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069 deux motifs, politique et commercial^ qui sou* levaient la rivalité de l'ÀDgleterre^ Tun, le motif politique^ semblait avoir disparu ; mais Tiatérét commercial à lui seul parut sufiisant à sir Aston pour continuer les intrigues de Tambassade.
A tous ces faits vint se joindre Vévènement beaucoup plus grave qui a désolé la Catalogne. Là, les deux nations» anglaise et française, furent en contact sur des points éminemment propres à faire éclater les divergences des deux politiques et des deux ca* ractères nationaux. L'industrie catalane était le seul obstacle sérieux à la conclusion du traité de commerce de l'Espagne avec TAngleterre qui devait saisir toutes les occasions d'écraser, de ruiner cette industrie et de la réduire au silence. Tel a été le véritable motif de la conduite du Cabinet Robert Peel; il a été guidé beaucoup plus par l'espoir d'avan* cer ses propres affaires que par un calcul de haine ou d'hostilité contre notre propre politique. Ministres, journaux, agens consulaires^ ont été d'accord sur ce point. Il y a chez le peuple britannique un instinct si intelligent de ses véritables intérêts et tant d'unanimité sur toutes les choses qui peuvent y avoir un rapport direct ou indirect, que ce double sentiment suffit pour tout expliquer. A l'heure qu'il est, on peut afSrmer qu il n'y a pas un badaud de la Cité qui ne considère de bonne foi la ville de Barcelone et la Catalogne comme peuplées de brigands, d'une race exécrable que le feu du del devrait anéantir. Avec ine pareilk coBvictioBi
il n'y a rien d'extraordinaire à ce que de bons chré> tiens aient aidé au feu du ciel par quelques fusées à la Congrève.
La fameuse déclaration du consul anglais par laquelle il insinuait que rhumanité de M. de Les* seps devait être assimilée à un acte d'hmtiliti contre le gouvernement près duquel il était accrédité, a été très populaire en Angleterre. L'apparition du Formi* dable et du Rodney et la première nouvelle qu'ils venaient, non pour protéger les nationaux anglais^ mais pour aider au bombardement, loin de révoU ter la sensibilité britannique, ont provoqué également dans toutes les classes une approbation uiia'« nime.
Et pourquoi? Etait-ce donc barbarie, était-ce inhumanité? Non ! c'était intelligence de ses véritables intérêts chez un peuple qui fait passer l'intérêt avant toute auti^e considération, quand il n'est pas détourné de sa voie instinctive par les prédications de ses saints. Les journaux de Londres se sont accordés pour justifier toutes les barbaries de Zurbano, de Van Haleù et de Séoane, comme ils avaient été unanimes, lors des guerres de la Navarre^ pour arrêter l'effusion du sang; et le Cabinet anglais, en envoyant des projectiles au fort Mont* jouich, obéissait à l'intérêt et aux sentimens natio^ naux, comme lorsqu'il envoyait, d'accord avec le Cabinet français, des plénipotentiaires au camp de don Carlos pour obtenir qu'il échangeât ses pri^ sonniers au lieu de les fusiller. Mais alors l'intérêt
anglais n^était pes ce qu'il esf aDJonrd^hni ; les finances n'étaient pas épuiséœ par les gaerres de la Chine et de l'Afghanistan ; le parti agricole n'avait p89 été sériensenient attaqué dans ses privilèges, et, pour le aanver, on n'avait pas été obligé d'impoaer le revenu. Le Portagal ne menaçait pas de rompre l'antiqne lien du traité de Methuen, et il semblait que l'industrie britanniqne, qui n'était alors ébranlée nnlle part» pouvait espérer un progrès suffisant en Espagne du seul rétablisssement de la paix.
Aujourd'hui tout est changé. Il ne s'agit plus pour l'Angletore de poursuivre le cours de ses triomphes, nuis de réparer ses défaites, de trouver une compensation aux expéditions ruineu* ses de rinde et de la Chine, au divorce dont le Portugal U menace ; et elle ne peut attendre ces compensations; il fout qu'elle les provoque, qu'elle les obtienne; c'est un billet qu'elle doit solder et à courte échéance.
