PRESIDENT DC CONSEIL
MoNSuim LE MabAcbam.9
Il ya cinq ans, sous le ministère de M. le comte Molé^ le rival de Wellington^ le commandant en chef du camp de Boulogne vint témoigner solennellement deses dispositions amicales et bienveillantes sur cette terre britannique que trente-cinq années auparavant il avait menacée d'une invasion. Dans cette ambassade^ interprète de la France et de son roiquisaluaiëntd'un cordial hommage Ta vènement de la jeune reine Victoria^ le vieux guerrier vit toutes les gloires de l'Angleterre Faccueillir avec défé-
rencd , avec respeet. Les deux peuples semblaînit abjurer, dans la poignée de main des deux illustres représentans deleiir puissance naiiîtaire, d'anciennes inimitiés qu'un déplorable conflit devait sitôt faire revivre; les nations de l'Europe purent croire qu'entre elles et pour jamais les rivalités fécondes de l'industrie avaient remplacé les luttes violentes et le* ravages de la ^u«pr«.
Les sentimens que vous éprouviez alors. Monsieur le Maréchal, vous les avez conservésau milieu de la recrudescence des appétits faellïqueui du pays. C'est avec sang-froid, avec justice, avec bienveillance que vous edvisagez aujourd'hui nos relations à Londres. Toutefois , vous ne vous dissi' muiez pas que les dispositions de la France rendront difâcile désormais le rétablissement de ces bons rapports sur le pied d'intimité où ils étaient il y a deux ans.
Four longtemps encore notre politique, vis-à-vis de la Grande-Bretagne , consistera plutôt à préparer les bases d'une alliauce nouvelle qu'à serrée les nœudsde l'ancienne qui est rompue. Dans celle vole, Jegouvernement avancera pasâpaSj avecprudeae*T avec habileté; il est détermiué à saisir toutes les occasions qui rendront cette œuvre moins lourde et moins épineuse, et c'est à ce titre et dans ce iu^ que j appelle en ce moment votre attention sdC l'Allemagne.
Si la dernière œuvre de votre belle et ver(« vieiUessâ devait être de rapprocher voii?e-|»Ayi d*
tous les peiiples que pendaxrt yingirdnq années il avait combattus^ dominés et irrités ; s'il était dans la destinée de Tun des plus illustres capitaines^ de Tun des représeotaus les plus populaires de la révoiiiliuQ et de l'Empire, de récoucilier la nation française avec l'Europe ; permettez-moi de le dire. Monsieur le Maréchal, vous n'auriez encore accompli que la moitié de votre t&che. Comme ambassa^deur du Roi, et représeutant de la France de ^850, le vaioqueur de la Corogne , d'Oporto et de Tou^ louse a teûu un langage de paix et d'amitié à TAnglelerre, dans une des solennités les plus touchantes de sa monarchie ; il n'a rien dit encore àrAllemagne! Dans aucune circanstance^ levain* queur d'Âltenkirchen, du Luxembourg, du Palatinat, le Maréchal commandant l'aile droite d'Austerlitz et dléna n'a témoigné, au nom de la France de 4850, ses vives sympathies pour la jeune Ailemagoe, pour cette nation intelligente et brave aux destinées de laquelle nous rattachent tant d'intérêts communs!
N'appartient^il pas au m^uriéchal Soult de se piféoo' cuper de ce silence et de se demander si'jufiqu'à son dernier souffle La bouche f qui a si souvent crié : feai sur celte terre généreuse doit rester mnelite et indifférente pour elle? « .
Je ne puis Je penser. Je cr^œ an oontrdpe qu'un devoir sérieux, un mouvement instinctif duiicœur doit vous porter à des sentimans de bienveillance envers l'AUemagne, et je m'en réîi)uiaau nom du
paf5, pour cette alliance même dont la Providence a préparé peu à peu tous les élémens, mais qui ne me paraîtra assurée et procLaiiie que )e jour où les hommes d'état éminens l'auront accueillie, approuvée et recommandée à la haute sollicitude de Sa Majesté.
Eu vous tonantce langage, jesens que je sors des habitudes ordinaires de la presse. Mais je ne suU pas de ceux qui croient que les grands faits sociaux marchent d'eux-mêmes, que les grandes idées se développent et se réalisent sans le concours da grandes existences du pays. Non! les peuples ne manifestent leur puissance et leur autorité dans le inonde que lorsque leurs instincts généreux se personnifient dans les intérêts et les passions de leurs grands hommes. Je a'éprouve aucun embarrasà vous faire cette déclaration. Vous êtes enfant du peuple; c'est par vous-même que vous êtes mon tédu dernier rang au premier; et pour quiconque a pris au sérieux le principe de la révolution il y va de son honneur à vous honorer. Le principe révolutionnaire, en effet, ne doitpasressembleràces machines merveilleuses et inutiles ou excelle t'industriedessculpteurs chinois, que l'on admire un moment et que l'on jette de côfé. C'est une machine utile, féconde, nourricière dont il faut user pour le bonheur, l'intérêt et la {îloire du peuple; ce n'est pas un jouet, c'est un outil !
La tendance naturelle du Cabinet que vous , Monsieur le Maréchal , m'ohlige avant
tout d'éfablir qn'en cherchant à rendre plus intimes et plus amicales nos relations avec l'Aile- ^^B^^ 7 j^ n'obéis à aucun sentiment d'hostilité contre TAngleterre. Si le rapprochement des deux nations , Germaine et Française , devait entraîner une rupture sérieuse avec le Cahinet de Saint- James^ il nY faudrait pas penser. Mais il y a loin du sentiment d'inquiétude que cause toute nouveauté à une rupture. Loin de nuire à nos bonnes relations à Londres, une alliance avec rAlIemagne les consoliderait en donnant à l'esprit français une meilleure opinion de lui-même. Remarquez en effet que dans nos rapports avec l'Angleterre^ ce qui irrite la susceptibilité nationale^ ce qui soulève les méfiances et les inquiétudes publiques , et contrarie tous les bons efforts du Cabinet , c'est le sentiment instinctif et généralement répandu que la nation française en face de la nation britannique oe tient pas l'attitude d'une égale.
L'Angleterre domine le monde par sa marine , par ses colonies , par son industrie ; nous n'avons qu^une supériorité à opposer à celle-là, c'est une supériorité morale^ sociale^ politique. Certes, depuis que les événemens de 4840 sont venus prouver au mmde que le règlement de ses grands intérêts pouvait s'accomplir sans nous et malgré nous, cette influence a subi un échec et elle n'aura retrouvé la conscience de sa force que le jour où cet édiec sera réparé, le jour où il aura disparu , e^é pijr une enite^nse dont la France puisse
revendiquer Ta gloire et qui surpasse en gravite la convention qui a paciBé les querelles «Je l'Orient. L'Angleterre et la Russie ont déterminé l'Allemagne à régler les différends du Sultan et du Pacha sans la France. Si la France déterminait l'Allemagne à prendre ï'initiativ'e d'une vaste confédération avec tous les États Secondaires pour le maiiitîen de l'équilibre européen , n'aurait-elle pas ftit succéder à un événement (pie son orgueil a Wgifi* mement déploré, un événement beaucoup plus considérable dont elle devrait plus légitimement encore tirer profit et honneur?
