II
concurrence des bras sans frein et sans contrepoids; si leur vieillesse devait, enfin, s'écouler éternellement dans la tristesse et les privations.
Eh quoi I se disaient ees hommes , l'administration est- elle donc sans force et sans ressources? La science du crédit est-elle à son premier jour? Vivons-nous ea \xi\ |in)gB iQ |)ar^|r)ç, où Tigoorance^ Tégoïsme, Tapathie pour les douleurs d'autrui soient les seuls guides des sociétés? Non ! nous vivons en un siècle de lumières^ de civilisation. Les sentimens philantropiques sont les plus répandus. L'administration est puissante; ses rouages multipliés aboutissent à un centre commun, qui lui olTre mille moyens rapides d'intervention dans Texist«Bfia «t l9S trikVftv^ dp p«aple I
Ypilà cei qu9 çf» Itomme» se sont dit; et Vesfm qui les animait^ ae répvtdyntautour d'eux, aeirculé da hûnâhe en bouahe» avec la riipidité d'unç banne nauvallo. Un moroenti la forme que cet espoir avait revêtue et surtout les ciroonstancea redoutables au milieu desquelles il ae manifestait , ei^çitàrent {a t^preur des oUmea bourgeoises. Mais bientôt cette ferme fut obaegée, les oiroonatapces disparurent; lea ccainfes de la bourgeoisie se calmèr^at; et à meauf a que Topinion nouvelle fait de plua ep plus de progrès dans lea esprits , la bourgeoisie éprouve pour elle de moipa en moins de défiance.
Ceç progrès, cette quiétude, sont un signe que les moyens pratique^ de réaliser lea destinées po« pulaires ont été débattus , éclaireis, éprouTéa, et
qu'on les a jugés favorables et non contraires aux grands principes sur lesquels repose Tordre social. C'est un signe que le moment approche où^ le grand espoir de notre époque passera de la propagation aux actes, du désir à la possession ; où de pure philosophie qu'il était, il va devenir une politique. Moment solennel , qui impose au peuple et à ses défenseurs de nouveaux devoirs , qui exige d'eux une nouvelle prudence , un nouveau courage, une nouvelle habiielé!
Quand les destinées du peuple n'étaient qu'une espérance qu'il s'agissait de discuter et de propager, il suffisait que le peuple eût à son service des hommes de talent, à Tame ardente, au cœur dévoué; le peuple n'avait besoin que d'orateurs et d'écrivains. Mais dès que la polémique doit aboutir à des actes, à des réglemens administratifs, à des lois, à des institutions, la puissance du style et de la parole ne suffit plus; et il faut à la cause po« pulaire un administrateur, un homme d'état, un tacticien. C'est une partie à jouer, une action à livrer au milieu de mille intérêts différens ou contraires, et dont il faut rallier un certain nombre, pour mettre le succès de son côté, pour avoir pour soi, comme disait l'Empereur, les gros bataillons.
Or, il n'y a pas dans le parti populaire de tacticien. Il y a des philosophes, des historiens, des puhlicistes, des poètes, des orateurs, des philantropes ; mais il n'y a pas d'homme d'état, de tacti-
cien, qai puisse prendre le jeu du peuple ea main et gagner la partie pour lui.
Je voudrais que le peuple mit son jeu dans les mains de Fhomme d'État le plus consommé et da premier tacticien du monde, dans les mains da Roil
Voilà ridée que je soumets au peuple, idée étrange à première vue, et que j'exprime franchement, sans préambule, parce qu'elle est sincère, et que je m'y suis arrêté après les plus sérieuses réflexions.
Que l'on comprenne bien, d'abord, ce que j'entends par mettre le jeu du peuple dans les mains du Roi.
Je n'entends pas dire qu'il faut abandonner la discussion, la polémique; que les écrivains doivent briser leurs plumes, et les orateurs devenir muets. Le développement de l'opinion doit suivre son cours, et Dieu veuille qu'il soit rapide et brillant! L'avènement du peuple aura toujours ses interprètes, et ces interprètes s'efforceront toujours de lui gagner des partisans. Mais les plus intelligens d'entre eux, s'ils sont convaincus, comme je le suis, que le moment de la réalisation successive des promesses qu'ils ont faites est arrivé, et, s'il leur est démontré que, tandis qu'ils poursuivent leur carrière de propagande , ils ne sauraient avoir dans les conseils de la Couronne de négociateur plus impartial, plus habile, plus bienveillant et plus puissant que le Roi lui môme^ ces interprètes
de TopinioD populaire tiendront compte de celte circonstance toute nouvelle; et, pour obliger le Roi à prendre en main les intérêts du peuple, ils pren* dront en main^ les premiers^ au nom du peuple» les intérêts de la Royauté.
