‹ Lettres politiquesChapitre 48 sur 80 · II · texte numérisé non relu

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par exemple^ qu'il n'ait participé ni à la confection, ni àla présentation de lois comme celle des monnaies et celle du recrutement? La circulation facile du signe le plus usuel et le plus abondant des échanges^ le mode selon lequel Timpôt du sang est prélevé dans les Iwttes i dans lea at^iers et les chantiers, né touchent-ilâ pas directefiient àax intérêts que le ministre de ragriculture f du commerce et des manufactures doit spécialement représenter?

Il est des hommes d'État qui ne peuvent s'accoa« tumer à Tidée que la guerre a pour toujours dispara du sein des nations les plus industrieuses et les plus civilisées du continent; maisàleurs yeux même les travaux pacifiques et productifs forment désormais la principale occupation des peuples. La po* litique ne peut plus Sépaf er ses combinaisons des intérêts de Tagriculture , des manufactures et du commerce ; elle ne peut plus poursuivre un bot d'honneur et de gloire qui leur soit étranger. Dès lofs le rëgltiffiënt des tnssurèâ pM lesquelles s'orgaiii^ent et se recrutent les forces militaire^, c'est» à-'dire le mode pbr lequel l'agriculture, TiAdUs» trie et le commerce consacrent une pOttiOn dé leurs forces à la défétisie du territoire, appèlie nécessairement k surveillance et la direction do pouvoir public chargé de stipuler en leur oom. Le rëcriitement enfin n'est plus seulement un objet tôchnique qui ressorte de là compétence exclusive des gens de guerre ; c'est une matière mixte qui

tppeUe à ëgaUté d'importance au moins le concours des militaires et le concours des industriels, des commerçans et des agriculteurs , et qui aurait dû être par conséquent débattue, élaborée et présentée en même temps à l'approbation des chambres par le ministre de la guerre et le ministre du commerce.

Les choses, au moins^ se sont passées ainsi pour la loi des sucres. Le ministre du commerce a concouru à sa présentation ; mais son intervention n'a apporté aucun élément nouveau dans le débat^ et n'a pas convaincu la Chambre que les trois grandes divisions du travail national qu'il représente fessen t réellement favorisées par l'abolition du su* cre indigène et l'application à l'industrie du principe de l'indemnité.

En réalité, telle est l'attitude du ministère du commerce quant aux mesures qui le concernent le plus intimement. Dans les unes^ il s'abstient; dans les autres^ il agit, mais sans que ses collègues^ les Chambres ou le public attribuent à son intervention la moindre importance.

Un pareil état de choses ne saurait longtemps durer. Il importe 'de rechercher quelle en est la cause et quel en peut être le remède.

L'infériorité du département que vous dirigez, Monsieur le Ministre, tient surtout à ce qu'il n'a pas conscience de remplir une mission grande et simple, à ce que lui seul dans le Conseil ne saurait appuyer son autorité sur un service national

incontestable , à ce qu'il manque d'un bot capable de satisfaire la noble ambition de l'homme d'État.

Quel pourrait être ce but? en quoi devrait consister l'ambition du ministre du commerce? Son ambition, Monsieur le Ministre^ devrait être, ce me semble , de maintenir et de développer entre toutes les industries rivales et entre toutes les classes de travailleurs , le principe de l'associatiou. L'œuvre la plus utile qu'il pourrait se proposer, serait donc d'organiser son ministère de maoiëfe à atteindre ce but.

Ce qui frappe le plus^ en effet, dans les rapports du raiuistère du commerce avec les trois grandes divisions du travail national , c'est la difficulté qae ses employés aussi bien que le public éprouvent à caractériser la missioo particulière que ce département est appelé à remplir au sein de l'industrie. Il n'y a pas de ministère qui se trouve dans la même situation.

Si Ton demande au ministre de la guerre pourquoi son département a été constitué, il répondra sans hésiter : Pour la défense du territoire, pour le maintien de l'ordre intérieur. Si l'on demande au ministre des finances pourquoi il y a un ministère des finances, il répondra : Pour recueillir l'impôt, gérer les propriétés de l'État, exploiter les industries dont il s'est réservé le monopole et solder les services publics. Le ministre des affaires étrangères ne sera pas plus embarrassé; par ses agens diplomatiques il négocie avec toutes les puis-

saaces du monde^ et par les consulats il protège et surveille le commerce extérieur. Le ministre de la justice assure en tous lieux Texécution des lois. Le ministre de l'instruction publique dirige Tédu* cation de la jeunesse. Le ministre de la marine veille à Thonneur du pavillon. Le ministre de Tintérieur assure Texercice des droits politiques et distribue les bienfaits de Tadipinistration géné« raie. Le ministre des travaux publics multiplie les monumens^ les routes, les canaux, les chemins de fer. Mais le ministre de Tagriculture , des rnauu^ factures et du commerce, que fait-il pour l'agriculture? que fait-il pour les manufactures? que fait-il pour le commerce?

Évidemment^ il n'est pas oisif; c'est par ses mains que s'opère une foule de bienfaits de détail; il surveille les établissemens d'eaux minérales, il con« tribue à l'amélioration des races chevalines^ il exé^ cute^ d'une manière très insuffisante, il est vrai, la loi sur le travail des enfans dans les manufactures ; mais tout cela ce sont des détails dont pourrait être tout aussi bien chargée quelque direction nouvelle ajoutée au ministère des finances ou de l'intérieur. Dans la réalité, le département que vous dirigez > Monsieur le Ministre, est le seul qui n'ait "pas UQ caractère considérable et distinct , une mis* sion simple et grande à la fois , qu'il puisse exprimer par un de ces mots qui appellent la reconnais- «ance et le respect du pays.

Le ministè^re ;de Tagriculture, des manufactures

eldu commerce c'est » conuiie fioo nom VinAiqiie uses, le département d'où ressorteot tous les tnvaux de Tindustrie privée et toutes ses classes de travailleurs^ saos exception, c'est-à-dire^ adminiatrativement parlant, l'élément le plus vaste et le plus compliqué de tous ceux avec lesquels il importe que le gouvernement entretienne un contact permanent.

Ici se présente une première question : quel peut être le contact de l'Eût avec les travaux productif des richesses nationales? quelle peut être la nature des rapports à établir entre les repcésentans de l'État, ses agens chargés d'administrer spécialement cet ordre d'intérêts, et les travailleurs ?

