A M. GUIZOT
MoNSiEVR LE Ministre,
Quelque difficulté qu'il y ait à discuter la situation ministérielle avec rhomme d'État sur qui semblent suspendus tous ses orages , j'ose m'y déterminer cependant. Vous aimez la franchise | l'entière indépendance de la pensée; le droit d'être coarageux et sincère, vous en usez largement et vous l'accordez aux autres. J en userai donc à mon tour.
Dans peu d'instans un débat solennel va s'ouvrir. Tous les griefs se feront jour, toutes les passions seront entendues , les bonnes comme les mauvaises. Ce n'est plus l'heure des précautions et des
timides ménagemens. Il faut qu'une opinion ferme et puissante se forme et que nous sortions eniBn du ballottement perpétuel où^ depuis plus de six mois^ les esprits semblent plongés^ car la France a surtout besoin de fixité, sans laquelle il n'y pas de bonne administration des affaires publiques. Quel que soit donc le résultat de la lutte ^ il importe qu'il soit déftfiîti^. 6i le pn^istèrf tnomj^he , je désire sincèvemettt ^ê ea soit pour longtemps ! S'il succombe , s'il doit se retirer, permettez-moi^ Monsieur ^ de le dire avec la même franchise , je désire encore que ce soit pour longtemps!
Ce qui frappe , au premier abord , dans la position du cabinet , c'est le changement favorable qui s'est opéré à l'approcli» d^ h «Qs^^on* Il semble qu'une bonne fée a touché tous les objets de sa , baguette magique. L'Orient se pacifie^ l'Espagne répjire k demi lln^olence de ses agens, l'Angleterre elle-même Iftit succéder à la morgue haineuse de sep journaux un langage mesuré et convenable ; en mèffie teqips que nos possessions africaines s^ffermjss^nt; un accroîssemeqt inouï de revenus tient coçipenser les sacrifices que cette oeuvre de civilisation vous impose. Enfin, Monsieur, vousqwe Ton accusait d'être insensible au développement territorial et maritime de la France , de céder à tous les scrupules de l'étranger , de n'ambitionner que son suffrage, c'est vous qui , aux approchesde la nouvelle année, venez offrir pour étrennes au pays un archipel dans la mer du Sud.
En Yéfité, voilà An bonheur on de Thabilefë qui deyrait vons gagner tons les coeurs par son è-propos. Lmn d'imiter les esprits chagrins , loin de re^ procheraax cabinets cet instinct de conservation qui leur fait ménager^ pour Touverture des Chambres y d'agréables surprises , je me réjouis sincèrement de ce qu'au milien de ses embarras^ le système parlementaire o^e, dans le jeu naturel de ses rooages^ d'iienrenses compensations.'
Il y a donc des momens oti , en dépit des nécessi* Ma qui lesendiarinent^ les ministres sont forcément occupés du bien public , où les plus indifférens et les plus austères recherchent la popularité! On forceTentrëeduTage ; on pacife la Vendée par Tarresltttion hardie delà mère du prétendant; on prend CoBstantine { A quoi bon rechercher si âes considératiOfis personnelles sont confondues dans Fintéfèt pt&lio f cet isftérét n -en est pas moins réel et la France n'en doit pa? moins de reconnaissance à ses homniies d'État , quel que soit le calcul [qui les ohlig« j par întffTalles éloignés^ à ces actes de vigneuT.
Ainsi la fortune du ministère a pris tout-à*coup Boe itce meilleure^ et pourtant on s^abuserait si on en eoBchiait qu'il ne renferme plus dans son sein aaent germe de faiblesse. Il en est un entr'^autres que persoiKse encore n'a signalé, mais dont il est impossible que vous \Vous dissimuliez la gravité.
Il y adcwx ans, Monsieur, au moment où vous
saisissiez le pouvoir , TÉtat était engagé dans une jsituatioa violente qui passionnait pour vous et contre vous. La France entière était dans Tattente; on ignorait quelles destinées réservait l'avenir ^ le seul avenir qui touche désormais^ l'avenir du lendemain. Sera-ce la paix? Sera-ce la guerre? Effrayés de Taspect menaçant de TEurope^ les amans de la paix vous suivaient en colonnes serrées. Vous aviez devant vous* un ennemi jeune ^ ardent^ et vous puisiez dans la violence même de ses attaques un aliment à cette raison mâle et sévère, à cette énergie oratoire qui font votre autorité dans le parlement. Tant que s'est prolongée cette situation vous avez été fort , vous avez profité du môme avantage que possédèrent le cabinet de Casimir Périer et celui qpui continua sa politique et dont vous faisiez partie; car à cette ^que il y avait encore situation. On était dans l'attente ^ dans Tanxiété; chaque jour , en face de Tordre se dressai le fajitôme sanglant de l'anarchie*
Aujourd'hui, rien de semblable I Juste retour des vicissitudes humaines , vous voilà parvenu à cet état de tranquillité , de prospérité intolérable sous lequel a succombé le ministère du 4 5 avril. Mystère fatal^ dont vous connaissez tous les péril? et tous les secrets ! Il n'y adans lesesprits ni attente^ ni crainte considérables. Au dedans^ au dehors au^un événement grave ne menace ni la dynastie, ni la constitution ; le cabinet n'a positivement devant lui que des affaires d'honneur ou de négoce , affaires com-
pliqnées^ difficiles^ dont* les débats sont d'autant plos incertains^ et peuvent devenir d'autant plus perfides^ que vous n'avez pas été appelé au pouvoir pour les résoudre, et qu'aux yeux de bien des gens, il n'y a aucune raison , pour .que ce soit vous, plutôt que d'autres, qui soyez chargé de leur gestion.