Vous entrevoyez déjà, Monsieur le Maréchal , le principal objet qu'un rapprochement de l'Allemagne et de la France pourrait se proposer. Mais avant d'entrer dans de plus grands développemens à cet égard, il importe d'étudier l'alliance eo elle-même, de s'assurer s'il n'existe contre elle aucun obstacle infranchissable, et si les deux nationalités soùt prêtes à s'accorder sur les prihcipes qui jfnrésilderaiéût à leur union. '
L'examen de ces diverses faces de la question, trop peu édidiée jusqu'à ce jour, révèle des faits curieux. J'espère prouver que depuis douze ftn'nées la France travaille, à son insu, il est vrai, à détruire l'obstacle capital qui la séparait de l'Allemagne; et que rAllema;]ne, de son côté, travaille depuis vingt-huil ans à fonder, dans les rapports nouveaux des divers membres de la Confédération germanique, les tuses de son alliance future avec la France, les
pmmpês ^^U est iiésnrable de voir appliquer à sa fermatwn.
Quand ces deux points seront établis, à savoir : qu'il n^y a plus d'obstacle au rap(M*oebetneDt de la France et de F Allemagne^ et que le principe d'union entre les deux pays est déjà en vigueur et prattqué depuis vingt'-huit ans au sein de la Confédéri^ion Gern^aniqne^ les véritables difficultés du suj«t Mfont écartées, et la question de l'alliance sera bien près d'être résolue .
Le plus grand obstacle à l'union de la France et de l'ÂlIeniagne, le seul qui dans l'opinion des deux penpl^s ait encore quelque réalité, c'est notre prétention à compléter nos frontières de l'Est, et à re- Yendfiquer les provinces de la rive gauche du Rhin.
Je ne rechercherai pas» si, économiquement parlant, la France retirerait de grands avantages de la possession du Rhin, s'il lui imperte d'augmenter le nombre de ses produits vinicoles, qu'elle a déjà tant de peine à écouler fructueusement. Je ne mettrai pas en doute cet esprit français des populations Rhénanes, qui flatte tant notre vanité^ et dont on a droit de douter cependant, quand on les a entendues chanter à tue^tête la fameuse chanson de Becker :
su sOUioi ihn nidit haben Ben freyen deuUcheo Rhein (1).
Non^ Monsieur le Maréchal, mon intention n*est
(1) Vousjie raorex pas le Rhin libre d*Altemagne.
pas de convertir ropinion à une idée çouveUe et hasardée, mais tout simplement de oonstuta* un fait. Il ne s'agit pas de savoir si larFrapce^nsentira à renoncer au RbÎQ ; U s'fi^itde loontcer que c'est une chose faite>,qu^e^^ yja renoncé sans le dire^ sans se l'avouer^ mais d'une mai»i(èi;e dâinitive; et pour le prouver, il suffît de i^^tureen face de la question du Rhin cette autre quedtîlw qui nous touche de plus près aujourd'hui, ^ quix^ertes est incompatible avec elle : l'Algérie 1
L'Algérie, par les sacrifices qu'elle nous a<^ùtés, par les travaux que nous y avons ei^cutéy , par l'engagemwt d'honneur que nous avotis pris en face dumondecivUisé, est devenue aujourd'hui une entreprise nationale que les économistes peuvent déplorer, mais jk laquelle aucune puissance humaine ne saurait nous faire renoncer. Auxjeu^ métne des hommes qui, parjticulièrement éiupsde l'insuffisance de nos tentatives et dn prii:dont «lies ont été payées,, poursuivent epcore, san?; espoir de succès, à la vérité, l'abandon par la l'ra^ce de ses possessions africaines et deitouteri^éc; 4P <MonisatioUi a^xyeux ni^njie de;oes bpipfli)es^ r^feérie, sitôt qu'p^ leiir parl^ du.&h^n^ Ji^s trouve moins hostiles et plus justes.
N'est-ce pas, en effet , renoncer an Rhin que de chercher dans le Sud un aliment à cet esprit d'entreprise militaire, un débouché à toutes ces natures ardentes et remuantes dont l'activité est
nne cânsé inoeesante de troubles ponr l'opinion , d'inquiétudes pour l'Europe ?
Plus rAllémagne étudiera TAlgérie, ses établisseroeos, ses crédits, le chiffre de l'armée d'occupation , l'Dt^aisatioQ des pouvoirs civils, rémigration ^Qî coŒmeBce à «'opérer aveconlre, plus elle 'réfléchira sui'tOat & la popularité, inexplicable parmi les masses, de cette possession, où nous n'avons encore trouvé qu'un tombeau pour nos jeu* nés soldats et un gouffre pour nos finances ; plus l'Allemagne se convaincra que, sousrobscurlté inévitable dont s'enveloppent toujours à leur début les grandes entreprises des peuples , l'Algérie renferme dès aujourd'hui pour la France une de ces nécessités dont il ne serait pas possible de se d^ivrer sans une perturbation plus funeste encore que les sacrifices qu'elle a imposés.
Ces sacrifices , et la constance avec laquelle nous ïe^aeceptons, peuventdooner k l'Allemagne la mesure de l'intérêt que la France attache désormais b la possession de l'Algérie. Dès -I85^ , cette entreprise nous coûtait 48 millions; l'année suivante, nous en avons dépensé 25; chaque année la France a consacré à cette oeuvre des sommes de pins en pins considérables, jusqu'à l'année dernière où lés dépenses, non compris la solde n'jjulière des troupes, n'a pas montéà moins de 94,5^9,055 fr. Enlin les sommes dépensées sur le sol africain se sont élevées pendant ces douze années à 545 millions, à quoi il faut ajouler lintérôt de ces capitaux
perdus^ ee <pii porte le sacrifice à bien près de 7M millions (À).
Les sacrifices en hbmmes sont plus doulonrevx. Nous avions perdu, en ^841^ déjà 70,000 hommes parles maladies funestes que le climat, les exhalai* sons du sol et Tinsalubrité des moyens de oampe* ment, plus encore que le yatagan des Arabes, tvtfient décimés. Sur un effectif de 75,000 hommes, non^ en avons perdu plus de 7,000 en ^842. La Frangé n'est certainement pas insensible à cet horrible œ* crifice humain; mais elle ne se décourage pas. Si les moyens tentés jusqu'à ce jour pour rendre Tooeupation moins meurtrière ont échoué, Topinion k plus générale Tattribue à des causes qui ne sont pas éternelles, que Tindustrie nationale et surtout une bonne politique d^ns nos rapports avec les Arabes doivent un jour modifier. L'instinct pabUe, loin de s'affaiblir à m^ure qu'augmentent les dépenses, accueille avec faveur les moindres succès, se réjouit de voir déjà la mortalité diminuer daas les. expéditions commandées personnellement par le général Bugeaud, et s'attache plus fortement à cette terre à laquelle il donne déjà le nom de France africaine. La Couronne elle-même ne eroit-elle pas dans ses communicatiaos officielles ae faire un titre à la reconnaissance publique,, en déclarant au monde que la possession de l'Algérie
(1) voir le rapport de M. Ducos, aa nom de la commissioa d'Afrique da 2& atril iS&O, et pour les années soiTanles les crédiis sopplé»
est définitive, et que son territoire est devenu territoire français ?