C'est donc une alliance qu'il s^agit d'introduire entre la cause de la dynastie et la cause populaire. Examinons d'abord si la Couronne est libre de l'accepter.
La Couronne a-t-elle contracté envers la bourgeoisie des engagemens qui lui interdisent de se poif'ter le patron, le représentant des intérêts populaires? Non! Jamais, en aucun temps et en aucun lieu, la monarchie nouvelle n'a souscrite une pareille obligation.
Âh! sans doute, quand Témeute grondait dans les rues, quand les discours radicaux du Palais- Bourbon n'étaient qu'un long appel à la guerre étrangère, la Couronne n'aurait pu prendre en main la cause du peuple, sans effrayer, sans irriter la bourgeoisie, sans devenir pour elle un objet de baine et de légitime soupçon. La conviction que Tavénement du peuple et toutes les améliorations à introduire dans ses travaux et dans son existence auraient lieu par l'emploi de moyens pacifiques, et deviendrait pour la société entière un nouvel élément d'ordre et non de perturbation, existait seulement dans un petit nombre d'esprits. Même alors qu'au milieu des embarras si graves de la politique^ le chef de l'État aurait eu le loisir
d^éf udier, d'apprécier cette opinion naissante et de deviner son prochain saccès , il ne loi appartenait pas de devancer le travail da temps. Un souverain ne peut épargner à son peuple les recherches, les efforts^ les luttes douloureuses au milieu desquels se forment et sont éprouvées les nouvelles opinions ; il ne peut suppléer, par Texercice d'aucune de ses prérogatives, au laborieux enfantement de l'esprit humain. C'est quand les opinions sont arrivées à ce degré de maturité qui permet de les transformer en mesures législatives ou d'administration, que le pouvoir royal peut seulement intervenir avec utilité et convenance. Jusqu'à ce jour, bien qu'elle ne fût empêchée par aucun engagement contracté eo« vers la bourgeoisie, la Couronne devait s'abstenir. Mais grâce à Dieu, l'ordre est affermi dans nos cités. Les partis ont renoncé, sinon à leurs espérances, du moins à leurs entreprises désespérées. La paix est inébranlable et florissante ! Et pour que le Roi ne pût remplir, sous les yeux de la bourgeoisie, le mandat superbe de tuteur, d'administrateur, de négociateur des intérêts populaires, il faudrait que les moyens pacifiques de favoriser ces inté* rets fussent encore obscurs et douteux; que les améliorations à apporter dans les travaux et Texislence des classes ouvrières n'eussent rallié qu'un petit nombre de suffrages sans consistance politique et sans autorité. Loin de là! Plus de la moitié de la presse parisienne et départementale est entrée dans cette voie; chaque jour elle recom-
lliailde, à l'attention des pouvoirs dé TÉtat , dés moyens pratiques qui auraient inévitablement pùtitf effet d'étendre i peu à pea^ jusqu'aux dernièreé chsses de là société lés avantages, mot*auïet itiatérieisy dont la bourgeoisie est aujourd'hui seule en possession.
Ceux-ci poursuivent Torgatiisation dtt travail par la liberté^ ceux-là pér Tautorité; ceux-ci de« maudent à l'État de protéger la production nationale , ceux-là d'ouvrir aux ëchabges du commerce de plus larges débouchés. Les unl^, jpilus sensibles à l'empire des pritlcipes générâujt, voudraient qiie les représentans de la nation reconnussent^ aux derniers dé ses enfàns^ le droit à Péducatiod, au travail et à la retraite. Les autres; san^ arborer cette bannière plus philosophique que politique^ signalent les améliorations positives et les économies intelligentes qui doivent en réalité conduire au même but: l'abaissement du dhiffre de l'armée, la réorganisation des conseils de prud'hommes, la réforme des octrois et des tarifs de douane, la multiplication des écoles professionnelles gratai^tes , la généralisation par l'État des assurances mutuelles, la création d'une caisse de retraites pour les travailleurs invalides , le développement des grands travaux publics, la colonisation de l'Ai* gérie et dé tios possessions transatlantiques.