Évidemment, l'État doit introduire au sein des classes laborieuses une prévoyance, un ordre, om justice dtstributîve et jusqu'à des moyeos desimpli^r, de multiplier les procédés de la production, une foule de bienfaits, en un mot , que les travailleurs réduits à eux-mêmes ne parviendraient pas à réaliser, et dont la position élevée du pouvoir lui permet de sentir le premier la nécessité, et d'opérer plus facilement la réalisation. Si tel doit être le but de Tintervention du gouvaraefflent dans tous les travaux agricoles , maaufaotumcs et commerciaux , le ministère du commerce devrait avant toot tenir compte de l'organisation même du travail et aborder franchement, courageusemeni les difi^ cultes d'une situation k laquelle la politique ne pouvait toucher sans péril', je le rooenaais^ mais

qu'il «eraU dADgereiix «Hjoiird'hw iè vouloir évit0r>

Tout (rayftil produetif repose sur Fassociation da éeux ckwieci dutiu^tea, les maîtres et les ou* vriefs. Au poiat de Vue de la prospérité nationale, au point de vue èss devoir» du gouyernement^ ces d^ux classes appellent uQe égale sollicitude. 11 serait &ux de prétendre que leurs intérêts soient contradiètoires ; il ne smait paa inoins fiiux de prétendre qu'ils sont identiques. Dans la réalité ils sont dissemblables , pouTant parfois s'unir et s'associer, devant plus souveni enpcnne^ dans Fétat aetuel des ehmes, lutter.

Ces rapports^ qui sont les vrais rapports sooiaur sur lesquels reposent tous les travaux sans exception, depûs la culture des fleurs jusqu'à la culture des oéréalas, de|Mii8 la CibriGatien de la dentdle jusqu'à la fabrieatîon des maekines à vupmr, depuis les cabriolets de place jusqu'au! nafvires de long cours^ depuis le pavage des rues jusqu'à TexécutioB des lignes de fer ; ces rapports des maîtres et des ouvriers nécessitent^ Mqneieur le Ministre, l'intervention protectrice et conciliante du gou* vernement , tantôt dans Tintérét plus particulier des naitres^ tanlèt dans un intérêt plus spécial à la dasse ouvrike, toujours et en toute cbose^ dans l'intérêt de tous. Ce que le gouvernement pourrait retirer d'avantages d' une pareille intervention est kicaioulaMe. On conçoit qu'il ait refusé à la classe ofvrière toute participation à Texercice des

droits politiquds; il y allait da bon ordre intérieor et de la prospérité même de cette classe dont les intérêts réclament encore une haute tutelle. Mais le refus très légitime d'abandonner aax onvrien les droits politiques impose anjoord'hui à FËtat le devoir de gérer ses intérêts en bon père de famille.

Jusqu'à ce jour le gouvernement a beaucoup fait pour la classe ouvrière, mais par des voies indirectes et qui ne pouvaient provoquer dans son sein le sentiment de la reconnaissance. Le temps est venu où il est nécessaire qu'il travaille poor elle directement, où le pouvoir supérieur doit communiquer avec le peuple sans intermédiaire et tenir autant de compte de sa dignité que de celle de la boui^eoisie.

Cette dUficulté n'est pas la seule dans Findastrie qui appelle l'intervention de l'État. Non sealement la classe ouvrière et la bourgeoisie luttent y mais le nord et le midi luttent aussi; les fabriques ont des intérêts opposés aux exploitations agricoles; les villes de l'iotérieur réclament contre la concurrence, les ports de mer contre le aystèaie protecteur.

Au milieu de ces intérêts divisés et hostiles que deviendrait cette belle et grande unité da la France si le gouvernemevit làobait la bride à tous les peochans égoïstes et n'intervenait pas au nom de Fin* térét commun ?

Non I le gowernemeant ne peut rester oisif; et à ce point de vue élevé. Monsieur le Minietre, je dirai

que la mission du ministère du commerce est d'asr socier de plus en plus toutes les classes de travailleurs y d'organiser de plus en plus toutes les forces nationales afin de pouvoir ouvrir nos marchés à rechange de plus en plus libre des produits du globe entier. Ainsi , poursuivre au-dedans le progrès de Tordre et au dehors le progrès de la liberté , telle me semble être la conciliation la plus prochaine de la lutte de principes que présente depuis un quart de siècle Tindustrie. Par Tordre au-dedans^ c'est-àdire en organisant de plus en plus Tindustrie nationale^ vous aurez Tavantage de diminuer les maux de la concurrence, sorte de guerre civile permanente contre laquelle s'élèvent de toutes parts de vives réclamations; par Taccroissement de la liberté au dehors^ c'est-à-dire par une baisse progressive des tarifs, vous aurez Tavantage de satisfaire les partisans de la liberté du commerce, qui ne sont pas moins nombreux que les adversaires de la concurrence. Par l'alliance dans un même système de ces deux principes , Tordre au-dedans et la liberté audehors, le Français sera rendu à sa bonne nature qui n'est pas Tenvie , la haine , mais qui finirait par le devenir si la France , continuant à s'isoler du monde^ restait éternellement en butte à tous les désordres de la concurrence, sans défense^ les pieds et les mains liés dans les entraves de la routine. Les travailleurs étant divisés en deux classes dont on retrouve des représentans dans tous les ateliers^ dans tous les chantiers ^ dans les fermes ^ sur les

navires du commerce , partout enfin , onTriei» et bourgeois, c'est au ministère du commerce à prononcer entre ces deux classes un mot de paix et ce mot c'est : ASSOCIATION, Quand on voudra carac* tériser l'action particulière du ministère du com-* merceet les services qu'il rend, il faut qu'on dise un jour de son chef: il ASSOCIE LES TRAVAIL- LEURS, comme on dit du ministre de l'instructioii publique : il enseigne la jeunesse ; comme on dit du garde des sceau:^ : il rend la justice; cQmmeon dit du ministre de la marine : il veille à l'honneur du pavillon ; comme on dit du ministre des tra« VAUX publics : il élève les monumens utiles; coaune on dit du ministre des affaires étrangères : U négo^ cie au nom de tous.

Alors seulement le ministère du commerce, qui n'a pas de caractère,. de but, d'action déterminés, en aura ; ce sera le ministère de l'association imtionale de toutes les industries et de toutes les classes de travailleurs.

Associer! Et par quel moyen? dira*t-on. Voulezvous faire une révolution ? — Non, certes !

Mais les Musulmans ont bien fait entrer l'esclave dans la famille, sans l'affranchir; pourquoi ne pourrions-nous pas faire entrer dans la cité industrielle l'ouvrier qui est tout affranchi , qui est libre et l'égal du maître devant la loi civile?

Nous devons le faire peu à peu, je le reconnais; car il serait tout aussi dangereux pour le gouver* nement de soulever une émeute de maîtres qu'une

que la mission du ministère du commerce est d'asr socier de plus en plus toutes les classes de travailleurs y d'organiser de plus en plus toutes les forces nationales afin de pouvoir ouvrir nos marchés à réchange de plus en plus libre des produits du globe entier. Ainsi , poursuivre au-dedans le progrès de Tordre et au dehors le progrès de la liberté , telle me semble être la conciliation la plus prochaine de la lutte de principes que présente depuis un quart de siècle l'industrie. Par Tordre au-dedans^ c'est-àdire en organisant de plus en plus Tindustrie nationale^ vous aurez Tavantage de diminuer les maux de la concurrence, sorte de guerre civile permanente contre laquelle s'élèvent de toutes parts de vives réclamations; par l'accroissement de la liberté au dehors^ c'est-à-dire par une baisse progressive des tarifs, vous aurez Tavantage de satisfaire les partisans de la liberté du commerce, qui ne sont pas moins nombreux que les adversaires de la concurrence. Par l'alliance dans un même système de ces deux principes , Tordre au-dedans et la liberté audehors, le Français sera rendu à sa bonne nature qui n'est pas Tenvie , la haine , mais qui finirait par le devenir si la France , continuant à s'isoler du monde^ restait éternellement en butte à tous les désordres de la concurrence, sans défense^ les pieds et les mains liés dans les entraves de la routine. Les travailleurs étant divisés en deux classes dont on retrouve des représentans dans tous les ateliers^ dans tous les chantiers y dans les fermes ^ sur les

exemple que Tindustrie moderne est heureuse de pouvoir opposera celui des mines d'Anzin (^).

