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parole de FATAoïf une plus grande autorité. • Il n'est pas plus possible^ dit-il^ d'égaliser les fortunes que d'égaliser lesintelligences. Tout partage^ quel qu'il soit^ ne donnerait point au paresseur l'amour da travail^ ni au dissipateur l'ordre et l'économie sans lesquels dans toute société on ne peut pas plus acquérir que conserver. Tout doit donc venir du travail, rien que du travail; malheureusement l'ouvrier n'en a pas toujours, et lorsqu'il en a, le salaire qu'il reçoit suffît à peine pour subvenir à ses pro{Kre8 besoins et à ceux de sa famille. Chacun dans sa position apprécie ses tourmens et ses souffrances; mais que faire pour les diminuer? Faire participer l'ouvrier danales bénéficeequ'il concourt à produire(4). »
Après avoir établi le principe général qui do* mine le nouveau mode d'organisation introduit dans ses ateliers, M. Leclaire le justifie par des considérations dont la justesse et le bon sens seront sans doute à vos yeux une excuse pour d'aussi longues citations.
Le danger qui menace l'entr^raieur, ce n'est, à l'entendre, ni les faillites, ni les mauvaises paies^
* (1) 11. Ledaire se demande si ee principe* f icilemeiit applicdrte ém rentreprise de peinture en bâtiment, le serait aossi dans les antres in* dusiries. Il appelle sar ce point Topinion etle Jugement des chefs dMiabllsseraens, et H ajoute : « Toujours est-il que si ceux qui se Ironvenii ta tête (les travailleurs établissaient une organisation telle que leon intérêts propres fussent moins étrangers à ceux de leurs ouvriers , tes chefs d'entreprises acquerraient une tranqo&Kté qull n^est pas possible d'obtenir aojourd hui dans les affaires. »
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c'est rindifféreoce des ouvriers^ indifférence telle^ à ce qu'il parait^ qu'on obtient à peine de certains d'entre eux les deux tiers du travail qu'ils pourraient produire; de là^ l'irritation continuelle des chefs d'entreprises.
c L'entrepreneur , en voyant ses intérêts parfois si fortement lésés , se trouve d'autant plus malheureux qu'il est obligé de se taire et même de prendre certaines précautions pour ménager l'amour-propre mal placé de ceux qu'une légère et juste observa* tion souvent indispose, et qu'une plus forte réprî* mande exciterait à lui faire éprouver un plus grand préjudice par une nouvelle perte de temps. C'est une lutte morale, une inquiétude de tous les instans. L'homme de cœur sent qu'il ne s'agit pas seulement de ses intérêts matériels, mais que son honneur est mis en jeu par ceux qu'il paie.
1 Tout meurtri d'une telle lutte, l'entrepreneur, qui a pu réaliser à peu près les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de sa vieillesse, quelquefois malheureusement par des moyens que l'honnêteté désavoue^ s'imagine se venger en s'éloignant au plus vite de ceux qu'une mauvaise combinaison d'intérêts lui a fait considérer comme ses ennemis. Si les intérêts réciproques étaient mieux combines^ le chef d'industrie serait moins âpre au lucre ; il pourrait, à l'aide de sages réglemens auxquels les ouvriers comprendraient la nécessité de se soumettre , exercer jusqu'à sa vieil*-
lesse une influence toute paternelle sur ceux dont il a été souvent le compagnon d'infortune. »
t Si l'ouvrier était constamment assuré d'oavrage , ajoute M, Leclaire^ sa position paraîtrait eu quelque sorte plus heureuse que celle de l'entrepreneur^ puisqu'il est assuré du minimum de sa journée. Le commis a de même pour minimum k» traitement et il m s'inquiète généralement pas dMcm-^ tage de ce qu'il produit ou du temps qu'il perd; /m et l'autre^ l'ouvrier et le commis^ ne courent m boim, ni mauvaise chance, n'oint d'autre motif d'énadatùm que la conscience de leur devoir. Il n'en est pas de même de l'entrepreneur; il attend tout du hasard puisque rien ne lui est assuré. De cette position in* certaine et chancelante naissent ses tournons journaliers qui le contraignent à faire tous ses efforts pour prévenir le désordre qui s'introduirait dans ses affaires. »
Il est impossible d'exprimer avec plus de bon sens et plus de modération un état de choses qui a plus d'un rapport avec ce qui se passe au sein des ministères. Les employés de l'administration , de même que les employés de l'atelier^ sont dirigés ^ eux aussi^ par un entrepreneur qui attend tout du hasard et pour qui rien n'est assuré; cet entrepreneur^ c'est le ministre !