Cette position donne naturellement aux amourspropres , aux ambitions personnelles , .un nouvel élan. A mesure qtie de tous les points du territoire affluent dans la capitale les membres du Parlement, les trames se nouent et se compliquent. La petite guerre des salons commence ; les discussions s'animent ; on voit s'aborder d'un air effaré les porteurs de nouvelles; chacun dresse son plan de campagne, compte ses partisans/ et s'efforce, par tous les moyens , d'en grossir le nombre. Dépits, terreurs, mécontentemens, on envenime tout ; on supplie y on menace, on ébranle au besoin, par d'infernales séductions, des fidélités sur lesquelles semblait reposer l'avenir du cabinet. Que d'activité, de zèle et de prudence il faut opposer à toutes ces manœuvres ! Que de contre-mines il faut creuser pour déjouer toutes ces trahisons ! Nul . mieux que vous. Monsieur, ne s'entend, dit-^on, dans, cet art difflfeilé. Vous avez des consolations pour toutes les douleurs ; vous savez caimer les impatiens> rassurer»les timides, donner de l'espoir même aux paresseux ; sage prévision ! car ua savant professeur nous l'a dit: les paresseux l c'est la réserve de la France.
Après touti rattituda des chefe dd parti doit vous rassurer. M* Dufaurd et ses amiS| â'il est vrai que TOUS leur offriez de remplir daos le cabinet certaines lacunes probables^ ne sauraient .répondre à cette attention par de mauvais procéda. On peut rester insensible à de pareilles avances^ mais â coup sûr on b« lèvt pas sa bannière contre ceux fui les font.
M. Thiers, retiré sous sa tente^ timt bien dans ses mains une épée terrible, Tépée de Napoléoti ; mais vingt-cinq ans Font un peu rouillée dans le fourreau^ et il se borne pour le mometit à en écrire rbistoire. Prenez garde cependant^ il est tel ouvrage sérieux que les néèessités politiques ont laissé inachevé , ^t votis savez^ Monsieur^ que lorsque Ton fait soi-même de Thistoire, on a beaucoup de peine à écrire celle des autres.
M. le Duc de Broglie n'a désormais de passion et d'ambition que pour Tentreprise qui intéresse le plus abjourd'hui Thonneur et la destinée dû pays ; la transformation de Tesclavage et Torganisation des colonies. D'ailleurs^ une ancienne conformité de vues l'attache par tous les liens de l'esprit et du coeur à votre fortune.
H. le Comte Mole serait tout*à-fait redoutable si le respect de sa propre dignité , sa réserve sévère et son dévoûment à la monarchie ne vous offraient un appui naturel contre le zèle de certains de ses amis. Puisse->t-il en être toujours ainsi ! car en cas de mort^ vous pouvez bien vous résigner à lui voir
recueillir votre héritage^ mais il serait trop c^ael de mourir de sa main:
fieste M. de Lamartiiie , que d'obscures sjrmpathies e&traiaent yersT^pposition* Navigateur intrépide^ il veut affronter la mer houleuse où flottent encore les débris d'un naufrage récent. M. de La* martine eût été^ par son indépendance , un allié dangereux ; adversaire déclaré^ il rompt avec la majorité, et^ privé de son appui^ on peut prévoir^ qu'avec plus d'efforts il produira moins d'effet.
Tout ceci semblerait indiquer qu'il existe dans les couches de l'atmosphère politique une de ces contradictions assez fréquentes et qui ne laissera pas que d'étoimer les nouveaux venus des départemeas : les tempêtes rasent le sol, le calme règne dans les hautes régipns.
Mais les orages qui vous i^uiètent le moins sont ceux qu'un ministre peut fouler sous ses pieds. Laissons donc de côté tous cçs bruits confus^ toutes ces agitations majtadives où il entre plus de vanité impuissante que d^énergie véritable, qui occupent plus débrouillons que d'hommes d'État, et venons aux affaires sérieuses; exiaminons quelles dispositions la prudence vous conseille en face des griefs que l'on articule, et quels moyens de défense vous pourrez opposer aux attaques dont la politique du mdnistère est l'objet.
Vous êtes menacé, Monsieur, sur quatre points : l'union Belge y l'indemnité du sucrç indigène, la création des Itfinistres d'État et le droit de visite
que je traiterai en dernier Ueu.parce que cette question très envenimée me semble renfermer la difficulté la plus grave y celle qui^ selon le parti que vous prendrez ^ doit décider à elle seule de vos destinées.
Dans la question de Tunion Belge ^ il €^t assez singulier que vous ayez pour alliés vos adversaires, pour adversaires vos plus fidèles amis ^ et qu'à leur tête ^ rhomme qui vous demande de renoncer à ce grand acte national soit justement le représentant d'une des villes de France qui doit le plus en profiter.
Cette double circonstance mériterait sans doute une attention particulière. Mais raisonnablement pouvez-vous faire la déclaration qu'on exige de vous ? Non 1 vous ne le pouvez pas ; vous ne pouvez pas renoncer à l'union parce que si une notable portion de l'industrie la redoute , des villes entières commeLyoUyBor^e^ux^ Marseille la désirent. Vous ne pouvez pas y renoncer par la raison qu'il est matériellement impossible que votre opinion soit fixée sur les effets multiples de cette mesure , sur les sacrifices qu'elle imposerait, sur les nouvelles ressources qu'elle créerait et sur les moyens par conséquent qui permettraient d'employer les unes à compenser les autres.