Mais pour remplir cette belle et noble mission, pour exercer cette influence féconde, pour ordonner, pour associer les industries et les classes de travailleurs, il faut des agens spéciaux, représentans de l'autorité centrale sur tous les points du territoire; et c'est là en effet la création administrative qui me parait, dans le ministère du commerce, devoir attirer désormais la sollicitude des hommes d'État.

Ici , je prévois Teffroi du lecteur. Créer des agens, organiser tout un service de nouveaux fonctionnaires dans le ministère du commerce! Naisil faut être imprudent jusqu'à la folie pour oser faire cette proposition, au moment où la Chambre élective et vous-même, Monsieur le Ministre, venez de décliner avec tant de modestie l'établissement de quelques inspecteurs salariés pour la surveillance du travail des enfans dans les manufactures, et quand le conseil municipal de Paris lui-même, pour éviter une dépense modique, recule depuis trois ans devant l'établissement des prud'hommes, dont vous lui avez soumis le projet.

(1) M. Leclaire, entreprenear en bltimens, a organisé ses ateKen nie Saint-Georges, n. 11, de manière à ce que ses ouvriers soient ses associés et aient one part proportionnelle dans les liénéficesdelaMisoo. Cet essai, qu*il n'a pas fait à titre de réformatenr» mais parce qoe Tetpérience lui donnait lieu de penser qae ce serait une bonne 8pécaiation,a produit les résultats les plus heureux, non seulement pour les ouvriers, mais iwttr le maître.

Il est vréd I le mot économie joait aujourd'hui d'une grande considération. Après douze années d'existence, le régime parlementaire^ parvenu à Tàge de Tadolescence, semble tout-à-coup atteint de la manie des vieillards^ de même qu'en de certaines années nous voyons aux approches de Tété régner parfois les rigueurs de Tarrière-saison. Mais de ce que l'on est obligé de porter un manteau au mois de juin^ s'en suit-il que l'hiver va venir? Attendez quelques jours et le soleil, dont les rayons percent par intervalle les nuées orageuses^ régnera seul dans l'espace et répandra sur nos vertes campagnes l'abondance et la joie.

Telle est l'histoire des assemblées. Aujourd'hui mème^ à travers les giboulées de leur parcimonie perce de temps à autre un rayon de magnificence. Le conseil municipal ne veut pas charger son budget de la médiocre dépense que pourrait entraîner l'établissement des prud'hommes; mais il bâtit, sur la place de Grève, au premier magistrat de la cité^ un palais rival de celui des Tuileries. La Chambre élective refuse un secours de 130^000 fr« pour les colons dePondichery; mais elle vote cinq millions pour l'acquisition seule du terrain où sera un jour édifié^ moyennant cinq autres millions, la demeure de son président.

La passion de l'économie n'est donc pas telle^ ment aveugle^ qu'elle ne se résigne sur des points essentiels à des sacrifices considérables. Et la dé* pense que pourrait entraîner le nouveau service à

établir dans le ministère du commeree n'est pas ane raison péremptoire pour écarter toute discussion sur son utilité.

 cette considération j'en ajouterai une autre qui calmera, je Tespère, tons les scrupules. C'est qu'en tous proposant cet établissement, Monsieur le Ministre^ je n*ai pas le moindre espoir qull soit prochainement réalisé. L'organisation sérieuse an ministère' du commerce appartient plus à l'avenir qu'au présent. Mais pour que l'avenir mette lamain à l'œuvre, il est bon que le présent en apprécie les avantages^ qu'il s'en préoccupe. Voilà pourquoi sans m'inquiéter davantage de la difficulté des voies et moyens, je crois devoir poursuivre aujourd'hui cette étude devant l'homme le plus compétent.

Le ministère du commerce ne possède aucun agent accrédité auprès des chambres consultatives des manufactures^ auprès des chambres et des tribunaux de commerce, auprès des soixante conseils de prud'hommes établis dans les villes de grande fabrique , auprès des conseils de département et d'arrondissement où se discutent les intérêts agricoles du pays. Quand il a des renseignemens à faire prendre , une étude à provoquer, il est obligé de s'adresser aux intéressés mêmes qui naturellement lui tiennent le langage le plus favorable à leurs in* térêts. Dans les questions de tarif, par exemple, le ministre du commerce se trouve dans la même position où serait le ministre de l'Intérieur, si, dans une question d'ordre et de haute police^ privé de

ses prëfeto, de ses «otrs-pféfets^ âe ses eottseilters de pnéfeetbre et de ses làdres, il était réduit à ûxee ses décisions suf les «tris que iQi tr&ûsmettraieftt le:» conseils dépaf tementaux et municipaux. Le mini»* fère du commerce manque doncd'agens essentiels; il ne pourra agir sérieusement pour la prospérité de la France , donner confiance à ses doctrines, et peser par son intervention dans les débat9 législatifs, que lorsqu'il aura auprès des chambres de commerce, des chambre consultatives, «des manufactures, des conseils généraux de d^rtemenl et d'arrondissement, des représentans permanens^ commissaires royaux , dont les communicafiotts donnent un caractère offlciel et général ft fous les ilocumens qui lui sont transmis et lui permettent d'élever au-dessus des prétentions passionnées des beautés un ^tème national de bien public.

La mesure d'organisation la plus utile devrait donc Consister à donner au ministère de Tagricul^ turé et du commerce des agens départementaux qui représentassent et défendissent le principe d'association entre les industries et les travailleurs^ dans toutes les localités où les ministères de la jus^ tice , des travaux publics , des finances , de la guerre, de l'instruction publique et de l'intérieur' ont déjà des agens, des représentans chargés de cou* struire les travaux publics , de commander la force armée, d'enseigner la jeunesse , d'assurer à tous Texécution des lois et le libre usage des droits de la constitution, de percevoir et disfaribuer Fimpôt.

