‹ Lettres politiquesChapitre 22 sur 80 · ttJ · texte numérisé non relu

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Meial n'en est pas moins arriéré, la législatîott kppelle de grandes réformes. Ces réformes, tôt oïl tard indispensables, introduiront dans les diverse! classes des germes d'agitation dont il est difficile de calcaler les effets.

On a remarqué déjà, au commencement de Tannée dernière^ avec quelle timidité les ukases impé^ riaux touchaient aux rapports des serfs et des seigneurs. Chez les peuples où la vie circule jusqu'aux dernières extrémités sociales, lesrévolutions font monter à la surface une énergie^ une sève de jeunesse qui double leurs forces et les rend capables des plus grandes entreprises. Mais chez les peuples où la masse est inerte, toute perturbation grave dans la condition des classes inférieures^ soit qu'elle diminue la protection dont elles jouissent , soit qu'elle augmente leurs droits, les conduit au désespoir ou à l'abus Ce double danger existe, l'Empereur le comprend; et plus d'une fois il y a trouvé un grave sujet d'inquiétudes.

Souvent la pénurie du trésor a fait agiter dans le grand conseil de l'Empire de sérieuses questions de réforme; et la crainte des conséquences qu'elles entraîneraient dans l'état social, les a toujours fait repousser. Dans ces débats à huis-clos , mais qui excitentle soir, dans les salons de Saint-Pétersbourg, le même intérêt que chez nous nos débats parlementaires , c'est le prince Lubetzky , l'ancien ministre des finances de Pologne, qui tient le haut bout dé l'opposition^

Le prince Lubetzky est, sous le rapport politique comme sous le rapport finaocier , l'adversaire le pins redoutable du comte Cancrine,'car il joint à un talent véritable et dont il a donné des preuves en Pologne un dévouement qui n'a jamais variédans la bonne et la mauvaise fortune. Son influence est 'considérable dans le conseil de l'Empire et plus d'une fois ses avis ont rallié la majorité contre les propositions du ministre.

Le système du princeauraitpourbutd'appliquerà la Russie^ sans rien changer i sa constitution politique , le bénéfice de la législation et des procédés administratifs de l'Occident. Entr'autres projets soumis au conseil , il avait proposé l'établissement d'une banque territoriale semblable & celle que, pendant son ministère, il avait établie en Folt^e et qui, dit-on , y a produit les meilleurs résultats. Le principe de cette banque nouvelle était la mobilisation du sol. Elle aurait eu pour but de faire sortir la propriété foncière des langes où la retient le code hypothécaire , et de la faire circuler; sous la forme d'un nouveau papier jouissant des mêmes avantages quelesassiguats. Le comte Cancrine,^oin de combattre ce projet comme une utopie, convint des avantages qu'en retireraient le commerce et l'agriculture, aussi bien que de l'accroissemeot inévitable qui en résulterait dans les revenus de l'État: seulement, il avertit l'Empereur que c'était changer la base même de la constitution politique et sociale de la Russiç. r U est hors dç doute , lui

4^ an-»

» disait^l , que les propriétaires , les commerçans 9 et le trésor , s'en trouveront bien ; seulement , » dans dix aiis , ce ne sera plus la Russie que Votre > Majesté gouvernera; ce sera un tout autre pays! ». En effets la position des serfs dont le seigneur répond pour le service du recrutement et le paiement de la capitation (l'Obrok)^ investit chaque propriétaire d'une sorte de fonction publique; et toute modification dans la propriété entraînerait un changement dans la constitution de l'empire.

Or^ si la position généralement obérée des propriétaires et la situation tout aussi embarrassée du trésor rendent chaque jour une transformation sociale plus imminente, d'un autre côté les esprits prévoyans et éclairés la considèrent comme un daoger sur lequel devront se concentrer toute la sollicitude , toute l'énergie , toutes les forces du gouvernement. La condition du peuple russe diffère ^entiellement de celle des peuples occidentaux pour qui les discordes intérieures sont un aiguillon fui les pousse au dehors. Le Russe n'a d'enthousiasme que pour la défense de son clocher. Le jour ^^ il est appelé sous les drapeaux n'est pas un jour ^^ fête, mais de deuil, de désespoir ; c'est un exil éternel, c'est la mort loin de tout ce qu'il aime.