Je n'accuse donc pas la politique de lord Aberdeen d'un système d'hostilité sourde contre l'influence firançaise. Je croisque s'il existait un moyen de faire prospérer les intérêts commerciaux de l'Angleterre, ' sans porter atteinte à la bonne intdligence de ses relations avec la France, lord Aberdeen n'hésiterait pas à l'adopter. L'intérêt manifeste du Cabinet anglais est de voir le ministère français se consolider; c'est an moyen de se consolider lui-même. Mais ses complaisances n'i-
roBt jamais JQS^'à sacrifier TinduBtrie' britannique ; c'e$t*à-dire qu'en toutes choses où, même an prix du mécontentement de la France, l'Angleterre croira faire un pas Yers ce traité de commerce que les derniers événemena de Portugal doivent lui rendre plus cher encore, elle passera outre sans hésitation.
Voila, Monsieur le Comte, en réalité le côté délicat de nos relations avec l'Espagne. Rien n'est changé soos ce rapport, la difficulté subsiste; elle exige toujours la même surveillance, la même sagesse, la même circonspection.
J'aborde maintenant la question que j'ai posée^ la grande question , celle de notre politique dans les affaires d'Espagne.
Jusqu'à ce jour , notre politique a été celle de la bienveillance et de la prudence à la fois. Nous avons aidé le Cabinet de Madrid^ par toutes les mesures qui ne dépendaient que de nous et qui ne nous obligeaient pas à intervenir dans ses affaires intérieures.
Aurions-nous dû faire plus? Eût-il été plus sage, pins généreax de franchir la frontière et d'aller dénouer de nos propres mains le nœud si compliqué de la révolution espagnole? On fa prétendu^ avec quelqn'apparence de raison.
Deux occasions solennelles y en effet , se sont présentées , où l'intervention semblait légitime ^ ponr deux motifs bien différens^ mais également sacrés.
Eq 49Si6, quand Don Carlos menaçait la liberté espagnole, les hommes d'État , sortis de notre révolution , et qui ont déclaré solennellement qu'ils ne la redoutaient en aucun lieu, auraient voulu alors tendre une main amie au parti modéré en Espagne. Ce parti appelait de ses vœux Tinter* vention; M. Martinez de la Rosa, dès >I855, avait résigné ses pouvoirs de président du Conseil pour ne point faire obstacle à l'entrée d'une armée française uoivorsellement désirée alors, et contre laquelle il s'était fortement prononcé. Certes, à cette époque et dans les années qui suivirent, les motifs ne manquaient pas pour intervenir. On avait Tassentiment de TEspagne et de l'Angleterre; TEurope> qui s'était retirée de la politique de la Péninsule, n'avait aucun prétexte pour s'y opposer.
Plus tard, une circonstance toute contraire pouvait encore provoquer Tcntrée d'une armée fran« çaise en Espagne. Ce n'était plus le pouvoir popu* laire qui était menacé^ mais le pouvoir royal et jusqu'aux droits les plus sacrés de la majesté souveraine. On doit supposer qu'en France la Couronne épn>uva, à cette époque, la même tentation que le parti populaire éprouvait depuis 4836, et que^ voyant l'autorité royale compromise et presque déshonorée, le désir de prendre sa défense ne lui a pas manqué.
Cette double politique, la majorité des Cham* bres, en France^ Ta repoussée. Le Roi n'a pas moins résisté aux impulsions de son propre cœur qu aux
♦ su ^
vœux de Topinion libérale. Je Tavone, les prévisions les plus naturelles devaient contrarier cette prudence et cette temporisation que Texpérience a pourtantjustifiées.