Maî^ détournons les yerix un moment de ces sacrifices qui, jusqu'à ce jour, jettent un voile de deuil sur cette grande entreprise nationale. Le sang et les millions que la France prodigue sur la terre de Jugurtha ne sont pas stériles. On ignore trop en Europe !a grandeur des travaux de toute nature que Tarmée elle génie civil accomplissent, et qui déjà ont changé la physionomie de plusieurs des points importans de cet immense territoire. Des forts s'élèvent, des marais sont desséchés, des plaines sillonnées de routes et de canaux; là où n'avaient été élevées que de misérables barraques, et où Thomme n'avait trouvé d'abri que la tente du désert, se dressent aujourd'hui d'élégans et spacieux édifices ; la côte entière est éclairée de phares, et cette terre inhospitalière qui, il y a douze ans, menaçait de ses corsaires le navigateur égaré sur ses côtes, le préserve aujourd'hui même de ses écueils.
Ce n'est pas ici le lieu de discuter les questions qui se rattachent aux difficultés religieuses, politiques, administratives, agricoles et commerciales que présente le développement de l'Algérie. Il me suffit d'établir que l'importance des sacrifices et des travaux de la France en Afrique justifie aux yeux de l'Allemagne le caractère définitif de sa possession. Il est manifeste qu'au mouvement qui porUit 1» France vers le Nord a succédé un autre mouvement qui la porte désormais vers le Sud..
De tous les hommes ayant dans la politique du pays quelqu'autorité ou quelqu'avenir , un seul a dernièrement appliqué son étude et attaché son nom à la question du Rhin {i). Mais tous nos jeunes hommes d'État se sont occupés de l'Algérie, la plupart l'ont visitée. La quantité de recherches, de projets, de publications de toutes sortes que cette possession a inspirées est incalculable; et
(1] M. Viclor Hugo a publié deux volumes de lettres sur le Hhin qid oni vivement excité Hniérél public. Cet ouvrage qui se rem m mande, comme tout ce qui sort de la plume du grand potte, par la vigaeurde la pensée et la magnificence du style, exprime sur les relations de 11 France et de l'Allemagne une opinion qui se rattaclie par le fond à celle que je développe; ce qui a surtout frappé M. Viaor Hngo, c'est la possibilité , la n£res«ité d'une alliance de la France avec l'Allemagne. « Le Rbin, dit-il, est le fleuve qui doit uuir les deux peuples ; on en a oTaitle Qeuvequilesdivise. »
H. Victor Hugo, n'ayant pas étudié l'alliance des deux pays an potM de vne de noire développement en AlgérJc , a dû croire que la première condition d'barmonic et de bonne amitié était ponr la France reitension de ses Tronlières. It me suffit de constater que M. Hugo n'a pas appoiié dans f'étudede cette question desklées de conquête bratale; mais, au contraire, des eupérancos d'association et de paix.
Je ne résiste pas au plaisir de citer ici une anecdote '{ui m':} viremenl ému dans l'ouvrage du po^te : M. Hngo voyageait à pied snr les bords du neuve ; il rencontre trois étudians, à pied comme lui, le sac an dt», la pipe à la bouche. Un des trois voyageurs lui dit en le saluant : • Die nobis, Domne, in quâ parte corporis animam veteres locanl philosO' phi ? » M. Hugo rend le salul, et i-épond gravement : < In corde Plaio, in sanguine Empedocles , inier duo Lucretius. « Les trois jcunea geni sourient, et le plus âgé d'cntreeux s'écrie: u Vivat Gallia reginal— Vivit Germania mater t n répond le poète, et ils se saluent de noneau, en >e séparant pour ne plus se revoir.
Il me semble que le génie des deui peuples est tout entier dans cette causerie en plein vent, entre les représenlans de la jeunesse aUemaade tl le repràeilUitt du ginie poétique de la Francea
rAllemagne elle-même pronveraît au besoin par l'aUentioB qu'elle a donnée à tous les érénemeDs accomplis dans nos possessions africaines , par l'émotion que lui ont fait ressentir te double si^e de Cooatantine, les succès et les défaites d'Ahd-el- Kader, par la foule d'écrits si divers qu'elle a enfantés sur ce sujet, qu'aujourd'hui nos entreprises en Afrique offrent à sa sollicitude un objet plus important que nos prétentions sur la rive gauche du Rhin.
Les discussions de nos assemblées au milieu de la crise de -1840 auraient suffi pour dissiper tons les doutes sur ce point. En effet quelle était l'argumentation des orateurs qui , en vue d'une colluion européenne, cherchaient à borner l'occupation de l'Algérie? Ils disaient ; Plus vous éteudez le cercle de vos opérations en Afrique, plus vous enchalDPZ votre liberté sur le Rhin. Gardez-vous d'augmenter une armée séparée de la France par quatre cents lieues de mer et qui offrirait en cas de guerre un double embarras; en séparant de la mère-patrie une portion de ses forces disponibles et ett i'oldige«nt A emfdoj^r une partie de sa marine à l'approtiblonner.
LaFrancen'apas éoovté ce lang^. Elle a étendu sa ligne d'opérations; elle aura porté cette année l'eiïeçtif jusqu'à 100,000 hommes. N'est-ce pas la preuve que sans le dire et sans l'avouer elle renonce au Rhin f Plus l'Afrique aura absorbé de millions, plus 'eU« aura donné asile à des
colons français^ plusrarméed'occaj^oasârai^Oinbreuse, et plus il deviendra impOEsiUe à la France, en cas d'une conflauraticm europi'çnçe, de (j^çUirer tes trailés de ISII3, et de repreodreipi^^t^iai?tières républicaines. <.; ■- > ■
Si telle est la conséquence îni^vitable de la politique de la France à l'é^jard de l'Algérie, nefaut-ïl pas reconnaître, Monsieur le Maréchal, que c'est là un fait auquel il importe de donner la plus grande publicité, dont il est utile d'exposer tous les détails, toutes les faces à la nation allemande, et qui >est destiné à exercer sur nos rapports avec elle uoeinr fluence considérable? Le jour en effet où la France comprendra que , par ses entreprises au milieu de la race africaine, elle a définitive uieut renoncé â s'éteudreauxdépensdelaracejjermanique, le jour où elle mettra quelque prix à le déclarer à la Frussa et à l'Autriche , ses communications auront un caractère si incontestable de vérité, et s'appuieront sur des témoignages si éçlalans, sur des sacrifiera si respectables, que la confiance de l'Allemagne lui sera assurée. EtpourquicpnnaltrAlJemague^ pquf qui l'a visitée, pour qui s'est enlretenu avec ses hommes d'État, il n'est pas douteux que oe yrau(l fait, en calmant leurs justes inquiétudes,, leprâ méfiances invétérées, ne change leurs dispositions envers laFrance. L'Algérie alors apparaîtra comme une entreprise dont le d^veloppemeulesl destiiiéà changer tous les rapports, toutes les combiuajs de la politique internationale de l'iLurope.
