^207,069,804 roubles-assigna* tions ou 4 500 millions de francs.
Pour fiiire face aux éventualités que peut enfan* ter à tout instant cette dette intérieure , la Russie possède comme dernière ressource une réserve en numéraire gardée dans les caves de la Monnaie, et que les personnes qui ont le plus d'intérêt à la grossir font monter de 4 00 à 4 20 millions de rou* bles-assignations.
Est-ce là un état financier assez prospère, pour faire espérer à la Russie qu'elle trouverait dans son propre sein, en cas de guerre, les ressources que l'Europe lui refuserait? Non, Monsieur; non, vous ne le pensez pas !
L'objet qui soulève le plus de plaintes et de récriminations, c'est la proportion dans laquelle les banques contribuent à défrayer les dépenses publiques. L'État, on peut le dire, s'est fait la part du lion : sur 4 66 millions de roubles-ai^ent (664 millions de francs), qui formaient le total des prêts existans en 4 840 ,444 millions (456 millions de francs) avaient été prêtés aux diverses administrations et au domaine de la Couronne et 52 millions (SOSmillions de francs) seulement aux particuliers.
Ce fait suffit pour donner une triste idée des tran-
sactioQs de l'industrie , du commerce et de Tagriculture en Russie, du genre de protection que le gouvernement impérial leur accorde^ et des se«< cours qu'en temps de crise 'il peut en attendre. Néanmoins^ tout en reconnaissant l'influence fatale que le système fiuancier, jsuivi jusqu'à ce jour^ a dû exercer sur la prospérité de TEmpire^ je ne puis potager le blâme absolu que Ton fait peser sur le comte Cancrine. Cette espèce de crédit permanent que le trésor s'est créé à l'intérieur sans bruit, sans éclata a diminué d'autant ses emprunts publics, et a permis au ministre des finances d'améliorer sensiblement le crédit russe à l'étranger.
De tou t temps en Russie les besoins d'argent ont été coDsidérables etles comptes de l'État en déficit.Pendant toute la guerre de 4 84 2 à ^ 84 5, et tandis que le Parlement britannique pourvoyait aux frais des armemens dirigés contre Napoléon par desemprunts publics, la Russie^ dont le crédit n'était pas formé^ puisait ses ressources dans la banque d'assignations^ qui mettait en circulation, à chaque appel du tré* sor, un nombre d'assignats proportionnel à la somme dont il avait besoin.
Les émissions d'assignats, opérées sous Catherine II et Paul I**^ n'étaient rien en comparaison de celles qui eurent lieu dans la première moitié du règae d'Alexandre. La masse du papier- monnaie avait fini par être si considérable et sa dépréciation si inquiétante^ qu'à la paix l'Empereur dût prendre la résolution solenaeUe de ne plus avoir recours à
ce inoyen facile et rnibenx, promesse renouTelét par Nicolas à sod avènement an trAne.
D'an antre côté^ la Bussie ayant pris pour base de son nouveau tarif du 15 janvier ^822 le système prohibitif, qui paraissait alors à toutes les nations européennes la condition indispensable do développement des industries nationales, le trésor n'avait plus l'espoir de voir augmenter, par les douanes, ses ressources à l'intérieur. Les impôts directs et indirects ne pouvaient être grossis indéGnimentsans menacer d'un prompt épuisement les sources mêmes du revenu. H ne restait donc, pour faire face aux besoins toujours crotssans de la politique générale et des divers départemens de l'administration, que les emprunts à l'étranger.
Mais si le ministre des finances s'était livrée sans réserve, aux banquiers de Londres et d'Amsterdam, et qu'il leur eût demandé, non seulement les capitaux qui forment l'objet des divers emprunts souscrits au dehors depuis la paix, mais de plus les A 500 millions de la dette intérieure, il est évident que les conditions qu'on lui aurait imposées eussent été beaucoup plus onéreuses et que le trésor se serait condamné lui-même à les accepter. La Russie, placée dès lors dans des conditions plus défavorables que les autres Élats,eât été dans l'impossibilité de suivre et de partager le progrès général àa crédit européen.
Pour calculer tout ce qu'elle a gagné à dissijnuler k l'flurope l'étendue de ses nécessités ; H
ftotse Mppefer qn'én -1618 les emprunts publics rosses se faisaient encore en 6 p.' o/o, et bien au-dessous du pair.
Voyer maintenant qnelle progression ses ém^ pninls ont suivie depuis cette époque^ grâce à Taisance factice que donnait à ses transactions Tépnîsement de ses ressources intérieures.
