M. LE COMTE DE SALVANDY
MoNiniiiB u coim.
An moment où la confiance da Roi vous appelait à raml)a88ade de Madrid^ on a dû croire que la France allait avoir au sein de TEspagne un représentant^ digne interprète des sentimens qu'elle éprouve pour cette nation amie. Un incident inattendu est venu tout-À-coup détruire les effets de cette bonne volonté^ que la position exceptionnelle de FEspagne^ les difficultés de notre propre situation^ ou des influences étrangères ont jusqu'à ce jeor paralysée.
^ , ,u' encore, au moment où le sort déplo-
0 Ui iieconde ville du royaume donnait à
V ,if;»'Ht consulaire l'ocLasion de manifester avec
. uvv'ssi.-ntimensd'a(Teclionde la nation Trançalse
^.a I» nation espagnole, il arrivait ce qui est
..u\i> ttiujours depuis dix années, ces témoigna-
;;i\ intil compris soulevaient d'injustes soupçons.
m< U, l'incident nouveau produit par l'insertion
(Ituis la Gazette officielle du rapport du chef po-
liltiiuûGuttierez.
La gouvernement espagnol rectifie anJourdMia! ot>tte insinuation malveillante. La première question que soulèveraient nos relations avecI'Espagne consisterait donc à savoir si cette réparation est suffisante, si elle doit être acceptée. Mais à cet égard la presse est unanime, et il n'y a pas lieu de discuter un point qui n'est l'objet d'aucune sérieuse contradiction.
Non! après la franche et loyale rectification que le ministère a obtenue, il est impossible d'imaginer que le gonveroement espagnol ut eu l'iotNition de liure à k Fnnoe une ollnse publique, qoi devait sitôt le conduire à la nécessité die la léparer publiqnement; et dans œt incident , il n'y a d'équivoque qoe la situation partienlière da agens ançUis , et la participation qu'ils ont prise, à titre de conseilla, dans toutes les résolDlioDS dn Cabinet de Madrid. 0 est la seole diose déionnaif qu'il importe d'écUircir.
Je viis donc reuminer, et je i
mite qneWt 'est DOtre position vis-à-vis de FEs^ pagne^ quelle influence nous avons à y faire prévaloir , quelle a été et quelle doit être désormais dans ce pays notre politique.
La mésintelligence de la France et de TAngleterre au sujet des affaires d'Espagne remonte à Tannée 4856. Les progrès de Don Carlos et le danger dont la jeune royauté constitutionnelle d'Isabelle II était menacée > firent naître alors un projet d'intervention plus direct et plus efficace que celle résultant du traité de quadruple alliance qu'avaient provoqué deux années plus tôt les prétentions simultanées de Don Miguel et de Don Carlos. Les deux hommes d'État qui dirigeaient à Londres et à Paris cette po« lilique d'alliance qu'aucun embarras n'avait pu dissoudre depuis six années^ s'étaient accordés sur cette question comme sur toutes les autres. La ma* jorité des chambres se rallia en France à une autre politique. Au Cabinet du 22 février succéda^ avec M. le comte Mole I un système contraire aux projets de lord Palmerston^ et dès ce moment les deux pays ne marchèrent plus de conserve. Le dissentiment qui éclata avec tant de violence au sujet des affaires de Syrie se rattachait à des griefs longtemps accumulés; les canons qui bombardaient Beyrouth vers la fin de i 840 avaient été chargés quatre ans plus tôt à Madrid.
Ici , nous touchons à la phase la plus passionnée et la plus malveillante de la rivalité que l'Angle--
lerre nous oppose en Espagne. C'est en 4 840, après la conclusion du traité du 45 juillet^ et pendanlque le Cabinet anglais se hâtait d'en poursuivre les ré-sultats^ que la reine Christine était contrainte d'abandonner la régence et l'Espagne. Que les agens anglais I dont les relations avec Espartero et son état-major avaient déjà le caractère le plus intime, niaient été pour rien dans la conduite du duc de la Victoire, c'estce qu'il est impossible d'imaginer. Jamais Espartero n'aurait entrepris de déposséder sa bienfaitrice , la reine, deux fois investie de la régence par le testament de Ferdinand VU et par le vœu national; jamais il n'aurait osé refouler en France la propre nièce du Roi des Français s'il n'eût été assuré de l'appui du Cabioet anglais.
D'un autre côté^ l'Angleterre, décidée à combattre en Syrie Méhémet-Âli, le protégé de la France^ ne devait négliger aucun des embarras^ aucune des complications dont Teffet était de Contremiiior les obstacles que la France anrait pu apport ter à Texécution de ses desseins. Grâce à l'emporte* ment irréfléchi de quelques journaux de l'opposition française^ les traités de 4 84 5^ eux-méme étaient remis en question. L'Angleterre n'avait eu qu'à exploiter cet incident pour soulever l'Allemagne entière contre la France ; l'usurpation d'Espartero complétait ce plan de campagne. En pous* sant le gouvernement espagnol dans la voie démocratique^ lord Palmerston plaçait la France entre deux feux; à Test et an nord la coalition des gou*
veraernens ahsoluâ; au6ad , au delà des Pyrénées^ la propagande plus dangereuse peut-être des prin* cipes révolutionnaires et tous les désordres qu'ils peuvent enfanter.
Poor tous ceux qui ont suivi attentivement la carrière passionnée et excentrique de lord Palmerslon^ il n'est pas douteux que ce plan désespéré n'ait été conçu par lui. LordPalmerston, dans ses bons jours^ apportait en politique l'audace d'un spéculateur habile et, dans ses mauvais jours^ la passion coQvulsive d'un joueur. Il croyait fermement que Tintérét du commerce anglais était de bouleverser le monde et de jeter ses filets en eau trouble. L'administration M^hig fut définitivement remplacée par le cabinet tory de Robert Peel et de lord Âberdeen le 5 septembre \ 844 , et trois mois après, Monsieur le comte, vous partiez pour Madrid.
Alors la France avait droit d'espérer qu'à la politique de malveillance^ dont les agens anglais avaient reçu l'inspiration de lord Paimerston, allait succé* der un système plus sage, plus pacifique et plus amical. Jusqu'à quel point cet espoir a^til été déçu et quelle cause attribuer à cette déception ? C'est ce qu'il est difficile de préciser au milieu des indis* crétions contradictoires de la presse et des correspondances privées. Soit que le nouveau Cabinet anglais, se tenant sur l'expectative, n'ait donné à ses agens que des instructions pâles et incomplètes» soit que l'impulsion du cabinet whig ait survécu ii ^a défaite^ l'hoslililié, la malveillance ont pçr$isté.