Nous jugions TEspagne d'après nos propres illusions^ avant d^avoir une intelligence exacte des dangers qu'elle courait et de ses moyens de salut; nous ne pouvions croire à la solidité de Tordre politique qu'elle fondait, et cet ordre arésistéà tout^ à la guerre civile^ aux complots^ aux trahisons, aux révoltes des juntes, aux dissolutions des cortès, k Finstabillté des Cabinets; après M. Zea-Bermudez est venu M. Martinez de la Rosa; puis le comte de Toreno^ puis le Cabinet Mendizabal^ le Cabinet Is-* turitjs qui vit éclater rinsurrection de la Granja; puis le Cabinet Cal a trava^ sous lequel fut achevée la constitution de 4857; puis le Cabinet d'Ofalia pro* duit par un nouveau triomphe des modérés^ le Cabinet du duc de Frias^ celui de Ferez de Castro, deux fois remanié^ et qui disparut avec la régence de Marie-Christine! Mais malgré ces bouleverse-* mens, ces agitations sans fin, qui avaient^ il faut Ta* vouer^ plus d'une analogie avec ce qui se passait en France, la régénération espagnole suivait son cours«
Placée entre deux alternatives extrêmes, une constitution octroyée par le pouvoir royal (estatuto real, 4 854) où par conséquent le pouvoir royal dominait, et une constitution imposée par le pouvoir populaire [consiitucion de i S4 2) oit le pouvoir royal était annulé^ entre ces deux écoeils l'Espagne, mal*
gré tons les excès et tous les malbeurs dont elle n été le théâtre, a eu le boo sens, le courage et la force de se donner une nouvelle charte, la constitution de ^837, qui ne procède ni de la suprématie du droit divÎD, nî de la souveraineté du peuple, qui n'a été ni concédée ni imposée, mais où le pouvoir royal et le pouvoir populaire ont fait alliance sur le pied de l'égalité, comme dans notre Charte de ^ 850.
A travers ces alternatives de triomphes et de défaites , s'abandonnant tour-à-tour aux modérés et aux exaltés, passant par tous les excès, la nation en sortait toujours plusforle. Aujourd'hui la guerre civilea disparu ; le jury, les gardes nationales sont oi^anisés, la liberté de la presse est entière, les terres possédées jadis par les couvens se vendent et par petites portions , ce qui prouve qu'il se forme jusque dans les campagnes une classe moyenne.
Je ne m'abuse pas sans doute sur le mérite et la nature des moyens par lesquels ce bien s'accomplit. L'Espagne n'a pas à sa tête des héros ou des saints, elle a des Ayacuchos, espèce de soldats de fortune dont le caractère et les mœurs se sont développés dans les guerres d'ou(re-mer contre les bandes révolutionnaires et pillardes du Mexique, moitié en les châtiant et moitié en les imitant. Qui dit Ayacacko dit un homme aussi habitué à manier les cartes du monte que la carabine. Espartero , cet enfant de la Manche à qui ses partisans souhaitent , dans des toasts publics, l'immortelle
célébrité de don Quichotte^ est le type complet^ élevé, de ces heureux aventuriers; il a toutes leurs qualités et tous leurs défauts. Fils d'un charpentier, il ne rougit pas de son origine plébéienne; au contraire, il en est fier^ il s'en glorifie, ainsi que le témoigne le nouveau manifeste publié pour les élections. Espartero a la franchise, la loyauté du soldat. Sa fortune personnelle , c'est le jeu qui la Iq! a faite; ses traits de générosité viennent du jeu; ce sont des dettes d'honneur remises à quelques vieux compagnons. Du reste cet amour effréné du jeu est commun à l'Espagne entière. Le ôarato (A) a tout envahi, les cafés, les corps de garde, et jusqu'aux présides. Espartero, tout en cédant à cette malheureuse passion , en a compris les dangers ; il joue, mais dans les régimensil fait mourir les joueurs sous les baguettes ; de méno^, lui l'enfant gâté des conspirations et des révoltes, il fait fusiller les conspirateurs.
le ne me fais donc pas illusion sur les qualités dû pouvoir qui gouverne l'Espagne; c'est un pouvoir militaire, parfois barbare, mais aussi toujours espagnol et conservant dans la politique de l'Etat, en principe au moins sinon en pratique, l'équilibre introduit par la constitution de 4837.