Le ministre est l'entrepreneur responsable^ dont la sécurité dépend à tout instant de la négligence^ de la mollasse ou des fautes de ses employés. Lui
aussi peut être condamné à déposer son bîlan^ c'està-dire à donner sa démission. Il n'est donc pas moins intéressé que l'entrepreneur industriel à introduire de Tordre dans ses affaires ; et c'est ce qui explique Tappui unanime que vous avez rencontré dans le Cabinet. Mais j'ai hâte de terminer cet exposé préparatoire et de vous faire connaitre le plan de M. Leclaîre.
Ce plan , malgré les difficultés que présentait ridée d'une répartition proportionnelle des bénéfices entre tous ceux qui avaient contribué à les produire, ouvriers, employés et entrepreneur, est d'une extrême simplicité. M. Leclaire conserve le salaire de ses ouvriers, les appointemens de ses employés et s'attribue à lui-même un traitement fixe. Le total formé par l'addition de toutes ces sommes est mis en balance, au bout de l'année y avec les bénéfices de l'établissement , tous frais dé* duits ; et la mesure de la participation de chacun est naturellement indiquée par la proportion exis* tante entre le total net des bénéfices et le total des traitemens et des salaires. Par exemple, si, après avoir prélevé tous les frais, les bénéfices nets fussent montés à 3,000 fr. et que le total des salaires et des traitemens se fût élevé à 50,000 fr., la part proportionnelle do chacun dans les bénéfices eût été juste du dixième de son salaire et de son traitement.
C'est d'après celte règle que la répartition a été opérée on ^842. Los bcnéfîcos étaient de \ 1,886 fr.;
quarante-quatre personnes y ont participé. Je ne puis me refuser à faire connaître un de ces comptes succincts qui fera mieux comprendre les élémens d'ordre qu'un pareil système pourrait introduire dans les ateliers.
Beaapré a travaillé 307 journées 1/2 ; il a reço pour salaire 1.552 fir,;
et pour sa part proporUonnellement des bénéfices. 341 »
payés comme il soit:
Le 15 février 1863 en espèces 100 ■
26 mars 18&3, en un dépôt à la caisse d'épargne 50 »
» » en une souscription à la société des Jeu-
nés garçons pauvres du département de la Seine 20 »
Pour solde «... 171 >
Total 341
Les autres comptes sont identiquement semblables , sauf les chiffres; tous les ouvriers sans exception ont placé, sur leur part de bénéfices, 50 fr. à la caisse d'épargne , et consacré une somme de 20 fr. à la société de patronage. Enfin , il résulte de la confrontation de tous les comptes que, grâce à cette combinaison de salaires fixes et de participation dans les bénéfices , pas un ouvrier ayant travaillé 500 journées n'a touché moins de \ ,500 fr. C'est le chiffre que la commission propose comme minimum des traitemens des employés dans les administrations centrales. Plusieurs ont dépassé ce chiffre. Beaupré, dont j'ai donné le compte en détail, a touché \ ,895 fr.; Brodin a travaillé 505 jour* nées A, il a touché 4,5^4 fr.; Capelle a travaillé 299 journées 1, il a touché \ ,679 fr.; Chopin a tra-
vaille 340 journées^ il a gagoé 4^752 fr.; Couerbe a travaillé 293 journées 1, il a gagué 4 ,647 fr.; Loriard a travaillé 306 journées \, il a gagné 4 ,742 fr. Chaque compte constatant les paiemens en espèces, les dépôts à la caisse d'épargne et les souscriptions à la société de patronage, est acquitté par l'ouvrier lui-même. M. Leclaire enfin s'étant alloué une somme de 6,000 fr. pour son traitement annuel, sa part de bénéfices a monté à 4 ,34 8 £r. soldés comme suit :
26 mars 18&S , en nne sonscription à la société de
pau-onage. 80 »
> » en espèces, 1,238 »
Total 1,318 »
ce qui a porté ses bénéfices personnels dans Tentreprise
à la somme de 7,318 »
Tels sont à la fois , Monsieur , le système que M. Leclaire a introduit dans son atelier et les résultats qu'il a produits. Je ne saurais trop répéter qu'en Texposant sous vos yeux je n'ai aucun espoir de voir appliquer cette tentative industrielle, très modeste et très exceptionnelle surtout^ à l'organisation des divers rouages de l'administration centrale. 11 ne peut entrer dans l'esprit de personne d'intéresser dii^ectement et au marc le franc les fonctionnaires publics au développement progressif de la prospérité nationale , de leur donner une part proportionnelle dans les bénéfices généraux de la société.
