‹ Lettres politiquesChapitre 74 sur 80 · MOT · texte numérisé non relu

MOT

Si leur enfant aime le brait et le mouvement^ s'il est plein d'ardeur pour les travaux matériels, s'il rêve les jouissances du luxe, TÉglise lui enseigne le mépris des richesses; le monde en fait un banquier, un ingénieur , un armateur , un fabricant.

Si leur^nfant est passionné pour la gloire, pour les honneursi s'il rêve le pouvoir, s'il est né pour * le commandement, TÉglise lui enseigne l'obéissance, l'abnégation, l'immilité^ le néant des grandeurs humaines ; le monde en fait un artiste , un poète> un administrateur^ un homme d'État.

Les femmes le savent parfaitement; et tout en réclamant Tinstruction morale du prêtre, elles ne désirent pas moins l'enseignement des laïques, afin que leur enfant, en faisant son salut, paisse faire aussi son chemin dans le monde.

C'est ainsi que les femmes, sans autre guide que l'instinct maternel, sont, à leur insu, les arbitres de cette vieille lutte entre la paternité spirituelle et la paternité temporelle, entre le prêtre qui apporte la nourriture de l'ame et le père de famille qui gagne à la sueur de son front le pain quotidien, entre les enseignemens de la religion et les intérêts de la société.-

Tous les instincts, toutes les inclinations de ee sexe, en apparence si faible et si mobile, se réunissent pour lui faire accomplir avec équité ce modeste arbitrage et tenir dans un bienfaisant équilibre les balances que Dieu a placées dans ses mains.

Les femmes conservent toute leor ?ie les saintes pratiques de la religion ; mais elles vivent dans le monde et sous Tempire inévitable de see eii* gences ; elles en acceptent les devoirs , elles en partagent les plaisirs, elles séparent de ses ridiesses et ne sont pas moins sensibles aux progrès da luxe qu'à ceux de la charité ; elles assistent MÉn au sermon et à la comédie; elles vont à Téglise et au bal.

Excusez^ Monseigneur^ ces détails un peu mon*dains. Ils n'ont d'excuse que mon désir de combat* tre la méfiance , aveugle et malheureusement universelle ^ qu'inspirent les progrès du olerigé.

Oui I que les philosophes se rassurent. Tant qu'il existera des femmes, Tascétisme ne sera qu'un fût exceptionnel et les envahissemens de ce qu'on nomme, à tort ou à raison, l'esprit de l'Église , ne seront a craindre ni dans l'enseignement , ni dans l'industrie, ni dans les travaux, ni dans les plaisirs de ce monde.

Récapitulons maintenant les points principaux de cette discussion.

La véritable question de l'enseignement pubUo aujourd'hui, Monsdgneur, c'est la transformation radicale qu'il doit subir; voilà le vrai sens, la véri» table utilité de l'émulation que la loi promise doit faire naître entre le clergé et l'Univerrité, entre la religion et le monde, entre l'Église et l'État. L'Btit ne redoute pas cette concurrence; seulement il ne veut pas que l'émulation dégénère en lutte, en

gBerre passionnée; de là , des règles > des précautions dont vous-même ne contestez pas la convenance au point de vue des intérêts et des devoirs du gouvernement.

Animé de ces sentimens de paix et d'union, quel usage répiscopat fera-t-il de la liberté qu'il réclame • au nom de la morale et du progrès de Thumaaité? (4) » Il n'en peut pas faire un usage plus favorabieaux intérêts sacrésqui lui sont confiés. Monseigneur^ qu'en consacrant désormais tout son zèle^ toute son activité, toutes les ressources dont il dispose, à la création d'écoles usuelles dont les écoles primaires supérieures de la ville de Paris^ et notammment le Lyi^ municipal dirigé par M. Goubaux^ lui offrent l'exemple.

En introduisant, plus tard , dans les petits séminaires les connaissances usuelles, les langues vivantes, les évéques rendraient un égal service aux jeunes gens qu'une véritable vocation appelle à la prêtrise, et aux jeunes gens beaucoup plus nom* breux qui rentrent dans le monde.

Le prêtre n'a pas moins besoin que l'industriel, le commerçant, l'administrateur, Torateur politique, d'être initié & tous les secrets des professions et des fonctions de toutes les classes de la société^ aux rapports que ces classes entretiennent entre elles aussi bien qu'avec les autorités et les institutions du pays.

(i) ObservaHtmSf poge S9,

Page 1