S'il existait des commissaires rapin attachés près de chaque chambre du commerce , de chaque chambre consultative des manufactures et de chaque conseil général d'arrondissement et de dépar* tement pour les intérêts agricoles^ commissaires royaux qui seraient liés au préfet par des rapports analogues à ceux déjà établis entre lui et les ingénieurs en chef des ponts et chaussées , les recteurs de rUniversité^ les receveurs généraux^ les évoques, les membres du parquet^ les commandans militaires; si une pareille institution existait, Monsieur le Ministre, vous auriez dans ces fonctionnaires les membres naturels d'un conseil qui, placé au point de vue de l'ensemble, de rhonneur national, des intérêts généraux du pays^ pourrait donner sur tous les. vœux émis par les conseils de l'agriculture^ des manufactures et du commerce et même par le conseil supérieur du commerce, un avis complètement indépendant de tout intérêt spécial, local, de toute influence étrangère au bien public.

Les Conseils généraux de l'agriculture, des ma^ Qufactures et du commerce ont pour but de transmettre au pouvoir les vœux de ces trois grandes divisions du travail national* Leur position^ dépendante des Chambres de commerce et de la nomination ministérielle , offre naturellement réunis les représentaos des intérêts particuliers, soit à l'agriculture, soit aux manufactures, soit au commerce.

Le Conseil supérieur du commerce est plus par-

ticQlièrement une institution administrative en ce sens qu'il doit être entendu sur les projets de lois et ordonnances concernant le tarif des douanes et leur régime» sur les projets de traités de commerce et de navigation, sur la législation commerciale dejs colonies^ sur le système des encouragemens pour les grandes pèches maritimes et sur les vœux des conseils généraux du conmierce^ des manufactures et de Tagriculture.

Ce quatrième conseil , en effet, était indispensable pour résumer en un seul avis les opinions eootradictoires des Coaseik généraux de Fagriculculture, des manufactures et du commerce; et sa composition offrant , bien qu'en nombre inégal , des membres de la haute administration unis à des représeutans de la haute industrie, il semble que ce conseil supérieur devrait coopérer utilement aux projets que lui soumet l'administration. Il en est rarement ainsi pourtant. Plusieurs raisons s'opposent à ce qu'il exerce sur les Chambres et même sur Topinion l'influence que la plupart des personnes qui le composent devraient lui attribuer. Les réunions sont irrégulières , facultatives et beaucoup trop rares; ses fonctions n'entraînent aucune responsabilité; le conseil ne forme point de corps dans rEtat,mais seulement une assemblée fortuite qui ne laisse aucune trace, ne poursuit aucun but qui lui soit propre et ne fonde aucune tradition. Ses délibérations n'ont pas pour effet d'abréger la discussion dans les Chambres; tous les membres qui

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le composent^ à de très rares exceptiops, font partie de Tune des deux assemblées.

En outre ^ composé en majorité d'indnstriels banquiers, propriétaires agricoles on intéressés aux spéculations du commerce^ le Conseil supérieur peut bien offrir au gouvernement l'occasion de s'assurer si ses projets sont conformes au vœa général, mais à coup sûr il ne lui offre pas le secours administratif que la plupart des ministères trouvent dans les conseils spéciaux qui leur sont attachés.

Envisagé sous le point de vue administratif et gouvernemental, la composition du conseil supérieur dtt commerce semble supposer qu'en fait d'industrie l'État doit emprunter toutes les lumières à l'intérêt privé, qu'il doit subir ses prescriptions contradictoires et ne rien lui commander, pas même l'honneur^ la bonne foi, l'union^ la probité, le patriotisme.

C'est là un principe faux. L'État doit agir moralement, socialement , patriotiquement ^sur toutes les forces isolées, sur tous les intérêts divisés du pays. Il doit agir par lui-même; il est donc indi^ensable qu'il ait ses agens à lui, et c'est auprès d'eux surtout qu'il peut espérer de trouver des lumières pratiques, des conseils donnés au même point de vue où les chefs du pouvoir exécutif sont nécessairement placés, au point de vue de l'intérêt général.

C'est du moins ainsi que les choses son( établies

dans tous les départemens régulièrement constitués.

Ainsi le conseil général desPonts-et-Chaussées est composé des inspecteurs généraux et des inspecteurs diyisionnaires^ et ne contient pas un seul membre qui soit étranger à ce corps spécial.

Le ccmseil général des Mines est organisé sur le même principe.

Le conseil royal de rinfmction publique est composé des anciens professeurs les plus illustres de la Sorbonne et du Collège de France et des inspecteurs généraux des études ; il offre donc des conditions aussi favorables.

Le conseil d'amirauté^ composé de vice-amiraux et de contre-amiraux , des directeurs des ports et du président des délégués des colonies , offre en« core la réunion des lumières spéciales aux objets sur lesquels il doit émettre ses avis.

Il en est de même du conseil des travaux de la marine, composé d'inspecteurs généraux du génie maritime^ d'un ingénieur et de deux capitaines de vaisseau.

Le conseil de salubrité attaché à la préfecture dô poliee et chargé de Texamen sanitaire des établissemens insalubres et des lieux publics, des marchés, des halles^ des cimetières^ des amphithéâtres, est composé spécialement de médecins^ de chimistes ^ de pharmaciens et de vétérinaires.

Le conseil général des bàtimens civils, chargé d'examiner les devis de construction et de répara^

tien ^ les plans d'alignement de rues et déplaces, est composé d'architectes et d'inspecteurs généftox des monumens.

Tous ces conseils sont composés d'agens actiiisi hiérarchisés ; leur spécialité même les oblige de se placer au point de vue de l'ensemble et non de telle ou telle localité. Leurs réunions sont régulières ; ils portent vis«à-vis du ministre la responsabilité de leurs œuvres. Us sont unis et animés par l'honneur du corps et portés naturellement à recueillir tous les documens, toutes les traditions relatives à Tobjet spécial qui leur est soumis.

Sans prétendre diminuer en rien les attributions des conseils générante t du conseil supérieur du com* merce, Monsieur le Ministre^ on peut les prendre pour ce qu'ils sont, pour des assemblées dans lesquelleSy à de rares intervalles, le pouvoir cherche à pressentir les vœux de Tindustrie privée; il est évident que pour préparer les lois et les réglemensdu ministère du commerce, la coopération de ces assemblées est insuffisante.

Un conseil composé d'agens spéciaux au ministère du commerce vous offrirait donc tous les secours que vos collègues reçoivent des conseils gàiéraux ou Royaux des mines, des ponts-et-chausséeS| de l'instruction publique, de l'amirauté^ et remplirait dans Tadministratlon qui vous est confiée une lacune importante.

Maintenant^ Monsieur le Ministre^ veuillez, pour un moment^ devancer l'avenir; supposez que

le 'ministère du commerce a un principe d'ac* tion^ qu'il intervient moralement dans toutes les branches de l'industrie nationale, entre toutes les classes de travailleurs et même au dehors dans les rapports commerciaux de la France et des pays étrangers, qu'il intervient pour unir^ pour asso-* cter; supposez que la grande institution admi-» nistrative qu'il s*agit de fonder aujourd'hui est en plein exercice, que le ministère du com« merce a des agens spéciaux et permanens près de toutes les chambres de commerce^ près de toutes les chambres consultatives des manufactures^ près des conseils de département et d'arrondissement ; supposez qu'un certain nombre de ces agens est réuni près de l'autorité centrale en conseil admi-< nistratif , et que la hiérarchie des bureaux et des divisions a subi^ au fur et à mesure du développe* ment des services , un ordre et des proportions plus équitables; et vous reconnaîtrez dès lors qu'étant organisé régulièrement et complètement, le mi* nistère que vous dirigez^ tout modeste et tout obs« cur qu'il semble aujourd'hui, tiendra dans le Conseil un rang considérable.