Dès 4 820 déjà, les 40 millions de roubles-argent émis par les maisons Hope et Baring le furent en 3 p. o/o au capital de 72, il est vrai, et avec un amortissement de 2 p. o/o.
Mais , àçnx ans plus tard , en 4 822, Femprunt de 45 millions de roubles^argent, émis aussi en 5 p. 0/0 par la maison Rothschild à Londres, le fût au capital de 82 et avec un amortissement seulement de 4 p. o/o.
En 4828-4829, Temprunt de 42 millions de florins fioiiscrit par la maison Hope en 5 p. o/o aveo an amortissement de i p. o/o fut négocié à la bourse d'Amsterdam au taux de 99.
AfNrès les événemens de 4830 , la Russie vit ^ comme les autres gouvernemens , baisser son crédit. Cependant, dès les deux années suivantes, elle put émettre à 84 4 /2 les deux emprunts de vingt millions de rouUes-argent en 5 p. o/o avec un amortissement de 4 p. o/o. Et il est bon d'observer que le rouble-argent qui^ dans l'emprunt de 4820^ avait été compté au taux de 4 82S^ florins pour 4 000 roubles^ le fut^ dftns les deux emjHrunts de 4854^
4852, sur le pied de 2000 florins pour 4000 roubles.
Enfin Temprunt de 4840 émis à 86 4/2 en 4 p. o/o et avec un amortissement annuel , il est vrai^ de 2 4 /2 y est revenu à la Russie à des conditions beaucoup plus avantageuses^ grâce au change qui lui était favorable. Tous les renseignemens que j'ai recueillis s'accordent pour établir que la première partie réalisée, c'est-à-dire 42 millions sur 2a, a rapporté au trésor russe 94 et une fraction au lieu de 86 4/2; ce qui équivalait en réalité à un emprunt contracté au pair^en4 4/5 p. o/o.
Je suis au désespoir, Monsieur, de vous accabler de ce déluge de chifEres; mais au temps où nous vivons^ les chiffres ont une grande puissance; et d'ailleurs^ quand il s'agit d'un fait aussi grave que celui d'une alliance, quand il s'agit d'unir^ d'associer sa destinée à la destinée d'une autre nation, c'est bien le moins que Ton s'informe de la solvabilité de son allié.
Le crédit russe s'est donc considérablement amé* lioré à l'étranger^ mais au prix d'emprunts exorbitans faits aux banques nationales, au prix de Tépuiment prématyré de ses ressources, c'est-à-dire par le moyen le plus factice et le plus ruineux.
Ce résultat^ dont on commence à sentir l'influence funeste , soulève^ contre l'administration des finances, d'amères et vives récriminations.
Si le comte Cancrine eût été économiste aussi éclairé qu'il était bon calculateur^ il aurait com*
pris qu'en détournant continuellement au profit des dépenses gouvernementales les capitaux des^* tinés à féconder l'agriculture et le commerce , il tarissait peu à peu la véritable source de la richesse publique. Au lieu d'avoir intérêt à l'amélioration du crédit entre particuliers, l'Etat, au contraire , a fondé désormais son espérance sur le discrédit de tous les travaux. N'est-ce pas , en effet, à cause de ce discrédit , que les particuliers préfèrent les 4 p. o/o des banques aux 42 et 48 p. o/o que rapportent les placemens hypothécaires ou com* merciaux? Supposez que les risques considérables qui éloignent les capitaux des transactions particulières n'existent plus, l'argent prend à l'instant cette direction au lieu de s'engouffrer dans les banques, et l'État ne trouve plus dans ces dernières les ressources qu'il s'est habitué à y chercher. Ainsi, loin de faire disparaître les obstacles qui s'opposent au développement de larichesse nationale, le gouvernement s'est condamné lui-* même à les perpétuer. Système d'autant plus faux que les avantages qu'il en retire ne sont qu'apparens, puisque en réalité le résultat de toutes ces opérations est de s'endetter toujours davantage en diminuant de plus en plus les moyens qu'il aurait de se libérer.
Voilà les premières considérations qui me font penser que la Russie, sans crédit au dehors dès que la guerre est imminente, ne pourrait l'entreprendre et la soutenir avec ses propres ressources ; et qu'elle
ieYkuàmi vm »Ui40 ûiipnisw)^ ou tr^s oib^ reuse, dans na9 entr&prise^dopt une guerra'longuo, nniverBeU0 serait n^sMiremept le moyen et 1« JOteud.