Il est des plaintes, et des menaces dont l'exagération seule fait justice et pour dissiper toutes, celles que l'union douanière a soulevées il suffit du simple récit des faits. Quel est donc le ministre»
rhomme d'État , le puWicîste de bonne foi qui , après s'être occupé sérieusement de cette question à éj^îloeuse, ai hérissée de détails /oserait affirmer que l'âdminislralîon est pourvue des docamens indispensables pour Téclaircir et la résoudre?)
Non , Monsieur le Ministre , ayez le courage de dire là vérité; toute la vérité et pas une voix ne s'élèvera pour vous démentir. Une démonstration est sortie en effet de cette épreuve et elle a été poussée jbsqtt'S révidence, c'est qu'il existe en France un ministère du commerce et des manufactures, et que ce ministère n'est en état de prévoir ni de comprendre les véritables besoins de Tindustrie; qu'il n'a pas d'agens extérieurs, pas de méthode, pas d'ordre ni de classification convenable dans les traivaux.
A Dîett ne plaise que j'accuse le Ministre qui le dirige, lis 'zèle ou Thabileté de ses employés ! Ce départeiAént existe à peine d*hier; comment son organisation^ ^e serait-elle pas imparfaite, insuffi- 8énte?Mhfâirëèioniiaissez alors que la première chose à faire , c'est de la ctompléter , et vous surtout, vous adràmîstrëteuft 'i ayez le courage de le dire aux fabri(»ni5', 'atttx dgrîtetiilteuts , aux comiherçans, aux anMteii)^ et ad^ banquiers qUè la session réunit pour le règlement des affaires communes, De- !ttân«Jez4teui* de s-ûttîr à vous, de votts aider à réaliMT ràUélidrtttioii qui les intéressé le plus; obligezles ^dè ' cotetitttei^ définitivferafettf et sur une large btoëiie iniûistèi^e dïi comttierce ; d'en faire le centre
de toutes les lumières , la providence de tous les secours que réclame le travail intérieur.
N'est-il pas ificroyable, en effets qn'à une époque où toute la politique consiste dans le développement des travaux et des arts industriels , les iaits de la production^ des échanges ei de la consommation des richesses saie&t les moins explorés et les noKMna oonnus/ ceux à Tétude desquels l'État consacre Tinstrument le plus déiectueux et les ressources les plus mesquines? Le Ministre de la justice peut dire chaque année le. nombre et la nature des déliis commis sur^tout le territoire^ le Ministre des finances peut suivre remploi du moindre centime perçu dans la localité la plus éloignée* On ne lève pas deux conscrits dans la plua petite bourjgade que le Ministre de la guerre n'en soit informé ; et dana rîndusUrie ^ dans Tagriculture , dwas le commerce maritime > TÉtat serait réduit aux tableaux incom* plets du fisci aux déclarations de Tindusteie privée^ altérées par Vprgueil ou la spéculation , à dea documens en^n qui ne donnent pas la clé des rappris des diverses iudustries entr'dles^ des influences si variées^ ^i complexes qui tendent h aecroltre ou à diminuer la production des richesses , à resserrer on à étendre leur éparpillement sur tous les pouta du territoire et dans toutes les classes de la société 1
Non^ Monsieur le Ministre^ cet état de choses ne saurait durer; s'il est offert sincèrement^ franchement à l'appréçiatioa des Chambres i nul doute
qu'elles ne âisient Justioe ^m teneurs exagérées
d'une portion de l'indnstfle^ et Itt ^tiestion dé l'union douanière^ loîti d'ébtaalet !é Cabinet, Mtth produit ee résultat raisonnable d'éclairer Tàdmi* nistration et le |mbllc sur leurs véritables rapports ; il deitieurera constant que radtninidtration n'a pa» droit de s'offenser des méBatlc^ du public, et que ces méfiances lui imposent le dèTûîr impérieux d'appliquer, avant tout , à sùna propre perfecCianneihent lea ressources, le temp^ et les effbrta doifit elle disposé.
La question des fiiicres. Comme l'unioù d6ua« niète^ dérange \ei combindisotis babitûelles de£i partis politiques, le ne \A crois dangereuse que si le Cabinet la redoute, ^îl veut raborder salis grandeur et croit poutoir en dîésiniuler lès conséquences.
La solution, telle que M. le Ministre dd Commerce ravaît présehtée , é'îl est Vrai que le Cabinet l'sfdopte, c'est l'indemnité établie ciotiime prîfl* cipë, comme deVoir pou* .l'Etat, dans toutes les perturbations industrielles causées paf les 1ms. Eh bien ! il faut avoir le courage de le dire, car sî le Cabinet se fait illusion , s'il croit, qu'entraîné par la nécessité, il se trouve en ftce d'une situatioii exceptionndlè , qui ^ une fois traversée, ne se représentera plus ; dans ce cas, il a rtioius de raison d'être économe des deniers publics ; il peut se laisser égarer par une fausse pitié, et pour Avoir hié* oonnu le caractère général de la situation, il eu
aura néeessaircmeat eomproml» le principe!^
Mais si le Cabinet comprend que cet exemple , inévitable aujourd'hui, n'est qu'une des faces d'une situation qui a mille aspects ; qu'après les cultivateurs de la betterave viendront les maîtres de poste; que mille exigences vont éclater^ non moins légitimes et non moins respectables ; s'il bse reconnaître qu'il ne s'agit pas d'éviter, par une exception, les conséquences d'une règle générale, mais de caractériser, par un exemple, les limites dans les- . quelles la règle sera reconnue applicable, alors il sera nécessairement prudent; il contiendra une générosité qui doit durer plus d'un jour , il se mettra en garde contre les calculs de la spécula* tion, il stipulera rigoureusement les droits de TÉ* tat, et ne transformera pisis en une charge onéreuse, ruineuse pour le trésor, ce qui ne doit être qu'une paternelle sollicitude.