Le personnel de l'administration centrale^ en effets réclame impérieusement une organisation plus rationnelle. 11 suffit de jeter un coup-d'œil sur la nomenclature de ses attributions et sur sa hiérar-^ chie, pour se faire une idée du peu de secours qu'il peut ofTrir à son chef.' Chaque bureau a sans doute éjté destiné dans le principe à satisfaire, dans une

4^ Mit

limite plus ou moin8re9treiDte|Unbefloiii8péd«U rindu8trie; mais il est bien clair qu'aucune pensée d'ordre n'a présidé à leur agglomération*

Pourquoi le commerce extérieur forme 4-il une direction, tandis qne le commerce intérieur^ beaa* coup plus considérable^ ne forme'qu'une division! Comment le maintien du système métriquot objet tout spécial, et la fabrication si variée de la France entière sont41s traités avec la même importance, et forment41s chacun, sur le pied d'égalité, l'objet d'un bureau? Ce sont là des preuves manifestes da grand développement qu'ont pris dans le ministère du commerce certains détails de police et de Ii nullité des services que ce ministère rend sur les objets importans. 11 ne faut pas s'étonner si tant de plaintes s'élèvent contre les agens de l'administration, plaintes injustes souvent ; car c'est l'incobé* rence des institutions qu'il faudrait accuser, plus que le mauvais vouloir des hommes.

Dans l'état actuel des choses et sous le rapport de l'administration , le département que vou s diriges est donc désarmé vis*à*vis du public et vis<^à^vis des Chambres. Aussi quelle prudence, quelles timides précautions doit-il montrer même dans les réclamations les plus légitimes I

Pour obtenir l'ouverture d'une école d'arts et métiers à Aix n'a-*t41 pas fallu prouver aux Gham* bres que les départemens du Var et des huches» du-Rhône se chargeaient de toutes les dépanses, et que le Trésor n'aurait à débourser qu'une somme

insignifiante de frais de premier établissement?

Et pourtant on ne saurait trop approuver de pa« reilles créations; Tinsuffisance des écoles d'Angers et de Châlons est manifeste. Comparez les moyens d'instruction dont le ministère du commerce dispose avec les établissemens de FUniver*silé. Ici^ l'éducation qui fait des avocats, des avoués, des notaires^ des poètes, des journalistes, des beaux diseurs enfin, est prodiguée à des milliers d'élèves; là, l'éducation qui fait de bons chefs d'ateliers, des mécaniciens, des ingénieurs, des constructeurs, des contremaîtres, est à peine étendue à quelques centaines d'étudians. Mais le bien que pourrait opérer, sous mille formes «t dans toutes les parties du territoire, le ministère du commerce régulièrement constitué, est incalculable.

Le ministère du commerce , c'est dans l'état des esprits et des mœurs celui qui a le plus d'avenir, celui qu'un nouveau Colbert ambitionnerait et qui dans ses mains «aurait bientôt influer sur les autres et dominer dans le Conseil, comme le ministère de l'intérieur dominait sous Casimir Périer, alors qu'il fallait avant tout surveiller et contenir les partis ; comme le ministère des finances dominait sous M. de Yillèle, quand les grandes affaires se résol* valent en traïusactions de basques , en concessions de canaux, en indemnité aux émigrés.

Oui, Monsieur le Ministre, le département que vous dirigez, centre commun de toutes les industries, pivot générateur sur lequel viendront se eer*

rer tous leâ liens de la solidarité nationale^ doit imprimer un jour à la société entière le cachet de notre époque , de même que sous Napoléon le ministère de la guerte décidait de toutes les opérations de finances et de toutes les mesures adminis* tratives et renouvelait la face de la nation. Alors le double département de la guerre était un arbitre souverain; c'est de lui que partait le sentiment d'honneur et de gloire qui faisait vibrer tous les cœurs; c'est lui qui distribuait ce bâton de maréchal que le moindre conscrit portait dans sa giberne; il était la source des dotations, des pensions, des décorations; il organisait les écoles spéciales du génie ^ de Tartillerie^ de St-Cyr^ de St^Germain et de la Flèche; il réorganisait les Invalides , fondait les maisons de St-Denis et d'Écouen et imposait même aux enfans des collèges le tambour, Toniforme^ Tex^ciceetla discipline des régimens. Toutes ces institutions^ qui s'adressent au cœur de l'homme comme à tous ses intérêts > qui embrassent sa vie entière , soulagent la vieillesse , élèvent l'enfance, distribuent la justice^ excitent rémula<> tion par Tinfluence du point d'honneur, toutes ces institutions patriotiques, Monsieur le Ministre, avaient pour but la guerre, c'est-à-dire la deslruetm ou la conquête des produits de l'industrie étrangère. Si jamais la gréàtioii et l'éohaik» de ces prodnib devieonent la grande affaire du pays^ votre ministère devra prendre nécessairement sur tous les ministères la même influence qu'exerça aous I'Euh

pire le double département de la guerre et doter le pays d'institutions analogues.

Je cherchée me rendre compte^ ministère par ministère^ de l'influence légitime que le déparieraent du commerce définitivement organisé pourrait exercer sur les administrations dirigées par ses collègues, et il semble qu'il n'en est pas un seul sur qui cette influence ne dût être profitable pour le pays. Il serait inutile d'insister en ce qui concerne ses rapports avec la marine et les affaires étrangères; ce serait à vous, Monsieur le Ministre, à réclamer la création spéciale de ce ministère des colonies et des consulats dont M. Enfantin a faitcomprendre la nécessité dans son livre sur la colonisation de TAl* gérie. En tout cas et en attendant que les esprits fussent préparés à cette recomposition plus légitime^ il n'est pas douteux que les communications du ministère du commerce ne fussent reçues avec tous les égards que méritent ses attributions spécia* les et qu'il ne pût exercer , s'il en manifestait la volonté , une influence considérable sur ces deux branches des départemens de la marine et des af£iires étrangères.

