MT
son degré d^instruction , mais aussi de son intelli-' gence et de son habileté à en tirer parti.
C'est seulement après cette espèce de noviciat que les élèves^ déjà classés par ministère^ seraient définitivement affectés^ dans chacun d'eux, au service spécial pour lequel ils auraient montré le plus de penchant et le plus de capacité.
Voilà, Monsieur le Baron, les pivots les plus importans sur lesquels devrait porter le travail de la HAUTE COMMISSION chargée de poser les bases d'une Ecole centrale des fonctions civiles. J'ai débuté par combattre deux objections relatives à la constitu* tiott même de TEcole et à son utilité. Avant de conclure je dois en prévoir une troisième qui pourrait soulever quelques scrupules chez de bons esprits.
La diplomatie^ la diplomatie contemporaine^ peut-elle être enseignée sans danger? N'y a-t*il pas un inconvénient grave à constituer à l'état de science positive des notions pour la plupart traditionnelles et dont le mystère fait tout le prix?
Cette crainte repose sur une opinion assez gêné-* ralement répandue pour exiger une attention spéciale.
Non ! il n'est pas exact de dire que la science des chancelleries soit seulement efficace dans les ténèbres et que si le voile qui recouvre ses ressorts secrets était déchiré^ elle perdrait tous ses prestiges.
11 en pouvait être ainsi sous l'ancienne monar^
chie, avant 89. Alor9, les rapports des cabinets étaient réglés par la politique pecsoQpelle des priqpç§. Lep f^ata^sips de cour, U caractère et les f^iHesses 4u moqarqu^^e plus pu moiqp de yerta dpsoq ^ntour^ge étal^nt ehoses d'une b)m^ importance^ c^r ell^s pouvaient décider d^ sqrt des négociations. Aujourd'hui ^ gFace à notre réTûlqtion Qt à ses ^uerrps gigantesques qui ont fait douloareu^en^ent Téducatiop des peuples et des got|Ye^ nemeps, la base pién^e de la politique ioterpaiionale a pté cbapgé|3. Ce n'est pli)9 le caprice dq prince qvii dirige les actes de son cabinet, c'est l'f^npemble 4esintérétsgéaérau:i( du peuple qu'il goayerfie. les souverains £ibsol us eu^-mémes ont la CDOi^cience intime qu'ils sont devenus des magistrats. Quelle que soit la forme du gouvernement , la corruption n'y sayr^it p)us rien obtenir d'essentiel^ et la science des personnes , sous ce rapport , est à peu près
lïPllfi.
Les intérêts généraux dirigeant dans chaque nation la politique de son cabipet^ la diploipatie cppsiate désorn^^is dans la m^ncB et dans la pratique de ces iptéréts généraux : la sçiepce^ correspondant au but que poursuit chaque état; la pratique, aux moyens qu'il fait valoir pour l'atteindre.
Le but, enef£st,^a quplque chose de généralise permanent; il est expliqué p^run ensemble 4e notions bistoriqpps et éconon)iques qui peuvent f«re l'objet d'un enseignement positifs Les moyens, les mpypns # jm' surtqut échappent couvent à la
théorie et dépendeqt plug particulièreinant du gé* nie et du talent du négociateur.
Élever la diplomatie iconteipporaine à Tétat de science usiielle, vulgaire^ ce ne serait dopa^ en réalité, enlever aux ^geiis delà Couronne aucune de leurs resspurce^ ; car depuis que la politique persQunelle 4 fait place a Ijk politique des intérêts généraux^ Tbabileté dv diplomate ne consiste plus h CQclier le but qu'il poprsuit; elle eousiste dans le choix de^ moyens les plus propres à l'atteindre et dans l'usage plus ou pipips h^ureux, plus ou moins intelligeut qu'il en fait.
Pourquoi dftos les relations interqation^les dédaignerions- nous topjours d'user de nos avantages? Le plus grapd de tous , c'es| que pous sommes matériellement désintéressés i^ns la plupart des grandes questions et qpe nous pouvons les preipiers avpuer au grapd jour nos desseins sur le monde. Oui^ Monsieur le paron, j'en ai l'a^su-r rdpoe^ poHs §^ron3 Ms prepii^rs^ et non pa§ les seuls ^ ^ élever à l'étj^t de sciepce posjtive, publique^ qos iplérêts interpatiopap^c et les traditions jusqu'ici obscures et copfqsessur lesqiiellei^ ils s'ap-; ppient. pt si la France douq^ une fois au mpadenn pareil e:^enip)e, il excisera çbez les peuples étraqgef^ iipe telle sympathie qne leprs gopverpemens seront bientôt forcés de l'imiter.
