I .II
(1) D^iéche da 20 septembre 18S& à M. le m«i<dili SébasiianL
Metternich; il avait demandé si nne fois Farrangement des affaires d'Orient convenu, la France contraindrait le Pacha à Taccepter; le Cabinet répondait : Je ne suis pas libre, je subis Finfluence de Topinion ; la presse ne veut pas contraindre, je ne contraindrai pas.
Aussi quand lord Palmerston, quelques jours plus tard , accusait la France d'être devenue, de protectrice du Sultan, protectrice, en apparence au moins, du Pacha , le Cabinet français eut beau protester qu'il ne se préoccupait que de TéqulUbte européen, il ne put affaiblir l'impression que l'Allemagne avait ressentie.
La discussion des Chambres contribua à rendre plus vive cette impression. Vainement le Cabinet du 4 2 mai , en se retirant , approuva-t-îl l'idée émise dans le second plan de iM. de Brunowde faire intervenir la Porte dans le règlement européen des affaires d'Orient , c'était maintenir dans la forme au moins les anciens principes du droit diplomatique; mais l'Europe entière ne se faisait plus d'illusion et tout espoir de voir la France s'accorder avec les autres puissances sur la question d^Orient était évanoui.
Les négociations de M. Thiers, comme ministre des Affaires Étrangères et président du 4^* mars, ont été l'objet des plus vives attaques. Saris vouloir rentrer dans une discussion à peu près épuisée, je ferai observer que, jusqu'à la signature du traité du 45 juillet , la conduite de M. Thiers avait plus
d'ane excose àsm le doi/ible jevi de l'Angleterre ejt de la Russie , Tune ifaisant des propositions accep- ^les tandis que Tautre insinuait qu'un refus de la France l^i ferait o))tenir des conditions meilleures. La signature du traité devait en outre exciter un désappointement 4'&utant plus vif que TAngleterre brisait notre alliance au moment même où nous venions ^ ça pacifiant }e différend des souffres^ d'acquér'ur, suivant sa propre déclaration^ des droits à sa reconnaissance. Mais ce qui domine tout dans la participation de ce Cabinet aux affaires d'Orient, c'est Tempire de plus en plus absolu que prétend s'attribuer la presse sur les moindres actes diplomatiques. Désormais les démarches les plus loyales de la France sont suspectes. Malgré de ifplenneUes déclarations^ elle est toujours soupçonnée de poursuivie , à l'insu et en dehors de la diplomatie Européenne^ cet arrangement direct aoquel )a rupture de la paix de Kutaiéh prouvait q^u'p^ ne pouvait attribuer aucune confiance et sur lequel reposaient plus vivement que jamais les ei^érances de la presse, en)i^die par les succès du Fac^a et les illusions qu'elle se faisait sur ses ressources.
Le départ de M. jSugène Périer pour Alexandrie fût, aux yeux des am):)assadeurs réunis à Londres^ le signe que la France allait tenter de soustraire au règlement de l'Europe le traite pour lequel la Porte et le Pacha étaient déjà en pourparlers. Ce fût cette circonstance qui leva les derniers scrupules des cours
tUeniâiides et détenniBa la HigiuiliirB im Inilé un
15 juillet.
Une dépêche de lord Bossell à Berlia résame en peo de mots Topinion qui préoccupait nniversellement alors tons les gonyernemens de rEurope. En cédant à ce que deman^t la France, dit-il, le continent se serait sonmis^ non pas à la yoloBté dn gouvernement français, mais an caprice de la presse française ; car dans cette droonstance la presse en France a forcé le gonyemement à subir sa décision « Un tel état de choses n'aurait pas été longtemps supportable. > Cette déclaration a soulevé de la part des représentans les plus distingués du journalisme de vives répliques qui, loin de l'affaiblir, lui donnent plus d'importance et plus d'autorité. Les plaintes que les agens diplomatiques formaient à Toccasion des obstacles que l'influence des journalistes apportait à leurs communications avec le cabinet du 1** mars devaient naturellement irriter les organes de l'op* position. Pourquoi redouter cette influence , demandait-on? « La presse française a-tréile une » influence qui s'étende au-4elà des chétives fron- » tières que l'Europe a bien voulu nous laisser en » ^ 8^ 5 ? Non certes, mais ponr f étranger surtout, 9 la presse en France est la voix du pays ; elle n'a » pas accepté les traités de Vienne, elle n'a pas » transigé avec la diplomatie, elle est toujours » l'arsenal vivant des principes qui ont commencé » rémancipation de TT^uropeet qui doivent infailli.