Tous les capitaines généraux, à peu d'exceptions près|, Van Halen par exemple, tous les généraux en faveur, c'est-à-dire les membres supérieurs du pou-
(^) M de carui impidadre, ém ie genrciite VifOfU
voir eiéentif sont des Ayacuehos, d'anciens compagnons des guerres d'Amérique comme les généraux qui environnaient Bonaparte premier consul^ les Lannes^ les Berthier, les Murât, les Desaix, étaient d'anciens compagnons de la guerre d'Egypte.
Est-ce à cette analogie qu'Esparteroa dû le nom àe Napoléon de comédie? le Tîgnore, mais en tout cas, le mot n'est pas juste. Napoléon n'avait personne à détrôner, et si quelque obstacle se fût présenté entre lui et le trône, les fossés de Vincennes savent sMl eût hésité à le briser. Espartero, au contraire , pourrait détrôner quelqu'un, un faible enfant, une jeune fille, et tous ceux qui l'ont approché sont convaincus qu'il n'en fera rien. Quelle que soit l'origine de cette vertu, elle n'en est pas moins une vertu et comme un trait caractéristique de rhomme. C'est une nature qui sait se borner, s'arrêter, qui se laisse conduire par la fortune, qui n'a jamais repoussé une seule de ses faveurs, mais qui ne lui a jamais demandé plus qu'elle n'offrait. C'est en un mot un homme de la race de lord Wellington et, dans son penchant pour les Anglais, il y a beaucoup peut-être de cette similitude de nature, de même que son éloignement pour la France tient surtout aux méprises, aux soupçons injurieux auxquels son élévation rapide a donné lieu.
Espartero règne, et près de lui pas un rival ne lui dispute le pouvoir. Cela prouve au moins qu'à ses côtés , il n'y a personne de plus grand , de plus fort que lui; cela prouve qu'il est Tiiomme de am
éf»qw p épa|«w qoi doit finir à la Biajofité da k rallie ^ éfMMfue reafermée dtas d'étroites limites^ et a laqiMU^ étiit eminamiiifiDt proprt la nature d« «M ««prit 0ida 600 ambition.
Les cvénemens de l'Espagne et Tétat potitîqua q^ii i'y affermit i^mi k peu jusiiiient donc la non âiilervMtîoad^ la Fiance. En réalité on a pa^^roire que la lÀk^rté et Taulorilé y couraîeut un égal dan» ger, mais rEypagne a triomphé de ces deux périls. La liberté n'a pas succombé sous les efforts de Don Carlos ; l'autorité de la jeune reine a survécu à l'exil de sa mère. Nous avons bien fait de ne pas iatervenir^ pour nous d'abord , à peine sortis des agitatioos, et qu'une guerre entreprise pour une cause politique eût replongés dans les discordes civiles ; pow* l'Europe entière que nous aurions iaquîélée et repoussée , au lieu de la rassurer et de li rappi^>cher de noire politique de pais; pour l'EspsjjEne elle^mèipe enfin, à qui nous aurions enlevé la seule occasion que lui offrait la providence de retremper son énergie dons un grand effort aatiooali et d'y retrouver une vie nouvelle.
Cette vie, elle la retrouve peu à peu ; mais^ à quel pris, dira- t*oo, ai de combien de cruautés TEspagne n'a*Mlepas été le théâtre depuis ces dix dernières années! J'en conviens; mais si sa révolution avait eu lieu en même temps que la nôtre y ces révoltes^ ces assassinats militaires, ces exécutions de prisonuiers, n'auraient ils pas disparu devant nos massacres de septembre ^ devant nos iédMf
d^ations des tribonanx rérohitiomuires , nos tombereanx de la plaoe de la Concoide, nos noyades? Qu'aurait été le bombardement de Barcelone elle-même, auprès dusiégeeldelaroiiie de Lyon?
