DEPUTE
MoNinm,
Au moment où vous me reprochiez de justifier dans le passé l'emploi de la corruption comme moyen de gouvernement (i), un homme d'esprit, qui a bien droit aussi d'avoir une opinion en semblable madère^ me faisait une autre querelle. Il en est de la maladie parlementaire^ à ce qu'il parait, comme de toutes les maladies: Hippocrate dit oui et Galien dit non !
(1) Voir les QttoKros do Siècle des 30 uni et 1*' Jaio*
Voici Topinion de Galien r
Vous n'admettez pas que le système de gonvernemeDt suivi depuis 4850 soit celui de l'avenir. Vous croyez qn'uo pays peut changer sa politiqoe. Erreur I II n'y a qu'une politique, il n'y a qu'on système , c'est celui qui repose sur la réalité des faits I Le fmi ft'^Xf^ q«e d«M V otr^ c^i^eau ! Corrompre! et avec quoi? et pourquoi? Loin de combattre l'opinion de la Clrambre, le Gouv^nement mot sa gloire à s'y conformer. Loin de se plaindre de la collaboration des Députés, il l'appelle, il la désire , il la voudrait voir plus grande qu'elle n'est. Les Députés éclaircissent les affaires, ils en bAlent l'expédition ; sans leurs sollicitations les préfectures, les bureaux s'endormiraient. Ce que vous voulez changer n'est donc pas un état passager... C'est la nature même des choses , c'est ce qui doit être, c'est ee qui est l... Ainsi paile Galien, faisant presque un dieu du statu guo, suivant la parole de Jéhovah : je suis celui qui est.
Mais Hi|ppecrate répond : c 0 sophisme de Téodie ! fiier k comipUon 1 Cet état funeste d un corps d'oà l'équilibre et la vie se retirent, où le cœur ne donne pliM de eoBunandeœens , 4»ù les membres ne se pvè^ûi plus de secours , oà chaque molécule se recueille en soi-même , ou la masse entière entre eu fermentation. Mais ouvrez les yeux, que se passet-il donc? est-ce que le Nord n'est pas détaché du Midi? Les fabriques, des ports de mer? ËBtce que Brivii-la-Gaittanle a fvelfue chose de com-
muQ avec Landernau? Non ^ rien de commun que le scandale ; parce que vous n'avez de culte que pour les intérêts privés; parce que vous faites passer les affaires de chacun avant les affaires de tous; parce que vous avez détruit tout équilibre^ toute harmonie ; parce que la <carruption est entrée avec vous au pouvoir et qu'elle n'en sortira qu'avec vous I » Ainsi parle Hippocrate , bien convaincu que M. Gui* zot^ nouvelle Pandore « a brisé de ses doigts cette boite funeste d'où tous les maux sont sortis.
Entre ces deux opinions^ et malgré la doctrine de Sganarelle qui enseigne, d'après Âristote^ qu'entre l'arbre et l'écorce il ne faut pas mettre le doljgt, j'ai osé introduire un troisième avis.
Le mal ^existe ; Galien a tort de le nier. Mais Hi{>pacrate n'a pas moins tort de croire que ce mal ait jpoiurunifue cause l'hygiène prescrite par son confrère Galien ; oe genre de critique ne peut que tourner a sa «conEusiodu. En efiiet, Hippocrate produit bien une ordoonance signée Galien, qui invite un collège constitutionnel à nommer pour représentant M. de la Rochejacquelein^ légitimiste. Mais aussitôt Galien riposte en déroulant une autre ordonnance signée Hippocrate, et prescrivant à un collège non moins constitutionnel de nommer M. Walsh^ directeur de laMoDB^ et non moins légitimiste que M. de la Rochejacquelein.
Que conclure de ceci? que la maladie est contagieuse et qu'elle a gagné à la fois les deux docteurs^ le docteur altojpathe et le docteur homœopathe.
celui qui combat la corruption par les coiitrastes, et celui qui la traite par les semblables.
Oui, Monsieur, et c'est ici le moment d'expliquer ce mot de bourbier qui vous a causé une si grande joie.
Vous semblez croire qu'en i 850, à côté du bourbier, la presse formait un magnifique trottoir sur lequel les bommes d'État pouvaient promener leurs bottes vernies sans craindre les éclaboussures. Détrompez-vous. En 4 850 , l'asphalte parlementaire n'était pas inventée. Il n'y avait pas de trottoirs politiques ; même encore aujourd'hui il n'en existe pas. C'est précisément l'œuvre qu'il appartient à notre génération d'entreprendre et pour laquelle il serait si désirable de voir s'unir les hommes de cœur de tous les partis. Ehf mais, direz-vou8,à vous entendre, la presse aujourd'hui même ferait donc partie du bourbier? — Sans doute ! —La presse de l'opposition ? — Eh! oui, Monsieur! — ^Horreur!!! - — Un moment, du sang-froid! Voyons, la main sur la conscience, est-ce que les journaux n'ont jamais égaré, menacé, trahi personne? n'ont-ils jamais fait plier l'intérêt général à de certaines considérations favorables anx intérêts de telle ou telle classe d'abonnés? Les journaux n'ont-ils jamais fait ni sous-préfets , ni procureurs du Roi , ni secrétaires d'ambassades , ni consuls, ni boursiers, m gardes de nuit, ni ouvreurs de bornes-fontaines? n'ont-ils jamais sollicité leur petite part dans les fond^ communs, publics ou secrets?