Dans le département de la guerre , rapplioation des troupes à la construction des routes, des casernes^ des hôpitaux, n'a*t-eUe pas créé le germe nouveau d'une discipline où l'élément industriel doit jouer désormais le rôle important? Le ministère du commerce est naturellement placé pour déve^ lopper ce germe précieux. Ne pourrait-il pas pro«

voguer la réalisation du vœu émis par M. Tingé* niçur ea chef Le Blaoc, demaeder que les conscrits envoyés sous les drapeaux fusseot divisés par compagnies de professions? Puisque Tarmée d'Afrique surtout doit travailler industriellement aotaat que militairement^ n'est-il pas sage de plier ses cadres et sa discipline à cette double nécessité? N'est-il pas juste que les régimens soient divisés en compagnies d'agriculteurs^ de terrassiers, de maçons^ de charpentiers^ puisque aussi bien ces compagnies doivent cultiver la terre, tracer des routes, bâtir des villages, autant que battre les Arabes? De cette manière s'organiserait peu à peu une armée complète sous le rapport des armes et sous le rapport des métiers; on pourrait tour à tour et bien plus rapidement^ avec les ressources de la môme division^ battre l'ennemi^ et à la place où il a été battu et où il reviendra, laisser, non de ces vains monumens d'orgueil qui sont une insulte et une cause perpétuelle d'irritation pour le vaincu y mais un monument utile, une fontaine artésienne , un caravansérail ^ témoignages moins équivoques de notre supériorité civilisatrice que ces pompeuses proclamations , suivies de tant de scènes de meurtre^ de viol et de destruction.

M, le général Bugeaud semble s'engager déjà dans cette voie , poussé par sa bonne et généreuse nature, par la nécessité et par l'instinct intelligent de sa situation. C'est près du ministre du commerce^ surtout, qu'il devrait chercher un appui,

une coopération constante pour ses plane deculture, de commerce et de colonisation. Et certes, sur tons ces objets il ne pourrait exister, entre le gouverneur de TAlgérieet le ministre de la guerre^ un intermédiaire plus convenable et plus compétent.

Dans Tinstruction publique^ le ministre du commerce devrait prendre en main les intérêts de la société tout entière qui appelle de graves améliorations dans le système des études. C'est au ministère du commerce à réclamer dans renseignement secondaire la suprématie des langues vivantes sur les langues mortes^ des histoires contemporaines sur les histoires anciennes et des sciences usuelles sur les sciences spéculatives. C'est à lui d'imprimer aux écoles le cachet de notre "^époque^ d'y introduire les habitudes industrielles comme TEmpire y avait introduit les habitudes soldatesques. Sous TEm^ pire on apprenait dans les récréations l'école du peloton; on s'exerçait à manier les armes; il faut apprendre aujourd'hui a manier les outils^ depuis les plus simples jusqu'aux plus compliqués, depuis la béche^ la lime^ ou la varlope^ jusqu'à la sonde de Mulot, jusqu'à la vapeur de Stephenson.

Dans le ministère de k justice et des cultes, n'esMse pas au ministre du commelrce à provoquer rabaissement des droits que prélèvent les officiers publiée et le Trésor sur les actes judiciaires^ et la réalisation du nouveau système hypothécaire de M. Loreau, système que M. le marquis d'Audiffret a vivement recommande à l'altention des

pouvoirs publics et qui, en réduisant les trois éeritures, du notaire^ du receveur des contributioiiset dn receveur de Tenregistrement^ à un seul répe^ toire, aurait pour efiét de mobiliser la terre et d'étendre le crédit des banques aux explottattoot agricoles?

N'est-ce pas au ministre du comment à demander aux membres des divers Clergés dedévelopper, dans le sens où marche la société^ la force mortie que Dieu met dans leurs mains, de les inviter i flétrir énergiquement, en tous lieux, dans ht chaire et au confessional , l'oisiveté qui est là mèêe de ioib us vices ^ à honorer, à glorifier le trmaU^ cette prière du corps^ dont Téglise elleHOdème a proclamé la vertu dans ce divin précepte : qoi teavahxe pbix?

Dans le ministère des travaux publics , n'estce pas au mmistre du commerce à réhabiliter l'industrie privée^ à faire comprendre toutes les ressources que ses grandes entreprises ofiËrent à TÉtat pour l'éducation de ses ingénieurs?

Il y a dix ans^ lorsque M. Legrand fut nommé directeur des ponts -et-chaussées, un ami lui disait: Vous aves devant vous la plus belle oocasion d'introduire la vie dans le corps dont la direction vous est confiée. ^ vous voulez accaparer les travaux , vous entreree en lutte avec les compagnies^ vous empêcherez de se former de grands établissemens dont le pays attend un surcroit de richesse et de prospérité^ vous préparerez des embarras augou* vOTuementl et c'est en effet ce qui a eu lieu. Gel

ami ajoutait: Au lien de lutter contre Tindustrie privée , profitez de ses grandes opérations pour former vos ingénieurs; n^admettez que les travaux exécutés par eux ; imposez aux entrepreneurs des règles sévères et protectrices de la condition et du salaire des ouvriers. Vous moraliserez ainsi l'industrie ; vos employés porteront dans ses grands travaux des habitudes d'honneur et de probité que personne ne leur conteste et qu'ils garderont fidèle* ment, parce qu'ils savent que la moindre déviation des principes du corps les déshonorerait aux yeux de leurs camarades.

Ce conseil si sage, qui conciliait à la fois Tintérét des compagnies , l'intérêt du public et celui de rÉtat , n'est-ce pas au ministre du commerce sur* tout qu'il appartient de l'adresser avec plus d'autorité à son collègue aux travaux publics?

Mais il est d'autres points non moins importans sur lesquels vous seul pouvez éveiller la sollicitude de ce ministère dont l'organisation appelle , non moins que la vôtre , de précieux développemens. Le ministère des travaux publics devrait embrasser non seulement les travaux monumentaux qui sont une des gloires du pays^ ou dont l'usage est uni* versel, comme les voies de communications; mais ceux pour lesquels la concurrence ne peut pas offrir la chance de produits meilleurs, et généralement toutes les industries dont l'état se réserve le monopole, et qui par la destination des bénéfices autant que par l'organisation du personnel et des

ateliers forment réellement des travaui publics et non privés : les tabacs , les forêts, les poudres^ les salines^ les postes.

Les poudres n'ont été attachées à Tadministra* tion de la guerre que par un motif de spécialité qui pouvait avoir de Timportance quand la France devait lutter contre l'Europe entière; ce motif aujourd'hui n'existe plus^ on du moins a beaucoup perdu de son autorité. Les tabacs, les salines^ les forêts^ les postes son t restés attachés au ministère des finances, parce que Ton n'a envisagé jusqu'à ce jour leur exploitation qu'au point de me fiscal. Mais les progrès qui^ sous l'influence de l'ordre et de la centralisation administrative, ont^é réalisés surtout dans les postes et dans les tabacs, comme le témoigne le rapport récent de M. le vicomte Siméou, commencent à éveiller l'attention des publicistes, et le jour n'est peut-être pas éloigné où Ton comprendra que ces institutions ne doivent pas rendre de moindres services par l'exemple qu'elles offrent à l'industrie, que par l'accroinement de revenu qu'elles procurent au Trésor. C'est à vous surtout, Monsieur le Ministre, qu'il appar^ tient de convaincre de cette vérité l'adminiatratimi des finances et celle des travaux publics.