H n'aréenément existé depuis 4 S50 que deux o1>staolesi rallianceintime des cabinets de Vienne et de fierliiia\*ec le Cabinet des Tuileries.Le premier ,^'est Tagitalion des esprits qui suivit la révolution de juillet et qui se prolongea, en France par des éoieuteset des complots^ hors de France par toutes les insurrectioBs qui à sa voix avaient éclaté dans la plupart des états européens. Grâce à Dieu! cette source de malveillance est tarie; les passions se sont peu à peu apaisées, la constitution de la nouvelle monarchie est achevée, TEurope a retrouvé ses habitudes régulières et n'a plus rien à craindre de Tesprit révolutiar^naire français.
Le beeond obstacle à nos bons rapports avec T Allemagne^ c^'est notre ancienne prétention de posséder la rive gauche du Rhin; l'occupation de rAlgérie, après doufiie années de sacrifices et de travaux de plus en plus étendus et opiniâtres en a fait justice. Et une fois ce dernier obstacle dissipé^ il n'existe plus dans la politique, danà les passions ou Tintérét national de la France^ aucune raison sérieuse d'éloignement pour T Allemagne; les deux payB peuvent s'abandonner à la communauté d'intérêts^ à la solidarité intellectuelle et morale^ aux penchans de toute nature qui les entraînent l'un vers l'autre.
Ainsi l'un des signes les plus éclatans du rapprochement des deux nationalités Allemande et Française^ c'est la constance et l'énergie avec lesquelles la France détruit depuis dou2e années ie dernier
obstacle qui s'opposait à leur union. Un signe &on moins manifesle, c'est la politique d'association et de protection des faibles par les puissans que rAlIemagne introduisait et pratiquait dans son propre sein, et qui doit servir un jour de base a son alliance avec la France, en rcunissan t dans une confédération centrale européenne tous les étals de second ordre.
La participation des puissances secondaires à la délibération des affaires qui intéressent la paix européenne offrirait aux trois grandes puissances centrales une influence considérable pour le maintien de l'équilibre des états constitués, nulle pour leur propre agrandissement et qui ne saurait provoquer, pai' conséquent, les réclamations légitimes de l'Angleterre ou de ta Russie.
Mais toute innovation , toute modification grave apportée à l'établissement diplomatique et à la balance de l'Europe rencontre dans les habitudes, dans la prudence des cabinets une opposition et des dif* ficultés insurmontables. 11 est donc utile de prouver que cet établissement ne serait pas une nouveauté ; que le priooipe eu a été posé il y a \iu!}t-huit ans dans l'acte constitutif de la Confédératiou Germanique; que depuis ce temps il n'a cessé d'être pratiqué avec succès et que l'expérience aussi bien que la justice et la raison sont d'accoid your inviter les puissances cenlraies de l'Europe à étendre le bienfait de ce principe à une combinaison plus large d'intérêts.
L'histoire contemporaîue des peuples allemands est peu connue^ et pour en apprécier le véritable caractère il est nécessaire de rappeler les principaux é?énemens des siècles antérieurs.
Jusqu'en 4845 des luttes violentes s'étaient perpétuées entre les états et avaient changé plusieurs fois l'aspect du corps Germanique. Des intérêts^ des croyances opposés étaient en présence; de part et d'autre, des prétentions exclusives s'opposaient à ce que la nationalité entière trouvât son assiette, et faisaient échouer tous les efforts pour établir dans ce grand tout, composé d'élémens si divers, un principe commun d'arbitrage et de gouvernement.
La France n'a pas cessé de prendre une part considérable à toutes ces luttes. Elle obéissait à l'intérêt le plus vif dont se préoccupaient alors les puissances européennes, celui de compléter leurs territoires; mais en même temps elle contribnaità établir au sein de la nationalité germanique un équilibre plus juste, où les populations fussent de moins en moins opprimées, et dont aucun gouvernement ne fût exclu. Quand Richelieu poussait Gustave- Adolphe contre le pouvoir catholique de l'Empereur , le cardinal , ministre du fils aine de l'église, accomplissait au nom de la France un apostolat de justice et de liberté. C'est la France alliée à la Suède protestante qui introduisit dans le traité de Westphalie le double principe de la liberté pour le commerce et la navigation duRhin, et de l'indépendance politique des petits États.
lemagne entière, mais encore de chaque état de la Confédération qni serait attaqué et se garantissent mutuellement toutes leurs possessions sonmises au pacte fédératif. La diète est le juge suprême de tous les différends; les trente-huit États renoncent au droit de se faire la guerre et de terminer leurs démêlés par la force; ils s'interdisent toute alliaoce particulière qui pourrait avoir pour objet d'attenter à la sûreté de la Confédération ou de l'un des États qui en font partie.
Cet acte fédératif etie traité de la Sainte-Alliance que le Czar triomphant faisait lire dans toutes les églises d(! son vaste Empire, ont été pour l'Europe le signal d'une politique nouvelle. C'est la première fois que la diplomatie, sans cesser de tenir compte
àes voix aura lieu de la maDière suivanle, calculée sir réteadne rtsftctive ik's l-'tiils individaels :
Autriche.
la Prnsse.
I,a Saxe.
La Bavière.
Lu Hanovie.
Le Wurtemberg.
Bade.
liesse Élcciorale.
Grand-Duché de Besse.
Qolsleiii.
Luxembourg.
Bruns tvick.
Hccktembourg-Sckwerin.
— Kas&au.
Saxe-Weimar,
— UoLba.
— Coboiu^.
— Mciningcn.
— Hildburgbauseii, Mecklemboui^'-Sireli iï.
A repoMCTi
Report. 51
Hobtûia-Oldcnbout^. i.
Anhall-Dcssau. £
— Beniboarg. î
— Cothfh. 1 Scbariibonrg-SoDdersbaoBen. t
— Budolstadt. 1
Bohenzotlern-HechingeD. t,
Lilchtenslein. 1
Bo benzol lero -S igmariogen. 1
Waldeck. ,1,
Iteuis. branche aînée. t
— brancbe cadetts. , J Schaumbiu^- Lippe. ''1 Uppe. i La ville bbre de Lubeck. 1
— Francfort. i ~ Brérac. *
— Hambourg. 1
Total des Toii. 69
des intérêts d6''chaq]i6fiiatk>a, « agrandi le cercle de ses eombi&aîBons et a considéré l'Europe commç Que grande iamille dont les membres devaient se proposer pour bnt « l'indissoluble nœud d'une amitié fraterndJe ; » c'est la première fois que les souyerains, réinis après d'aussi longs et d'aussi saaglans débats^ ont reconnu « que le repos du » monde devait être Tobjet constant de leurs cornji munications » et qu'il était de leur bonneur « de > donner à l'univers entier l'exemple de la justice, » de la concorde, de la modératioQ^4). »
La Sainte-Alliance n'a pas survécu à la révolution de juillet. La Confédération Germanique, au contraire, a résisté aux troubles que cette révolution avait soulevés dans son sein. Cela prouve que la Confédération reposait sur un principe plus gêné-* reux et plus juste que la sainte alliance, qu'elle ne prenait pas parti pour une seule forme de gouvernement, mais qu'elle les admettait toutes dans une limite raisonnable.