Tous sont animés du même espoir, tobs mani« festent la même confiance ; tqus vivent dans cette même conviclion que Tordre est assez affermi, que
les ressources publiques sont assez vastes^ les pro* blêmes économiques assez éclaircis y les rouages administratifs assez puissans pour que l'État puisse étendre^ enfin^ sa prévoyance et sa protection jusqu'aux classes les pi us abandonnées par la naissance; classes mineures, mais dont la minorité ne sera complètement légitime que lorsqu'elle aura été l'objet d'une haute tutelle.
Le sentiment que j'exprime ressort aujourd'hui de la lecture de la plupart des journaux. La Démocratie pacifique^ la Presse, la Réforme, le Sièelcj la Nation, la Gazette, le Bienpublie, l'État, le ùmstitutiMnel, la Patrie, le Courrier, les Débats , et plus de cent trente journaux et revues des départemens sont entrés dans cette voie (4).
(1) Voici tes noms de ces nombreax organes de l^oplnlon départementale appartenant à des naances politiques bien diverses» mai8d*a& cord sur ce point qne le gonvernenent doit s'occoper du penple, aoèliorer ses travaux et sa condition :
L'Aaxilîaire Breton.
L'Altace.
L'Aube.
L'Armoricain.
L'Ami des Oavrien*
L'Association.
L*Aiiiiotatciir Boalonoais.
L'Ami de la Charte.
Le Breton.
Le Bien publie de Mâcon.
Le Courrier de la Gironde.
Le Courrier ^u Gard.
Le Courrier de Saint— Quentin.
Le Courrier de la Saribe.
Le Courrier du Pas-de-Calats.
Le Courrier de Sê6ne-et>Loir£.
Le Courrier de TAin.
Le Courrier de Tarn-et-Garonne.
Le Cooservaleur de laOordogne.
La Colonne de Boulogne.
' Le Censeur de Ljon.
Le Courrier de la Dr6me cl de ^A^
déehe.
Le Courrier des Ardennes. Le Courrier de la Côte-d'On Le Courrier du Midi.
Le Courrier d'Indre-et-Loire.
Le Courrier de l'Iaire.
Le Courrier de Loir-et>Cher.
Le Courrier de la Moselle.
Le Courrier du Mord.
Le Courrier du Bas-Rhin.
Le Courrier de Lyon.
Le Courrier du HAvre.
La Dunkerqnoise.
L'Echo de Vésonnt.
L'Echo de Tarn-et-Garonne.
L'Echo Rochelais.
L'Echo du Jura.
L'Echo du Peuple de Pellîen,
L'exemple des Déôais surtout ne sera pas sua* pect. C'est le journal des diplomates et des hommes d'État, des grands propriétaires et des Ixanquiers»
L'Espëraace.
L'Echo de la Loire.
L'Echo du Nord.
L'Écho de la Charente.
L'Croaocipalion de Tonlouse.
L'Echo da Loiret.
L'Echo de la Haaie-Marne.
L'Echo de la Nièvre.
L'Einancipateur.
L'Echo de la Frontière.
Le Françaia de rOaest. ^
La France méridionaie.
Le Gtaoear d'Eure-et>Loire.
La Gazette d'Elbeuf.
Le Glaoeor du Haat-Rhin.
La Gazette de Cambrai.
La Gazette de Roaargae.
La Gazelle du Midi.
La Gazette da Berry.
La Gazette du Laogaedoc.
La Gazette du Dauphioé.
La Gazette de Meiz et de Lorraine.
La Gazette de Flandre et d'Artois.
La Gazette d' Auvergne.
Le Haro.
L'Hermine.
L'Impartial do Nord.
L'iodicatenr de Bordeaux.
L'Industriel Calais en.
L'Iodicaleur de la Venise.
L'Impartial de Bc-ançun.
L'Indépendant «It* ia Moiclte.
L'Impartial de la Meunho.
L'Iodiutriel de la Charopagoe.
Le Journal de la Manche.
Le Journal de la Hense.
Le Journal dea Basses -Alpes.