» blement raceompUr. Voilà {Mrarqooi les coalisés • lui ont fait rhonnenr de diriger contré elle » leors notée diplomatiqueB. Pour quiconque at- 9 tente à Tinflaence de la France, la presse fran* > çaise est Tennemè (4). »
Ainsi "de Tavett môme du journaliste qui a pris le plus de part aux négociations actives de la France sous le 4'' mars ^c'était un duel entre la presse française et k diplomatie européennne.
L'eipérieoce a prouvé que dans une lutte pareille^ ni la force^ ni l'adresse, ni les armes ne sont égales. La presse avait triomphé en France ; elle avait renversé un Cabinet sur Texécution loyale d'un engagement pris à la face de l'Europe, Tcva* cuation d> Anc6ne. Elle a succombé hors de France; car^ malgré toutes ses prédictions et toutes ses menaoes, le règlement des affoires d'Orient a été oonclB et exécuté sans elle et contre elle* Gomment en eùt-il été autrement? La presse voyait en Orient toute cbow à travers le prisme de ses sympa tbies et de ses illunôns; là diplomatie ne se passionnait point, ^Ue examinait froidement. Lesagensdela presse , tes correspondants des journaux confirmaieoai tesexagén^ionside Clot*Bey sur ks reseeur-^ cesduPédift; taiisaientles semences de méconïeo te* meoi et de révolte qu'une administration violente avait jetées dans- les montagnes du Liban ; les agens
(1) De 7'On>nr.^ parM. Léon Faucher» Revue des Deux Mandes^ décembre IS&l.
dte la diplotnatto TiftstruisAieiit jour .par jour des progrès deFinsurréctioD^ qu'aa besoin ils fomentakeskt, et à laquelle ils prodiguaient les conaeilB, For et les armes.
Il faut bien le dire^ les Cabinets européens^ à partir du traité du 45 juillet, s'autorisaat de Tattitude belliqueuse du gouvernement français, ooafondirentdans leurs attaques le Cabinet du 4 ^' mars et le journalisme dont il paraissait acoeptar la collaboration. Sous ce rapport^, le triomphe de la diplomatie sur la presse fut complété le jour où M. Guisot succéda à M. Thiers. A peine Tadminittration du 29 octobre est-elle formée en effet, que les haines s'apaisent. La Prusse donne à la Frattoe le conseil de demander la suspension des hostilités en Syrie. L'Autriche l'engage à obtenir de Méhémet une prompte soumission ; à ce prix, elle offire à la Franoe son concours à Constantinople* EUe est la première a rompre l'intelligenee de TAngletaireet de la Russie en s'o{)posant viveoMot au projet qu'a* vait conçu M. de Nessefarode d'une eapèce de protectorat européen de l'empire ottoman. Elle eombat le hatti^shériff du 45 février 4 844 > par lequel le Sultan n'avait accordé au Pacha qu'ime hérédké illusoire, et elle menace la Porte de «e retirer de la quintuple alliance ai le Divan ne modifie pas ee hatti'-shériff, et s'il insiste pour étendreks ridieul$$m' novations de Guthané à l'Egypte. Dans le même temps la Prusse signifiait au ministère anglais qu'elle considérait le traité de juillet comme épuisé.
On s'est étonné des dispositions favorables de TAliemagne dont M. Guizot a été autorisé à conimuni^oer officiellement les témdignages aux Chanibres. Mais ces dispositions prouvent d'une manière incontestable que rAllemagne , en s'unissant à la iltissie et à TAngléterre, avait entendu former une eDâlition , non oontre la France, mais contre la î*edse française. A l'homme d'État qui proclamait to principe Tinterventlon légitime de l'opposition dans le gouvernement^ et qui^ dans la pratique^ admettait, en qualité de conseillers privés, les journalistes à la délibération de toutes les mesures di^ plomatiques^ succédait aux affaires étrangères un ministre^ dont le principe politique consistait non pas à e^der à la presse, mais àr lui résister*
Dès ce moment^ le duel entre la diplomatie européenne et la presse française était terminé^ hors de France par le Règlement des affaires d'Orient, en France par l'existence d'un Cabinet indépendant des feuilles périodiques^ et qui restituait aux actes de notre politique extérieure leur caractère régulier, leur modération et leUr légitime autorité.