J'attacherais moins d'importance à ces tentatives *^ réformes qui se font jour dans les délibérations d^ sénat ^ si le chef de l'Empire n'en était pas lui- ?^^me préoccupé. C'est là, à mon avis, dans un

paya oommela Russie, nu des sfrapttaies les phis curlenx et les pins significatifs.

Peu de temps après son avènement , l'Empereur Nicolas avait eu l'idée de changer l'ordre suivant lequel se renouvelle la hiérarchie desfonctiounaircs de l'État. D'après la constitniion de Pierre le-Grand, que ce grand homme fut le premier à pratiquer dans toute sa rigueur, ou ne peut parcourir les divers grades qui transmettent à la fois la fonction publique et la noblesse active, que successivement, et en passant du degré inférieur à celui qui se trouve immédiatement au-dessus de lui. C'est une garantie contre le caprice ou la faveur des chefs ; mais la jeune noblesse critique aujourd'hui ce principe d'ordre administratif, parce qu'il favorise pins la durée du service que le mérite personnel, et que c'est on encouragement plutdt à ta patience, qu'an travail et à l'habileté. L'Empereur partageait cette opinion; il lui répognait que le temps eût plus de part que sa volonté à l'exercice du pouvoir souverain, et plus de droits que lui par conséquent à la reconnaissance de ses propres bienfaits. Il trouvait injuste et contraire au bien de l'État d'obliger à cette ascension uniforme et fatale tous les talens, fous les courages, quels que fussent d'ailleurs leurs degrés de distinction. Pour toutes ces raisons, il Tîotdemander en personne, au conseil de l'Empire, qu'un pouvoir discrétionnaire et supérieur à la loi lui fût donné, en vertu duquel il pût choisir parlât où se montrerait ub grand juéiite, un dévoue-

ment réel, i«B tibtb de l'adooiuiëtrttioii et jnaqu'è Ms mÎDistres.

Il parla longtemps , assure-t-on^ et n'imaginant jw qoe son projet pût donner lieu à la moindre hésitation^ il demanda qoe k conseil allât de suite aux YOix; mais le prinee Wassilitcbikoff^ qui prési-* dtit , lui fit observer que l'heure était avancée, que les uaages du conseil ne permettaient pas de voler sur une proposition avant d'avoir entendu toutes les opinions^ et qoe^ quant à lui, il éprouvait le regret profond d'avoir à développer un avis contraire à la proposition de Sa Majesté. Nicolas sentit très vivenent cette première^ résistance à son pouvoir naissant; il se contint avec peine^ et, malgré ks aotécédens que l'on venait de citer^ il exigea qoe le président demandât, séance tenante^ et en sa présence, Tavis de rassemblée. Mais le prince Waasilitehikoff avait attaché le grelot et le courage était venu aux pins timides. Les deux tiers des voix opinèrent pour que la discussion suivît son cours Qidinaîrei et la séance fut renvoyée au lendemain. L'Empereur se soumit; le lendemain, il écouta les objections et y répondit avec chaleur, parfois même avec cette éloquence rude dont il a fait preuve devant la municipalité de Varsovie; mais ce fut en vain ; la majorité repoussa son projet et il dut l'a* bandomner.

On assure qu'il eut beaucoup de peine à pardonner au prince Wassilitcbikoitf la part qu'il avait prise dans son échec, et que^ sans cesser d'avoir.

pour lui les égards que méritent son âge et ses ta* lens éprouvés^ il le traita longtemps avec froideur.

Je ue vous donne pas cette anecdote comme certaine, Monsieur; serait-^lle faussecependant, puisqu'elle a pu circuler àSaint-Pétersbourg ety trouver des oreilles crédules^ c'est une preuve que^ dans Fopinion des Russes et dans Topinion du Czar lui-même , la constitution sociale et politique de la Russie appelle un remaniement radical et de graves transformations. C'est là^ sans doute, un élément de progrès, mais qui, selon les drconstan* ces extérieures, peut se transformer en une cause de dislocation et de ruine.