Avouons-le, nous sommes sévères pour l'Espagne et nousn'avons pas droit de l'fttre; tandisque nous nous agitions sons les étreintes dn mal révohitionnaire^ l'Espagne dormait encore dn sommeil de l'absolutisme ; nous l'avons tronblée dans ce sommeil, nous sommes venus lui inoculer la fièvre qui nous consumait. Plus tard nous avons commencé à retrouver l'ordre et le calme , et c'est alors que le mal éclatait au-delà des Pyrénées. Nous organisions un état nonvean, une monarchie nouvelle; l'Espagne devait à la fois détruire un ordre ancien et en créer un nouveau. Je sais bien que les situations n'ont pas été les mêmes : quand, en 4789, nous commencions cette r^énération sociale qui, sous des formes diverses, par le concours intelligent des gouvernemens et des peuples, doit faire le tour du monde , nous étions seuls, tandis que les Espagnols ont eu sous les yeux notre exemple pour modèle. Mais n'était- ce pas une raison d'es* pérer dans leurs efforts? N'avaient-il pas, dans les enseignemens de l'histoire contemporaine aussi bien que dans leur intelligence et leur énergie, tous les élémens du succès*? Et alors, pourquoi les troubler? Pourquoi Jes contraindre? Pourquoi douter d'eux?
C'est la cDBftaiice dans la sagesse de FEspagne, dans son bon sens^ dans la vieille loyaaté castillane, qui en définitive a prévalu^ et nous devons nous en applaudir.
Après avoir justifié la politique suivie jusqu'à ce jour, voyons ce que l'avenir réserve, et quelle peut être désormais à Madrid l'attitude de la France; Bien différent de Tintérét anglais^ que le premier intérêt de notre politique en Espagne^ c'est avant tout le triomphe de son ordre administratif, le développement de sa prospérité intérieure.
Or, la régence a désormais trois difficultés à résoudre. Le mariage de la reine , la loi des fueros et des ayuntamientos et la question des traités de commerce. Le mariage de la reine ne sera négocié probablement que dans Tannée qui précédera sa majorité. Ce n'est donc pas , à proprement parler , pour le moment présent un embarras; mais les deux autres difficultés vont surgir dans la prochaine session des certes, et toutes les chances sont pour qu'elles y reçoivent une solution. Les assemblées provindales et communales n'ont pas été encore organisées d'après les principes de la nouvelle cous* titution ; les tarifs enfin sont surannés.
Je ne crains pas de le dire, une observation impartiale donne l'assurance que l'Espagne triomphera encore par elle-même de ces deux difficultés.
Déjà le gouvernement central se relâche de sa rigueur envers la seconde ville du royaume. La remise aux Barcelonais de ce qui restait à payer de
ia coQtribuUoo de gQerrt niontre à U fois l'aniTerultté de ia réprobatioo que les aulhesn de leur ville ont soulevée daos toute l'Espagne, et lebesoÎD que le {jouvernemeat éprouve d'apaiser l'opiaion publique aux approches des élections. Le r6le qu'y doit jouer le parti ioâuent des modérés, la coalition permanente desjonmaui, l'appui que donne à eesclémens d'opposition le nombre considérable des Deicalmdoê (les déchaussés, fonctionnaires destitués en 4840); tout cela indique que le R^ent sera contenu dans sa tendaoce de centralisation exagérée, qu'il a héritée du gouTemement de la reine Christine ; car c'est là peut-être l'erreur la plus fatale de toutes les administrations qui se sont succédées jusqu'à ce jour.
L'Espagne veut imiter notre centralisation admi* ptstrative, et tous les hommes d'Etat qui l'ont ieuté n'ont pas réfléchi que leur nation, bien différente de la nôtre, sous ce rapport, Q'orù*ait pas le premier élément indispensable de la centralisation, à savoir on centre capable à lui seul de balancer les reuouroes et les populations réunies des plus importantes cités.
Les deux pays comptaient en -1829 :
[ Francs, 133 VUles de 5,CO0 à 10.000 am
Villes de 10,OI)i) « ÏIO.OOO un
!¥naee. 33
Ce calcEl prouve que, pour \e$ villes de 5,000 4 40^000 kmw, cpmme pour celles de 20,000 k 40,000 âmes, la prqportiou relative à la différence de population des deux peuples est assez bien conservée; mais pour les villes d'une population intermédiaire, de 40,000 à 20,000 âmes, les deux nations, dont l'une est plus du double de l'autre, en possèdent cependant un nombre égal. Il en résulte déjà que, dans cet ordre de cités^ la vie provinciale doit être relativement plus développée^en Espagne qu'en France.