ftfais eovisagpon3 la qu^stion SQU3 un autre aspect. Cette pul)lipité qqe Top rpdoule eu diplomatie^ eslril possible ayep pQs forpi^^s {îpuvcrnempn(alos
de réviter? Des évéDemeiiB réceos n'ont-ils pas prouvé que si les pouvoirs publics n'en prennent pas l'initiative, elle aura lien sans mesure, sans précaution, sans dignité, comme en 4840, parle seul effet des envahiasemens de la presse et des fluctuations de la majorité? Âvouons-le ! Nous n'avons plus le choix entre une diplomatie secrète et une diplomatie publique. Toute la question est de savoir si la publicité de notre système international aura pour organe, pour instrument, l'indiscrétion des journaux ou les communications ofiEh cielles du pouvoir;
En 4 840, c'est par la main des journalistes que le voile dont s'enveloppaient les chancelleries a été déchiré. Les hommes d'État sont venus à la suite, et bon gré mal gré, dans l'intérêt de leur honneur et de leur dignité, il leur a bien fallu user de cette publicité que les plus sages d'entre eux, certes, n'auraient pas provoquée.
On a commuoiquéaupublicnon seulement les pièces officielles, mais jusqu'aux correspondances particulières et aux conversations intimes. Ce nouvel état de choses devait éloigner pour longtemps la confiance des cours étrangères, et entraîner par conséquent de graves inconvéniens ; mais il produisait en même temps un avantage qui leur est bien supérieur. Depuis deux ans il est établi que c'est par la France que les peuples continentaux sont instruits de leurs propres afÂiires. C'est unnouveau bienfait qu'ils lui doivent et qui leur rendra plus
chers encore son caractère national et la forme de ses institutions.
Si la diplomatie^ son histoire^ son but et jusqu'à ses intérêts contemporains formaient l'objet d'un enseignement positif à Tusage de la jeunesse d'élite qu'une vocation décidée entraine vers cette carrière^ la publicité changerait de caractère. Nous aurions les avantages de l'état de choses actuel sans ses inconvéniens. La science , en se développant, en se complétant, en s'affermissant dans la chaire du professeur , offrirait bientôt aux praticiens des ressources inattendues. Les ministres eux-mêmes se sentiraient plus forts^ plus intrépides en face des assemblées. On ne les verrait pas, soumis servile* ment aux traditions du parlement britannique, attendre en toutes choses, pour instruire la France de l'état de ses affaires extérieures, les interpellations de l'opposition.
Remarquez, Monsieur le Baron, que cet usage est un de ceux qui affaiblissent et déconsidèrent le plus le pouvoir, aux yeux du public ; c'est l'opposition qui a le beau côté de ces ouvertures solennelles. C'est l'opposition qui semble plus inquiète, plus jalouse de l'honneur de la France, que le Cabinet aux soins duquel il est confié. Le raisonnement le plus universel est celui-ci : Puisque d'euxmêmes les ministres ne disent jamais rien , c'est qu'ils n'ont rien de bon à apprendre, c'est que les affaires von t mal ! S'ils avaient de bonnes nouvelles.
ih s'eiùpresseraient de les donner et ^'attendraient pas qu'on les y obligeât.
Mais je prévois ce qu'on peut opposer.
Quoi! dira t on, non content d'introduire Tenâeigtiéttient de là diploluatië datis TEcole centrale des fonctions civiles , prétehdez-votis transfortaer la tribune en une chaire et le ministre lui-même en ua professeili* des relations ititeriîitibhaîes?
Et pourquoi pas ? pourquoi rhoinfnè qui possède assurément lé plus de Itittiiëreâ sbr les véirilables droits et les véritables devoirs de là France au dehors né serait-il pas le premiet à instruire le pays de la situation des intérêts qu'il adininistre? Le miiiistré des fitiances tehà corilpte du dépôt qui lui est confié; pourquoi le ministre dès relations éxtérieiltes tie rendrait-il pas compte dû sien?ÎS[ous aVoHs lé budget de Timpot; pourquoi n'aurionsnous pas le budget des intérêts et des influences de fa France au dehors? Je conviens que ces deux ordres dé faits sont différens. Au dedans nous sommes seuls et libres de tout dire, de tout faire; au dehors, là où là gloire et la dignité de la*France Sont întéréssëés, celles des autres Ëtats ne le sont pas moilis. De pareilles communications auraient donc pour effet d'inslitiier la France juge, arbitre des prétentions internationales et des événemens contemporains.