Le devoir de l'État n'est pas d'affranchir les hommes des chances funestes de la vie; il ne peut enlever au hasard toute sa proie. Il peut aider l'infortune, adoucir les désastres, mais il ne peut pas faire que la maison sur qui tombe la foudre n'en soit pas frappée. Le malheur doit donc appeler les secours de la prévoyance sociale; mais cette prévoyance, qui s'étend sur tous, doit mesurer son intervention sur l'étendue même de ses devoirs. Élever à ce caractère de grandeur, d'universalité la loi d'indemnité pour les sucreries indigènes, c'est vous imposer l'obligation d'apporter aux Chambres un projet où les règles d'une sage éco-
nomie publique soient aussi bien garanties que les droits de T industrie dépossédée, et quelles que soient les chaùces de la loi , c'est mettre la destinée du ministère à Tabri même d'un rejet.
L'ordonnance qui crée des Ministres (}'Ëtat sans portefeuille et reconstitue un conseil privé, aura pour effet de rétablir la division habituelle des fractions politiques du Parlement. Ici, au moins^ vous avez pour adversaires vos ennemis, pour alliés vos amis.
Que vous reproche l'opposition? D'avoir violé la légalité ; d'avoir réglé par ordonnance ce qui devait être l'objet d'un projet de loi. .
Je crois ce reproche très exagéré. Je ne vous radres9erai point. Non, Monsieur, je ne vous accuserai pas de desseins perfides, d'une tendance despotique, qui n'est ni dans vos intentions, ni en votre pouvoir ; mais je vous exprimerai un regret. La forme que vous avez choisie est*elle la plus conveu^able, est-elle la plus favorable pour le but que vous vous proposez certainement, le succès? J'en doute.
Si vous aviez préféré un projet de loi à une ordonnance royale, la mesure eût ^é présentée sous un point de vue plus populaire ; vous auriez mis en première ligne^ non la question d'argent, non les nouvelles charges qui seront imposées à l'État, mais le but de la mesure et l'utilité qu'elle doit produire. Et vous aviez un moyen bien facile de
(CODiciaodr^ )ea miprila les plii9 prémans ^ apprécier dam eet qrdra ka diverse» faeas de k queih tîQQ ; c'était do présenter oà profet de loi d'ahord à la discusslcN» da la Chamhre dès Paip».
Ce n'est pas le moment d'examiner^ dans Tintélêt de la Pairie eUermôme, les oonaéqveaces d'one pMraiUedéterminatiiMi; maisjenepuia m'empéeto d'ohderver que par oetta légitime préférenee vous auriaa fortifié, ennobli cette asseinklée ; voua a»riea; m» en liusdère^ sur un des pointa lea plua fa- Yorahles, les ressources admirables dont elle disfkoafk Composée de iooa les admimîstratefars émiu9Wt de ton» ka hante dignitaires de VÉtaf , il est difficile d'imagLaer un eorpa qui soit f^us eonv^Mfblâment disposé pour délibérer sur lea objets de haute adoiimstraticn. La Pairie étoît la meilleur juge de la mefure^ et sadtUbérelian coofeiencMnse voua aurait doimé en Smo de la Chmabre éleelhw nne antorité que nul «'est asiealort powr dédaigner.
Voilà> Monaieur, quel est mon regret. Persanne Vk% droit de VQoa adresser de reproche quevouskméoina. Voua voua étea privé d'un aj^ui eonsldé* rable ;.de deux positions vous avear choisi h pire; il faut done redonb)^ d'efforta, et ici , pins que îaniaia^ la franchise et la haidieBse aùat aécesaairea.
Le danger^ à men avîa^ serait^ d'aborder cette question par son petit côté, le côté personoet. Il est biencertain que la création des Ministres d'État doit Oif£rir un moyen ]»réeienx de}i]»tiee envers les hommes que lu confiance des Chambres dé<^gne sneeea*
shrement aofcfboix de Sa Majesté. Je ne m'étendrai pas à cet égard sur les avantages de la mesure ; deex commissions de la Chambre élective les ont successivement fait connaître. La presse entière est pleine de considérations inspirées par le même sentiment; mais^ je le répète, c'est là le petit côté è» h fu«)tid», ^t il n» donne qu'une idé^ imparbàta 4tt caraetèro d» kt nMsure «t îhi hku général fBt'elle promet*
EtkU>nwBv la Boi d« ton» Us bamm^s qui ont fm part à radministrattoii des afiaires, de to«s leo dMrfs dfis diveiwi fractions dootse eomposa la ma^ jorité , ^est simplifier le« rapports de k RoyaiitA w^ 1« ehambmB, e'nt foftifiâr le go«vern#m«At Ml âéj^gfiant le pouvoir «siéeutif i'nw partie dea ÎDfliirafiai Catalea qui en embarrassant «t en eor^ wQÊàpBid las wfumftê. Voilà U côté grand ^t vrai-* m^t aatiMtl de la OMiire I
Gd d^it deaîntéréis miaérobles que vous pouvez froisBtr^ je oroki que, loin d^ dis^muler ca ré*r nltat^ voua dewa Tavouer au grand jouF et fiûre eomra^eusMiiMit a;^ à 90 sentiment qui n'est jamais mort en France^ celui de la justice ^t 4a bîao public. C'est ici qu'il faut dire toute la vérité; il faut peindre les exigences , les embarras de toute nature auxquels vous condamne la confusion inex-^ primable des intrigues et des prétentions. II faut déclarer que , môme dans l'exercice du contrôle l^islatify il est nécessaire d'introduire des règles^ une discipline qui mettent de l'ordre et de la justice là où régnent l'abus et la confusion.