Ainsi, pour apprécier le secours que Ton peut tendre d'un allié, il ne suffit pas de compter ses régimens, ses navires, de faire voyager ses flottes , ses armées, de dresser un plan de campagne, de dire : ici on livrera la bataille , on la gagnera et on traitera I Non, Monsieur. Â une bataille succède une autre bataille ; après une première campagne, il en vient une seconde et une troisième; la guerre enfante la guerre.

Avant de courir les hazards d'une collision longue et terrible, il est donc sage de se demander d'abord si les finances du pays auquel on s'allierait lui permettraient, après une armée détruite, d'en lever une seconde; si le système de ses communications intérieures rendrait son rassemblement et son transport souple et rapide; si son organisation sociale, si son

état politique pourraient supporter longtemps de pareils sacrifices sans dangers graves, sans bouler versemens intérieurs y sans révolutions qui diminueraient nécessairement les secours promis et finiraient par en tarir la source.

Jecrois avoir prouvé^ Monsieur, que sous ce triple rapport, Talliance de la Russie, insuffisante pour atteindre le but que poursuivent ses partisans ^ ne pourrait inspirer au cabinet français aucune confiance.

Mais si la France ne fait pas tourner à son profit Tambition qui porte la Russie vers la capitale des Osmanlis, n'est-il pas à craindre qu'il se forme^ en vue d'un remaniement des frontières de l'est de FEurope, une combinaison qui nous soit étrangère, et que cette alliance dédaignée par la France tente on jour la Prusse^ l'Autriche ou l'Angleterre?

PlasiMirs raisons s'y opposent ; je dirai brièvement les principales.

Le Cabinet prussien d'abord est trop prudent ^ trop intelligent de ses véritables intérêts pour s'associer à de pareils projets; en outre, il existe entre loi et le Cabinet de Saint-Pétersbourg des sujets de mésintelligence dont le refus de renouveler le cartel d'échange a dernièrement révélé la vivacité. Vous savez, Monsieur, qu'après K 84 3, et tandis <pie la Russie fermait ses frontières au transit de TAllemagne avec la Chine^ afin de donner aux fabriques de Vladimir et de Moscou le monopole du lûarché 4^ Kiakta ^ l'Empire voyait se [fermer Je

seul débouché naturel des produits des provinces polonaises. Le Cabinet de Berlin établissait à Tem-^ boucbure de la Yistnle et du Niémen des* droits qui seraient aujourd'hui la ruine de la Pologne i si le^Cabinet de Saint-Pétersbourg ne les acquittait pour elle; sorte de tribut payé par la Russie à la Prusse et déguisé seulement sous la forme de prime d'exportation.

Frédéric-Guillaume III a montré sur ce point une constance et une fermeté remarquables. Il n'est sorte de caresses que l'Empereur Nicolas, son gendre, n'ait employées auprès de lui pour obtenir la libre circulation sur ces deut fleuves ; mais le vieux roi est resté inflexible ; et tandis qu'il poursuivait les démarches qui cimentaient lentement Tunion des douanes de toute rAIlemagne du nord, il maintenait vis-à vis de la Russie un droit d'autant plus difficile à lever dans Tavenir qu'il appartient à une combinaison plus compliquée d'intérêts.

Mais l'union des douanes allemandes est la moindre des contrariétés que fasse éprouver en ce moment au Cabinet impérial le mouvement progressif de la Prusse.

Non seulement il est évident aujourd'hui que le butjpoursuivi par le Cabinet de Berlin est la réunion politique aussi bien que commerciale de tous les Etats du nord de l'Allemagne^ et de la Pologne peut-être, sous l'unité de son gouvernement, mais il n'est pas moins démontré que c'est par voie

d^associâtion et d'ABsitnilation , et Bits ncouro de dehors, qu'il compte atieindre ce but.

Plusieurs mesures qui ont signalé le début du nouveau règne ^ telles que le rétablissement de Tarchevèque de Posen, i amnistie aux condamnés politiques, l'émancipation des Israélites, la nouvelle loi électorale pour les États provinciaux et la publicité quelqu' imparfaite quelle soit de leurs séances, les faveurs de la cour répandues sur les illustrations des petits États de la Confédération , leurs savans appelés pour enseigner la jeunesse de Berlin; toutes ces mesures, dis*je, tous ces faits prouvent que Tunion des douanes et l'intérêt commercial ne sont pas le seul mobile sur lequel la Prusse s'appuiera pour la réalisation de ses projets.