Il «est temps en effet de juger avec sang-froid et avec impartialité la politique intérieure de l'Allemagne.
On a beAUCjpiiip.rëproché à la Diète d'avoir combattu, danfs les premières années de la restaoration, les tendances libérales de la jeunesse allemande, il est certain que dans l'acte de la Conf^déra*
' (1) protocole sîpié à Aix-la-Chepdle» le 15 aofêiik» IMS.
tiofi Itti-mèma et mmm Tinfliieiiee de rentlumsiasme et de Ténergie qtii aTaient définitivement triomphé de Tinvasion française , les aouverains s'étaient engagés solennellement à concéder à leuA peuples des eonstitn lions; mais JiîentM des mouvémens tamultuenx, des associations dangereuses^ les crimes deSand et deLœniog et Tapostolat infatigable du professeur Jahn durent éveiller la prudence de la Diète. Dès ce moment^ elle considéra comme un devoir^e calmer et de contenir tontes le9 explosions constitutionnelles.
Le congrès de Laybach manifesta cette inquiétude Murde qu'inspiraient aux Cabinets Allemands jusqu'aux révolutipns de la Grèce, ou plutôt les symjMiibies qu'elle soulevait dans les universités.
Cette tendance conservatrice du conseil supérieur .qui règle les destinées de la nation allemande reparut plus vivement, encore dans les précau^on^ me- BaçsAtes inspirées par 1a révolution de juillet. Mais en dépit de ses armemensi la Diète témoigna assez qu'elle resterait fidèle am( principes de protection etd'associatioaqui luiavaientservidebaseen 4845. Plusieurs États purent modifier leurs constitutions^ la Gonfédéri^ion n'y mit aucun obstacle; mais quaad elle put craindra de voir les ponveanx États eonstitutionnels entraînés dans les excès de la liberté, quand il fui quesUoa par exemple «du refus d'impètparune Cbnmbre électiv^> laDiète^ jasiement alarmée d'une manifestation jusque là sans antécédent, dédam qa'eile asâmiletâit un pareil
aibas de pouvoir à Vmi des cas d'iasurr eetion qu'elle s'ëtait engagée à étouffâr»
De môme, elle invita les gonvernemens fédérés à prendre et à maintenir les mesures nécessaires pour empocher toute attaque contre Tautorité de la Diète dans les assemblées d'Etat. Une surveillance rigoa* reuse fut établie dans les Dniversités.Les étudians, les voyageurs^ les journaux allemands et étrangers, les associations^ lesfôtes populaires furent$oumisesau2( tracasseries d'une police trop soupçonneuse sans doute ; la Diète s'arrogea môme le droit de suppri* mer les journaux dans toute retendue de la Confé-' dération. Cest là surtout ce qui souleva contre les gouvernemens de rMlemagne une explosion gêné* lale» et c'est aut déclamations de la presse anglaise et française qu'on doit l'opinion universellement répandue, que les Allemands ne jouissent d'aucune liberté et que la domination qu'ils subissent étouffe en eux tonte intelligence et tout patriotisme.
U n'en est rien. Dieu merci I Si nous avons fait battre le cœur de l'Allemagne pour la liberté civile, pour Tindépendance nationale, elle nous donne en revanche l'exemple de Vunioù , de TaBsociation , do respect de l'autorité et de Tordre. La Diète est allée trop loin dans sa frayeur .des idées libérales; mais nous-mêmes ne sommes-nous pas allés trop loin aussi dans notre haine des rois et des prêtres? Si la terre de France est hospitalière pour les vaincus de la liberté, Polonais, Italiens, Espagnols» n'oublions pas que l'Allemagne a aoeoeilli
nos vieux Boiirboii6| cm vaiiums MU motM digaw» de respect; n'ouLIions pas qu'elle a eu deftentrailr. les maternelles pûur les deux fils de Napoléon : le roi de Rome et le prince Eugène I Et que c'est elle surtout qui a muntenu et respecté sur le iràne de Suède un soldat de la révolution française, Berna* dotte;!
La Prusse est k tète, le génie actif de T Alle^ magne; elle a jusqu'ici attiré tous les regards* Par ses traités de commerce, par ses lois de douane^ par ses tarifs, la Prusse fait faire un pas immense à la fusion des peuples allemands, à Tunité germa* nique qui est le rêve de sa politique. Mais il y a dan& la résistance de T Autriche aux tendancea aristocratiques qui se manifestent dans son propre sein , un instinct vraiment merveilleux ; les relatiens du cabinet de Vienne avec la Hongrie surtout sont fécondes en enséignemens. L'aristocratie hongroise , en effet , comme toutes les 'minox*ités privilégiées, s'imaginerait volontiers qu'elle est la nation tout entière; elle est jalouse de ses droits, elle est tracassière et inquiétante pour l'autorité autrichienne^ étle< veut pour elle liberté, gloire^ honneurs^ maïs que le chancelier de Hongrie témoigné sa sollicitude pour les intérêts matériels des populations , qu'il propose des mesures dans le but d'anléliorer la position des classes agricoles , il rencontre alors l'opposition la plus oj^uiàtre.
Les Voyageurs qui profitèrent les ]preTnîers de rétablissement des bateaux à vapeur du Danube
remarqnèteiit^ mm «an» quelque siirprisé, les qae-^ relies contîauelles des préposés avec de prétendus magnats hongrois qui^soivant les habitudes dé Tan* cîenoe noblesse féodale^ prétendaient que le prit des placfô sur les. bateaux n'était qu'un impôt dé-^ guisé^ et refosaient de Faequitter; Il a fallu pen* dant longtemps qu'une compagnie de grenadiers fût embarquée à bord pour faire Téducatioa indus»; trielle de la noblesse hongroise.
Entre l'Angleterre qui se laisse ronger par la plaie de l'Irlande, et la Rtissie grecque qui n'a paa sa encore pratiquer la justice envers la Pologne catholique^ c'est un noble exemple que l' Autriche donne au monde quand elle résiste aux exigencea de ses magnats hongrois et qu'elle s'occupe malgré eux des intérêts et du progrès du peuple (i).
(i) Le rapprochement de rAutriche et de la France et rartoot le Boyeo par leqoel il pourrait être opéré avec le plus de fruit, sont re« maniiiablefliiêitt indiqaéB dans le paange snâvant dte écrit sur YMl§^ magiiP'adveMéàileoriHeiiie : . . .
