‹ Lettres politiquesChapitre 64 sur 80 · ili · texte numérisé non relu

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Qaant&aïc moyens matériels^ positifs d'apprécier à long terme^ d'une manière générale si la société tout entière est en voie de prospérité ou non, aucun ministère^ Monsieur^ n'en a manqué, pour prouver^ à ses adversaires et au pays tout entier^ les bons résultats de sa politique; pas un journal n'en manque quand il s'agit d'opposer Tétat brillant de nos affaires aux embarras financiers d'un pays voisin. La sécurité des travailleurs , la solidité et la multiplicité des transactions se constatent par l'accroissement de recette^ des octrois^ des bureaux de douane et de tous les impôts de consommation . Les feuilles de roppositiôn considèrent la moindre baisse dans les produits fiscaux comme un signe de la détresse publique; il est donc raisonnable de considérer leur accroissement comme un signe oon moins certain de prospérité. Seulement, il est sage de ne pas précipiter ses jugeroens et de baser de pareils calculs^ non sur les chiffres d'une année qui indiquent souvent des fluctuations^ passagères comme les spéculations exagérées qui les ont produites , mais sur les chiffres comparés d'une succession d'années d'où Ton peut seulement conclure un état de choses durable et régulier.

Consultés avec cet esprit de prudence et de réserve , le mouvement général du commerce , les recettes de l'octroi et des douanes offriront une indication sincère de l'état réel de la fortune pu-blique.

Quant au moyen d'exécution^ quant à la forme

SOUS laquelle il paraîtrait plus convenable d'associer matériellement l'administration aux triomphes de l'industrie^ je dirai que cette forme existe déjà. Rien n'est à créer; et j'appellerai plus particulièrement sur ce point votre attention.

La rétribution des travaux dans le sein de l'administration s'opère de. deux manières: il y aie traitement, qui correspond an salaire fixe des ouvriers de M. Leclaire; il y a les gratifications, qui correspondent à la part de ces ouvriers dans les bénéfices de la maison de commerce.

Les gratifications ont eu jusqu'ici un caractère individuel et hiérarchique; c'est le témoignage de satisfaction du supérieur à l'inférieur. Sans perdre ce caractère^ il est permis d'espérer qu'elles auront un jour un sens national , quand le progrès croissant de la prospérité publique aura permis de leur donner un plus large développement. Oui , Monsieur , espérons que les gratifications auront alors le double mérite d'exprimer la satisfaction des chefs aux yeux des employés^ et de leur offrir un mode honorable de participation à l'aisance générale qu'ils contribuent à accroître , eux aussi^ par leurs travaux.

Envisagé à ce point de vue important, le système des gratifications mérite toute la sollicitude du législateur. Remarquez, Monsieur^ que^ dans l'état actuel des choses , aucune règle n'est imposée à l'autorité qui les distribue^ aucune garantie n'est offerte aux employés qui on t mérité de larecevoir. Ne

semble-t-il pas qu'il y ait une lacune à cet égard , dans le travail de la commission du budget? Elle n'a embrassé dans son plan de réforme que la distribution des emplois. Elle a exigé que des règles d'admission et d'avancement fortifiassent les ministres contre les sollicitations dont ils sont l'objet; elle a été jusqu'à indiquer la forme sous laquelle cette espèce de contrôle pourrait s'opérer ; elle a demandé que toute nomination fût proposée par le chef de division et soumise à l'examen d'un conseil composé des chefs de service ; mais elle n'a rien statué sur les gratifications. Et pourtant quel aiguillon plus puissant pourrait éveiller la surveillance des fonctionnaires, stimuler leur zèle? Sans doute, rien ne saurait remplacer le sentiment du devoir; mais l'expérience prouve qu'il est bon d'attacher un intérêt légitime à l'accomplissement des devoirs les plus impérieux.

Les mêmes règles que vous avez indiquées pour la nomination et l'avancement des employés pourraient être appliquées sans aucun inconvénient à la distribution des gratifications. Il ne peut être question d'enlever à l'autorité supérieure la juste part qu'elle doit avoir dans cette distribution. Seulement il est bon , sur ce point comme sur tous les autres^ de l'obliger à prononcer en connaissance de cause , et sur des affaires suffisamment instruites.

Le système d'ordre et de justice que la commis* sion a voulu établir ne sera donc complet que |x)r8qu'il s'étpndra aux gratifications^ et quand ellea

seront, de même que les admissions et leâ avance* mens d'employés , proposées par le chef de difnsion et soumises ensuite à un conseil composé des chefs de services.