^r Tunion des douanes qui a diminué tout à eoup ses recettes, elle a montré aux États secondaires qu'elle ne reculait pas devant un sacrifice ft« nancier, quand il s'agissait de l'intérêt commun. Par Textension de la liberté de la presse et des franchises électorales , par le respect des cultes différens du sien , par le patronage des célébrités littéraires et philosophiques, elle a annoncé clairement que, pour réaliser cette unité, elle irait jusqu'au sacnfice de ses anciennes sympathies politiques et jusqu'à la transformation même du principe de son fouvernement.

Cette tendance de la Prusse est enfin sratie par la Russie qui la considère comme une défection.

Ce désappointement politique , du reste , est le

second que le Cabinet impérial aura éprouvé de* puis que Pierre-le^rand a fait entrer la race slave dans la communion des peuples européens. Vous remarquerez 9 Monsieur , que depuis cette époque^ le Grouvernement de Saint-Pétersbourg a été suc«cessivement dominé par deux grandes préoccupations : la philosophie du dix-huitième siècle qui s'est emparée du règne deCatherine H, et l'alliance avec la Prusse renouvelée tant de fois par des ma-* xiages^ des voyages et des conférences secrètes. Mais^ de même que Catherine ne voyait pas se former sous le travail des Encyclopédistes la Révolution française; de même, sous l'aspect presque exclusivement militaire de la Prusse, Paul r% Alexandre^ et Nicolas surtout, n'ont pu découvrir d'abord sa véritable tendance politique et le principe représentatif, qui bientôt s'y développera an ^and jour.

Si le lien qui rattache la Prusse à la Russie s'affaiblit^ s'il doit un jour cesser d'avoir le caractère d'un pacte de famille, est-il une autre puissance avec laquelle la Russie puisse retrouver' la même intimité d'union qui alarmait TEuiope ?

L'Angleterre a trop d'intérêt à contrarier le Cabinet de Saint-Pétersboui^ en Orient pour inspirer à cet égard des craintes sérieuses. Il existe entre l'or^ gueil britannique et la vanité russe une antipathie prononcée. On se souviendra longtemps à Saint- Pétersbourg du mot de lord Durham pendant qu'on lui montrait la flotte de Cronstadt : a Ce sont les

pins gros joujous que j'aie jamais y»s! » L'Angle* terre est le pays où la personne dn Czar est le plus maltraitée et où Ton peut le moins comprendre l'organisation sociale de la Russie. Si Ton doit en croire les révélations du Port-folio, le Cabinet de Saint*James aurait osé, pour un intérêt de négoce^ dans Taf faire du Yixen, menacer officiellement l'Empereur Nicolas du sort de Paul T'.

EoOn, malgré ce nouveau traité de navigation décoré du nom de traité de commerce dans le dis* cours de la Reine> et dont les journaux anglais révèlent toute l'insignifiaDce, il est permis d'affirmer que rinfluence mystérieuse de la Russie dans les montagnes de l'Afghanistan où les armées anglaises ont essuyé un si terrible désastre, élève à Constant tinopleentreles Cnbinetsde Saint-James et de Saint- Pétersbourg une barrière éternelle.

L'Autriche semblerait, a première vue, offrir plus de chances de rapprochement. L'Autriche tien t^ réunie sous son autorité, comme la Russie, une agglomération de peuples, différens de langage, de mœurs et d'origine; laformede son gouvernement et ses principes politiques sont les mêmes. A ce titre^ les deux Cabinets devraient sentir l'un pour l'autre des disposilioos à une confiance et a une sympathie réciproques. Mais plusieurs raisons s*y opposent.