Bien qoe Nicolas ne soit pss «n Louu XlCt , rtiistoire de son premier minî^re^ dans ces derniers temps surtout , ressembla hoaWMup k ceU« do <»rdjoat de Richelieu. Vieux>m«1ade, m»i8 toujours contrariant et impérieux, que de fois , À la suite de ces scènes violentes où il veut imposer dos <économies qui ne soot 4ti go^ït de pçrsooop, po l'a cru perdu I L'Empereur s'emporte , mais le vieox wipistre tient bon, et l'prage dissipé, il est plus puissant que jamais.
En politique, le syslèmo dii pomte Cancrjno es^ un stafu çuo très arrêté et très énergique. « 11 > n'est pas nécessaire, dit-ili d'améliorer M condi- « tion du peuple. Il 7 a un vieqx proverbe russe » qui dit : Ckim fut engrmte devùnt enragé. » Cette maxime, qu'il a choisie pour devise , donne la mesure de ses dispositions bienveillantes envers les
Vous jugez de quel œil il doit voir toutes les nouveautés. Les chemins de fer surtout lui inspireot un dédain et une sorte de terreur qu'il pousse jusqu'à l'égarement. « Ce sont des folies, dit-il eu » propres termes ; 4«Qs viugt ans, il n'y aura plus
> un chemin de fer sur le globe. Mais je suis seul
> contre eux I Un homme uo pâut pas lutter contre « l'asprit du siècle, h Mis U^n qu9 l«vs ohemii» de
» fer Tiendront jnsi|a'ici et qae tons mes efforts ne • réussiroût pas à l'empêcher, a En effet , sur ce points l'Empereur diffère complètement d'opinion avec son ministre. C'est grâce à ses efforts que le chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Moscou a triomphé dans le conseil de l'Empire^ résultat que le ministre des finances doit d'autant plus déplorer, qu'il l'oblige en cemoment de négocier en Prusse et en Hollande un nouvel emprunt. Nicolas^ qui prendrait volontiers pour modèle Pierre-le-6rand et non Catherine, voudrait importer dans son Empire toutes les inventions matérielles de l'Occident^ mais ne pas y laisser pénétrer ses idées et sa philosophie.
Bien des personnes sont convaincues que le comte Cancrine étend jusqu'aux chaussées même son antipathie contre les chemins de fer^ et qu'il craindrait d'en voir l'usage s'étendre à toutes les parties de l'Empire^ parce qu'il pense qu'elles favoriseraient l'échange des idées et porteraient peu à peu Jusqu'au fond des provinces les plus reculées, les habitudes et les mœurs de l'Occident. 11 est certain qu'il y a un an , le gouvernement impérial reçut une proposition dont le but était d'exécuter dans toute l'étendue de la Russie et en un bref délai un nombre considérable de chaussées. Ce projet a été repoussé sous prétexte que les conditions que demandaient les concessionnaires étaient trop onéreuses pour le trésor ; mais on assure que le résultat lui-même ne plaisait que médiocrement au mmistre , et que c'est avec len-
teur qu'il entend doter les immenses po^essions da Czar de ce moyen de communication, trop lent déjà au gré des autres gouvernemens Européens, mais^ à son avis, encore trop prompt pour le sien.
L'Etat des voies de communication de l'Empire est une des considérations importantes da sujet qui nous occupe;car le plus ou moins de facilité qu'une nation possède de concentrer ses approvisionnemens et ses troupes sur un point donné est la mesure du secours qu'en cas de guerre elle peut apporter à un allié.
En réalité, il n'existe encore en Russie que deux chaussées: Tune entre Saint-Pétersbourg etMoscou, l'autre entre Saint-Péterbourg et Varsovie. One troisième chaussée qui, parKiga et Mittau, doit conduire à Taurangeo, la frontière de Prusse, est seulement commencée. Sauf ces travaux et quelques tronçons insignifiaus dans les environs des deux capitales, le reste de l'Empire n'a de communications rapides que par le tri^inage qui dureseulement quelques mois et qui manque même tout-àfait, assure-t-on, une année sur trois.
Fendant huit mois, les routes ne presententque l'aspect de bourbiers ou de sablières dans lesquels il faut atteler souvent jusqu'à huit et dix chevaux à une calèche. La lenteur des moyens de transport ne fait exception que pour un petit nombre de privilégiés. Quant à la circulation des approvisionnemens , elle devrait rencontrer sur la "plupart des points de graves difûcultés; car les
commiimcations da commerce sont réduites à trois canaux : celui de Marie, de Tichmne et de Wichny- Wolotehok , qui tous trois font partie d'un même système de navigation intérieure , conçu et exécuté en partie par Pierre-le-Grand , pour unir la Caspienne et la Baltique.
