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étiez digne du rang où Dieu vous a placé; et ai chef de l'État que la dynastie avait désormais en vous un nouvel appui et un nouveau lien , au sein de la nation.
Il n'est pas indifférent , sans doute , pour l'union des partis en France et pour l'avenir de la dynastie que les esprits ardeds trouvent dans les actions des princes du sang, comme un avant-coureur de ces élans de hardiesse et de générosité qu'ils voudraient voir s'etnparor du gDQvetnemsnt A% l'État, comme une promesse qu'avec la génération qui s'élève, un sentiment nouveau fera justice des instincts timides qui dominent les assemblées.
• Honneur à vous^ Prince, qui , au début de la vie et par votre première action d'éclat, venez animer d'une étincelle généreuse les préoccupations trop souvent mesquines de la politique I Honneur à vous qui^ riche d'espérance, de jeunesse et de tous les trésors que peut distribuer la fortune, à vous qui; ayant tant de choses excellentes à conserver^ savei Ids hasarder toutes pour l'accomplissement d'une vertu trop oubliée de nos jours, le devoir, pour la possession d'un bien, plus précieux que fous les autres et que vous contribuerez à réhabiliter parmi nous, la gloire !
Ces considérations ne sont point étrangères au sujet que j'ai dessein de traiter devant votre Altesse Royale ; l'aspect sous lequel je compte envisager les affaires d'AfVique, c^est en effet Ife cMé do
devoir et é^ rfaonneor. hœié'winê ÉtôÉtéber-
ché en Algérie que le développement direct des inléréls matériels de la métropole; à ce point de vue très secondaire et très incomplet^leurs tentatives de colonisation^ leurs calculs de profits futurs ont soulevé de vives et souvent même d'assez raisonnables contradictions.
Il est temps de se dire que nous n'avons pas seulement des profits à retirer de TÂIgérie, mais que nous avons aussi des- obligations sacrées à y remplir; il est temps de se dire que nous ne som* mes pas seuls dans le monde^ et de compter pour quelque chose le degré d'influence que nous donnerait au milieu des nations européennes, et particulièrement sur les rives du Bosphore, à Damas, en 8yrie, partout enfin où les enfans du Prophète dominent et gouvernent des nations chrétiennes, le cofitrecoup du gouvernement meilleur, que nous, chrétiens, nous pouvons introduire au sein des tribus musulmanes de l'ancienne régence.
La situation exceptionnelle de la France en Algérie, la Russie l'avait seule possédée jusqu'à ce jour ûKasanet en Crimée; et cette situation lui avait offert peut-être l'un des ressorts les plus puissans de sa suprématie à Constantinople. Puisque la Providence nous donne enfin les mêmes avantages, sachons en apprécier la valeur et, surtout, sachons en profiter.
J'écarterai d'abord deux grands intérêts sur lesquels a porté, depuis l'origine de la conquête^ toute
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la polémique et qui me semblent désormais hors de cause : la guerre et la colonisation.
L9 colonisation^ en effets a trouvé enfin son système. Ainsi que Ta annoncé à la Chambre M. le président du conseil, ce n'est plus par fermes isolées, mais par villages composés de familles^ que le gouvernement accomplit désormais cette œavre^ dont on s'exagère peut-être l'importance. Quoi qu'il en soit, le système existe ; il est en voie d'exécution^ et l'avenir peut seul permettre d'en apprécier les résultats.
La guerre, concentrée de plus en plus dans les provinces de l'Ouest^ a aussi son système^ conçu par M. le gouverneur-général qui, plus que p^sonne^ est capable d'en diriger les opérations. Le bàton^de maréchal qu'il vient de recevoir, juste récompense de ses glorieux services, doit l'attacher plus intimement encore à ces entreprises dont la prise de la Smala rendra nécessairement H conclusion plus pyrochaine.
S'il est permis de comparer la fortune de l'émir à la fortune du plus grand capitaine des temps modernes^ il semble en effet. Monseigneur, que la journée d'Aïn*Taguin doit étre^ pour Abd-el- Kader, ce que l'incendie de la capitale des czars fut pour Napoléon.
Depuis 4796 jusqu'en 4842, un système de guerre savant, prévoya;nt, etmerveilleusemento^ donné, une stratégie pleine de civilisation avait dominé l'Europe. Mais le jour où la grande armée.
quittant Moscou en cendres, dut traverser de vastes contrées que leurs propres habîtans avaient transformées en désert, le jour où commença cette retraite sans munitions, sans arsenaux, sansravitaillemens, sans solde, sans hôpitaux , ce jour-là le génie de la grande guerre était englouti dans les flammes du Kremlin. Le cosaque, le barbare, pouvait désormais triompher de Napoléon.