I^ position de l'ouvrier et celle de l'employé
diffèrent essentiellement; en effet , les bénéfices produits par le genre de travail auquel l'ouvrier a pris part sont facilement appréciables à la fin de Tannée. Il suffit de comparer le passif et l'actif de l'entreprise; la balance indique si Tentrepreneur est enbénéficeouenperte. 11 n'en est pas ainsi des travaux auxquels remployé a pris part; ces travaux sont d'un ordre moral et n'exercent sur la prodoc* tion générale des ricbesses qu'une influence iodi^ recte, dont la valeur ne saurait être appréciée d'année en année. Comment vérifier si Tordre, la justice et la protection que le grand corps des agens administratifs est chargé d'assurer aux travailleurs ont plus rapporté qu'ils n'ont coûté? Si la nation tout entière y qui fait les frais de ces services^ est, à cause d'eux^ en bénéfice ou en perte? C'est ce qu'aucun document ne saurait constater, même en termes générauï^ au bout de Tannée. Il y a des signes certains, comme je Tétablirai plus tardj» delà prospérité ou de la détresse publique; mais pour que ces signes aient un sens sérieux il faut que le chiffre d'une année se répète dans les années suivantes; autrement, le chiffre, au lieu d'indiquer un état de choses régulier, pourrait bien ne signaler qu'un de ces engouemens exagérés de l'industrie, suivis de déception^ et contredits^ Tannée d'après, par un signe contraire.
Mais autant il serait insensé , k chaque progrès de la fortune publique, de vouloir constater dans quelle proportion les employés deTadministratioD
ont mérité d'y prendre part , autant il serait injuste et déraisonnable de prétendre, quelle que soit rétendue de ces progrès, que les fonctionnaires, comme les Parias de Tlnde, doivent y rester à tout jainais étrangers.
L'ouvrier peut être admis en participation des bénéfices, dans la forme ordinaire des sociétés commerciales. La forme sous laquelle l'employé pourrait être intéressé personnellement à Taccroissement de la prospérité publique ne saurait être que générale, morale. C'est à la société, quand toutes ses carrières s'améliorent, à faire, par l'entremise de ses représentans, une position meilleure aux fonctionnaires administratifs; et j'oserai dire que, dans ce cas, c'est un devoir.
Vous remarquerez, Monsieur, que depuis vingt années, si le sort des administrateurs n'a rien gagné aux progrès de la fortune publique, il a beaucoup perdu au contre-coup des grandes perturbations qu'elle a subies.
Cliaquê fois que des commotions politiques détruisaient la confiance, suspendaient les travaux^ multipliaient les faillites, et renversaient tous les calculs des spéculateurs , les traitemens des employés étaient soumis à un système de réduction dont la rigueur, il faut l'avouer, était justifiée par l'instabilité de toutes les carrières. C'est ce qui a eu lieu, en ^846, alors que la France se ressentait encore de l'ébranlement causé par la chute de l'édifice impérial, et en 4850, quand la révolution
des trois jours remit en question la paix de l^orope et menaça nos cités de la guerre civile. A ces deux époques les capitalistes, les fabricaos, les commerçans , qui avaient vu naguère les chances défavorables se multiplier et la plupart de leurs entreprises aboutir à des désastres, devaient envier la position assurée des employés publics que les Milites n'atteignaient pas et qui, ne participant à aucune des luttes tenibles de Tindustaîe, ne pouvaient prendre part à la détresse conmiune que par une diminution universelle des traitemens.