Eh bien 1 Monsieur le Baron, je ne crains pas de dire que tempérée^ guidée par des mains exercées^
Topinion française saurait se montrer digne d'un si magnifique hommage et qu'elle remplirait noblement, convenablement cette grande et sainte mission, fet ce serait peut-être pour la nouvelle monarchie la plus sûre manière de protester contre ces accusations d'ambition^ de soif, d'agrandissement territorial ; accusations si peu méritées^ puisque la France est la seule puissance européenne qui ait donné l'exemple du désintéressement en pareille matière, lors de la rupture de la Belgique et de la Hollande.
Oui! Enlevez à l'esprit d'inquiétude et de recherche l'idée exagérée qu'il se fait de son importance ; prévenez la curiosité publique au lieu de l'irriter; élevez ces débals où se raconte l'histoire contemporaine du globe à la hauteur delà mission que la France y remplit; et ce peuple, le plus bienveillant, le plus sociable, leplushumaia^ saura se faire tout à tous, et n'exiger des temps et dés lieux que ce qu'ils peuvent produire.
La France est le pays où l'on a le plus étudié les diverses phases de la civilisation que le récit des historiens nous a transmises à travers les siècles, et dont les espaces du globe étalent encore sous nos yeux les figures vivantes. Elle sait que c'est un devoir pour les peuples comme pour les gouvernemens, à tous les momens de leur existence, d'agir d'après le sentiment du bien et du mal, tel qu'il se manifeste dans le temps et le lien où ils vivent^ et dans les rapports de leur conscience avec le monde
qni les envîroDne. Ils doivent aider le bien et combattre le mal sans faiblesse et sans hésitation^ mus sous l'empire de cette foi qae Dieu mène U mamdc^ comme dit Bossuet, et que la rigoeur elle-même est un des instrumens mystérieux par lesquels il développe sa création et rapproche de lui, dans h suite des siècles» les nations et les êtres qu'il a doués du double privil^e de l'immortalité et da progrès.
En politique, le bien et le mal sont relatifs; qui en doute? qui ne sait que partout les droits et les devoirs des diverses classes , des gouvernemens et des peuples entr'eux sont dissemblables et doivent légitimement l'être?
Mais il y a un point en même temps par lequel tous les hommes et tous les peuples se toucbeut, un sentiment commun qu'il faut leur rappeler saus cesse parce qu'il les rend meilleurs. C'est la coqquête la plus précieuse de notre âge ; c'est le résultat de cette grande révolution dans les mœurs et li diplomatie de l'Europe, qui a substitué à la politique personnelle des princes, source intarissable de guerres, la politique des intérêts nationaux, fondement inébranlable de la paix. Que les cabinets laissent donc la France développer cette conscience, cette moralité universelle qui les rapprochent les uns des autres. Â mesure que les peuples se sentiront moins étrangers, à mesure qu'ils se counaîtront mieux, ils comprendront, ils respecleroot davantage la légitimité de leurs habitudes, de leurs
morars , de leurs institutions, quelque différentes qu'elle soient; et l'on verra l'harmonie s'établir entr'eux d'autant plus sûrement qu'elle aura con* sacré le principe de la diversité qui est l'élément essentiel de notre planète.
Ainsi , et en bornant ces considérations au programme des études de l'Ecole centrale des fonctions civiles^ loin que l'enseignement de la diplomatie offrit aucun danger , il produirait un grand bien^ en répandant dans l'opinion des lumières sur un des points qui en manquent le plus , en facilitant et en fortifiant l'action des pouvoirs publics.
L'attitude générale du gouvernement à l'intérieur ne serait pas moins favorisée par l'enseignement des sciences administratives. Les attributions financières , judiciaires et de haute police sociale , profiteraient^ autant que les attributions diplomatiques, de l'établissement d'une école où l'enseignement viendrait en aide à l'expérience, pour coordonner les faits épars , éblaircir les principes et mettre toutes les traditions en harmonie avec l'esprit de la nouvelle monarchie , avec les droits et les devoirsproclamés parla constitution.
Cinquante années de luttes ont soulevé bien des problèmes; le crédit, la perception et la distribution des impôts, les rapports de l'administration générale avec les droits et la sûreté des individus, la gestion des biens communaux, les sacrifices imposés par les grands travaux d'utilité publique et les conflits d'attributions entre les divers ser-
vioes 80ulève&t chaque jour dans les ministères et au sein du Conseil d'État des difficultés prèsqu'insolubles. Les principes généraux qui doivent les résoudre sont inscrits dans la Charte et dans les lois; mais la science administrative qui consiste à tirer toutes les conséquences des principes du droit, à en décrire toutes lés applications, existe à peine en germe chez quelques bons esprits. Pour qu'elle se développe , pour qu'elle se complète , il faut quelle soit enseignée. Et il arrivera à cette science qui semble à peine née, ce qui est arrivé k plusieurs de celles qui ont illustré l'école Polytechnique, telles que la géométrie descriptive , la chimie, les applications des hantes mathématiques à l'astronomie et à la physique, que le génie des Monge, des BerthoUet, des Laplace a, pour aii»i dire, engendrées.