Et permettez-moi d'ajouter, pour conclure quel* que chose de pratique de Fexemple instructif et curieux offert par Tinitiative de H. Leclaire , que si les progrès de l'aisance générale , si l'affermis* sèment de la sécurité de toutes les industries doi<» vent faire ressortir un. jour la médiocrité des trai* temens de ces petits fonctionnaires dont tous n'avez pu, cette année^ améliorer la position^ impuissance cruelle que vous avez regrettée noblement et éloquemment; si nous devons voir les assemblées généreuses et justes enfin envers ces commis-gref^ fiers^ ces instituteurs d'écoles primaires, ces desseis vans des petites communes qui ont le plus besoin de justice et de générosité, il est désirable que ce soit plutôt sous la forme de gratifications que sous celle d'une augmentation de traitemeos. La première de ces formes a^ sur la seconde, l'avantage de tenir le zèle en haleine, de rattacher clairement les espérances personnelles des employés aux progrès réels et immédiats de la prospérité publique et d'être un élément beaucoup plus actif d'émulation.

Mais à quoi bon, direz-vous^ mettre tant d'inais* tance sur un sujet qui, aux yeux du plus grand nombre, semblera pour le moins prématuré? La fortune publique est-elle près de recevoir un si grand développement que l'on puisse songer dès

aujourd'hui à une amélioration si considérable et si inattendue dans le sort des employés?

Non sans doute. La Chambre et yous-môme^ Monsieur^ ne l'avez pas jugé ainsi. Et cependant ^ considérées en masse ^ je suis convaincu que les affaires industrielles^ agricoles et commerciales de la France vous inspirent ^en face de l'avenir et du passé, quelque confiance et quelqu'orgueil. Vous croyez 9MX progrès de la prospérité publique ; eh bien ! permettez-moi de vous soumettre ce doute : annoncer dès ce moment à l'administration qu'elle sera associée désormais aux profits généraux de la société^ ne serait-ce pas un moyen de rendre ces progrès. plus rapides et plus étendus? L'administration ne travaille qu'indirectement i je le reconnais, à la production des richesses. Cependant son influence^ selon qu'elle est active ou paresseuse, intelligente ou maladroite^ peut rendre féconds ou stériles bien des efforts de l'industrie privée. Que de facilités elle pourrait offrir aux travailleurs^ si elle se sentait matériellement intéressée aux produits du travail national I Que de mesures précieuses elle aurait à prendre, combien d'institutions utiles il dépendrait d'elle de créer ! Quelle masse de documens , de lumières inattendues elle pourrait mettre à la portée du public ! Offrant partout sa surveillance, son contrôle^ sa tutelle^ mais ne les imposant jamais^ quelle économie de temps^ de forces et de capitaux, résulterait des simples mesures d'ordre que sa hiérarchie et sa centra*

lisation lui permettraient d'introduire entre ied diverses industries , entre les diverses classes de travailleurs! Si elle se sentait elle-même asso* ciée dans Ta venir aux progrès de la prospérité pu* blique , elle comprendrait toute la vertu y tonte la puissance de ce grand principe d'association , et le prenant pour base de ses réglemens et pour pn>* gramme de sa politique^ elle aiderait aux tendances naturelles de la société qui convergent non pas v^rs la lutte^ mais vers Funion. Elle diminuerait le nombre de faillites, préviendrait les encombremens, le chômage ^ par un développement mieux entendu des institutions de crédit. Partout^ enfin^ elle tra* vaillerait à mieux diviser^ à mieux combiner les efforts et à introduire peu à peu dans Tindustrle ce noble sentiment de patriotisme qui ne règne enc(N« que dans l'opinion.

Les bienfaits que l'administration peut répandre dans l'industrie sont incalculables.

Le siècle de Louis XIY lui-même n'a rien tenté de si grand que ce qui pourrait être prochainement accompli. Il est vrai que l'ancienne monarchie était juste envers les grands hommes qu'elle employait. Elle ne s'occupait que des sommités sans doote et non des masses ; mais du moins associait-elle par de larges libéralités les chefs de l'administration au succès des établissemens utiles qu'ils avaient fondés. Elle stimulait leur zèle à la fois par l'honneur et par le profit. Aujourd'hui les supériorités s'effacent; trop souvent même elles s'ignorent Ce

sont les masses qui sont en présence ; Tadministra**' tion d'une part, de l'autre la Chambre des députés^ souveraine du budget d'où découlent toutes les grâces. Si la Chambre des députés veut obtenir de Tadministration , en masse y le zèle , la vertu et les services de Colbert, qu'elle agisse donc dès ce mo«

ment comme Louis XIY, qu'elle assure au grand corps administratif, dans l'avenir au moins, sa part de profit et d'honneur.

