‹ Lettres politiquesChapitre 73 sur 80 · II · texte numérisé non relu

II

aveugles ni iûdifférens aux vices du système d'étndes aujourd'hui eu vigueur. Si TUniversité ae marche qu'à pas bien lents dans la voie des réformes, c'est qu'elle manque surtout d'émulation.

Je conviens que Tidée de faire faire des progrès à l'Université n'est pas de nature à séduire beaucoup l'Église et que cette perspective ne doit pas être pour Tépiscopat un motif déterminant d'entrer dans la voie que j'indique. Le clergé doit na* turellement faire ses affaires et non celles de l'Université. Rien de plus juste I aussi dois-je montrer que les progrès provoqués dans les établissemens universitaires par l'émulation des écoles usuelles du clergé et par la modification future du programme d'études des petits séminaires , intéressent au plus haut degré la religion et par conséquent ses ministres.

L'objet principal que poursuit sur cette terre le clergé y c'est la pratique des préceptes de morale ; il attache avec raison un prix tout particulier à cet enseignement qu'il continue à travers tous les &ges de la vie par la prédication et par les sacremens.

Mais l'Église sait aussi que sa direction est plus ou moins efficace sur l'esprit des fidèles selon les circonstances qui les environnent.

L'ame^ perpétuellement sollicitée au mal par les contrariétés, les soucis , les souffrances, le désespoir même d'une vocation étouffée ou dénaturée, n'est pas convenablement disposée à suivre, comme elle l'aurait fait peut-être, dans une tout autre po«

sitioD, les conseils et le saint patronage de TÉglise. La chaire retentit de plaintes éloquentes sur Tétat normal du raonde; les prédicateurs l'attribuent à des causes dont Tinfluence sans doute n'est pas contestable. La plus puissante ^ la plus réelle de toutes^ cependant^ est celle dont on parle le moins. Oui, Monseigneur^ le désordre moral n'a peut-être pas d'explication plus yraie que ce déclassement universel de toutes lés aptitudes ^ ce pèle-méle de toutes les ambitions^ auquel un système d'enseignement usuel pourrait seul apporter remède^ en offirant, dès le jeune âge, aux vocations si variées de la jeunesse, le moyen de se révéler à elles-mêmes, d'accepter ou de se créer dans la société la place et le rang auxquels Dieu les appelait. Noble et légitime satisfaction , Monseigneur , qui vient au secours de la parole de l'Église et dispose merveilleusement les hommes à la pratique de leurs devoirs de père de famille, de citoyen et de chrétien.

La vie religieuse ne gagnerait donc pas moins que la vie civile à la réforme du programme d'études des collèges laïques ; et , sous l'influence de l'émulation du clergé, les progrès même de l'Université seraient pour l'Église un triomphe.

Toutefois, je conviens qu'entrer franchement et résolument dans cette voie serait pour l'épiscopat un acte d'une grande hardiesse; et l'idée que j'exprime soulèvera, sans doute ^ aux extrémités des deux camps opposés , de vives répugnances.

Le clergé renferme , vous-même l'avez éprouvé.

Monseigneur, uu cerlain nombre d'esprits chagrins et militans que la pensée seule d'un rapprochement avec les tendances du siècle exaspère ; ceux-là crieront au scandale. Abandonner Tétude du latin, de la langue mère de TÉglise ! 0 profanation! 0 scandale!

Eh1 ()ui parle de l'abandonner? Il n'est pas question de bannir son enseignement des écoles ecclésiastiques existantes aujourd'hui; il s'agit seulement de ne pas l'étendre aux nouveaux établissemens que le clergé pourra fonder etqull fondera nécessairement sous le régime plus libéral de la loi nouvelle.

Ahl sans doute, ii fut un temps où le clergédevait propager exclusivement l'étude des langues mortes parmi les laïques ; ces langues, que tous les pères de l'Église avaient parlées^ formaient alors ce qu'on a si bien nommé les humanités. Le latin, surtout, était la langue humaine par excellence. Exclusivement occupés de guerres et de conquêtes, les peuples parlaient des langages tout imprégnés de passions exclusives et de préjugés aveugles. I^ latin, langue du clergé, adoucissait les moaors et tuait l'esprit de conquête; il AuiMnt^ai^ réellement les nations, en leur révélant deux grands sentimens communs : Unité et fraternité.

Mais aujourd'hui, Monseigneur, l'esprit de conquête est mort; les passions guerrières, les préjagés aveugles qui divisaient les peuples ont dfsparo. Au choc des armées a succédé l'échange des pro-

ductioDS agricoles et industrielles; aux antipathies de races, Tesprit d'association^ fondé sur la communauté des espérances, des sentimeus, des goûts littéraires et artistiques, des lois^ des mœurs. Même au-dessus des rivalités d'intérêts matériels, plane désormais cette conviction, qu'en toutes choses il y a moyen de ^'entendre et de s'accorder. Or, quelle langue propage aujourd hui cette douce croyance ? Ce n'est pas la langue morte^ que le clergé lui-même a abandonnée pour les usages et les relations de la vie active; ce sont toutes les langues vivantes que parlent les poètes, les artistes, les banquiers, les commerçans, les orateurs et les^oqimes d'État. L'étude de ces langues est devenue aussi favorable à la paix, au rapprochement, à l'association des peuples^ à l'unité de la race humaine qu'a pu l'être pendant quinze siècles l'étude du latin. Les langues tivâhtës se sont donc élevées enfin à l'état d'HUUANErÉs. C'est l'œuvre du latin, c'est] l'ûBuvre du clergé ; et il lui est permis moins qu'à tout autre de la méconnaître.