Le Journal de Bergerac.
Le Journal de Linioux.
Le Journal de rarrondîsaemeiit de
Valognei.
Le Journal de l'Aade.
Le Journal de Saint- Etienne.
Le Journal de l'Aisne.
Le Jouroal du Boarbonnaif.
Le Journal de Caen.
Le Journal du Cher.
Le Journal de la C6t«*»d'0r.
I^ Journal da la Goyenne.
Le Journal de Saint-ÊUenne.
Le Journal de Lot-et-Garonne.
Le Jouroal de Maine-et-Loire.
Le Journal de Cberboorg.
Le Journal dea Pjrénéea.
Le Journal des Pyrëoéet- Orientales.
Le Journal de Seineet Oise.
Le Journal de Rouen.
Le Journal du flàvra.
Le Loiret.
Le Lloyd Cettoia.
Le Libéral du Nord.
Le Rlémorial de Ronen.
Le Mémorial Bordelais.
Le Mercure Ségusien.
Le Mémorial Agéoaia.
Le Mémorial des Pyrénées.
Le National de l'Ouest.
L'Observateur de l'Aisne.
L'Orléanais.
L'Observateur des Pyrénées.
Le Patriote de Sa6ne-et-Loire.
Le Progrès de 6aône-et-Loire.
La Provence.
Le Prud'homme.
Le Publicateor d'Arles.
La Province.
Le Pilote du Calvados.
Le Pays.
Le Progrèi de Rennes.
Le Patriote des Alpes.
Le Progrès d'Agen.
Le Précurseur de l'Ouest.
Le Patriote de la Meartbe.
Le Progrès d'Arras.
Lea Revues de l'Est, de rOnest, de
la Marne, Chareotatse, de Civray,
du Midi.
Le Radical de Lot.
Le Réparateor.
Le Salinois.
La Sentinelle des Pyrénées.
Le Sémaphore.
Le Sud.
La Sentinelle du Jora.
La Tribune du Nord.
L'Union Provinciale.
L'Union du Mans.
La VigitdtrOaast.
le Beal journal, peut-être, qae lisent les roil; qui adonné le plus grand retentissement à la nécessité d'améliorer la condition des classes ouvrières^ en ouvrant ses colonnes à la doctrine de rorganisation du travail et aux toucliantes et coarageuses révélations du roman de M. Sue.
C'est que Tavénement populaire est la grande œuvre de notre époque^ sublime vertige, souffle divin ! qui embrase tous les cœurs^ qui exalte ou préoccupe tous les esprits !
Quel mystère fait rêver nos poètes ? quelle puissance ont-ils chantée? Béranger, Delavigbe^ Hugo, Lamartine, Ballanche, Chateaubriand^ G* Sand,toQ8 n'ont eu d'encens, de larmes^ d'enthousiasme, de consolations^ d'espérances, de mélancolie, de gaité que pour le courage, le dévouement, le patriotisme, les travaux, les douleurs et les plaisirs du peuple.
Quel problènle agitent nos savans, nos pensetfrs, nos orateurs, nos banquiers, nos historiens, dos économistes? Quelle parole de vie retentit à la fois dans nos chaires, dans nos amphithéâtres, à la tribune, dans les conseils de la Banque, et jusqae sous la coupole de l'Institut? L'amélioration des classes ouvrières, l'avènement du peuple aux devoirs et aux jouissances, à la pleine possession de la vie civilisée.
Oui, toutes les intelligences, toutes les pdissan* ces contemporaines, tous les hommes éminens daas la politique, dans l'administration, dans les arts, dans les sciences, dans Tinduslrie, tous ont con*
tribuéy de loin ou deprès, à rendre inévitable ce grdod événemeutl Tous ont pris l'engagenient solennel défavoriser^ pacifique.m£nt, chacun dans la ligne politique qu'il poursuit^ la cause des améliorations populaires. Et le jour où, sous Une forme précise et praticable, serait présentéeaux Chambres une grande mesure de justice, appliquée à Tenfance, à Tâge mûr, à la vieillesse des ouvriers des villes et des campagnes, ce jour-là, tous ces hommes, dont les noms jureraient en ce moment de se trouver ensemble, seraient bien obligés de s'accorder*
Assurément, quand un besoin public se manifeste avec cette unanimité et ce retentissement, quand de toute part l'opinion fait appel à l'intervention des pouvoirs de l'État^ le souverain n'est infidèle ni aux devoirs ni aux convenances de sa haute position, en répondant au vœu public et en prenant une part active à des transactions devenues inévitables.