« M. de Talleyrand a va, aa coiniDenctiieDt de aa canière, ae réaHier le rêve de sa vie , ronion de la France et de PAogleterre ; c^est un intérêt cdoMiitftt qui les lie et les force à tia paii. L^onfoR de la France et de TAIlesiagiie est. an but digne d*émpavoîr anjovrd'boi IVmpUMqb ,ém homaies politiques; aussi beaucoup s*en occupent; mais par cela sitiil qu'on ne sent pas en général que c'est, avant tout, TAutriclie qu'il laul lier h laf^aocev oa se i»aaimie en efforts qui* seraient sooventde natm à retarder plutôt qu'k hftler cette miioo* Ain^ montrer, coaupe vota te. faites, la communion de doctrinedu nord de F Allemagne aveç,laFraQce et faire sentir, comme Pont fait bien d^aotres, la communauté des Etats daBbiar et delà Erance» cfest^ peur le but dont Je parie, fûre comme nos y liras et nos Kl^érau^ fiwiçaia q^i auraient yolen* tiers poné une armée française en Irlande pour sauver soncatbeiljOisnM et son indé^eodince , et (faU pif la.proièsslon de pareilles sympathies.
La politique éminemmeat laborieuse et bienfaisante des Cabioets de Vienne et de Berlin, ce génie gouvernemental où il entre pour le moins autant de libéralisme pratique que d'instinct conservateur, explique donc le crédit et l'autorité dont ces deux cours n'ont cessé de jouir , au milieu des représeotans des Etats confédérés, dans toutes les dtlibératioDs de la Diète.
II est vrai que la Prusse et l'Auiriclie ont tou> jours apporté, dans leurs rapporta au sein de l;i Confédération , une prudence égale à l'esprit de justice qui les aniaiaît. Jnmais elles ne se sont présentées devant la Diète qu'unies d'intention el après avoir préalablement discuté et arrêté entre elles une opinion commune sur tous les objcU soumis à ses délibérations.
Cette eircouslance , peu connue jusqu'à ce jour,
nisBicBt nonfînianémeni a runioti de la Fraoce ei de la Grudc-Bretagae. Je sais bien que les praiidcut poliiiques. plus dairvojani ifoelo thi^orinens, senient parfaliem<?nl que l'union avec l'Autricbe est plus Importanle qoeeelleavec la PruK»e ei ions les p«liis royaumes ilu Abin, nais leur erreur est de penser qu'ils pourrout parvenirii cette uaiotipar te même moyen qui a détermina celle avec l'Angleterre, par l'intérêt. I<.> lai Tont peur tant qu'ils peuvent du Barbare du Plord, ouMiaoi qse le barbare eMpréciféoKnt suiycui rie l'Autriche le dérenseur des^randt prindpes sociaui, ordre, auloifté, reliiinii.eique, seJos elle. Diea a'a donné place à h Russie àam la politique européenne, que pour nuver leiaondcdesenvabissemensderanarrhîe, delà dtmucralie. ilr raihéisme. — Non . ce n'est pus par un iniér«t commun , c'esi par un devoir commun qu'on peut s'unir nvec t'Autriclie : il faut parler 1 son orne, éminemment prudente el sage, et non h s3 bourse; car son peupl»: Jouit de plus d'aisance que le peuple anglais et sis crjnds ne sont pus iTides comme des loi-ris, n
( De l'AtleTmgw, à Bcuri Ueioe; par p.£iifatiiia.)
eit «ne des précautim» qui font le plus d'hanneur à k sagesse et à Thabileté de M. de Metternich. ' M. de Metternich dès 4 84 4 , et avaot que Taote constitutif de là CcHifédération fût proposé aux États^ avait été rame de conférences secrètes entre le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche sur ce sujet II leur fit observer que la rivalité des Cabinets de Vienne et de Berlin au sein de la Diète renouvellerait sous une autre forme tous les inconvéuiens du traité de Westpbalie. Depuis GustaverÂdolphe rindépendance des petits États eirabsenced'une protection continue, d'un conseil d'arbitrage régulièrement constitué^ les obligeaient dans toutes leurs querelles de chercher des alliances à l'étranger. L'étranger de son côté , pour détourner les entreprises desgrandes cours d'Allemagne^ eicitaitles jalousies^ leâ ambitions^ les inimitiés des petits États, et c'est aîiui que le cœur même de. la nation germanique sertait de champ de bataille à presque toutes les guerres européennes. Quel remède apporter à ce danger? Le premier, le plus important consistait à interdire désormais aux membres de la Confédération toutes alliances, toutes négociations parti* culîèresqui pourraient oompromettre lea intérêts communs.
Ma» il ne suffisait pas de déclarer oe principe , il fallait en assurer Texécution par une surveillance constante, par l'oubli de toutes les vieilles rancu^ nés, par des efforts combinés^ par une bonne intelll*- Kenee préalable dont il était prudent et juste que
les deux puissances prépondérantes de la Coiifédél'afion donnassent les premières l'exemple. Ce plan fut adopté et dès ce moment il s'établit pour cet objet entre la Prusse et l'Autriche une correspondance secrète. M. de Metternich , l'auteur de cette combinaison, devait naturellement correspondre pour l'Autriche. Le roi de Prusse crut devoir se réserver personnellement ce travail qui ne passait pas parles bureaux des affaires étrangères et dont M. Ancillon lui-même n'eut pas connaissance.
Le résultat de cette correspondance était de 8'ao> corder à l'avance sur tous les objets qui devaient être soumis au.t délibérations de la Diète , afin d'en diriger plus sûrement les délibérations, et de maintenir, par un accord préalable, l'initiative et la direction des débats aux deux grandes puissances. Mais en même temps, le principe que les deux monarques s'iin posèrent, dont ils ne se sont jamais départis, et pour lequel ils ont réussi à inspirer la confiance et le respect de tous les membres de la Diète, c'est la justice, la solidarité entre tous les États de la Confédération et la protectioa des faibles par les puissans.
Ce système habile a maintenu un tel ordre, nue telle harmonie, un sentiment de solidarité si intime entre les membres indépeodans de la nationalité allemande , que de mystique qu'elle était jusquelà, cette nationalité, on peut le dire, est devenue réelle. C'est ce qui explique l'opposition indomptable que notre diplomatie a rencontrée quand elle
a vottlo sotttedMr les préteotioQs de la Beigiqiie.daiis la question du Luxembourg* Le roi de Hollande^ à titre de niembre de la Coufédération» pesait dans cette quettion de tout le poids de l'Allemagne entière. La suprématiepurement morale de la Prusse et de l'Autriche au sein de la Diète disparaîtrait le jour où elle9 ne protégeraient plus^ à l'égal de leurs propres intérêts, les intérêts des petits États. Dans les difficultés du Luxembourg^ il y allait donc de l'autorité de la Prusse et de l'Autricbe en Ailema^^e, et dans toutes les circonstances semblables qui menaceront un pouce de terrain ou un seul homme de la Confédération, on verra les deux Cabinets unis rallier autour d'eux la race germanique tout entière^ et opposer au danger commun une résistance invincible.
% Certes, une pareille solidarité^ fondée sur un principe aussi juste, est digne de sympathie et de /espect.
L'union secrète, la bonne intelligence constante de l'Autriche et de la Prusse en a été l'instrument le plus actif; elle m^ériie a;ujonrd'hui dfappeler Tat^ teation des hommes d'État de la France» Depuis vingt*huit ans> deux Cabinets ont suffi à maintenir l'harm<M)le et L'unicm entre trente-huit États divi«ses pour la plupart d'intérêts et qu'un dernier partage, qui n'était pas exempt de partialité et de violence, arâit remplis de iiatnes et d'ardentes jalon** sies.