Il est hors de doute qoe la création des ministres d'Etat offre à la Royauté un des moyens les plus énergiques et les moins alarmans de régulariser ce qui est aujourd'hui un chaos, je veux direrinfluence légitime des localités dans Faction centrale du gou* yernement.
Cette influence est aujourd'hui abusive^ exorbitante. Sous Tempire tout puissant des exigences électorales^ Tadministration voit chaque jour se relâcher les liens de la hiérarchie; ses chefs naturels ont perdu toute autorité sur la gestion de leurs subordonnés. Sans consistance^ sans crédit person* nel auprès des membres du cabinet^ quel appui pourraient-ils offrir au mérite? Quel obstacle opposa à la faveur? L'administration d^artementale elle-môme leur échappe et l'on voit les affaires im* portantes des localités les plus éloignées traitées à Paris entre ministres et députés, comme si les pré* fectures avaient fait place aux directoires révolutionnaires, avec cette différence du surcroit de puissance que donne aux mandataires du coi'ps éleotoral un séjour forcé de six mois au centre du gou^ vernement.
Certes je suis loin de blâmer le contrôle salutaire que la bourgeoisie exerce sur les actes et sur le personnel de l'administration* Quelque respectables quesoient à mes yeux les droits du mérite modeste et patient; quelque sacré que me paraisse le maintien d'une discipline uniforme, je trouve désirable que la rigueur ne soit pas^ pour le mérite, que les
travaux législatifs révèlent tout-à-coup , un motif d'exclusion.
Le monde avec ses hasards et ses épreuves diverses sait^ tout aussi bien que les habitudes de la hiérarchie, former des caractères et des talens propres à Tadministration de TÉtat. L'employé acquiert par la durée de ses services des droits légitimes^ mais c^ droits ne sont pas un privilège et il ne peni dire à TEtat : Voici un homme plus habile, pltts éclairé , plus courageux que moi ; mais il n a pas passé par les mêmes épreuves; il ne saurait être mon ^1 , encore moins mon supérieur.
Non, Monsieur , nul serviteur de TÉtat n'a droit de lui tenir ce langage. Que les en£ans gâtés de la fortune ou des électeurs puissent pénétra, par la députaiiôn, daaa ka flancs du pouvoir,'rien de plus juste I C'est un fleuve qui lui porte incessamment la jeunesse et la vie. Hfois il ne faut pas que ce fleuve se change an un torrwt dévastateur , en une mer furieuse^ brisant les digues, courant à travers les campagnes et couvranjt.de ses flots amens les villages et les moissons. Il ne faut .pas que^ sous le pré* texte de donner à TÉtat des serviteurs dévoués et capables , on le surchage du fardeau de toutes les inutilités. Qu'arrive-t -il alors? Le pouvoir s'affaiblit doublement, ici par le mécontentement et Tindifférence, là par la sottise et les prétentions; perdant bientôt l'estime publique et sa propre estime, sans considération ; sans force morale , sans
foi dans sa propre autorité, il n'appelle à son aide
en t^Dpi d« «m que la vicdenoe, trista Fes^ source! ceux contre qui on l'emploie ne conreot pa» tonjoufs Im plus grands daogen.
Voilà la mal dans toute sa «înoéritë , tel que Favouent «eux qui en sont les mst rumens et qui le déplorent au fond du cmur. Quel remède y appor^ ter? Je n'en vois paa de plus effieace aujourd'hui que la oréatlon des ministres d'État.
En réalité^ jusqu'à oe jour, les fonetionnairei publii» I l'intérêt général , n'ont eu dans le sein des chambres Ai représentans^ ni ppoteeteurs oonr tre l'envahissement des intérêts de loealité et des solUdtatîons électorales; oar Thonmie d'État^ tant qu'il est au pouvoir^ ne peut résister à la foule des exigences qui l'obligent ineessamment de sacrifier l'intérêt du pays^ les droits du mérite et de l'ancienneté, exigences d'autant plus puissantes sur son e^it qu'à sa rentrée dans la vie privée il sait très bien qu'il doit en subir l'infleence et mémeen grossir le nombre.
Mais désormais, si au iieu de rentrer dans la vie privée y si au lieu de quitter l'administration , l'ancien ministre en fait toujours partie, s'il continue à en éclairer les délibérations , s'il est toujours intéressé à sa marchjB, à ses suocès, alors ne peut-on pas espérer que, dégagé des influences auxquelles il devait nécessairement se soumettre quand le pouvoir reposait dans ses mains , il devienne nécessairement le défenseur désintérêts généraux, le patron naturel et puissant des fonctionnaires de TÉtat^ et
qne graee à rinstitotion nouvelle , la règle ^ la discipline ^ la hiérarchie aient enfin dea protectenrB?
On objectera peut-être que ce nouveau pouvoir composé nécessairement de membres de la Pairie, aussi bien que de membres de la chambre élective, suppose le consentement de celte dernière assemblée à partager une intervention que , jusqu'à ce jour, elle a exercée presque seule. Mais pourquoi s'y refuserait-elle? Est-ce que les membres de la Pairie ne font pas, comme les membres de la députation^ partie du Cabinet , en nombre inférieur il est vrai ; cette infériorité numérique se reproduirait naturellement dans le conseil privé. Et d'ailleurs on s'exagère beaucoup le sentiment d'envie et de jalousie des corps politiques ; un pareil soupçon est injurieux pour les deux chambres et les faits lui donnent un complet démenti.