Voilà les réflexions. Monsieur, que m'ont inspirées l'article additionnel de la commission et les développemens si remarquables de votre rapport qui resteront comme un monument dans l'histoire administrative de ce pays.

Plusieurs de vos collègues , cependant , ont accueilli avec une certaine répugnance l'idée que la réorganisation des ministères pourrait entraîner quelques sacrifices momentanés. Sans doute , ces personnes seront d'avis que j'ai exagéré les conséquences de votre proposition. Mais n'y a-til pas aussi quelque chose d'exagéré dans l'impor* tance qu'elles attachent aux plus mesquines réductions ?E$t-il vrai que la meilleure manière d'entrer dans la voie économique soit de réaliser leur rêve favori, et d'établir en France un gouverntinent à bon marché?

Singulière contradiction de l'esprit humain ! Dans la vie modeste des familles il n'y a rien dont une ménagère prudente se défie davantage que du bon marché. Les étoffes ù bon marché pèchent par

U imn on par la teinture; les gants à bon mardié 86 déchirent au moindre effort ; les fiacres à bon marché vont au pas; les fruits à bon marché ne sont pas mûrs ou le sont trop, et quant à des vins à bon marché, sans connaître vos adversaires^ j'estime trop leur goût délicat pour imaginer qu'il en ait jamais paru sur leur table. Gomment se fait-il donc que le bon marché , que chacun redoute dans ses propres transactions , trouve des partisans si passionnés quand il s'agit du gouvernement de l'État?

Les considérations dont vous avez appuyé la néeessité d'une réorganisation ^administrative, quel« que réserve, quelque mesure que vous ayez observées, expliquent cette contradiction.

Le désordre qui s'est propagé au sein de Tad* ministration a détruit toute confiance dans son utilité. Le gouvernement semble aujourd'hui un horsHd'œuvre, et certains publicistes» au moins, voudraient renfermer son action dans le cercle le plus rétréci. De là est venue cette théorie du gouvernement à bon marché que l'on s'efforce depuis si longtemps de mettre en pratique. Effort malheureux ! car en voyant la manière dont la Chambra jHrocàde à cette ouvre délicate , le public est tenté de répéter le proverbe provençal : Bùwm mono, (fuécÛÊT mivMèaî 0 bon marché, que tu me coûtes dierl

Votre rapport a fait justice de ce lieu-commun. YottsTavez dit > Monsieur, le marché le

que puisse contracter un pays, comme une famillei c'est celui qui^ avant tout, proportionne le prix des choses sur leur valeur et leur qualité. Appliqué au gouvernement^ le bon marché c'est Tordre , c'esi le choix des fonctionnaires les plus capables de rendre à TÉtat les services que Ton attend d'eux^ et c'est en même temps la rétribution convenable de ces services^ seul moyen réel par lequel on puisse être assuré d'en disposer toujours.

Mais la théorie du gouvernement à bon marché n'est pas le seul obstacle financier que rencontrera votre réforme. Il est d'autres répugnances plus redoutables peut-être et qui sont inspirées par l'état de la dette consolidée et flottante^ ou, pour me servir de l'expression consacrée , par les lourdes charges que les travaux publics, plus encore que la liquidation des préparatifs de guerre , font peser sur les exercices courans et futurs.

La majorité de la Chambre a bien montré dans son vote sur le chemin de fer d'Avignon qu'elle ne considérait pas comme des charges les dépenses productives, et certes aucune dépense ne le serait plus que celle qui aurait pour eîîet de simplifier le travail des bureaux , et de les soumettre à une discipline plus intelligente.

Toutefois le nombre des esprits qu'effraie le chiffre élevé des obligations déjà souscrites par le trésor est considérable; et il est présumable que tout en reconnaissant l'utilité d'une réorganisation

administrative! on s'efforcera de Téloigoer d'année en année.

Il est bon de se tenir en garde ^ dès ce moment, contre cette disposition funeste ; et avant de terminer j'essaierai de la combattre par quelques observations générales.