Ce premier point est donc hors de doute. Le Roi peut^ dans ses rapports avec les corps politiques, se constituer le patron des intérêts du peuple et négocier en son nom. La bourgeoisie n'a aucun droit de le trouver mauvais. Elle n'a reçu aucune promesse qui justifiât son mécontentement; et TÉtat des esprits ne lui permettrait pas d'accuser la Couronne d'imprudence, ni de précipitation.
Si le Roi peut accepter la tutelle des intérêts populaires, convîent-il aux défenseurs de ces intérêts de la lui offrir?Doiveiit-ils désirer, tandis qu'ils continuent l'œuvre de propagande, que le peuple
ait pour négociateur permanent, dans les hautes régions de la politique pratique^ le chef même de rÉtat?Que de préventions, de préjugés^ de répugnances, de terreurs même ne dissiperait pas l'influence active, ingénieuse^ puissante que le Roi exerce personnellement sur la plupart des membres de la majorité! Si le Roi entreprenait de faire adopter par les Chambres une mesure immédiatement praticable d'amélioration populaire, qui douterait du succès? Il suffit de consulter l'histoire de ces douze dernières années pour se convaincre que la Royauté française, malgré tous les efforts tentés pour l'affaiblir, est encore la pre* mière puissance de l'État.
Dans les grandes luttes qu'elle a dû supporter, de quel côté a été la force? Qui a triomphé dans le règlement des affaires de Belgique? dans la question d'ititervention espagnole? dans le nonremboursement de la rente ? dans les fortifications de Paris? dans la loi de ^régence? C'est la Cou* ronne. La Couronne a prouvé dans l'appui toutpuissant qu'elle a prêté aux petits rentiers, lorsque le remboursement du 5 p. OiO était mis en question, qu'elle savait^ au besoin, poursuivre un but populaire^ auquel elle n'était pas directement intéressée. Si le peuple cherche à s'appuyer sur une force extérieure^ il doit donc unir ses intérêts aux intérêts de la Royauté, et non aux intérêts de la bourgeoisie, qui n'attend rien, qui n'espère rien, qui ne poursuit rien , que la conservation de ce
qu'elle a conquis^ et ne sent pas même le besoin de se faire des alliés.
Je ne veux pas que le sentiment qui m'anime puisse être travesti ni défiguré; et je compléterai ma pensée par un exemple contemporain.
Pendant trente-cinq ans O'Gonnell a prêché la libération de son pays. Le jour où il a cru que la réalisation de ses espérances était proche, il est devenu franchement royaliste. Etait-il changé? Non ! son cœur battait toujours pour Tlrlande ! Mais d'orateur il était devenu homme d'État. Il gouverne aujourd'hui les âmes que son éloquence a passionnées. Il a des partisans nombreux dans cette Angleterre si hautaine et si indifférente pour les maux de rirlande, et le cabinet de Saint James doit compter avec lui.
Voilà l'exemple que je propose à tous les cœurs droits et purs^ à tous les hommes vraiment dévoués à la cause populaire ; car ceux-là ont aussi devant eux une sorte de parti anglican qu'ils doivent rallier à une cause généreuse.
J'examinerai tout à l'heure quels pourraient être les termes de l'alliance à conclure entre la Couronne et le peuple et quels en seraient les résultats. Toutefois, comme le peuple, dans la disposition de cœur où il est, adopterait un pareil accord par raison et non par passion, qu'il consulterait plus ses intérêts que ses sympathies, il convient, avant d'aller plus loin, de rechercher s'il n'y aurait pas pour
faire reconnaître son autorité chez tous les grands vassaux, centraliser de plus en plus la justice, la police^ l'administration^ fonder définitivement Tunité de la monarchie et de la nation française.
Mais la bourgeoisie ne recueillait pas moins de profit de ces alliances successives. Elle obtenait des privilèges communaux très étendus, des réglemens d'arts et métiers^ des tribunaux indépendans qui réprimaient les brigandages des seigneurs et main« tenaient la sécurité des routes; la bourgeoisie obtenait la création de l'université , la convocation des états-généraux, des assemblées de notables^ la liberté de conscience^ la protection des travaux agricoles, qui fut telle qu'à la mort de Louis XII près d'un tiers du royaume avait été défriché dans l'espace d'un demi-siècle.