Mais ce n'est pas le seul changement qui se soit opéré dans les sociétés européennes. On conçoit que l'Église ait adopté un système d'éducation exclusivement littérûre, alors que les professions nommées^ libérales étaient les seules pacifiques, et qu'en face des hommes d'épée il n'y avait de positions considérables que celles de la robe, du barreau^ de la médecine, de la littérature et des arts. Ces temps sont loin de nous. L'application des

sciences physiques et Daturelles à ternies les industries humaines a pris un ^sor inespéré. Les tnvaux de Tagriculture , de la fabrication, du commerce, des finances et de Tadministratton même, se sont multipliés et ennoblis. Leurs carrières, qui occupent la presque totalité des populaticms, partagent désormais avec les professicms libérales la douce mission de maintenir entre les bommes la concorde et la paix , de multiplier la somme de bonheur dont ils jouissent^ et surtout de la mieux répartir.

L'enseignement de TÉgliae ne peut donc plus se borner aux études littéraires et classiques^ asx langues mortes; il doit embrasser, pour la dignité même de la religion et son influence sur le monde, les connaissances générales nécessaires à la pratique et à rintelligence de tQutes les professions. Ledeigé n'ambitionne aujourd'hui^ ainsi que vous l'avez si noblement exprimé , aucune action directe sur le gouvernement des affaires temporelles; mais il ne peut renoncer à agir sur lui indireeten^mt , à moins d'abdiquer sa mission. Or^ quand l'État fût an banquier , à l'ingénieur , à l'armateur , à l'agronome, au manufacturier, à l'artisan môme cethonoeor insigne de les admettre à la discussion et an gonvernement des affaires ocimmunes^ le diei^ se priverait du seul moyen qu'il a d'y i^enrenir, s'il repoussait de l'enseignement de ses écdes les notions communes à toutes cescarrières, comme indignes d'entrer dans un système moral d'éducation.

En calmant les terreurs et les smceptibilités de certains membres exagérés de l'Église^ j'auraidoo né des armeSy je le sens bien , k ses adversaires non moins exag^és. Eh quoi! diront-ils^ tous poussez le clergé à créer des écoles usuelles, et k donner jusque dans les petits séminaires une grande place aux langues vivantes^ aux sciences d'application; vous voulez qu^il se plie aux besoins, aux tendances de la société ! Mais c'est lui donner le moyen de la dominai de tout envahir , de tout courber à sa loi ascétique 1 C'est retourner au moyen-Age I . . .

Noble scrupule t mais qui ne m'émeut pas^ bien que je sois partisan des progrès du siècle et parfaitement convaincu qu'ils ne se développent pas dans le sens de rascétisme.

C'est que la société a, contre les envahissemens de l'ascétisme, un défenseur, un protecteur naturel et tout puissant. Ce défenseur, oe protecteur des sociétés modernes. Monseigneur, ce sont les femmes.

Que les philosophes ne sourient pas sous prétexte que l'influence de ces nouveaux alliés ne procède pas par voie de syllogisme I Les femmes , yea conviens , ne s'intéressent guère aux discussions des chambres ou des journaux; mais quand la politique froisse ou satisfait à un haut degré Leur sttisibilité, les croyances les plus intimes de leurs cœurs , alors, du sein du foyer domestique, elles exercent, sur les plus hautes résolutions de la politique, une grande et légitime influence»

Ce sont les femmes aDglaises qui ont fait triompher la motion de Wilberforce et obligé le parlement de voter un emprunt de cinq cents millions de francs, pour le rachat des esdaves dans les colonies britanniques. Ce sont les mères , les femmes françaises , plus encore que les désastres de la campagne de Russie qui joat vaincu Mapoléoii et abaissé son orgueil.

On accordera bien sans doute aux: feiames, aai mères de £amille, qui ont affranchi les esefaivesto Antilles et renversé le plus puissant potentat do monde, le droit d'avoir une opinion sur réducatioo de leurs enfans. Voici le désir à peu près général qu'elles expriment à cet égard. Elles veulent aoe éducation morale et religieuse ; elles ne eonçoi?eot pas qu'une tombe puisse se fermer ou un berceau s'ouvrir sans prière; qu'un acte important paisse avoir lieu sans une consécration religieuse. Elles veulent que l'époux de leur fille respecte et favorise la pratique de ses devoirs les plus sacrés. Loifl de s'effrayer de l'intervention du clergé dans Finstruction publique, elles la désirent, elles l'appuient de tous leurs vœux. Et toutefois, «lies sont lois de la croire suffisante; car, àleurs yeux, l'éducalicHi a pour but de former des jeunes gens^ non seulement moraux, religieux, mais capables , par leurs travaux, de soutenir une famille et de servirrÉtat; et elles savent que les pencfaans du premier âge soot envisagés par l'Église et pat le monde à un fM de vue bien différent.

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