Il vous appartient enfin, au nom de l'intéfét public, au nom de la morale et de la justice dont vous devez étendre l'influence à tous tes travaux de l'industrie privée, de réclamer peu à peu l'ioter» ventionde l'État pour toutes les entrapriiesdoiitlei

bénéfices sont tellement éloignés^ qu'ils ne sauraient devenir Tobjet de spéculations particulières^ comme les défrichemens, les colonisations^ et pour celles dont le profit est uniquement moral; j'insisterai particulièrement sur ce point, qui établirait un lien puissant entre la classe ouvrière et la Royauté.

Il est des manipulations industrielles qni étio* lent et consument la vie sans gloire^ sans honneur, sans rien de ce qui remue le cœur de Thomma et lui fait noblement braver la mort. L'État ne devraitil pas s'en attribuer le monopole, en rapprochant dans de grands centres leurs ateliers de ceux où il exerce déjà d'autres industries? Ne pourrait-il for^ mer des ouvriers également instruits dans ces diverses fabrications^ qui passeraient dans la même journée de l'une à Tautre , employant quelques heures seulement aux travaux délétères, et le reste du temps à des travaux salubres? Ne devrait^il pas en même temps, pour compléter cette institution, proposer des prix considérables à l'invention de machines, dont l'effet spécial serait de remplacer les bras de l'homme non seulement dans les travaux qui abrègent sa vie^ mais dans ceux qui l'avilissent ou le condamnent à une gène, à des privations si cruelles, qu'elles ont formé dans l'antiquité et qu'elles forment encore dans certains Etats costemporains un des châtimens les plus rigoureux des lois pénales?

Dans les finances ^ c'est à vous^ Monsieur le Mi-

Bisire, de {Hrovoquer la réalisation d'aoe Iode de réforma et de créatioos dont la polémiqpie a fait ressortir les avantages de|mis dix années , et qui intéressent au plus kaut point toutes les cUsses des travailleurs ^ et principalement celle des ouvriers. De ce nombre est le projet qui consiste à faire servir le mécanisme de la perception des impôts à rétablissement d'un système d'assurance universelle qui s*éieadrait îusqu'aux moindres champs, jusqu'à la plus chétive chaumière; Taugmentation des droits sur les successions directes, et l'abolition des successions en ligne coUatérak aux degrés les plus éloignés ; F immobilisation du K p. 0/0^ en le soumettant à rimpètqoi pèse sur les propriétés immobilières. Toutes ces mesures et d'autres que l'espace m'oblige d'omettre, et sur lesquelles les conseils généraux se sont prononcés, ne peuvent pas avoir, au département des finances^ de patron plus favorablement écouté que le miaistre de l'agriculture^ des manufactures et du cornmiarce.

L'influence que le ministère du commerce est j^pelé à exercer sur toutes les administrations est incontestable; elle tient à l'état des esprits, des moeurs, à la pente naturelle qui entraine toutes les activités vers les travaux particulièrement représentés par ce ministère; ce qui fait sa faiblesse, c'est donc surtout l'imperfection des instrumeos par lesquels il devrait introduire l'intervention morale de l'État dans toutes les branches de Tin-

dnstrie nationale. Une fois le ministère du coin« merce constitué et organisé pour raccomplissement du but qu'il doit se proposer^ non seulement il acquerra aux yeux du public une autorité qui lui manque, mais il pourra prendre dans le Conseil le rang qui lui appartient.

Faut-il croire. Monsieur le Ministre, que ces diverses créations rencontreront dans les Chambres une répugnance insurmontable? Oui, sans doute, aujourd'hui ce danger serait à craindre. Mais on ne saurait trop le répéter, vous avez pour vous les tendances du siècle, la marche naturelle et presque fatale des évènemens. Il faut donc prévoir qu'un jour des dispositions plus favorables animeront les assemblées, et se préparer à l'avance pour ce moment décisif.

Loin de moi l'idée de vous offrir un système complet; ma seule prétention était de vous soumettre sur cet objet si important et qui doit vous préoccuper plus que tout autre membre du Cabinet, quelques considérations générales. Je les résumerai en peu de mots.

A chaque époque il y a des idées , des sentimens qui voyagent dans l'air, comme les germes d'une moisson future; ce sont les signes des temps. Au XVr siècle, les idées de liberté religieuse annonçaient la réforme; avant 89, les idées d'égalité, de vote des impôts, de souveraineté populaire annonçaient la révolution. Aujourd'hui, quel est le mot

d'ordre qui circule dans toutes les bouches et dons n. 11

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lequel on puisse lire un présage de Favenir? C'est Torganisation du travail! Depuis les Déôats ']\x^\xk Idi Phalange, ce mot se lit à toutes les pages de la plupart des journaux. Il en est aujourd'hui de Torganîsation du travail comme il en était naguère des chemins de fer , on ne se dispute réellement que sur les moyens. Ceux-ci voudraient Torganisatiou du travail par TÉtat ; ceux-là par le suffrage universel, ainsi que Tannonçait M. Arago dans le fameux banquet de Perpignan ; les uns rêvent une organisation immédiate , universelle , qui doit régénérer tout-à-coup les ateliers^ les fermes, les campagnes; les autres l'attendent d'une longue série de mesures lentes et progressives qui s'enchaîneront sans fin jusqu'aux générations les plus éloignées. De temps à autre, le pouvoir fait un pas timide vers cet Eldorado, qui est surtout l'objet des espérances de la classe la plus nombreuse et la moins favorisée des travailleurs. Telle a été, en 4840, l'imposition du livret aux ouvriers tailleurs; tentative maladroite , parce qu'elle avait le caractère de police plutôt que le caractère d'ordre. Mais quand on vit pressé chaque jour par la nécessité d'agir, on est bien obligé d'appliquer à toutes choses l'instrument que l'on a. sous la main; et, faiitedV gens spéciaux qui ressortent de son département , le ministre du commerce devait nécessairement employer les agens des trois administrations plus particulièrement chargées de l'ordre matériel.' l'armée, la justice et la police. De pareilles ten-

tatives, çependaDt, sont inefficaces. Aussi, voyons* i^ous le commerce y répondre par les cris de détresse que lui arrache le nombre des faillites et^ pour repfiède à Tanarchie commerciale , aller jusqu'à demander le rétablissement des corporations 1

Les classes ouvrières, de leur côté, abandonnées sans prévoyance, sans protection, croient qu'il n'y a pas de meilleur moyen d'améliorer leur sort que la suspension subite des travaux et les coalitions.

Le gouvernement, Ye commerce et les classes ouvrières se trompent également sur le moyen de rendre cet état de choses moins intolérable; mais ni le gouvernement, ni le commerce, ni les classes ouvrières ne se trompent quant à la nécessité de Tamélîorer. Les hommes d'état les moins suspects de la manie des innovations conviennent eux-mêmes qu'ïY y Of quelque chose à faire.