Depuis ^850, un système de guerre qui a eu ses prodiges aussi, non de science, mais d'audace; non de prévoyance, mais de persévérance ; non pas d'ordre, mais d'énergie; une stratégie toute barbare enfin lassait la France et ruinait l'Algérie. Un acte sauvage, l'incendie de Moscou, avait frappé au cœur Napoléon. Un acte tout français, la chevaleresque attaque d'Âïn-Taguin, a renversé la fortune de l'émir.
Oui, mon Prince, Taguin c'est le Moscou d'Âbd-el- Kader. Fairedesrahziassans fin sur les tribus, comme nous les faisions depuis treize ans, ce n'était pas vaincre cet ennemi insaisissable, c'était plutôt envoyer des recrues, des vivres et des âmes pleines de vengeance à la Smala qui formait, à elle seule, tout le système de cette guerre de Numide. Arsenal , magasins, hôpital, archives, trésor, la Smala était tout; elle était le gouvernement du chef et la famille de chaque soldat. Aujourd'hui, la Smala n'existe plus. Le général Lamoricière et le colonel Gery viennent de lui porter le dernier coup. Tout est dispersé, enlevé, anéanti. Abd*el*Kader, dit-on» repa« rait encore ; sans doute la guerre n'est point ache-
vée ; il a eu son Moscou, il aura son Leipzig et son Waterloo. Mais enfin le coup est porté.
Dès ce moment, une nouvelle ère commence réellement pour l'Algérie . La ralizia est désormais le châtiment et non toute ta guerre. La guerre ellemême ne forme plus toute la politique algéribïîœ. Dès aujourd'hui, Monseigneur, la France doit songer à gouverner sa conquête et non pas seulement à la conquérir; et les Arabes doivent nous apparaître, ce qu'ils sont ou du moins ce qu'ils deviendront bientôt, des sujets de la France, de jeunfô frères appelés à grossir notre bonne fa mille et non des ennemis. Nous savons maintenant comment il fallait, comment il faut encore les cow^aWre, apprenons à les ADMINISTRER.
Ce point de vue a contre lui sa nouveauté même. Sauf Touvrage de M. Enfantin, intitulé la Colmm iion de l'Algérie, aucun des innombrables écrits publiés sur la question d'Afrique n'en a tenu compte; aucun n'a parlé de Tadminislration des tribus soumises. M. Enfantin l'a fait avec des développemens réglementaires que les hommes compélens ont appréciés^ et leur suffrage m'enhardit à compléter son beau travail d'organisation en traitant le même sujet sous une face nouvelle^ sous la face politique et diplomatique.
Laissant donc de côté la guerre et la colonisation, je ne m'occuperai que de l'administration des indigènes. Deux raisons principales m'y déterminent : l'administration des indigènes n'a encore
été soamise à ancun principe d'ordre^ à auonn plan régulier ; et il est d'autaqt pins nécessaire cepen* dant, d/autant plus urgent de fonder cette administration sar une base solide , qœ des trois élé-^ mens du gouvernement algérien c'est désormais le plus considérable et le plus précieux. Oui^ Mon* seigneur^ administrer sagement , paternellement leskibus soumises^ telle est la clé de voûte du système de gouvernement de TAlgérie* Il y va de raffermissement de notre domination ; il y va de la sécurité même de nos colons et de la prospérité de leurs établissentens ; il y va de rapprovisionne-» ment de nos marchés dont les indigènes se charge-ront toujours à plus bas prix ; il y va de nos rela« tions avec le centre de l'Afrique^ que les tribus seules peuvent renouer; il y va de l'économie des deniers de TÉtat , car la bonne administration des tribus soumises peut seule consolider la paix et permettre de diminuer considérablement Tarmée d'occupation ; il y va enfin de notre influence en Europe^ considération puissante chez un peuple jaloux à bon droit de son honneur et de sa re^ nommée.
Quand on détourne les regards du théâtre de la guerre et des essais de colonisation^ et que Ton cherche à se rendre compte des rapports pacifiques de l'autorité française avec les indigènes, des insti*tu tions utiles^ des bienfaits que nous avons répan«dus sur cette terre dont nous nous sommes emparés , non par le droit du jUw fort^ mais par le droit
dn phm dmltsé, où demeim sorpria et affligé.