11 s'est déjà opéré entre les membres de la Pairie et de la Députation un partage naturel des hautes fonctions gouvernementales. Les Sous-Secrétaires d'État, les Directeurs des Ministères, toutes les hautes positions centrales sont en général occupées par les dépotés; les ambassades, quelques préfectures et commandemens de division sont en général occupés par des Pairs de France. Ce partage est légitime et fondé sur des motifs de convenance et d'appropriation contre lesquels il ne vient dans la pensée do personne de réclamer. Si les deux Chambres ont pu s'entendre sur ce point qui, certes, est le plus délicat, le plus épineux, comment ne s'entendraient-elles pas sur tous les autres ? Comment
ne s'uniraient-elles pas pour opérer dans les hautes régions de Tadministration les créations et les ré* formes que réclament l'intérêt public et Tintérèt non moins sacré des fonctionnaires chargés de sa gestion?
Non ! il n'y a ni rivalité d'amour-propre ni jalousie d'intérêts à redouter. S'il est sollicité loyalement^ le concours loyal des Chambres est d'avance assuré à tous les efforts que la Royauté fera dans cette direction ; elles seront d'accord pour féconder^ pour populariser le pouvoir comme elles l'ont été pour le fortifier. Quand la fortune publique était mise en péril par les passions des masses^ l'union des Chambres n'a pas failli à la Royauté ; elles ont déposé dans ses mains tous les moyens de répression dont elle avait besoin. Maintenant que le dauger n'est plus aux extrémités du corps social^ mais au centre, dans les Chambres^ au sein même de l'administration^ elles y appliqueront de concert le seul remède efficace, elles y remplaceront aussi la confusion par la discipline, le gaspillage par l'économie , l'oisiveté par les la* heurs ; elles se diront que là aussi l'État est menacé d'une anarchie tout aussi funeste que l'autre ; que l'ordre administratif n'importe pas moins à la prospérité publique que Tordre des rues, etqu'enfacede rinvasion désordonnée des intérêts de localité et des sollicitations électorales, la faiblesse^ le laisseraller, les molles complaisances ne seraient pas moins condamnables qu'en face de l'émeute. Jusqu'à présent, Monsieur le Ministre; je n'ai
rencontré aucune difficulté infranchissable ; autant qu'il est permis de préjuger les dispositions de la majorité, le triomphe du cabinet sur tous les points que j'ai examinés ne devrait vous coûter aucune concession regrettable, aucun changement grave à la politique que vous avez suivie.
Mais me voici parvenu à la question qui doit soulever les plus vives passions , à celle qui seule contient dans ses replis la destinée du ministère.
Haintiendrez-vous en face de la chambre les traités qui ont établi le droit mutuel de visite ou accepterez-vous la nécessité de les modifier ?
Mon opinion est que vous devez accepter la nécessité d'une modification^ que vous le pouvez no* blement^ sans mettre en danger votre honneur ni la paix du monde.
La disposition d'esprit nouvelle , je puis le dire, qoe j'apporte dans cette polémique^ le motif surtout qui me guide ^ me permettent d'envisager la question à un point de vue auquel on ne s'est pas placé encore et méritent peut-être un moment d'attention.
A Tappui du droit de visite, on a dit : est-il raisonnable de prétendre qu'une convention , exécutée pendant dix années, sans soulever de plaintes sérieuses, puisse donner lieu tout-à-coup à des abus tellement graves que Ton soit obligé de déclarer son exécution impossible?
Voilà l'objection dans toute sa force. Pour la lui eoiiserver, je laisserai de e6té le traité nouveau
des États-Unis et je ne discuterai pas le point de droit inter-natlonal qu'il soulève. Mais je répondrai :
Qu'y a*t-il d'étonnant à ce que Texécution d'un traité qui met en contact les nationaux des deux pays et qui dépend par conséquent de leur dispo-* sition réciproque d'espritet de cœur, paraisse tantôt irréprochable , tantôt abusivesdc» la passion^ intérêt du moment ?
n existe dans les deux peuples des préjugés que le moindre choc réveille^ que la moindre bles-sure envenime.
N'est-îl pas naturel qu'Anglais et Français reproduisent, dans ce contact inévitable que les deux gouvernemens leur imposent, les préventions, le mécontentement qu'ils ont partagés k terre, au sein de leurs familles et que les violences de la presse des deux pays y trouvent un écho? Oui, ce serait s'abuser que d'imaginer le contraire, et au lieu de changer cet état de choses regrettable, ce serait s'exposer à le rendre pire.
L'objection que Ton oppose à la nécessité de modifier le droit de visite mutuelle n'est donc pas fondée, et il n'y aurait d'obstacle que la difliculté de trouver un moyen qui satisfit toutes les exigences.
Examinons d'abord , Monsieur , quel est en ce moment l'état de la question.
S'il faut ^i ooire le brait qui a coura et ^ n'a pas été démenti^ vous auriez fait proposer deriûère^
ment àlord Âberdeen de modifier le traité de 4 851 ; et il aurait opposé à rhonneur français^ rhonneur de son pays. 11 vous aurait dit : Si rexercice du droit de visite est impopulaire en France , TabandoD de ce droit ne le serait pas moins en Angle-^ terre. La religion de la France^ c^est Thonneur; fat religion de l'Angleterre^ c'est la Bible. Abandonner, après dix annéesseulraient d'exercice^ le droit de mutuelle visite que la France et l'Angleterre se sont concédé» ce serait, dans la conviction du peii{de anglais, abandonner la répres»on de la traite, puisqu'il croit, à tort ou à raison, que c'est le seul moy^i efficace de la réprima.
Voilà ce que vous aurait répondu le ministre de la Grande-Bretagne, sans aigreur, sans menace.