Et encore ces canaux qui ne servent qu'à la communication du nord et du sud-est, sont-ils d'une navigation lente et pénible; dans certains endroits^ ils manquent d'eau ^ dans d'autres^ ils obligent de passer par des rivières ou des Meuves hérissés de rapides ou de cataractes. Leur point de départ est Ribinsk sur le Volga, au nord de Moscou. Il faut donc, avant même d'entrer dans les canaux, que les produits de tous les gouvernemens au sud de Ribinsk atteignent ce point en remontant le cours du Volga , après avoir descendu les affluens de ce fleuve. Plus les centres de production sont enfoncés dans l'intérieur^ plus il faut de temps pour parvenir à Ribinsk et entrer dans les canaux. En outre^ les affluens du Volga ne sont navigables dans leur partie supérieure qu'à la fonte des neiges et pendant un délai de peu de jours souvent. Il en résulte que, dans ces localités, les barques dont les chargemens ne 5ont pas prêts , et qui ne saisissent pas le moment très passager des grandes eaux^ sont obligées d'attendre, une année entière , que la même circonstance se représente. Mais alors même que ces barques ont été assez heureuses pour saisir l'occasion, les gouvernemens qui fournissent le plus de produits à la consommation et au com-
meroe d'eicporfatioa de Saint-Péteraboarg sont n éloigaés de Ribiask, que les embarcations qui remonteat le Volga ne peuvent atteindre cette ville et entrer daas les canaux qu'an milieu de l'été ; et pour peu que l'hiver soit bâtif, elles sont arrAtées par les glaces et ne peuvent entrer dans la Newa qa'k l'ëté suivant. En 4858> douze cents barcfues furent ainsi obligées d'hiverner sur le canal de Wiobuf-Wolotchck, en sorte que les marchandises qu'elles contenaient ne purent arriver à leur destination k retraiter que deux années après leur départ des villes de l'intérieur d'où elles avaient été «cpédrées.
Je cite c^ faits parce qu'ils éclaircissent on point essentiel dont on ne tient jamais compte^ et permettent de détruire par un simple calcul beaucoup d'illusions. Si les provinces que traversent le Volga et les canaux qui, par le Volkoff , joignent Saint- Pétersbourg, ne jouissent que de communications difficiles et incertaines, que sera-ce donc des autres provinces qui ne possèdent ni routes ni canaux?
Convenons-en ; on parle beaucoup de la Russie, mais peu de personnes la connaissent. Ceux qui, parcourant l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, la France, ont admiré avec quelle aisance, avec quelle rapidité les ressources et les années de ces divers pays peuvent y circuler en tous ssns, et qui s'imaginent que le mot de Russie représente une nation où peut s'opérer quelque chose de semblable, se tnjmpent étrangement.
Malgré le» efforts de Fiarre-le-Grand pour ou-
Ffir le débouché des deux mers k son peuple, qui, jusque-là, n'avait eu le spectacle de Timmensité que dans les profondeurs du ciel^ malgré la politique habile de ses successeurs qui ont étendu, ses conquêtes sur la Baltique et la mer Noire, la Rus^ sie est loin d'être arrivée à T unité. Elle forme en^ core un ensemble de territoires, populeux et cultivés, mais séparés les uns des autres par de vastes marécages, des déserts sablonneux, et des forêts oi!^ la hache du mougik u'a pas pénétré. Il est certaines parties qui doivent suffire à leur propre consommation, et dans lesquelles les propriétaires, les paysans, les fabricans et les ouvriers ne peuvent pas profiter de la plus value dont jouiraient leurs produits dans les provinces voisines.
La Russie, qui & elle seule occupe en Europe une étendue aussi considérable que toutes les autres nations réunies , n'est pas parvenue encore a établif entre les parties qui la composent un degré de solidarité agricole et commerciale, comparable à celle qui existe entre les marchés de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre; c'est pour cela que les mauvaises récoltes, dont la configuration même du sol et la nature du climat rendent le retour fréquent , exercent de si grands ravages, et que Ton voit, dans le même temps et $t des distances rapprochées les grains à dps prix si différens.
En 4840, le seigle qui se vendait 4 roubles ass. (4 fr. 80 c.) le tchwert (2 hectolitres, 05), à Kastroma, valait à Ealonga 52 roubles (58 if. 40 c.) la
même mesure^ et pourtant Eastroma n'est qu'à 60 lieues au nord de Moscou et Kalonga à 20 lieues au sud.