Mais il est temps de conclure.
Le première mesure qui semble indispmisable pour parvenir à l'organisation d'une Ecole centrale des fonctions civiles, c'est la création d'nne eoMiossiON sijpteiEURE, indépendante des cinq ministères auxquels cette Ecole devrait principalement fournir des employés.
Les principes généraux que cette commission devra adopter comme bases de l'organisation semblent être les suivans :
i ' L'Ecole ne serait point casernée.
2* Le nombre des élèves serait illimité.
5* Des examens particuliers seraient exigés pour
radmissioQ des élèves aux cours. Les examinateurs, comme ceux de Técole Polytechnique, parcourraieut les principales villes de la France ; ils n'auraient à juger que le degré d'instruction des candidats, et ne s'enquerraient pas du lieu où ils Tauralent acquise.
4* De nouveaux examens auraient lieu à la sor^ tie de FEcole^ et chaque élève aurait droite d après son rang de concours^ de choisir le ministère où il ferait son noviciat.
5"* Les élèves a^mis dans les divers ministères auraient le titre et le grade d*attaekés. Ils devraient se livrer à des travaux spéciaux d'application pendant un temps déterminé. A l'expiration du noviciat^ rattaché subirait un dernier examen à la suite duquel il serait définitivement incorporé dans l'un des services particuliers du ministère déjà choisi par lui.
6* Les élèves de l'Ecole centrale, dans tous les degrés de la hiérarchie, seraient soumis à un mode d'avancement régulier, et les nominations au choix et à l'ancienneté s'y balanceraient de manière que la part réservée au choix augmentât à mesure que le fonctionnaire s'élèverait vers les hauts emplois.
Voilà, Monsieur le Baron, les principes généraux qui me paraîtraient devoir assurer le succès d'une Ecole centrale des fonctions civiles. Je vous les soumets toutefois avec la plus grande réserve et dans le seul but d'offrir aux hommes véritablement
v*in
i^pétens un objet précis sur lequel paissent porter leurs délibératioos.
Maiuteûant, le momeDtest-ilopportaD?L'opi]û<Hi est-elle suffisamment préparée ? Les esprits ne seat* ils pas les uns trop insoucius»^ les autres trop agi* tés pour s'intéresser à une œuvre, aussi ^ave, aussi considérable? Le ministère d'abord pourrait-il eD prendre l'initiative?
Il est triste sans doute d'avoir à faire de pareils aveux; mais tout déguisement dans les matièm politiques n'est qu'une làcbe trahison envers le gouvernement ou envers le pays. Non, le ministère, au temps où nous vivons , n'est pas investi d'une autorité suffisante pour doter la France d'un pareil trésor. Aujourd'hui tout le jeu de la machine gouvernementale repose sur un mouvement de va et vient, assez semblable à celui de cette machine dont vous avez parlé ; sous la double influence des sollicitations électorales et des faveurs ministérielles; le piston monte et descend. Le mobile est semblable des deux c6tés; ici un peu de vapeur fait tout marcher ; là il s'agit de quelque chose d'aussi subtil et d'aussi vaporeux, l'influeiice parlementaire qui se nourrit le plus souvent d'apparences peu solides, d'illusions trompeuses.Maisçes illusioos^uiBsent aussi pour tout mettre en mouvement ; etc'est dans la manière de les ménager que consistent désormais l'art et Thabileté des hommes d'État.
Constituer pour la distribution des eodplois inférieurs un mode d'admission régulier d'après le
mérite réel des candidats , ce serait changer le moteur même du gouvernement. Or , on peut affirmer sans faire injure au Cabinet qu'il n'a pas ce pouvoir. 11 serait remplacé par un autre , que demain les nouveaux ministres reconnaîtraient que cette tAche excède leur autorité et leurs bonnes intentions.
Les ministres ont donc les mains liées. Maintenant peut-on compter sur Topposition ? Peut-on espérer qu'elle mette ses passions mobiles au service d'une institution durable?qu'elle tienne à honneur d'attacher son nom à Rétablissement d'une Ecole centrale des fonctions civiles?