Ilest bien vrai quelapressen'd pas accepté letraité db 45 juillet 4844 , par lequel la France est rentrée dans le concert européen. En cela elle est défis son droit. M. Léon Faucher a fait connaître qu'elle n'acceptait pas non pluslel; traités de 4845 ; sur ce second point elle est encore dans son droit. La di* plomâtie' européenne ne peut pas prétendre assurément à ecmtraitidre les sympathies ^ les opinions
des organes de Wpiiblîcité. La diplomatie ne traite pas avec les jouroaux de la France pas plus q«f arec les journaux de l'Angleterre ou de FAlieinagne ; elle traite avec les ^uvernemens^ arec les pouvoirs constitués* Ce qu'elle doit exiger^ c'est que le gouvernement de la France soit fidèle à ses enga-* gemens. Or , par le jeu môme de» rouages 'Constitutionnels^ ce gouvernement qui, au dehors^ est en contact perpétuel avec la diplomatie européenne, est, au dedans, en contact avec b presse ; il en;Su*bit les influences. La jM^esse agit sur les élections^ et par les élections sur la composition des Cabinets. Il existe donc à travers le gouvernement français^ représenté par ses agens officiels , une action et une réaction continuelles de la presse française sur la diplomatie européenne et de la diplomatie européenne sur la presseirançaise.
Ceci est un £ait inévitable et qui se perpétuera. Mais dan» quelle limite cette. action et cette réaction doiventrelles se faire sentir ? Quelle borne «doît s'imposer la i^ease dmssa prétentioQ dlnfiiiMi«r les diapositiotts diplomatiques de KEuro^a? C'at ce que la criée i dont TOnent était . le tbéilre a clairement déterminé. La presse dMt.gacdee ses principe^ et ne pas ptéteaMlce les imposer aux mtm officiels du pays ; ^ lOe doit pas.lraoslipnneff aes articles de jouroaux en protoeolea et i en .'mémorandum« .
Je me suis Mmàvk ^ MQns\mx à snv. ce i point, p^nœ qu'il vousappartient surtoatà YOU0^.doat Yé-
lofMtioe et* le cafactène sont destiné» à exercer un MTtaiff empire sur les nouveaux amis politiques que votre eœttr a choisis , de les bien convaincre de eette nécessité de subordonner dans la pratique des affaire» les passions exclusives et mobiles de la presse et ses aKéctians même les plus respectables, à ce sentiment 9ur lequel repose désormais la paix du monde' : la loyaoté dans la manifestation des principes, la franchise et rhonnéteté dans Texéeation des^ engagemens solennellement acceptés.
J'aborde maintenant le troisième point que je me sais proposé d'établir , celui qui embrasse à la fois le présent et l'avenir de nos relations à Coustantinoptew
Est-il vrai qne dans l'état où la France a trouvé les affaires d^Orient au 45 juillet 4844 , état qui, selon toute apparence^ doit se prolonger, la France ait à craindre de voir son influenfce s'affaiblir ? Cette crainte a été exprimée' à plusieurs reprisés, et deraièpement , daoà la discnssion de l^Âdrésse, les oittlesrs, bornant leurs observations à Tétat par ticu« lier dâ3> provinces Syrienaes, ont manifesté Tapprétaensibn quô la deraiiôré cônoession de la Porte, qui snbordoiftole les deox- dhefs du liban au pa^ha de Damas ,fiftt insuffisante pout msôn tenir la Jus* tîoe et la paix dans la Montagne. Vous avez com«battu cet aarran^ment ; l'aft^nlr enseignera si vos prévisions n'étaient pas exagérées. Quoi qu'il en 8Mt^<le débat »ur ce point est é]^uisé/et il est permis de diriger vétré sotlicâtiide si vive pour tout ce
qui eflaeerae 1» |)0|rtilitiaiu ée L'QrÎBnt, wt m» autre &oe de la qoeaiw» qui, jusqu'à ea jour, d'« «té envisagée par aucua ortieur.
La France a ud double droit à iatervowc daos les affaires deTOrient; le premier estup 4i»ii «Or cien résultant des capitulations qui lui «»uraqtlfr patronage des cbrétieos du Libain.j le- Mooad est un droitnonveau qui réeullede l'oe^pati<m déltuitiYS de l'Algérie.