J'ai ouï faire ce raisonnement, à FoccasiOD des nouveaux crédits qu'il s'agissait d'ouvrir aux compagnies de chemins de fer : l'État doit agir avec ia même prudence qu'un particulier ^ il ne doit pas êlre moins prévoyant qu'un bon père de famille; or^ le propriétaire qui bâtirait un château, alors que son revenu ne présenterait pas un excédant suffisant pour acquitter cette nouvelle dépense^ serait un fou.

Cela est vrai pour le propriétaire patrimonial. Mais un NÉGOCIANT qui^ sans un sou et sur son seul crédit, forme une entreprise, construit des magasins^ organise un personnel d'employés, et aprèsquinzeon vingt ans de travail rembourse le capital que son génie industrieux a fécondé, et se retire enrichi et considéré; ce négociant assurément n'est pas un fou.

Ces deux hommes obéissent à deux ordres d'idées et de prévoyance tout-à-fait différons ; ils ont une manière opposée d'envisager l'économie domesti* que , la production et la consommation des richesses. C'est qu'en effet pour chacun d'eux la manière d'acquérir, la source d'où procède la richesse sont très dissemblables. Pour le premier , pour le pro-

priétaire patrimonial^ le vrai créateur de sa fortune , c'est la mort , c'est-à-dire ce qu'il y a au monde de plus triste , de plus redoutable, de plus inconnu. Un moment, un moment solennel a suffi pour l'investir à la fois de tous les biens qu'il possédera sur cette terre^ et qu'il ne doit acheter par aucun mérite ou par aucun effort. Cet instant décisif ne se représentera plus^ ou du moins s'il doit se représenter^ c'est à des intervalles éloignés^ inattendus. Tous les sentimens tendres et nobles se réunissent pour lui faire craindre plutôt que désirer la réalisation de ce que le monde appelle ses espérances. Il tremble^ et son cœur se serre à l'idée que le seul instrument producteur de son opulence fonctionne de nouveau ; quand cette odieuse machine invisible est à Tœuvre^ la tristesse^ les larmes^ les sanglots entrent dans sa demeure; tout y revêt des habits de deuil ; car^ pour qu'il possède la richesse qu'une agonie va lui créer , il faut que l'être, qu'il aime le plus peut-être^ en soit déponillé; que dis-je? il ne sera riche qu'au prix de ne jamais le revoir. Voilà de quelle manière, pour le /iro^V-^ taire palrinumial, s'opère la création des richesses.

Pour le négociant, l'industriel, le fabricant, les choses se passent d'une manière tout opposée. L'origine de leur fortune n'est pas la mort, c'est le TEAVAiL, c'est-à-dire ce qu'il y a dans la vie de plus noble, de plus animé, de plus méritant. Pour s'enrichir, le négociant n'a besoin de dépouiller personne; au contraire il ne peut s'enrichir qu'en siugmentant l'aisance autour de lul«

Je ne ptétendi pu sans doute que lel ateliws e( les manufactures soient un liçu de délices d'où la peine et la misère soient exclues, où la productioa des richesses s'opère toujours an milieu des chan* sons^ des rôves de plaisir et de bonheur; non» cer* tes! La condition des travailleurs de tontes les classes, et des classes inférieures surtout, appelle de nombreuses et de radicales améliorations ; mais le principe de tous ces bienfaits existe déjà en germe dans la constitution même du travail. L'exemple de la Compagnie belge de colonisation et de Tes^ sai tenté par M. Leclaire le prouve suffisamment. C'est parce que le travail crée des richesses nouvelles, sans dépouiller personne^ qu'il serait possible, par une organisation plus intelligente et plus éco» nomique^ par une application plus étendue et plis prévoyante des forces dont l'homme dispose , par une meilleure distribution des produits er^^ de répartir équitable ment l'aisance au sein des classes les moins favorisées. Mais cet espoir, cette sollicitude , c'est le négociant seulement qui peut les concevoir parce qu'il sait quelles merveilles, quels trésors enfante le travail, parce que l'accrois* sèment de sa fortune n'a pas d'autre origine. . Le propriétaire patrimonial , au contraire, dont le revenu ne change pas, ne peut accroître ses res* sources que par Tépargne. Un propriétaire patrinuh niai qui commence à emprunter est bientôt ruiné , tandis que le manufacturier , le négociant, Icmar*

CHAND, le RANQUIER qui NE TROUVERAIENT PAS A EMPRUN- TER , qui n'auraient pas de crédit^ seraient perdus»

Yamûffùtetr^otu M. de Rofhflbklld , M. DélêSBéft, M. Oppérmad^ «'inquiétAnt dé 1a tnasse des capi-^ tAox quê la confiance da public verse à toat insfaiit dans leurs caisses , et se creusant Tesprlt pottf tronver un moyen de remAonrsef leur dette? Vous n'hésiteriez pas à dire qu'un temps si précieux serait beaucoup mieux employé à éreutDae leurs âf- FimES. C'est que ces messieurs vivent et agissent en négoclans et ndn en propriétaires patrimoniaux; ils emploient la richesse à cAéëH la richesse ; et grâce à leur intelligence et à leur habileté^ les ca* pitaux , au lieu de se dissiper dans leurs mains , se multiplient incessamment dans une progression presque géométrique.