Ah I Monsieur^ soyons francs et convenons que la corruption tient plus aux mœurs générales et à Timperfection des institutions qu'à la méchanceté des hommes d'État. La presse n'est pas plus innocente que le corps électoral. D'un côté comme de l'autre^ la vertu est exposée à faire des faux pas. Et comment en serait-il autrement? Quelles condi"> tions de sécurité offre l'exercice de ces deux pouvoirs souverains?
Quand un homme veut fonder un journal, lui demandez- vous s'il est instruit^ moral, capable? exigez -vous quelque garantie de sa sincérité, de sa probité, de son honnêteté? Non; vous lui demandez s'il a de l'argent. S'il a de l'argent^ il peut publier un journal et, avec ce journal^ faire tout le mal qu'il voudra^ pourvu que ce soit légale-* mcDt.
Voilà les garanties d'honneur , de vertu ^ de pa« triotisme que présente la presse.
Dans le corps électoral, c'est encore pis. Pour exercer sa part du pouvoir souverain , l'électeur n'est tenu de fournir aucun cautionnement. Il lui suffit de justifier qu'il paie deux cents francs de contributions. Je conçois que ces deux cents francs^ qui représentent au moins mille francs de revenu^ soient une garantie que l'électeur ne voudrqi pas bouleverser la propriété en France. Dans les proportions actuelles des fortunes , il aurait plus à perdre qu'à gagner. L'État est donc à peu près certain que le corps électoral ne lui enverra jamais
des Députés communistes. Mais cette garairtie, fSranchement, est la seule que le cens de deux cents francs lui offre.
On dit avec raison que rAméricain ne croit pas à la misère ; ce qui le rend très entreprenant en industrie. Le Français y croit. Bien plus , nouveau Macbeth^ il lui semble qu'i chaque pas il va heurter du pied cette ombre terrible. Tomber vivant dans le gouffre de la misère , c'est pour nos petits propriétaires une perspective aussi horrible que pourrait Tétre pour un fervent catholique la mort sans confession. Âussi^ se gardent-ib le plus qu'ils peuvent de livrer leurs corps et surtout leurs bourses aux lames capricieuses des entreprises commerciales. Si l'industrie avait le caractère or» donné, régulier des fonctions publiques^ ris pour* raient s'y aventurer. Mais dans l'état de liberté absolue et de concurrence, ils se tiennent soigneusement éloignés de la contagion. C'est sous ce rap* port surtout que Tesprit de conservation règne sur la moyenne propriété. Tout petit électeur est conservateur-ué de son patrimoine^ et ne vou* lant rien hasarder pour rétablissement de ses en* fans y il est invinciblement entraîné à grossir Té* ternel surnumérariat des petits emplois inscrits au budget.
Si Ton entend donc par indépendan trélecteursans projet, sans prétention personnelle sur Finfluence inévitable que son vote transmet au candidat, le nombre des électeurs indépendans est infiniment
boroé. Aussi, quand le présideat delà commission 4'eoquéte défiaissait le scrutin , % un moment so* leooel où rélectour n'a besoin de consulter que sa conscience^ » il obéisa^it à «ne illusion généreuse. S'il eût consulté les faits les plus ordinaires, les pi u^ généraux, il eût traoS: foriaé ainsi sa définition ; <L Le scrutin l mo oaen t décisif où le chef d'une nom-^ breusa famille se dit : U s agit de placer mon aîné, d'obtenir uoa demi^bourse peur Les deux suivans^, ce qui sm periueltra d'élever les plus jeunes jus« qu'à r&ge où ils pourront ôtre pourvus ! »
Ici» je vois tous vos sentimens généreux se révolter. Mais Vbonneur! direz-vous,. l'honneur n'est donc rien! --^Gardez -vous de le croire; ce sont des gens d'boivneu? qui votent ainsi. La politique^ se dirent-ils, a cbangé d'aspect ; les esprits se sont calmés; il n'y a plus de situation violf^nte où de grands prlficipes^ de grandes passions, de grands intérêts publics soient mis en question; dësrlors, qu'im« porl» que le candidat soit un peu plus ou un peu moins de l'opposition , ce sera un peu plus on un peu moins de paroles daos un scds ou dans un autre. Franchement^ quand on voit les hommes d'État les plus opposés déclarer qu'ils ne gouverneraient pas différemment les uns des autres , l'é-* lecteur n'est*il pas en droit de traiter les questions de personcies avec indifférence, et de porter sur son intérêt personnel le degré de sollicitude qu'il leur eût accordé ?
Mais c'est horrible ! la constitution alors est faus-^