Encore une fois, c'était justice. La sollidtude légitime qu'inspire le sort des fonctionnaires ne saurait aUer jusqu'à leur attribuer, dans les temps malheureux, le monopole de Fabondance et de la sécurité. Mais de même, il ne serait pas plus juste, quand Fabondance et la sécurité ont reparu dans les carrières industrielles, de tenir les traitemeos des fonctionnaires éternellement abaissés au chiffre des temps malheureux.
Ici, Monsieur, je sens que je touche à une matière très délicate.
Est-il possible de conserver entre les carrières de rindustrie et les carrières de radministration un équilibre raisonnable, qui monte et baisse suivant les fluctuations si mobiles de la fortune publique ? Ces carrières si diverses ont leurs avantages et leurs inconvéniens. Ici, la considération, l'honneur, un traitement et une retraite assurés
compensent la modicité de la rétribation des tca* vaux. Là| des chances funestes, l'absence de fixité et de prévoyance doivent être compensées par une rétribution relativement plus considérable.
Cela est vrai ; mais^ quelle que soit la proportion que Ton adopte comme type normal^ que Ton dise, par exemple^ que l'équilibre existe quand la journée d'un ouvrier maçon à Paris est égale à celle d'un sous-lieutenant; quand la journée d'un ouvrier horloger est égale à celle d'un recteur d'académie; quand l'épicier en gros ou le bonnetier achalandés trouvent, dans leur inventaire au 54 décembre^ un solde de compte égal au traitement d'un maréchal de France; quand les honoraires d'un avocat illustre , d'un agent de change occupés égalent le traitement dun ministre ou d'un ambassadeur; quand la danseuse en renom recueille, dans les représentations d'une année, une somme égale aux traitemens de la moitié des membres du cabinet; que l'on exagère enfin tous les chiffres en faveur de l'industrie, sous prétexte de cette absence de fixité^ de prévoyance et d'honneur que présentent ses professions^ on arrivera à une limite où le respect humain obligera les adversaires les plus prévenus de l'administration de s'arrêter.
Eh bien I Monsieur, cette limite, je l'accepte telle qu'on voudra la fixer ; et la prenant pour base d'un équilibre désirable entre les deux conditions si diverses que font au travail l'industrie privée et l'administration publique , je dis maintenant que
ctl éqftiilibrepoDiTd être rôtnptt de deux manières.
Ou de grandes convulsioDs politiques feront supporter à l'industrie des crises funestes , et^ dans ce cas^ les carrières de Tadministration seront relativement plus avantagées ; c'estce qui a eu lieu après 484 5 et après 1850. Ou, grâce au retour de Tordre, les destins de la spéculation redeviendront prospères; et, les traitemens administratifs restant sfationnaires au sein de l'abondance générale, l'équilibre sera rompu en faveur des carrières indostrielles.
Reconnaissez-le donc, vous, capitalistes, propriétaires, commerçans, banquiers, fiibricans, armateurs, vous qui, suivant une expression célèbre, tenez, depuis vingt-cinq ans, les cordons de h bourse; reconnaissez-le, vous avez diminué les traitemens des employés et des fonctionnaires dans la mauvaise fortune, et vous n'avez pas songeâtes augmenter dans la bonne; voilà l'entière vérité!
L'idée d'associer l'administration à la bonne et à la mauvaise fortune de l'industrie n'est doDC point une nouveauté. Le principe de cette associa* tion est déjà en pleine vigueur; seulement l'administration jusqu'à ce jour n'est «ssodée qu'aux désastres de l'industrie, elle n'est pM associée k ses triomphes. Il ne s'agit donc pas d'introduire an système nouveau , mais de conserver le système existant, de Je développer et de le compléter.
Réduites à ces termes, on sent que toutes les objeetftons disparaissent.