Mais cette observation acquiert bien plus de force , si Ton compare la population de chaque capitale avec la population réunie des dix princi* pales villes de chaque nation au-dessus de 40,000 âmes. En voici le tableau :
vAom.
Lf on* • • • •
Marseille. • • Bordeaux*. • Roaen. • . • Kantes. . • .
Lille
Toulouse.. • StraslKMii)g, .
Uetz. . « . .
Paris. 890,000
Barcelonne. •
SéYille.. • ..
Grenade. • •
Valence, • . .
Sarragosse. •
Cadix. . • •
Malaga.. • •
Gordeiu. . .
Lorca. « • ,
Madrid. • . .
Ainsi , les dix principales villes de France ne formaient pas, avant >I850, une population é{{ale à celle de la seule ville de Paris, tandis que la popolation des dix principales villes d Kspagne montait juste à trois fois la population de Madrid.
Si roA compare enfinle nombre relatit* de français
et d'Espagnols que contiennent les ileux capitales, on trouve que Paris embrasse'à lui seul la 54"* partie de la nation française, y compris ses colonie», et Madrid la SB"* partie seulement de l'Espagne.
Quand il s'agit de réyler quelle part une capitale peut réclamer dans la direction administrative de toutes les provinces d'un royaume, le chiffre relatif de sa population n'est pas une chose indifférente, ce n'est ni le hazard, ni le caprice qui agglomèrent les hommes dans telle ville plutôt que dans telle autre. Là où la vie se concentre, là où la population se multiplie en plus grande proportion, c'est signe qu'il existe un plus grand théâtre de transactions, un foyer de lumières plus intense, plus de facilités pour correspondre à la fois avec toutes les autres parties du territoire et tous les pays étrangers.
Or ce fait seul de l'infériorité relative de la popi.idtiou de sa capitale,' o' est-il pas la preuve que l'Espagne uo penf pas être le théâtre d'une centralisation semblable à la nôtre? que pour attirer, comme Paris, toute la vie au centre, el la faire rayonner du centre, elle ne possède pas un levier suffisant?
Si, après avoir étudié les rapports des villes principales, on jetic un cuupd'œil seulement sur la configuration du territoire, sillonné en tous sens de chaînes de montagnes , couvertes de glaciers élernolsj qui enferment le cours du Douro, du Tage, dé la Guadiajia , du Guadalquivir et dé l'Ebre
et qui servent à chaque province de barrière na* torelle, ce qui a fait donner à la Péninsule par les Phéniciens le nom de Span (caché), on demeure d'autant plus convaincu de la nécessité de conservera l'administration en Espagne de grandes libertés fédératives. f^e centre devra s'accroître sans doute, mais il ne faut pas qu'il doive ses progrès, son développement à la violence, et l'intervention des provinces est indispensable dans la constitution de l'autorité centrale; c'est une force qui peut "devenir pour elle un appui et qu'elle doit bien se garder de briser. L'avenir administratif de l'Espagne n'est donc pas dans rétablissement immédiat d'une centralisation qui ne saurait être raisonnablement établie de toutes pièces que là où Ténergie et la vie sont déjà au centre, mais dans l'organisation sage des administrations communales et provinciales. C'est dire qu'il faut à l'Espagne un système moins français qu'espagnol, dont le but sojit de marcher peu à peu vers la centralisatÎQn, non -pas en absorbant, en détruisant les foyers de>ie qui se sont naturellement développés aux extrémités du royaume, mais en les coordonnant, en les ^attachant les uns aux autres par un lien commun de solidarité plus intime.