N'est-il pas temps de se demander s'il ne serait
pas plm facile encore anjourd'hui d'appliquer ce syslèmeà l'Europe centrale et de donner pour base à la paix du monde une plus vaste confédération, où la Prusse, rAulriche et la France rempliraient pour toutes les puissances secondaires, pour la Suède, le Danemarck, la Hollande, la Belgique, le "Wurtemberg, la Davière, la Suisse, la Sardaigne, la Toscane, les États Romains, Naples, la Grèce, la Turquie et l'Égyptej l'Espagne, le Portugal, les mêmes devoirs, les mêmes obligations dont la Prusse et l'Autriche se sont attribué l'initiative en
(I) Celle idée a d^jà été proposi^e anx Chambres, sous lute forme piiTPincnt tndtMtriene, H esi vrai, par l'nD des bonmeii qui apponesi dans l'i'tudc de ces bauies questions le plat d*iiidép«niJa(ice, de naçtue CI de palrioLisme. M, VLclor Lanjuinais, en rombailant l'alliance rtis^e, proposée par M. Mauguin, disait le h mai ISâl :
" C'est un fait à pen près arijois à l'histoire, qnelc goùveniemeni i** la resiauralion, chercbani à faire oulilier rimpopiilaritê de son orÎBineï «Tait voulu reiMire à la France les provinces rbtaanes au uoyen d'un arrangement qai eût itidcmnisË la Prusse aui dépens de la Saxe, et qvi eût dvuné l'Orient à la Ilussie. Cette fombinaisoa était ooniraire aiu Ifitéréis de ta France; mnlt au moins «11« pouvait se faire parifique* ■eut, il n'en serait pas de mène aujourd'hui. JGa vdm, rAIIemagae n'est plus ce qu'elle Ëtait »to^s^ C'i'sl uite naiion qui se recoit&litue, qui a le sentiment de son luiité, et qui ne sourTrir'iit pas que ^^on lemioire fit eMao»^ par aoe pniuancu éifaiieër«, atéme par la France t et, d'un Mire côlé, U IVusse, qui «vail nu lutÉrét de lerriluire dans Vtrisas^ ment de 18^8, en a un inliniueni plus grand ii conserver k magiiilJquï patronage qu'elle s'eïl acquis sur l'Aliema^c. en favoriront ei diteloppjni l'astociaiion des dauaaei, qui réunit aujuurd'bui les gr^ads i» tfréts de l' Allcmagni' lians un i crdi' dim t les i ajun» aliuuiitseu I à Hulia,
• Les choses ne snnt plus entières; les oJ"ywispacili|iies ne peiivcpl phu nous doBUff la frantiJire du Bhm. Devn-vousla cbËrclier pirli
Cmàj din-Um» le rére deïtbhé d«SttttVPi«re, c'«t le fameux projet d'Heoii: IV contre .la pnîe* sance de la naiaoB d'Autriche, l'admettrai qu'es effet il y ait cpielqu'analogie enlce l'alUanœ que j'indique et le profet du roi populaire, avec eetie différence toutefois qu'il s'agit aujourd'huinoapas d'abaisser une puissaoce déterminée, mais ds.let faire toutes concourir au maintien de réqoilikrt et de la paix.
Vous seree de l'avis sans doute, MonsieQr le Ma* réchal, qo^one idée qui a pu préoccuper pendaot douze années entières un homme d'Etat ecMnme Sully, deux souverains comme Henri IV et Élisik beth, qui fut le constant objet de leurs entretiens et de leurs correspondances, est plulét de nature à inspirer le respect que le dédain. N'est-ce pas d'ail» leurs, sous une forme plus juste et plus simple à k fois, ce qui a été déjà réalisé de nos jours par la Sainte-Alliance?
force et te violence? Xe ne pense pé^qu'oto tous propose aujourdliiii me faerre d^agresslen pour obtenir ce t^ésollat.
« Ceci vous avertit de la transforatation que rASeiMiae «feai de aalitf. Les traités de 1815 avaneat mis l'Allemagne sons la tmelle delà diète de Francfort. La diète de Franefort, attachée au staiu qao, n'a rien fait pour rASenagne, H rAllenagie, se laissant sMer la conrs naturel des choses, a délaissé k dlèie de Francfort et transporté dans ane assemblée pins Jeune et pins active sa vie nouvelle et ses nonveaat Intérêts. 7e ne veux pas développer cette pensée ; je la confie h vos médititions, H je me bomei cette simple dl>iervaiion« que iecon<;rèsde Berlin est peut-être le modèle de celni dont la France devrait provoquer la formation, ntio d'associer tous les intérêts européens contre les prétentions eaLdushea de 1* Anshlerre ^ de la JUnAe. '
La Sainte-Alliance a été brisée très légitimement parce, que malgré la haute intention pacifique qaî avait présidé à sa furmatlon, elle n'avait pointtenu compte du droit de participation active et indépendante des Etats secondaires au règlement d-> affaires communes. C'est le premier point qu'une alliance entre l'AHemagneetia France devrait sulennellement garantir.
L'exemple de la Confédération Germanique a prouvéque cette concession était sans inconvénient, qu'il s'établissait une hiérarchie naturelle, que les grandes puissances exerçaient une influence léfjllime par l'étendue des iulérèts qu'elles représeiitent, par les relatiousplus multipliées et d'un ordn supérieur qu'elles entretiennent, et qui assureni généralement à leurs avis plus d'expérience et plus de maturité. Mais en même temps, la présence d<s États secondaires personniQés dans des représentans qui prennent part aux délibérations, dont le suffrage est indépendant et doit être gagné à forCi? de bonnes raisons, donne pi us d'élévation, plus di gravité à l'étude de tous les objets qui nécessitent une décision.
Veuillez observer, Monsieur le Maréclial, que l'on contesterait vaineraenl'aux puissancesde second ordre le droit de prendre part à la délibération de toutes les grandes questions européennes. L'expérience (It^ montre qu'elles ne sont pas moins intéressées que les grandes puissances aux décisions dont celles-ci oiif exercé jusqu'à ce jour le privilège. Qui pourrait
œntester, parexem^ ^ que plusieprs des États secondaires n'aient pas souffert profondément des angoisses et du danger réel dans lesquels l'Europe entière fut plongée par la signature du traité du 45 juillet? Us ont été tout à coup obligés à des arméniens , à des dépenses extraordinaires , quelques-uns même à des emprunts qui pèsent encore sur leurs finances et retardent les travaux d'utilité publique qu'ils avaient entrepris.