Ce point de vue avait particulièrement frappé^ il y a douze ou treize années^ an homme qui fut k la fois un grand banquier et un grand ministre. Ayant observé que, dans les exploitations agricoles, le possesseur de Tinstrument de travail et non le travailleur disposait da crédit et que par conséquent l'argent prêté à la terre, loin de la féconder, Tépuisaît, Casimir Périer avait provoqué une réforme radicale dans la constitution du régime hypothécaire (4).

Cette tentative généreuse n'a pas eu de suite, parce qu'elle avait contre elle des préjugés puis-

(i) Aoiovdliiii llntérdt seul des prên byiKitliéâJra monté •niiaél' lement à plus de 600 millions ; c'est-è-dîre <|ue le s^l esl gre?é d^iut dette de doaze milliards, dont la plas graode partie a été employée à des objets étrangers 5 ragrlcttUare.

sans ! Et ce sont ces mtoies préjugés ^ sous lesquels a succombé la réforme hypothécaire de Casimir Périer , qui faussept encore aujourd'hui les idées de crédit public.

La diversité de situation, entre le propriétaire patrimonial et le négociant; explique donc la différence du point de vue auquel on peut envisager l'emploi des ressources du trésor. L'État doit-il administrer ses finances, doit-il Oig^r , en propriétaire patrimonial ou en négociant? Telle est au fond la vraie , la seule alternative que présente la contradiction des systèmes d^économie publique. Si l'État doit agir en propriétaire patrimonial, il faut qu'il applique tous ses soins à borner ses dépenses, à rembourser ses dettes , à augmenter l'épargne. S'il doit agir en négociant, au contraire , il appliquera son temps et ses efforts, bien moins à borner l'u* sage du crédit qu'à en régler sagement l'emploi.

Au surplus, il ne faut pas exagérer les hésitations de l'esprit public. Entre ces deux systèmes, c'est le système f éco nd e t rationnel qui est en voie de progrès depuis 4 850. Ce n'a pas été une chose indifférente et inutile que des banquiers, des commerçans , des hommes comme MM. Lafûtte, Périer, Humann, Cunin-Gridaine et vous-même, Monsieur, ayez tenu en main pendant douze années la direction ou la haute discussion des finances de l'État. Les membres de la Chambre , dont les neuf dixièmes sont encore aujourd'hui étrangers aux professions industrielles et ne pratiquent pas personnellement le

crédit^ ont profité des lumières et de Texpérience des négoeians que la confiance du roi et du pays appelait à la tête des affaires. La majorité est entrée dans une voie toute nouvelle , comme l'attestent suffisamment les crédits ouverts aux routes de rOuest, aux monumens de Paris^ aux écoles primaires^ aux bateaux transatlantiques^ a l'Algérie, aux fortifications du royaume, et à tant d'autres entreprises nouvelles qui ont amené une si rapide progression du budget des dépenses. Aujourd'hui cependant cette progression, dont la Chambre n'aperçoit pas dans l'avenir la limite, semble la surpen» dre et l'effrayer. Mais sa surprise et son hésitation n'ont rien d'inquiétant; ce qu'elles témoignent au fond , ce n'est pas un doute sur la doctrine financière à suivre ; c'est un doute souvent légitime sur les moyens que le gouvernement possède d'appliquer convenablement cette doctrine.

Tout le monde sait que l'État ne meurt pas, que le trésor représente la caisse d'une maison de commerce, qui a ce grand avantage sur les parti* culiers de pouvoir entreprendre des spéculations à très long terme. L'État ne liquide pas ses affaires comme le négociant que la vieillesse ou le dégoût a saisi , et qui veut se retirer , doter ses enfans ou leur* ouvrir d'autres industries. Aucune circons* tance ne peut obliger l'État à rembourser les capitaux que le public lui confie pour Us faire valoir. Ces principes sont désormais généralement reconnus.