Placé au point de vue administratif et gouvernemental, je me demande par quel établissement particulier le ministère que vous dirigez pourrait venir en aide à cette situation. Remarquez qu'aujourd'hui plus que jamais rÉtat semble condamné à ne pouvoir réussir dans aucune de ses entreprises sur Tindustrie. Il a vainement tenté de signer avec les pays étrangers des traités de commerce. L'idée d'une union douanière avec la Belgique était à peine conçue, qu'il a dû y renoncer. Dans cette session seule il n'a pu réussir à secourir le chemin de la Teste, à abolir le sucre indigène par voie d1n-

îiemiiité, à centraliser la fabrication et opérer larefonte des monnaies^ à secourir les habitans de Pondichéry; il n'a pas même pu obtenir que la loi des patentes fût mise à Tordre du jour. Il est clair que l'État doit entrer^ pour le moment au OQoins, dans une autre voie.

La voie où il échoue, c'est le règlement, le gouvernement, la direction des intérêts industriels; l'Élat veut commander, ordonner iiidustriellement les travaux, ce qui supposerait qu'en ce moment Il sait mieux que les travailleurs comment ils doivent agir^ qu'il est meilleur spéculateur que les fabricans^ banquiers , armateurs, commerçans, marchands, fermiers, capitalistes et propriétaires. C'est là un point sur lequel les travailleurs ne tombent pas d'accord.

Le gouvernement^ qui ne court point de risques, et dont les agens ne peuvent acquérir à leurs dépens cette expérience pratique que rien ne remplace, le gouvernement, dans l'état actuel des cho« ses^ n'obtiendra jamais la direction matérielle des transactions de l'industrie ; mais si on se méfie de lui comme industriel, on l'admet comme administrateur, parce qu'il est placé au point de vue de l'intérêt public, tandis que l'industrie est placée au point de vue de l'intérêt privé ; parce que sa mission, à lui gouvernement, est de lier, d'unir, d'associer et non de lutter; parce qu'il est obligé de tenir compte, dans chaque opération , de la prospérité de toutes les entreprises nationales^ tandis

que Tindustrie privée^ bornant sur chaque point du territoire son ambition à une seule entreprise^ ne s'inquiète pas des désastres dont trop souvent le triomphe qu'elle obtient est le prix.

L'État a donc droit d'intervenir admiiustràtive- MENT dans l'industrie ; il a droit de dire aux compagnies : vous ne traiterez pas les travailleurs les moins rétribués comme un vil bétail ; je ne vous laisserai pas les exposer à ciel ouvert à toutes les injures des saisons; je ne souffrirai pas que vos départs de convois soient combinés de manière à rendre illusoire le tarif des places inférieures^ à faire, par exemple^ que l'ouvrier qui prend la dernière place ne puisse, comme sur le chemin de Rouen, aller et revenir le même jour.

L'État^ qui surveille les pharmacies , les ateliers dangereux, les marchés^ les cimetières^ et jusqu'aux lieux de prostitution , a droit de réclamer le monopole des industries délétères; il a droit de dire aux industriels: je m'empare de ces fabrications^ je vous les interdis et je m'en réserve le monopole; parce que vous^ industriels^ vous ne pouvez tenir compte que des profits et pertes, tandis que moi, gouvernement , je tiens compte de la vie de l'homme.

Et pour exercer cette surveillance générale , pour recueillir sur tous les points du territoire les renseignemens, les plaintes , pour transmettre à l'autorité centrale tous les documens sincères que Imtérèt privé est toujours porté à dénaturer , pour

offrir à Tifidustrie une aide proportionnellement distribuée suivant ses besoins, TElat adroit,daas les grands centres où toutes les classes de travailleurs sont en présence et où sont constituées des chambres de commerce, des chambres consultatives de mani|factures etppur les intérêts agricoles des conseils départementaux ou d'arrondissement, il adroit, dis-je^ d'avoir des agens spéciaux représentant l'autorité centrale , disposant les esprits à l'adoption des mesures générales, en expliquant la portée^ calmant les terreurs^ les jalousies aveugles, dissipant les préjugés^ communiquant di* rectement 9vec les maîtres et avec les ouvriers et les rappelant sans cesse au grand intérêt commun^ à la grande loi de l'époque : l'union^ l'association^

La classification hiérarchique de ces nouveaux fonctionnaires ne donnerait lieu à aucune difficulté: ils se rattacheraient au premier administrateur du départenient^ au préiet ^ de la même manière que s'y rattachent déjà les ingénieurs en chef , les leoteurs d'académie, les evéques^ les procureursgénéraux^ les commandans militaires. Us offriraient a l'administration centrale les élémens naturels d'un véritable conseil administratit dont les avis, toujours dictés par l'intérêt public^ donneraient au ministre plus de confiance dans ses propres résolutions , plus d'importance au sein du conseil , plus d'autorité en face des chambres et de l'opinion.

Jusqu'à ce jour, le ministère du commerce a fait

reposer son autorité sur les avis très intéressés et très contradictoires des conseils de Tagriculture, des manufactures et du commerce. On peut dire qu'il a borné sa collaboration dans les lois d'économie publique à courir après des doctrines oontroversables qu'il empruntait à l'industrie privée. Il se croyait sauvé quand il avait mis en présence les consommateurs et les producteurs^ et qu'at>rès la bataille des localités on lui faisait espérer^ de guerre lasse et en forme de compromis, une doctrine sur leâ lins, une doctrine sur les fers, une doctrine sur les bestiaux, sur les sucres, sur les vins.

L'expérience a prouvé combien ces doctrines, de détail, quelque sensées Qu'elles soient, étaient vaines et impuissantes. Le temps est venu de les laisser de côté, de ne point s'en inquiéter; et, pour pouvoir prendre un jour sur leur formation définitive une part indépendante et digne du grand intérêt public qui repose dans ses mains , il est désirable que le ministre du commerce s'attache principalementdésormais à proclamer, à faire accep* ter le principe général, moral, qui doit présider aux rapports de l'État avec l'industrie : L'association progressive de toutes les branches de l'activité nationale et de toutes les classes de travailleurs.

Ce principe national, qui parle au cœur, peut seul communiquer à votre département, Monsieur le Ministre, un germe de vie. Les doctrines n'ont point ce pouvoir, car elles ne s'adressent qu'à l'esprit et sont trop souvent inspirées par la combinaisonlégoïste des

intérêts. Ce grand principe^ Monsieur le Ministre^ transmettra an premier Cabinet qui ne craindra pas de l'arborer hautement dans l'industrie une autorité^ une popularité de bon aloi dont les hommes d'État entraînés par le tourbillon qui les environne ont cessé de croire le retour possible. Et c'est le cas devons adresser le conseil que M. de Metternich donnait à un homme d'État, dont il présageait l'élévation future :

« En politique^ attachez-vous à un principe, et méfiez-vous des doctrines. Les doctrines sont des canons fixés dans des embrasures et qui ne peuvent tirer que droit devant eux. Un principe^ c'est un canon à pivot, que l'on peut pointer dans tous les sens; de quelque côté que l'ennemi vienne , il est foudroyé. • I

OlZ-miU VIAMIB UBTTftB.

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