Poursuivons 1 À la majorité de Louis XIV^ une nouvelle alliance est contractée.
La bourgeoisie verse généreusement dans lo trésor royal des subsides plus considérables que ceux qu'elle avait jamais consentis. Elle entoure le trône d'un respect presque religieux et d'un faste inoui. Le roi de France peut construire à Versailles une demeure qui fait l'envie des souverains étran* gers. Il peut s'entourer d'une maison militaire, aussi nombreuse qu'une armée^ pensionner les artistes, les savans, et jusqu'aux ministres de l'Europe entière.
La bourgeoisie a-t-elle à se repentir de son dévouement? Non; la Royauté, en échange de ses
sacrifices, protège ses fabriques et encourage son commerce. Pour rendre plus rapide la circulation et la multiplication des richesses industrielles du Tiers-État, la Royauté construit des routes, des ponts, des canaux, des ports, elle fait prospérer la navigation nationale et respecter sur toutes les mers son pavillon. Pour favoriser Félévation morale et sociale des classes bourgeoises, la Royauté commence à introduire^ dans le ministère et dans FarméCyà côté du privilège de la naissance, le privilège du mérite et des services rendus ; elle encourage les arts, les sciences, la littérature; elle assainit et embellit les villes. Elle réforme enfin la législation encore imparfaite, et achève de ruiner Tinfluence féodale par Textension donnée à la juridiction desparlemens.
Tels sont les avantages que la bourgeoisie a recueillis de son alliance avec Forgueilleuse monarchie de Louis XiV. Parlerai*J6 de son alliance avec la monarchie plus modeste de 4 850?
Si Louis-Philippe n'a reçu qu'un trône sans faste^ sans splendeur, il a eu la certitude au moins de le laisser à ses enfans, de fonder une dynastie que la loi de régence iprotége contre les éventualités les plus terribles et les plus douloureuses» Mais la bourgeoisie n'a-t-elle reçu rien en échauge?Ëlleagagné à cette alliance des droits politiques plus étendus ; l'abaissement du cens électoral et de l'éligibilité, l'initiative donnée aux Chambres, la réorganisation de la pairie sur le principe des services publics, la
pflix âdrôpéenne et lô développement le plus considérable qu'on ait encore vu de la prospérité matérielle.
Ainsi, avant et depuis 89, sous le pouvoir absok comme soos le règne de la liberté, chaque fois que la bourgeoisie a été favorable à la cause royale, li Royauté est venue à son aide et lui a rendu service pour serviee. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi di peuple? Qu'il ose donc!
Il a osé I Une fois, une seule fois^ on a vo le peuple , le vrai peuple des ateliers et des fermes entourer lès marches du trône et, à la vue d'an homme couronné, faire retentir les airs d'acclamations frénétiques. C'est que lapUissaiice de cet homme était l'ouvrage du peuple ! Et quelle puissaocel Dans ses alliances avec la couronne, la bourgeoisie a^t-elle jamais atteint cet excès de prodigalité?
Napoléon avait une maison plus fastueuse que celle de Louis XIV, des trônes pour ses frères et ses sœurs , une liste civile de 28 millions, un domaide cfitraordinaire de 754 millions, un impôt desaog qui, de 4809 à 4845, c'est-à-dlré dans Tespacede huit années seulement, a dévoré deux millions cent trois mille hommes !
Mais Napoléon n'était pas ingrat. Il donnait i h France une gloire immortelle, un nom respecté d'un bout du monde & l'autre ; il rétablissait Tordre dans les finances publiques, organisait Tadministra* (ion, rendait aux églises de villages leurs pastears; il perçait des routes, creusait des canaux^ élevait
dans les villes de magnifiques monnmens I Une police active , une législation complète^ des triba^ TLhxa, centralisés par un système unitaire de juridiotion, protégeaient les moindres familles et les plus petites propriétés* Si la liberté disparaissait des mœurs et des institutions , le principe de l'égale admissibilité de tous aux fonctions publiques était pratiqué sur l'échelle la plus large; le conscrit por« tait bien réellement le bâton de maréchal de France dans sa giberne! Et cette étoile de l'honneur^ ces titres, ces dotations à l'étranger! les ouvriers des villes et des campagnes en étaient41s exclus? Non ! non ! Les enfans du peuple en ont eu leur part, leur grosse part !