Le caractère que le prince de Metternich a donné à la diplomatie viennoise est peu apprécié à Saint- Pétersbourg. Deces deux gouvernemensy l'un repré^

iMito k théorie, Taotra la prati<{tta du pouvoir ab« •olu. Oty la pratique trouve souvent que la théorie prend des airs qui frisent le pédantisme. La théo* rie, à son tour, pense que les actes de la pratique ressemblent parfois à de la brutalité. Mais ce dé* dain mutuel, toujours recouvert des fleurs des chan» eelleries, ne suffirait pas pour constituer, entre les deux cours , ua éloignement sérieux, sans la riva-? lité qui les divise sur deux pomts essentiels. D'une part, la prospérité croissante de TAutriche l'attaché de plus en plus à la possession du Danube, que ses bateaux à vapeur sillonnent, et dont les princi» pautés riveraines naissent au commerce et à la ci« vHisation ; de l'autre, la Russie , passe à tort ou a raison, pourambitionner la réunion, soussonautorité, de toutes les races ihves ; c'est-à-dire , qu'il y va pour l'Autriche, de sa part de la Pologne, des provinces lilyriennes et de la Bohême «tout entière I On coQçoit qu'un intérêt si vital et un pareil soupçon la tiennent éternellement sur ses gardes.

Que conclure de tout ceci, Monsieur? Deux choses qui doivent avoir aux yeux des hommes d'Etat une égale importance.

Premièrement, même alors que la France m^ fait intérêt à chercher sur la ligne du Rhin un agrandissement territorial, une alliance avec la Russie, alliance que les dispositions personnelles de son souverain rendent pour longtemps impossi^ ble^ ne nous offrirait pas des ressources suffisantes

ponr faire triompher UQ pareil dessein. Seconde*» ment y dans l'état actuel des relations européennes^ il n'est aucune puissance qui fasse craindre à la France de voir, en dehors d^elle, la Russie trouver une participation sérieuse à ses projets sur Constantinople.

La Russie, à partir de 4845^ a joui dans les congrès européens d'une influence considérable et que Ton a cependant beaucoup exagérée. Des raisons touchantes et légitimes rattachaient à sa destinée Tintérêt public, le respect et la confiance. La cam« pagne de 4842 était encore présentée tous les souvenirs. La Russie avait beaucoup souffert; elle avait trouvé dans une invasion terrible cette énergie du désespoir et cet élan de patriotisme qu'elle avait communiqués à l'Europe épuisée et abattue. Elle était forte, elle était modérée. C'est un élève de la ïrance, de la France éclairée, humaine, c'est un philosophe chrétien , un philantrope couronné <{ui^ dans la personne d'Alexandre, gouvernait ce vaste empire^ dirigeait sa diplomatie, et disposait ie toutes ses ressources.

Une pareille situation, dominée par un pareil nomme^ assurait à la Russie^ dans les congrès où allaient se décider les grandes affaires de l'Europe, ^û ï61e considérable et respecté. Mais tous ces souvenirs soat déjà bien loin. Avec la crainte du retour des invasions de la France a disparu peu à peu nntérêt qu'avait le continent à ménager la Russie, ^ desteinS; ses caprices mêmes, pour la tenir tou-

jours associée contre les éventualités d'une guerre universelle.

Plus les chances de ces invasions paraîtront impossibles, plus l'influence accidentelle que le cabinet de Saint-Pétersbourg a exercée tendra à s'affaiblir,à rentrer dansune juste limite, proportionnée à rintérét qu'il prend aux progrès de la civilisation européenne. Cette part est faible ; commercialement parlant , la Russie est désintéressée au milieu de l'Europe; sous le rapport des lumières, ce n'est pas lui faire injure que de la mettre au second rang. Son état social est étranger au reste du continent et se défend de tout contact avec lui. En isolant son peuple des autres peuples, TEmpe* reur de Russie a fait prendre à son Cabinet une position qui doit nécessairement l'isoler de plus en plus dans la diplomatie européenne.

Je constate ce fait sans aucune pensée hostile à la Russie^ et^ tout au contraire, je suis convaincu que cette situation d'isolement est un acte de sagesse^ et qu'il peut seul lui permettre d'accomplir sans secousse^ sans révolution ^ les progrès réclamés par son organisation.

La nation russe est, après tout^ une grande nation^ grande par son passé et par son avenir.

Comment un peuple qui n'est ni conquérant^ ni législateur^ a-t-ilpu s'imposer à ses voisins, presque tous nomades et guerriers, lui sédentaire et paisible^ et former un empire plus étendu que l'empire de Charlemagne ou celui d'Alexandre^ et qui déjà

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