Saos doute ^ la néc68si|^é d'établir entre nos positions militaires des contnunications plus faciles et de garantir le siège même da gouvernement contre toute surprise ^ en cas de guerre maptime > nous a fait entreprendre des travaux importans. Le système de chaussées que les généraux Rovigo et Voirol ont fait exécuter dana les environs d'Alger^ les routes qui rayonnent de Constantine , de Bone, d'Oran et relient ces villes aux points principaux de chaque province , les quais et le môle d'A^r, qui préparent sur cette côte dangereuse un port ma* gnifique^ et toutes ces constructions utiles éleyées comme par enchantement à Philippevilie , à Bôoe^ à Gigelli, à Mostaganem, à Oran^ à Chercttell, sout des momimens qui ne font pas moins d'honneur à l'armée que ses campagnes meurtrières.
Mais tous ces établissemens , aussi bien que les améliorations opérées dans Tadministration de la justice et dans Thygiène du soldat, ont eu pour but la population française et non la population indigène , et sanf ces fameux cadeaux de pistolets et de yatagans, dont le détail a soulevé de si vives réelamations an sein des commissions de la Chambre, sauf quelques réglemens pour la conservation de certaines corporations de métiers et pour le libre passage, à bord des paquebots de TÉtat^ des pèlerins faisant le^voyage de la Mecque, il est triste de se dire que notre domination n'a encore été sigQaléeau sein des tribus par aucune de ces grandes mesure?
d'ordre et de protection qui^ plus encore que l'emploi de la force ^ légitiment et consolident les nouveaux pouvoirs.
Depuis treize années^ -ignorante elle-même de son avenir^ de la mission à laquelle la Providence rappelait^ la France a niégligé d'utiliser les élémens naturels qu'offraient l'organisation antérieure du pays, les mœurs, le caractère arabe et les pratiques de la foi musulmane; elle a vécu au jour le jour^ tantôt sans système arrêté^ tantôt mettant en jeu des systèmes contraires à ses vrais intérêts^ à la sécurité de sa domination ou conçus en dehors de toute étude de l'histoire , des habitudes et des passions des races indigènes; la France n'a pas même songé à imposer à ses fonctionnaires l'obligation d'apprendre la langue du pays. Enfin, bien qu'elle n'eût rien fait encore pour s'attirer l'obéissance et la fidélité des indigènes, elle a considéré comme un crime leurs efforts pour se soustraire à une autorité qui leur était étrangère par la religion, le langage, les lois, les préjugés. Nous, peuple chrétien et fier de l'être, c'est l'indifférence et le dédain dans le cœur, c'est le sabre de Mahomet an poing que nous avons prétendu civiliser ces enfans du Prophète.
Âh ! du moins , puisque nous prenions pour modèle la conquête des Sarrasins et des Turcs , nous aurions dû imiter les exemples de sagesse et de modération qui ont signalé le début de leur politique à l'égard des peuples conquis.
Nous aurions dû nous rappeler que Mahomet II, vainqueur de Constantinople, se précipitait le pre* mier dans la basilique de Sainte-Sophie^ Qt, pour sauver des atteintes de Id soldatesque les marbres du monument et la foule de femmes et d'enfans qui y avaient cherché un refuge , donnait Tordre à ses ulémas de monter en chaire et de lire la prière.
Nous aurions dû nous rappeler et renouveler peut-être ces belles recommandations qu'Ababecker adressait à ses généraux au moment où ils envahissaient la Syrie : « Souvenez-vous que vous ôtes toujours en présence de Dieu et à la veille de la mort. Évitez l'injustice et l'oppression ^ condaisez-vous comme des hommes, sans tourner le doS; mais que le sang des femmes ou celui des enfans ne souille pas votre victoire. Ne détruisez pas les palmiers^ ne détruisez pas les champs de blé, n'a* battez jamais les arbres fruitiers et ne faites da mal à aucun bétail qu'à celui que vous tuerez pour le manger I »
Pour adoucir^ en Algérie^ la rigueur des expéditions qui vous étaient confiées^ Monseigneur, vous n'aviez qu'à suivre les inspirations de votn oœur, de votre esprit jus te et modéré. Mais les sentlmens d'humanité et de sagesse^ qui sont aussi les règles d'une bonne politique, n'ont pas triomphé partout! Et plus d'une foîs^ sans doute , nos troupes, abandonnées sans direction morale , emportées par la chaleur de l'action , auraient eu quelque profit à