Mais maintenant l'État s'entend41 à faire valinr les capitaux qu'on lui confie aussi bien que les particuliers? Les crédits ouverts par les assemblées^ pour les divers servides publics, rencontrent41s, dans les administrateurs chargés d'en gérer Temploi, une intelligence, une activité, une soUici* tude égales à celles que déploient les chefs de Tin* dustrie privée?

C'est là, Monsieur, que le doute commence; doute légitime , qui n'a rien d'offensant et qui, ao lieu de contrarier , de choquer les membres du Cabinet, doit les guider, les éclairer sur la situation véritable du pouvoir, sur les rapports réciproques du gouvernement et du pays.

Il n'est que trop vrai que sous le rapport administratif le gouvernement n'est pas constitué de manière à inspirer toute confiance sur Temploi des fonds qu'il sollicite. La direction la plus économique qu'il puisse donner à ses entreprises, financièrement parlant , c'est donc la réparation , le perfectionnement de la machine gouvernementale elle-même, c'est-à-dire que les travaux les plus urgens, les plus productifs sont précisément de la nature de cette grande réforme que vous avez provoquée et qui a réuni l'assentiment des deux Chambres et du Cabinet. Il ne s'agit pas là en effet de grands travaux de terrassement ou de maçonnerie à diriger, de haras à exploiter, ni d'aucune industrie à constituer en monopole; et il ne saurait être question de combattre l'intervention de l'État par

ces fameux reproches d'incapacité dont je viens de montrer la véritable source, il s'agit au contraire de tenir compte de ces reproches et de travailler à les rendre iolpossibles dans l'avenir ; en un mot , il s'agit d'organiser plus convenablement les princi* paux rouages administratifs; or, en fait d'adminis* tration^ on admettra sans doute que les administrateurs sont compéteos.

Ainsi, sous le rapport financier, la réforme appelée par la commission du budget a pour elle non seulement les vrais principes qui président désormais à l'ouverture des crédits ^ mais jusqu'au sentiment de prudence qui les fait repousser souvent par la conviction que l'État n'est pas constitué de manière à les appliquer économiquement et utilement«

Vous l'avez dit : s'il est nécessaire de s'imposer quelques sacrifices momentanés , la Chambre s'y déterminera par la considération que le but est utile et qu'il sera fait des fonds un bon et sage emploi. Oui , Monsieur^ les pouvoirs publics seront fidèles à l'engagement qu'ils ont pris en commun, et l'on ne verra pas cette œuvre généreuse et vraiment patriotique avorter comme tant d'autres. La France en a pour garant la faveur constante qui a récompensé, au sein du Palais-Bourbon, le zèle, les lumières, la fermeté que vous avez déployés dans la longue discussion du budget.

Je n'ajouterai qu'un mot, c'est qu'il y va pour la majorité et je dirai même pour la bourgeoisie tout entière, de son honneur , de sa dignité, de sa

puissance. La bourgeoisie a mis dooze années è constituer, à consolider ses droits. Le moment est venu où elle doitsonger désormais moins à ses droits qu'à ses devoirs. Des devoirs immenses pèsent sur elle^ en effets et Tunique moyen de justifier le monopole qu'elle s'est attribué^ c'est de les rempiirdignement. Ce qui a perdu jusqu'à ce jour toutes les classes privilégiées^ en qui s'était concentré momeotanément l'exercice des pouvoirs politiques , c'est l'égoïsme. Ces classes , une fois investies de Tautorité , n'en faisaient usage qu'à leur profit. Elles considéraient les classes inférieures comme uoe race qui leur était étrangère par le sang et par la nationalité. Les Spartiates, vous le savez, pour maintenir leurs enfans dans la pratique de la sobriété, leur donnaient le spectacle d'esclaves gorgés de viandes et de vins délicats.

Certes , la bourgeoisie n'est point composée de Spartiates; et la manière dont elle traite les petits fonctionnaires n'a point de rapport avec le sort des ilotes. Mais les moyens les plus contraires peuvent amener les mêmes résultats. Que la bourgeoisie, Monsieur , considère donc à quelle extrémité elle condamne ses maîtres d'école primaires , ses commis-greffiers, ses desservans ; et qu'elle n'attende pas, pour son honneur, que tout ce petit peuple administratif, à 500 fr. et à cent écus, lui adresse la sanglante apostrophe du poète espagnol :

a II n'est pire indigestion , que celle que donne la faim ! »

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