Je ne prétends pas dire que les mômes prodiges puissent être renouvelés , ni que la France doive encore les acheter parle sacrifice de ses libertés. Ni ces prodiges, ni ces sacrifices nesontdenotretemps; et, loin de nons en plaindre, il faut nous en réjouir.
Ce que je conclus de ce dernier exemple , c'est que le penpie, comme la bourgeoisie, peut s'allier avec le pouvoir souverain. Il Ta fait déjà dans une circonstance solennelle ; et, bien qu'il ait payé de flots de sang leâ avantages qu'il en a retirés , ces avantages lui semblent encore si précieux qu'il re* cueille avec enthousiasme, avec fierté, les moindres souvenirs de cette époque de grandeur et de deuil.
Ainsi , l'intérêt du peuple ne lui conseille pas
risolement; il chercherait vainêmetit la réali^ sation de ses espérances, dans une lutte contre la bourgeoisie ou dans une alliance avec elle, La Couronne n'ajamaisétéingrateenversqui la défendait» méoie envers le peuple. L'opinion populaire^ pour triompher, devant associer ses intérêts à des intérêts étrangers, ne peut sagement s'allier qu'avec la Couronne.
Venons maintenant aux termes mêmesde cette alliance. Mettons en face les uns des autres les intérêts de la Royauté et les intérêts du peuple; voyons s'ils s'excluent ou s'ils peuvent s'associer.
Tous les grands élémens nationaux ont des intérêts communs. La Royauté , la bourgeoisie et le peuple sont également intéressés au maintien de l'ordre et de la paix ; ils souffriraient également des troubles causés par le retour des émeutes ou par la guerre européenne. Mais a côté de ces intérêts communs^ la royauté^ la bourgeoisie et le peuple ont des intérêts qui leur sont propres. La bourgeoisie a acquis à peu près tout ce qu'elle désirait, elle ne songe qu'à conserver. La Couronne et le peuple songent encore à acquérir.
Le peuple aspire à des institutions qui mettent l'enseignement professionnel de plus en plus à la portée de ses enfans, qui assurent et améliorent son travail et protègent sa vieillesse contre la mi* sère et l'abandon.
Le Roi aspire à consolider le trône; à faire de la Royauté moderne une institution^ féconde etpo*
pulaire en France^ puissanteet respectée au milieu des cours étrangères.
En réalité , le Roi et le peuple sont^ en face de la bourgeoisie^ dans la même position. Tous deux ont une politique nette et suivie^ un but permanent que chacun poursuit^ le peuple en théoricien, le Roi en praticien. Entre ces deux élémens nationaux^ le troisième^ la bourgeoisie, suit une poliv tique au jour le jour. Elle est tantôt pour le remboursement de la rente^ tantôt contre; tantôt elle réclame Fexécution des chemins de fer par les compagnies^ tantôt elle les leur refuse; tantôt elle s'oppose aux -fortifications de Paris ^ tantôt elle les vote corrigées et considérablement augmentées. Si les deux puissances patientes et actives s'unissaient pour poursuivre^ en commun » la réalisation de leurs espérances , la bourgeoisie serait bientôt entraînée.
Mais sortons des généralités. Examiiious quels moyens pratiques le Roi et le peuple ont adoptés aujourd'hui, comme les plus propres à les rapprocher du but que chacun d'eux poursuit.
Le peuple, ou plutôt les défenseurs des intérêts du peuple poursuivent^ en son nom, une foule de mesures dont je citerai seulement les principales : la transformation des écoles primaires en écoles rurales^ le perfectionnement et l'application à toutes les communes de France de l'institution des salles d'asiles pour les enfans des deux sexes, et lo 4éveioppement, dans toutes les- localités industriel-
les importantes^ des écoles d'arts et métiers; la généralisation y sur une base plus libérale , de Tiostitution des conseils de prud'hommes ; rabaissement des tarifs sur les bestiaux; la mobilisation de la propriété foncière ; TexteDsion du crédit à toutes les classes de travailleurs et surtout à la classe agricole; rétablissement d'une caisse de retraite pour les ouvriers invalides des villes et des campagnes.