La pessessiim de l'Algérie et les nombreux ÙH térètsqai a'y ratlacheot meparaisaeDt en «KetAféer à la France, en Orient, des droits et des devoiis ea> tièrament.DouveauSr .
La Turquie, jusqu'à ce jour, n'avudans lacofti quête d'Aigu qu'une atteinte à sa puissance , - et pourtant l'Algérie, depuis des ^ièeles, avait cassé dé dépead^'Ç de l'eiapire oltoBian On sait que la proposition de restituer notre cogtquéte à 1» Porte. après l'éclatante réparation que le général fiourmont allait demander an rivagei titkaia, ost restée sans réponse.
Il est donc permis do croire que le g|i«£de b Porte n'est pas aussi vif qu'on l'apréteodibetiqn'il n'est pas de nature à lui faive rapowasr les. avantages que l'analogie de notire sitiiiati(m< ^ut lui offrir.
Le pluagrandtembarras dapgouvernement ottof HUn dansTÂsie-MÛÉeuve etisurtoiut en Earôpe^aréf suite de ce fait^ que des mmulmana y gojiveracut des chrétieais; le plu* grand embaorras de la Fiuioi
m Algérie tieat à un fait analogie, des cbf^iens entreprennent d'y gouverner àm musulmaiis. Ce double fait indique assez que les deux puissances Française et Turque ont un égal intérêt à se cooph muniquer mutuellement toutes les tentatives qui oi)t pour objet d'attacher Tobéissance et la idélitédes populations musulmanes de l'Algérie au gouverner ment ohrétiea de France, et les populations cbr^* tiennes de la Turquie d'Europe et de l'Asie Mineure aux antorités musulmanes de Constantinople. Sî la France, après avoir dompté les révoltes, ré» sont le problème auquel les Turcs ont plus d'uuf fois renoncé^ si elle gouverne pacifiquement e^ équitablement les Kabiles et les Arabes, ce résultat psut^l être indifférent au chef politique de la reli* gioo àe Mahomet, à Thomme qui, dans son propre empire, doit imssi une administration pacifique et équitable aux co-religionnaires des civilisateurs de l'Algérie?
Hemarquez^ Monsieur, que dans toutes les affa^ res intérieures de la Turquie d'Europe et de l'Alyérîe, «ne nécessité domine tout, celle de la tolénnçe religieuse. La France a sans doute beaucoup à apprendre et beaucoup à faire dans cette direction. Dans la pratique, elle ne se dépouille pas toujours de préjugés respectables sans doute, mais qui doivent céder cependapt à la puissance des faîls. Nous sommes novices èams ce contact avec «BejreHgîon sidifférente de la nôtre. Nos habitudes flfiirt enoore {dus puissantes que l'esprit généreux
4% notre oonstitBiion. Ha» la Fruoe nfa paRTÛa»ment inscrit en tétedesesloisie priDoi{)ed«U-tolé> nace; «lie a pris l'engogemont de l'a^Uquer partout oà iféteodrait «on empire: >elle ne maaquera pas à«a partie.
PlasieurB faits (»t déjà iMaynté cette teadaace inévitable qui porte la France is'aasoeisF le8^M|>alatiooa masalmanes de rAtgérie; l'no de ceuxqui doÎTent leplusfrapper tBTurqwie»c'eet l'incorporation d&musalmans dans l'armée franipûse, la raéation des loiiaveset des apahis, et iapréasseesoBs le drapeau tricolore d'un viens croyait, d'u»,Uwtapha, parédèlacroixdelaLégion-d'Honnenret des insignes de maréchal-de-camp. Le reeratemaat de l'armée depuis la de«troc(ion des janissaires «st une des causra de faiblesse de l'Empire; la eaiDpagne des Balkans, la défaite de-Kenieh «t. ceUs de Nezib le prouvent assez. Cette foiblease tient aortout aujourd'hui à l'éloignement des profiessims nùli* taires, où le gouvernement tun? tient les populations chrétienoes.
Si le système généreux suivi par la Fvanceproduit de bons résultats j la puissance k plus iabéressée à tes oonstater^ à «n étudier tous le» i secrets ressorts^ c'est donc la Turquie qu» cette innvnttion doit éclairer sur le moyen de triompherd'enbarras identiques rt à qdî elle peut donner laioroe morale nécessaire pour eombattre, dans l'esprit des populations musulmanes, l'^ippontion que dr p- Teilles mesures doivent nécessairement rencontrer.
