PAINS
Si j'ai insisté longuement sur une réforme aussi spéciale, c'est qu'elle serait un premier pas vers la fusion des intérêts de la société civile et de la société religieuse^ et qu'elle réaliserait un des événemens les plus désirables, les plus inattendus et peutêtre les plus imminens : l'association de l'Église et de l'État; l'alliance intime et sincère de la politique et de la religion.
La religion et la politique diffèrent, quant au but, Monseigneur; la première vise à rendre les
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hommes heureux dans l'autre vie; la seconde s'efforce de faire leur bonheur dans celle-ci. Mais elles s'accordent désormais quant aux moyens : la morale et la paix. La religion enseigne la morale ; la politique s'efforce de la pratiquer; la religion commande la paix; la politique la fait régner.
Nous assistons, Monseigneur, à un spectacle rempli de douces promesses, spectacle unique dans les fastes de l'humanité. Pendant vingt-huit années l'Europe et l'Amérique du nord ont vécu d'une vie pacifique et laborieuse que n'ont pu troubler ni l'écroulement d'une monarchie^ ni la séparation d'un royaume en deux États, ni de profonds changemens dans la constitution des peuples.
Qui a opéré ce miracle? Monseigneur. — La politique.
Aquelles œuvres cette paix a-t-elle été employée? A des travaux féconds, à des améliorations populaires de toutes sortes : caisses d'épargne, salles d'asile, écoles primaires^ abolition de la loterie^ larges crédits consacrés à des entreprises d'utilité générale, lois protectrices de Tordre et de l'égalité, charte qui ferme l'abime creusé par la tyrannie et par les révolutions^ congrès et conférences où se concilient ces querelles internationales qui coûtaient naguère à l'espèce humaine tant de larmes et de sang! Voilà les œuvres de cette paix de vingt-huit années.
Qui a opéré de nouveau miracle ? — La politique.
11 est vrai que c'était son devoir. Ce n'est pas rÉglise> c'est l'État qui dit: tnon royaume est de ce
monde. Aux hommes d'État tout le fardeau , toute la responsabilité du gouvernement terrestre t mais si la terre est pacifiquement gouvernée, si Tordre, si la justice y sont en progrès, à eux Thonneur I
Or désormais la politique française repose sur des principes dont pas un seul ne saurait être légitimement réprouvé au nom de la religion. La tolérance elle-même, si mal comprise et tant calomniée, est la sauvegarde des intérêts catholiques sur la surface du globe entier.
Voyez plutôt I Les catholiques sont en minorité en Angleterre , en Russie , dans rÀllemagne da nord, en Turquie, en Asie Mineure. Si la France réservait tous ses respects , toutes ses faveurs pour la àanne religion , ne serait-ce pas encourager et légitimer de funestes représailles dans tous ces États anglicans, luthériens, réformés, grecs et musulmans qui ne sont que trop portés à protéger exclusivement ce qu'eux aussi nomment à leur tour la éonne religion, et à réduire par conséquent la communion catholique à Tétat le plus précaire? Considérons Fétat de Tlrlande, les efforts tentés récemment sur la foi des Polonais ^ rappelons-nous les arrestations des archevêques de Posen et de Cologne , l'affaire de Damas et les mille avanies contre lesquelles les chrétiens d'Orient n'auraient aucun recours, sans Tintervention de nos ambassadeurs. Où irait le monde, grand Dieul si la France ne protégeait pas également, dans ses possessions, les cultes juif, luthérien, réformé, mafaométan; si elle n'offrait à tous les États du monde un sxbiipi£
qui déjà ten^^ère leurs inclinations exclusives et que tôt ou tard leur politique imitera?
Ces nécessités sont comprises^ je le sais, par le clergé sérieux^ par le clergé qui a chai|[e d'ames et non pas charge d'abonnés.
La joie qu'a causée à l'épiscopat l'érection du siège d'Alger n'est pas affaiblie par les secours donnés aux écoles arabes et aux mosquées, par le passage accordé sur les bateaux de l'État aux pèlerins de la Mecque. Loin de refuser son ministère à l'une denos plusbelles solennités industrielles (4), où il s'agissait de consacrer, au nom de la religion, l'œu* vre d'un protestant au milieu d'une foule protes» tante, le clei^é catholique a considéré comme un honneur et un bonheur cette occasion de faire entendre sa voix et briller son culte.
Enfin, il y a peu d'années , le premier prélat du royaume sanctifiait par ses sacremens un acte qui, sans la mort à jamais déplorable du Prince Royal, eût montré sur le trône de France l'image vivante de cette tolérance que la Charte a fait passer de nos mœurs dans nos lois.
Ainsi il n'est aucun des principes de la politique que la religion ne puisse avouer et doat elle ne fasse son profit. Et telle est désormais cette société civile en face de laquelle le clergé se trouve placé : elle maintient la paix; elle travaille intellectuellement et matériellement à l'amélioration progressive des
(!) L^oaTerlnre du cbemin de fer de Strasbonrg.
masses. Que le clergé la traite donc en amie! qu'il ne dédaigne pas d'étudier et d'enseigner les sciences qu'elle pratique, les langues vivantes qu'elle parle I Qu'il donne^ le premier, le signal d'un rapprochement dont l'initiative convient surtoot à son caractère sacré.
Au sortir des bouleversemens de la réforme^ Monseigneur, le résultat de cette grande lutte avait été de faire triompher, en Italie et en Espagne, le spirituel sur le temporel, et, dans les pays protestans ou grecs, le temporel sur le spirituel. La France, que distinguent en toutes choses la délicatesse et la modération, n'a voulu se jeter alors dans aucun de ces deux excès, qui devaient abootir de part ou d'autre à un égal asservissement. De là, cette déclaration de 4 682, qui a fait intervenir pour la première fois, dans les hautes régions gouvernementales, ce principe d'équilibre, d'équité, ce juste milieUj que la monarchie actuelle devait introduire avec un nouvel éclat dans la politique européenne.
La gloire de l'évéque de Meaux est d'avoir deviné le courant des siècles futurs. Il acommencé, au nom de la religion, ce que Louis-Philippe a achevé ao nom de la politique. Commencez donc aujourd'hui, au nom de la religion, ce qui sera un jour la politique du globe. Imitez Bossuet, Monseigneur, et soyez le premier à introduire entre l'Église et l'État le grand principe de I'associâtion I
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