£b bien , Mbnsieur le Ministre, je crois cette déclaration sinc^e. Oui , dans l'opposition du cabinet de Londres au retrait mutuel du droit de visite , je suis convaincu qu'il n'entre aucune arrière-pensée funeste au conmierce français , aucun dessein d'humilier le caractère national et que l'Angleterre consentirait au retrait du droit de visite s'il était prouvé que, sous l'influence de ce changement, la traite des Noirs fût aussi complètement réprimée. J'admets cette bonne foi, cette sincérité; et je déclare qu'en face d'un sentiment aussi respectable la France doit user d'égards, detempéramens^ qu'il ne lui convient pas, à elle qui a propagé la liberté éane les deux hénnsplières, de contrarier, de frois-
8dr par Texercice rigoureux et immédiat d'un droit que nul cependant ne pourrait contester^ une entreprise grande, morale ^ généreuse et qui inté* resse après tout la liberté du monde.
A mon avis, la France ne peut désormais poursuivre la modification du droit de visite avec grandeur, avec justice, qu'à la condition de prouver deux choses au peuple anglais : la première , c'est qu'elle n'est pas infidèle à des engagemens sacrés, qu'elle poursuit par des voies diverses peut-être, mais avec la même ardeur, avec la même confiance, avec la même ténacité^ l'abolition de l'esclavage; la seconde , que dans les modifications du droit de visite rendues indispensables par le chaugement opéré dans l'esprit public des deux nations, la France n'obéit à aucune rancune mesquine , qu'elle n^est pas entraînée par des passions haineuses.
La première condition , Monsieur le Ministre, il vous est facile de la remplir ; il suffit de hAter la présentation du projet dejoisur l'abolition de l'esclavage que prépara une commission spéciale et dont M. le duc de BrogUe a terminé, diiron, le rapport.
Pour satisfaire la seconde condition, il y aurait un moyen qui concilierait tout : Dénoncer les traités, en les eocécutani.
Voyons quel^ seraient les effets de cette nouvelle démarche.
Je suppose qu'après avoir rendu compte aux Chambres de votre 4f^aière tentative, de son peu
de succès , vous exprimes ainsi votre résolution :
t ksiV^ février prochain je délivrerai les mandats aux croiseurs anglais d4iiM le même nombre, et en même temps je dénoncerai les traités. J'inviterai le cabinet de Londres , dans un délai rapproché , à conférer sur les moyens de remplacer d'une ma* nière plus efficace encore, s'il est possible^ la répression de la traite. Il y en a plusieurs : nous pouvras adopter un mode semblable à celui qu'il a réglé le 9 août dernier avec les Etats-Unis; nous examinerons si celui que proposait le comte Nesselrode en \%\% est praticable. Je ne me prononce pour aucun ; tous seront soumis à l'examen ; oh en étudiera les avantages et les inconvéniens sans amertume , sans arrière-pensée, avec la conviction qaeron est d'accord^ quant au but^ et qu'il nes'agit que des'aecorder sur les moyens. Yoilà^ Messieurs, œ que je compte faire ; que celui qui croira pouvoir davantage prenne ma place et négocie autrement. »
Permettez-moi de le dire^ Monsieur, si une pareille résolution était présentée au parlement , appuyée de votre haute raison^ de votre langage calme ^ mesuré , il n'y aurait qu'une voix pour vous approuver.
Sans doute ce serait un spectacle nouveau que celui d'un Ministre des affaires étrangères^ qui, avant d'agir, viendrait expliquer ses desseins et les soumettre à l'approbation des assemblées. Mais aux 9Îtiiation8 extrêmes il faut des moyens inusités,
Cette détMreUe loyale, patriotique, ed ttëoMMÎte pour erimer Tiigitaiioii des masses, pour dissiper les fent^knes que fait surgir l'esigératioA des partis, pour convaincre rAngleterte de lagnvité, de la légitiBÛté du sentimenl dmi la Franw est animée, pour d^ttiller enfin cette i^tire si diSeik de son amertune et de ses dangers. Oiii> lionaîfwr, il conyient de sortir des voies babituelbs ; il fiunt que les Cabinets s'effacent^ et que, pour la paii du monde, les deux p^i^plesM sentent en pr^smoe l'un de rentre.
Vous aceuserait-on d'agir contre votre conviotion ? Mais il ne fisudrait pas connaître le» néoassi* tés de la politique pour imaginer qu'un ministre ne puisse pas traitm* aveesa propres îdées,seB propres sympaÛiiest lui qui traite avec toutes les passions, «veo tous les intérêts, et qull ne poisse s'imposer lui-même des tranaaetiom f ki qui transige à toute iMwre au nmn de tons.
Non, Monsieur, ce reproche ne vous serait pas adressé.
Voue auriesi désiré sans doute que le maintien pur et simple des traités fût possible; vous auriet désiré donner è l'Angleterre cette preuve de bonne intelligence et de sincérité. A déiitit de ce témoignage éclatant d'une harmonie qui n'existe qu'entre les eabineto, qu'entre les hommes d'État chargés dans chaque pays de la gestion de ses inté* rète oommuns ; à défiuit de ce témoignage , tous ferez choix d'un autre q«i ne trattrfermera pas au
moûts k mécMitoQtemeiit mutoeU né d'im malentendu » en une haine sériesM, en une hoatilité durable ; vous rapprocherez les nations si vous ne pouvez les contraindre à se donner la main«
Prétoidra-t^on que par ce moyen rien ne swait résolu , ^'en délivrant de nouveau! mandats , les abus continueraient d'exister et qu'en âdsant dépendre du cabinet anglais la modification du droit de visite^ ce serait s'exposer à ce que, par son i efus^ il en^iéchàt ét^neUement laFranee de le modiâer ?