4^ Mi 4*
le n^ai parlé que de Forganisatioii militaire; mais les mêmes considémiions s'appliquent à la perception des impôts^ au règlement des diverses industries, aux tarife du commerce^ à la pénalité, à la juridiction des tribunaux et à leur composition pour tons les litiges «ntre inusulmans et chrétiens. Les dernières réformes opérées par la Turquie avaient le tort d'appliquer aux Turcs un régime calqué BUT des usager chrétiens. Les jeunes nova* teurs du sérail, pour la plupart élèves de la France, ne rapportaient de TÛccident que le dégoût , le mépriS' d'habitudes et de lois chères aux enfans de Mahomet. L-opposition que de pareilles reformes ont rencontrée, ne suffit pas pour condam* ner la nation musulmane. J'ignore les destinées que la Providence lui réservé, et j'accueille sans doute avec reepect , avec, une juste déférence le témoignage de voyageurs distiqgués qui , après avoir paneoàm lœ caBoq[)sgaes de la Bulgarie, de TEpire et de la Macédoine, s'accordent à constater dans la nation turque les signes mftoifi^s^ de la décadence etde ragonie. Toutefois., QQ<^4igonie n'estfMtslapiort^.SiJesXiirma-An. von^ jle .Ff^a-: i«pe,ila^srett;¥ontléntèaieptj; et leurs «dversair^, é^'acootd siirJ'impossibiU té de^ rendre la^vieàcette dominaâùn pacaaUe , ne le 9Qftt p^s 0M>ius. ppur afêtmet ^ue l'intéDât mômi$ : ^^s. pc^ulalÎQiis grecques .eiigè, jpoar de:lojo^it)g8xanué99 encore, que ee^ tutelle barbare. soit' imin tenue. Puisqu'il
importe de la maintenir^ efforçons-nous de lA rendre moins barbare.
Tous les cabinets de TEurope offrent à ia Turquie des leçons^ des conseils, la plupart très intéreœés; la France, dont on a été obligé de reconnaître dans les affaires d'Orient le désintéressement, est la seule de toutes les nations chrétiennes, sauf la Russie, qui offre au gouvernement turc des exem* pies utiles à imiter. Quel langage pouvait tenir Mahmoud aux Ulémas quand il voulait contraindre son peuple à prendre le costume et les lois de l'Oc^ cident? Ce sont les lois et les usages de peuples puissans, disait-il, c'est le secret de leur force; imi« tons-les I nous serons forts comme eux ! Hais les enfans du Prophète répondaient : adopter ces lois , ces usages, ces costumes, c'est courber le croissant devant la croix ; c'est être infidèle au Koran qui enseigne la miséricorde envers les chrétiens, mais qui, en ordonnant de respecter leurs usages, défend de les imiter I
Les exemples de la France ne donneraient-ils pas aux réformes de la Turquie un caractère différent, et ne permettraient-ils pas de les justifier par un autre langage ? Ce ne sont pas les mœurs, les lois de la nation turque qu'ils prétendraient modi*» fier, ce sont les rapports des Turcs et des rayas ? Le chef de l'islamisme ne s^appuierait41 pas sur un sentiment puissant dans le cœur de tous les hommes, s'il pouvait dire aux Turcs : voilà ce que les
chràiens de France ont fait pour les musulmana d'Algérie qu'ils ont conquis! Us aont justes pour eux; ils Les traitent en égaux; ils les admettent dans leurs armées, dans leurs tribunaux, dans les emplois civils, et par ce bon traitement ils s'attachent l'obéissance et la gratitude de leur nouveaux sujets, ilsconsolidentleurconquéte.Nous qui avons soumis les chrétiens de l'eminre d'Orient, soyons aussi justes pour eux que les Français le sont pour 008 frères ; admettons les rayas au partage de l'au ■ torité et du service militaire I Nous nous attacherons ainsi leur fidélité, leur reconnaissance; nous consoliderons notre domination si profondément ébranlée.
A ce point de vue, il semble évident que la Turquie, ai son attention était vivement excitée et si elle comprenait un jour ses vrais intérêts , serait conduite k la reconnaissance de la domination fJrançaiseenA^rie. Vousappréciez, Monsieur, tout t'avantage que retirerait la France d'une mesure semblable. La reconnaissance de la Turquie entraînerait incvilablcmGnt la recoo naissance de l'Eulope entière et concourrait efficacement àla pacification de nos possessions africaines.