Tandisqne les provinces du centre, Tombow, Rai- San, Kalonga, Saratoff, manquaient de grain, les provinces plus au nord, depuis Eastroma jusqu'à Perm en regorgaient; mais faute de communications praticables, leur transport devenait impossible ; et ces deux vastes portions deFEmpire durent maudire à la fois, Tune son abondance, Tautre sa stérilité.
Mais si TEmpire souffre à ce point de l'état arriéré et barbare de ses voies de communication , pourquoi n'y a-t-il pas porté remède ?^ Quand la Prusse, par exemple, consacre à la construction et à l'entretien de ses chaussées plus de 6 p. 0/0 du montant total de ses ressources, pourquoi la Russie n'affecte-t-elle à tous les travaux de ses ponts et chaussées, routes, ports et canaux, queS millions (I) de roubles assignats sur 500, c'est-à-dire moins de deux pour cent de son budget?
C'est qu'en Russie d'abord , les matériaux nécessaires pour la construction des routes n'existent que dans des localités rares, etquel'étendue des travaux à exécuter, loin d'inviter l'administration supérieure à les entreprendre, est plutôt de nature à la décourager. Pour unir, par des chaussées, les seuls chefslieux des gouvernemens, il n'y aurait pas assez de
(1) iM évalnatiMU let plus ële?ta portaot eelte allocation A 12 jiiiUioiii;Bttii OBaToaaqaeœB'eirtiMiaaaiii. '
pierres y peut-être^ dans Fintérieur de TEmpire, ni
assezde capitaux disponibles dans Tin térieur de l'Eulope. Cette raison est une descausespour lesquelles TEmpereura poursuivi avec tant d'ardeur le projet du chemin de £er de Saint-Pétersbourg à Moscou.
Les chemins de fer, si l'Empire est jamais assez riche pour les construire, seront saus doute le salut d'un pays qui ne possède pas de pierres et qui, dans une étendue aussi vaste que le reste de l'Europe, compte à peine une chaîne de montagnes plus élevées que les coteaux de Meudon ou la butte Montmartre. Mais, en attendant les chemins de fer qui demandent peut-^tre des siècles de patience et de travail^ et malgré le prestige qui environne son nom, la Russie est le pays où la surveillance de Tad* ministration sera la plus imparfaite^ la perception de l'impôt la plus difficile et la moins assurée, la circulation des troupes et des approvisionnemens la plus lente , la plus embarrassée et la plus coûteuse.
Le comte Cancrine ignore ces inconvéniens moins que personne ; mais loin de s'inquiéter des entraves qui gênent les transactions de l'agriculture et du commerce , et jusqu'aux entreprises de l'administration, il y voit un élément d'influence et de sécurité pour le gouvernement impérial; c'est un des types originaux de la nationalité russe, aussi nécessaire à sa conservation, que la foi orthodoxe et la constitution du servage. Il en est de même à aes yeux de k législAtioii civile qui n'admet sur les
propriétés qu'une senle Hypothèqne t}udqite minime que soit sa valeur^ et qn) rend illosoîree les engagemens commerciaux souscrits par les mem^ bres de la noblesse, contre lesquels il n'etiste aucun moyen de contrainte. Tous ces embarras sont, dans la pensée du premier ministre, comme un bouclier magique qui préserve le pays de la contagion occidentale.
Mais c'est aussi un obstacle permanent qui para* lyse les roouvemens de ce grand corps^ qui lui interdit toute souplesse^ toute rapidité dans la disposition deses forces. En 4 855, les régimens cantouiiëfl dans la Bessarabie , grAce à la flotte de la Mer Noire, ont bien pu en quelques journées d^rquer sous les murs du sérail. Mais il a fallu dix*huitmots pour réunir les contingens disponibles de TEmpire^ pour triompher de l'armée polonaise; et le lende-^ main du triomphe^ le trésor^ la garde impériale elle-même étaient épuisés I
Envisageons maintenant Tétat politique et social de la Russie^ car^ plus encore que la situation des finances et des voies de communication^ ce point délicat doit peser dans la question d'une alliance. As* sûrement je ne partage pas les illusions de quelques voyageurs excentriques, et je suis loin de conclure de ces affiliations secrètes, de ces complots militaires, étouffés avec autant de soin que de rapidité, et dont la Sibérie garde fidèlement le secret^ que le pouvoir en Russie repose sur un volcan. Non sans doute, mais s'il ne repose pMsur un volcan^ l'étal