Ceci indique de quelle manière ilest désirable de voir se résoudre les difficultés soulevées par l'état d^8 tarifs espagnols et la proposition d'un traité de zofnmevcB avec l'Angleterre. On s'est beaucoup exagéré, je le crois, les dangers qui pouvaient rç-
« tM-f
salter pour la France et pour l'Espagne elle-même d'uQ traité avec l'Angleterre. Toute négociation de ce Renre peut entraîner, sans doute, de graves embarras ; mais il n'est pas moins juste de reconnaître qu'il en peut résulter des bienfaits aussi considorables. Entre deux pays surtout si divers par leurs climats et la nature de leurs productions, la question à débattre n'est pas de savoir s'il y aura on s'il n'y aura pas de traité de commerce, mais de quelle manière le traité aura lieu. C'est peut-être une des circonstances les plus favorables à la centralisation tant de fois tentée en Espagne, que cette nécessité d'établir avec l'Angleterre des rapports commerciaux plus iutimes. En Espagne, comme en France, le nord lutte avec le midi : la Catalogne est manufacturière, l'Andalousie, Valence et Grenade sont renommées pour leurs productions agricoles. Il est donc possible de faire un compromis intelligent entre ces deux intérêts opposés, et si le trésor espagnol doit trouver, dans les nouvelles transactions qu'il poursuit, des bénéSces considérables, il y a lieu d'en affecter une partie à la réparation des souffrances spéciales qui en auront été le prix, et d'introduire dans l'administration avec prudence, dans une sage mesure, le principe de l'indemnité pour touti?s les industries dont l'intérêt public exigerait le sacrifice.
Le moment est venu enfin où l'Espagne r^ënérée doit combattre ses audacieux amtraSandislas, non pas les armes à ia main , non pas en bordant
sa frontièrd d'une double hftie de soldats et de douaniers, mais en révisant ses tarifs, et en combi-* nant la légitime part qu'elle doit faire aux échan* ges étrangers avec les ménagemens qu'exigent les iûtéréts de sa production intérieure.
La contrebande espagnole est puissante, elle est organisée ; elle a ses chefs, ses agens subalternes j ses négociateurs publics , avoués par les autorités locales. Quand un navire arrive sur la côte espagnole , il négocie ouvertement avec l'agent contrebandier le débarquement ^ le mode de transport de ses marchandises^ le prit delà corrup^ tion des chefs de ladouane; tant pour le chef, tant pour l'alcade, tant pour les employés subalternes ; ce sont des prix réguliers, prévus, tarifiés.
La destruction de cotte coupable industrie sera doublement profitable à la moralité et à la fortune publiques. Mais cela demande une surveillance très assidue, des mesures de prévoyance et d'ordre appropriées au caractère national, aux usages, aux mœurs , aux ressources et aux besoins de chaque localité. Les autorités provinciales et communales devront unir leurs efforts à ceux du gouvernement pour diriger vers les travaux publics, vers l'agriculture j la navigation , l'industrie, tous les bras aujourd'hui inutilespour la production « En enlevant à cette classe très nombreuse d'hommes vigoureux et hardis les ressources, les moyens de fortune qu'ils trouvent dans la contrebande, il ne faut pas les abandonner aux penchans naturels qui ne les
porteraient qne tropfacilementàla vie aveptnrense, au vol/ au brigandage. Si l'Espagne a sans cesse ce danger sous les yeux; si, en Féduisant les profits de la contrebande elle en détruit le principe ; si, par des réglemens sages, paternels, elle parvient à transformer ses contrebandiers en une année de matelots, de pontonniers, de voituriers, de journaliers, d'ouvriers, de travailleurs enfin, elle aura ajouté àsa richesse et àsa fécondité, aussi bien qn'i ses moyens d'ordre. Elle pourra diminuer le nombre de ses dooaniers, les payer régulièrement, et donner des habitudes d'honneur et de dignité à tous ces employés des frontières et des côtes qui jusqu'ici n'ont vécu que du partage illicite des produits de la contrebande.
Voilàles actes de l'administration, qui, s'ils sont acceptés par les provinces intéressées, constitueront peu à peu des ressorts nouveaux de gouvernement, une direction centrale désintérêts matériels, qui devront contribuer naturellement à étendre l'influence de la capitale et à accroître sa population.
La France pogrrait^iemterrenîr dans le traité avec l'Angleterre et obtenir que ses intérêts y soient ménagés ? H ifestlguère permis d'en douter, quand on considère que, malgré la progression exorbitante de la contrebande anglaise, le commerce de la France avec l'Espagne s'est considérablement développé, quoique avec une progression très irr^ulière, ainsi qu'il résulte du tableau suivant :