Ces objections ne sont que spécieuses*
L^Angleterre^quiest prudente et habile» sentirait que pour ne pas faire usage immédiatement d'un droit rigoy veux, la France est loin de rabando»ner; elle com]Hreodrait l'esprit de eonvenanceet de concorde qui aurait dicté cette démarche officieuse. Convaincu désormais que l'impression popukdre contraire au droitde visite est skieuse, mais qu'elle n'a rien d'hostile , rien de léger, rien d'anti-^relt* ^îenx> ^i^ii de contraire à l'abi^tîoB de la traite , le gouvernement anglais comprendrait qu'il est de son honneur de préfenir un diangeuient inévitable et de lui ôter lecaractèreinjurieuxqu'il aurait si, sur sou reCns, la France, satisfaite d'avoir mis les procédés de son côté, se décidait ^us tard à l'aecomplir seule.
Cette transaction swait donc elfioaee ; elle conserverait intact le juste oi^eil de ringleterrC) elle cdmerait les susceptibilités de la France ; suscept i- MMIés légitiines^ se l'oubli» pas I
Comment la France ne seraît-eUe pas émoe de voir qu'après tous les gages qu'elle a donnés de ses intentions pacifiques, après tous les sacrifices qu'elle s'est imposés, ses intérêts et son honneur sont restés l'objet d'une malTeillance sourde ; que partout on lui conteste des droits que la possession des siècles a consacrés; que l'on oppose au développement de son commerce^ aux entreprises de ses armateurs^ jusqu'à la signature de ses hommes d'État; à ses pencfaans naturels vers une nation amie , l'intrigue , la mauvaise foi ou des machinations brutales que l'humanité condamne et que l'homme n'avoue pas !
Quel est donc l'espoir des Cabinets^ que veulentils? Que la France vive sans dignité? Que nul op^ primé ne puisse implorer son appui, ni bénir ses bienfaits; qu'elle n'ait plus d'amitiés, plus d'al* liances ; qu'elle vive sans passion , sans orgueil et sans joie^ que la France enfin ne soit plus la France? Non , non ! elle n'accepte pas la part qu'on lui fait !
QuerAng^eterrelesache bien ! Dans les répugnances qne manifeste l'esprit national contre les traités de mutuelle visite, le mécontentement légitime de notre position gâiérale en Europe domine tout. Si la France avait été fière de sa destinée ; si elle eu t reneont réautour d'elle des regards bienveillans, si elle se fût sentie honorée, estimée, comptée pour ce qu'elle vaut^ les traités de 4854 et 4853^ malgré le caractère pénible que leur ont donné des évânemens réœns, eussent rencontre de la dignité^
delà fermeté sans doute pour redresser leurs abus^ mais n'auraient soulevé aucun désir d'en effacer Je principe.
Ces dispositions sont loin d'exister. L'Angleterre ne peut s'en prendre qu'à elle-même du chaDgement tout moral qui s'est opéré dans l'opinion de la France. Deux nations^ dont Tune s'épuise en efforts pour conjurer la dcslruclion d'une ville industrieuse tandis que l'autre yient livrer à ses bourreaux les instrumens de l'incendie; dont l'une ouvre ses navires aux proscrits^ tandis que l'autre les repousse vers la mort^ ces deux nations^ Monsieur le Ministre^ entendent les devoirs de l'humanité et les procédés inter-nationaux d'une manière tout opposée. Elles n'ont pas dans la pratique la même morale, et ne peuvent concéder à leurs agens, sur leurs nationaux^ un droit réci« proque de surveillance morale.
U n'y a rien d'hostile à le constater : le véritable danger serait au contraire de ne pas tenir compte de cette nouvelle situation et de rendre le retour de la bonne harmonie à jamais impossible^ en s'obstinant à maintenir, en dépit des répugnances de Topinion^ des rapports dans lesquels on ne pçut plus apporter des deux parts que méfiance et mauvaise grâce, et du sein desquels éclateraient bientôt des causes sérieuses de collision.
Non 1 tant que la disposition d'esprit des deux peuples sera ce qu'elle est, Français et Anglais ne pearront s'qborder officiellement en mer, et il
n'y a plus aujotnrd'hBi qfn'imeas ée tislie possible, celui de rensablement de quelque Fûrmidaôle. Que Tétoile de la France conduise auprès lui un nourel Etnaf il le visitera^ il le sauvera! et à ceuit qui feraient an caractère britannique Tinjure d'imaginer que les difficultés du droit de visite renferment un cas de guerre^ c'est le peuple anglais tout entier qui a répondu par les saints amis, par les hourras du Formidable et du Rodney .
Ainsi , Monsieur, la qnestion dn droit de visite, vous en êtes le maître; elle sera ce que vous la ferez. Il n'est personne qui puisse, à votre place, retirer la parole de la France, mais vous avez beaucoup d'ennemis et d'amis qui ne vous pardon* neraient pas de négliger cette occasion de relever son honneur. Vous le pouvez sans éclat, sans bravades; il convient aux nations fortes d'être justes et modérées; il convient à la France d'avoir deux fois raison, dans le fond et dans la forme; mais en se renfermant dans ces limites sévères, il est permis d'attendre beaucoup de la fermeté.
Je me hAte de terminer cette lettre déjà bien longue.
En résumé. Monsieur, vous n'avez devant vous aucun de ces événemens irrémédiables, aucune de ces positions fatales qu'il ne soit pas dans la vo« lonté de Thomme de transformer. Soyez franchement national dans le droit de visite; dans la politique intérieure redoutez les petites choses, les petits moyenS; ennoblissez les débats, posez des principes
'TBS.