L'opposition a, je le sais, plus de penchant pour détruire que pour édifier. La guerre est son élément; mais cette guerre a pris depuis peu un caractère éminemment favorable à l'œuvre utile qu'il s'agit de fonder. Rappelons-nous qu'en 4794 il régnait aussi dans les esprits un entraînement , des préoccupations qui semblaient contraires à l'établissement d'une École des travaux publics , c'est le nom que portait à son début l'école de Monge et de Fourcroy. Alors la France n'avait qu'une pensée : repousser l'invasion I La guerre à l'étranger , à l'Europe entière était le cri de ralliement qui remuait toutes les âmes. Le moment étaitdonc mal choisi pour intéresser l'opinion et les pouvoirs publics à l'enseignement des arts et des sciences. Eh bien ! c'est pourtant sur la passsion dominante de l'époque^ c'est sur la guerre que l'illustre Fourcroy a juste-
ment fondé la nécessité de donner à renseignement scientifique les pins larges développemens.
t La guerre, 8'écria-*t-il au sein de la Convention, la guerre est devenue pour la République française une occasion heureuse de développer tonte la puissance des arts. C'est en faisant fabriquer des armes, du salpêtre et de la poudre ; c'est en tirant le cuivre du métal des cloches^ en élevant dans les airs des aérostats d'observation auprès de nos armées, en établissant les courriers télégraphiques, en apprêtant pour l'usage de nos frères d'armes du cuir en huit jours; c'est en multipliant et en inventant des arts de défense inconnus jusqu'ici , à l'aide de moyens nouveaux puisés dans les sciences géométriques et physiques, que le Comité de salut public a reconnu l'importance] de ces sciences et la né* cessité d'en recueillir soigneusement l'industrieuse activité. Les conspirateurs (4) qui voulaient les bannir du sol de la république avaient la coupable espérance de priver la France d'ingénieurs et d'ar* tilleurs instruits, de généraux éclairés, de marins habiles; de la faire manquer d'armes, de poudre, de vaisseaux ; de laisser les places et les ports sans moyen de défense, et de donner ainsi à nos enne* mis des avantages certains et des victoires &ciles. »
Par ce langage, Fourcroy ,orateur ingénieux aussi bien que savant professeur, ralliait à Tadmi* rable projet de Monge jusqu'à la passion populaire
(1) n parlail peu de temps après la cbnie de Robespierre.
4r Èêl^
da moment, jusqu'aux instincts aveugles et vialens qui semblaient les plus étrangers à la création d'une école savante.
Aujourd'hui, Monsieur le Baron, il se forme dans les âmes une passion publique tout aussi vi<* goureuse, tout aussi honorable que celle qu'inspiraient les menaces de l'étranger. Ce n'est pas rhonneur au*dehors que l'on veut conquérir, c'est l'honneur au-dedans ; le but vers lequel tendent les élans généreux de la patrie, ce n'est plus l'inté* grité du territoire, c'est l'intégrité, c'est la pureté de notre vieil honneur français dans tous les rapports intérieurs du peuple avec son gouvernement, dans les rapports de la France avec le monde.
Loin de redouter les tendances nouvelles de l'opposition, il y aurait donc lieu, aujourd'hui, d'imiter Fourcroy , et de s'en faire une arme puissante. Mais ce grand monument doit s'élever sur une base plus solide et plus durable. Le juste dégoût qu'inspirent certaines pratiques inévitables doit passer avec elles. Ceux qui en usent, aussi bien que ceux qui en ont usé, savent mieux que personne que ces tristes moyens de gouvernement n'ont point d'avenir, qu'avec eux la sécurité du pouvoir n'est pas moins compromise que son honneur.
Le véritable fondement d'une Ecole centrale des fonctions civiles, ce sont les idées d'ordre et de sages progrès; c'est ce besoin , désormais éternel , de justice au-dedans et au -dehors; c'est cette passion immense qui a saisi tous les peuples pour les tra-
vaux créateurs et les gloires fécondes; c'est lapAii, pour exprimer tout en un mot.
Oui, Monsieur le Baron ^ nos intérêts de bienêtre , de bon ordre et de bonne renommée , voilà non pas Tarme, mais Tout il puissant que prendront en main les hommes sincèrement émus de Tavenir et de la dignité de l'administration ; et l'on verra la PAIX servir elle-même à édifier cette ixxsLA ckh Tiuii d'où sortiront un jour les administrateurs dévoués de ses grandes entreprises ^ comme aux premiers coups de canon de la propagande la jpiierre détœmina la création de YécoU Potykehmque à laquelle elle a dû tant d'artilleurs, tant d'ingénieurs et de si brillans succès.
vmoT-imilsMu umniL