El^ devrait enfin se témoigner à tous les yeax par des signes de confiance mutuelle. Adoptaut comme principe de gouveroement en Algérie et en Turquie la tolfrance eu matière politique, il serait naturel que le Sultan eût à Alger un chargé J'affaire» accréctilé auprès du gouverneur-général
et que la France eût à Damas un chargé d-affair» accrédité auprès du pacha de Syrie.
Ainsi, la France et la Turquie seraient instruites, officiellement et régulièrement^ de tous lesj&its intérieurs auxquels l'analogie de leurs situation^ doit leur faire attacher un prix particulier; et pour les difficultés d'administration qu'elles pourraient rencontrer^ elles auraient dans ces agens un con* seil naturel dont les avis officieux offriraient dans beaucoup de cas des lumières précieuses^ sans atté^ nuer Tindépendance et la plénitude d'autorité des pouvoirs constitués.
Telles sont^ Monsieur, les considérations que me parait soulever aujourd'hui l'étude de notre influence dans le Levant.
Cette influence a été grande^ puissante, efficaee, tant qu'elle a été librement !dirigée par les pouvoirs réguliers de l'État ;
Elle a été impuissante et désastreuse tant que la presse a prétendu diriger aved ses passions mobiles et excessives les relations diplomatiques ;
Elle peut aujourd'hui devenir plus brillante et plus respectée que jamais, grâce à la situation tout exceptionnelle que nous donnent au milieu des Cabinets européens nos possessions d'Afrique et à l'analogie que nos sujets musulmans établissent désormais entre le gouvernement français et le divan de Constantinople.
En exposant devant vous les prétentions de la presse française pendant la crise diploittatique.
dont le trùté du 45 juilletfut l'explosion, en indiquant la part qu'elle a eue dans les résolutions qui faillirent compromettre la paix de l'Europe, je l'ai &it avec intention, non que je craigne dévoue voir un jour subir son influence, Monsieur; je ne crcôrai jamais que le grand poète, l'orateur illustre dont la France est fière, soit entré dans l'opposition pour se faire l'esclave des caprices et des pastiooâ de ses journaux. Après l'expérience des événemens que j'ai rappelés^ cette dangereuse faiblesse n'est plus à craindre. Et vous penserez sans donte que les hommes éminens, loin de céder aux entralnemens de la presse, doivent plus que jamais la contenir, t'éclairer, la diriger et faire servir ses efforts k la cause de la civilisation et de la paix du monde,
J'ai indiqué le lien nouveau qui unit la France àce vieil Orient où son infiuencea toujours été puissante et respectée; j'ai proposé, parmi les moyens d'action immédiatement applicables , celui qui ferait pratiquer à la France en Algérie sous les yeux d'un représentant de l'Islam, d'un chaîné d'affaires de la Turquie, ses éternels principes de JDstice et de tolérance. Alors seulement la Torte ottomane sera tolérante et juste à son four envers CCS nombreuses popuIatioDs chrétiennes du Levant qui ont éveillé chez nous tant de généreuses sympathies. Et en considérant de ce point de vue religieux cette question d'Orient si ardemment débat- Luej je me suis rappelé aussi , Monsieur , que je
m'adressais à rhomme qui, un des premiers, aoomr pris que la religion n'exclut ni le patriotisme ni l'amour de l'humanité.
Si l'Empire turc se meurt, son agonie sera longue. En attendant que ses destinées s'accomplissent, n'est-il pas digne de la France de préparer des élémens de vie sur ces rivages d'où la civilisation nous est venue? 'Ti'est-ce pas on devoir sacré d'enseigner aux musulmans noti*e tolérance, de relever à lenrs propres yedx lés chrétiens de la Syrie et du Liban, d'infiltrer un sangnouveau dans ces populations généreuses, afin que si l'empire doit crouler, l'Europe trouve en Orient, non plus un troupeau d*esclaves, dont chaque puissance voudrait sa part, mais des peuples intelligéns, prêts pour l'ordre comme pour la liberté, et du sein desquels surgissent des pouvoirs réguliers le jour où ils auront assez d'énergie pour repousser toute domination brutale?
fc fci
OUZIAMIS X.BTTRIS.