Et d'un autre côté, je le répète, T Angleterre et la Russie ne sauraient légitimement s'alarmer des nouveaux rapports que cette confédération établirait entre rAllemagne, la France et les États secondaire. L'Angleterre ni la Russie ne font mystère des tendances prononcées .qui les portent vers TO-* rient; aucune d'elles n'aurait droit de s'étonner que la sollicitude du reste de l'Europe se préoccupât des» effets inévitables de ce double penchant, au milieu dçs éventualités que peut faire naître à tout instant l'état social, politique et financi^r de la Turquie d'Europe. En face de ces éventualités auxquelles une crise récente a don né un caractère plus redoutable et plus immédiat^ ce n'est exprimer aucune malyeilla^^.auQu^e di^posi^tio^ bostile ni méfiante envers les^ Cabinets de Londres et de Saint- Pétersbourg f que d^ reconnaitre les faits suiyans :
La première portion de l'Europe qui s'est équilibrée^ c'est l'Allemagne; par la confédération elle a introduit eptre tous les États qui la conaposent» grands et petits, les rapports diplomatiques les
plas libéraux, les plus généreix el ids plus justes. La France n'a pas été étrangère k l'éti^lisseineut lie celte «dmirablo institatloo. Quand on Toit dans la Diète les réprésentans des petits royaumes de Saxe, de Hanovre, du Danemarck pour le nolsti'in, des Pays-bas pour le Ldxemboui^, des duchés de Bade, de Besse, jouir chacun d'un droit égal i celui de l'Autriche^ de ta Pms» on de la Bvrière; quand on voit les villes réuaies de Lubeck, Francfort, Brème et Hambourg peser autant dans les délibérations que rem[Hre d'Autriche tout «itier, on comprend que l'AMemagae, à sa manière, a subi l'influence démocratique de la révolution française et que la constitution du Saint-Empire n'a pas été moins modifiée qne celle de notre antique monarchie.
En France, c'est dans les rapports des individus et des classes que le changement le plus conndérable a étéopéré ; en Allemagne, la transformation a ea lieu dans les rapports diplomatiques et fédérai des divers états de l'Eilipîre. Mais des deux parts la tendance a ét^ la même ; l'Allemagne et la France ont fait, par des voies différentes , un pas vers as 'principe qui leur est désormais commun, l'égalité.
A ce fait se joint aujourd'hui l'expérience des événemens accomplis en ^8'Ï0 et qui prouve que si l'AtleiOiague a été la première à introduire un équilibre définitif entre toutes ses parties , ellefsf aussi la portion del'Enrope le plus attachécàTéquilibre extérieur. Ni la Prusse, ni l'Autriche n'oal
provoqué le traité du 15 juillet; elles ae se sont déterminées à le signer que par l'impossibilité de régler autrement k querelle dont l'Orient était le théAlre. Aussitôt que le Cabinet français a été délivré de l'eavabissement de la presse qui saivit le trioaiphe de la coalition, la Prusse et l'Autriche ont été les preoiikies à réunir leurs efforts pourr^Hver autant que possible les funestes effets de la convention à laquelle la France n'avait pas pris part et lui ménager un retour honorable dans le concert européen.
Enfin l'intérêt industriel de la France , de l'Autriche et de la Prusse ist le même. Chez ces trois peufries , la production agricole domine les autres productions ; le marché intérieur est pour chacun d'eux le centre le plus considérable de coQsomuution. La conformation géographique, des territoires, la nature de leurs produits et le développeluesA des manuffuïtores le» obligent de combiner dans des proportiiHU à peu près gembl^^ble? les intérêts du commerce d'exportatiop et. les iatéréts de l'industrie nationale , le principe de la liberté etodloide la proteetioQ. ,
De kwt iQ^ il Désuite que lorsque; la France se piéocoifede l'équilibre ejuropéen, elle estinévitaiileaieiit entïatoée à tourner les yeux vers l'Allemaftne:
Je n'ai pw la prétention , Monflieuf le Maréchal , tl'expseerieiua ay^tène nouveau de politique extérieure et d'indiquer au gouvernement les principes
qni doivent diriger les rdatîons de la France. Je croîs que le Cabinetest le meillearjuge de la dignité, des besoias, des intécéti nationaux ; mais je en»» aussi que c'est le devoir de tout e^rit indépendtat qu'aucune obligation, aucun soin, aucun eogi^ ment ne détourne de la méditation des grands intérêts du pays, d'offrir le fruit de ses recherches aux ^ens du pouvoir si occupés et si tourmentés, et de faciliter leur action en leur révélant les ins* tittcts et les sympathies populaires.
C'est le seul but que je me suis proposé, en développant sous vos yeux les points de contact qui unissent la France à l'Allem^oe et les avantages qui pourraient résulter pour l'Europe et pour le monde de leur alliance.
Pendant que les puissancee placées aux deux extrémités du continent s'étendent en Asiert y fraient des routes nouvelles à la civilisation occidentale, est-ce une folie de croire que les trois grands Étals du centre puissent s'occuper sérieusement, activementde faire prévaloir les principes d'égalitéetde justice qui déjà ont reçu un commencement d'application dans l'acte fédératifduBjuin 4&4%?Jeo« le pense pas. L'idée que j'ai exprimée, par cela seul qu'elle a pour elle l'autorité d'un fait accompli, ua précédent dans l'institution de la Diète GermaBÏqoe, peut être admise parla diplomatie européenne.
Le rapprochement de la France et de l'Allemagne, enfin, ne saurait justeipent alarmer les susceptibilités des Cabioefs de l^ndres et de
Saiot-Pétersboui^. Et loin de là; j'ai la coDviction qo'uoe pareille alliance rendrait plus bienveillaas, plas dignes surtoat nos rapports avec l'Angleterre. La natioa britannique est une nation forte et hardie^ elle aime à s'appuyer sur qui est fort comme elle. C'est du jour seulement où elle a pn croire qoeQotreinâueocemorale diminuait, qa'elleacédé au penchant qui l'éloigaait de nous. Prouvonslui que nous comprenons la grandeur de la paix, la sainteté de ta justice et des droits acquis; que nous pouvons rallier autour de nous les gouvernemens de l'Allemagne, et autour de cette alliance tous les états secondaires; et dès ce moment l'Angleterre comprendra la gloire nouvelle de la France et voudra en avoir sa part.
Je suis donc loin de croire qu'un jour, suivant l'expression de M. Hugo, * la France, adossée à l'Allemagne, fasse front à l'Angleterre, qui est l'esprit de commerce, et la rejette dans l'Océan; » que ■ l'Allemagne, adossée à la France, fasse front à la Russie, qui est l'esprit de conquête, et la rejette dans l'.Asie. > Je crois au contraire que du moment où la Confédération centrale de l'Europe serait fondée, la France devrait s'^efTorcer d'y faire entrer l'Angleterre; que l'Allemagne et la Prusse devraient nser de tous les liens qui les rattachent à la Russie pour l'entraîner dans la confédération ; et que l'Allemagne et la France réussîraieu t bientôt k rendre cette alliance universelle.
Toutcontribueàm'affermir dans cette opiniou :
l'empire de plus ea plas respecté des idées de justice et de paix daos les relations diplomatiques, la sagesse et l'habileté des cabinets de Londres et de Saint-Pétersboui^, et surtout l'infériorité de leurs forces réunies en face de celles dont disposerait la confédération de l'Europe centrale.
Le tableaa snWant rédigé avec les chiffres de l'année iSÂ^ en donnera ane idée sous le rapport de la popolation, des revenus, des armées régulières et des marines.
MrtfKttLfrii. Ml m.m
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