De toutes ces mesures , en est-il une seule qui soit opposée aux intérêts de la Couronne? Assurément, non ! Les progrès de Tinstruction professionnelle^ parmi les enfans du peuple , et le dévebppement des salles d'asile , ne menacent en aucune façon l'autorité du souverain. Ce ne serait pas attenter à ses prérogatives que de généraliser, sur une base plus libérale , l'institution des prud'hommes. L'abaissement du tarif des bestiaux^ la mobilisation de la propriété foncière , l'extension du crédit , et l'établissement d'une caisse de retraite pour les travailleurs invalides ne feraient courir à la monarchie aucun danger. Et loin de là , il est évidentpour tout esprit impartial^ que ces mesures, diminuant la misère, l'ignorance qui pèsent encore, dans les trois quarts de la France, sur les dernières classes du peuple, produiraient des résultats émi* nomment favorables à l'affermissement de l'ordre public et à la consolidation de la dynastie.
Le triomphe de ces mesures, après tout, est inévitable; seulement^ selon le plus ou moins d'appui qu'elles reucontrcront, il sera plus ou moins
prochain. Si ce triomphe a lieu sans le concours de la Royauté, la Royauté en sera affaiblie; car elle ne peut pas rester impunément étrangère au mouve* ment le plus important de Tépoque , an fait auquel la ^société attachera le plus d'intérêt. L'autorité morale, la dignité de la Couronne souffriront donc inévitablement y si elle s'abstient de concourir aux mesures sur lesquelles est fondé aujourd'hui^ à bon droit ^ l'espoir des améliorations les plus prochaines dans la condition du peuple.
Si la Couronne, au contraire, prête à ces mesures son puissant appui, si le peuple peut se rendre ce témoignage qu'elle ait été pour quelque chose dans les améliorations qu'il aura réalisées « la Royauté verra nécessairement s'accroître son influence morale, le respect qui l'environne et s'affermir son autorité.
Le peuple peut donc avoir, dans le concours de la Royauté, une confiance d'autant plus grande qu'elle reposera, non pas seulement sur l'opinion^ sur la bonne volonté des personnes, mais sur l'intérêt permanent de l'institution.
Maintenant les projets particuliers que poursuit en ce moment la Couronne sont-ils contraires on favorables aux intérêts du peuple?
Ces désirs portent principalement aujourd'hui sur deux points : l'union douanière de Belgique ; et, si l'on en cro\l un bruit généralement répandu, l'acquisition du musée de Versailles par l'État.
Quant à l'union douanière, qui a soulevé dans
ces derniers temps une si vive polémique, il y a un point sur lequel tout le monde est d'accord. C'est qu'elle offrirait des avantages et des inconvéniens. Des avantages^ en ouvrant un plus large débouché à certains produits nationaux, comme les vins^ les soieries et tous les objets si variés de l'industrie parisienne; des inconvéniens, en menaçant d'une concurrence trop immédiate, d'antres industries qui n'ont pas atteint le même degré de supériorité.
Eh bien ! Il est facile de prouver que ces deux circonstances sont également favorables au but que poursuit le peuple.
Les avantages de l'union auront pour effet d'élargir le champ du travail national ; ses inconvéniens obligeront de le régler.
Croit-on que les industries^ menacées par l'uni^m douanière, aujourd'hui les mieux organisées et les plus puissantes, politiquement parlant^ laissent l'union s'établir sans précautions, sans compensations, sans réglemens d'ordre qui atténuent ou ré* parent les troubles dont elles auront les premières à souffrir?
Non, les chefs d'usines et de manufactures^ qui ont eu assez d'influence pour empêcher l'union de se conclure jusqu'à ce jour, en auront assez^ quand elle se réalisera, pour obliger l'État d'accomplir^ sans secousses et sans bouleversement, une entreprise dont il doit recueillir après tout le plus grand profit. Et dans la disposition actuelle de l'esprit public, après la discussion si remarquable à la-
quelle a donné lieu le projet d'indemnité du sucre indigène^ il est clair que les droits des contremaitres et des ouvriers ne pourraient être détachés de ceux des fabricans et des directeurs d'usines.
Indépendamment de tous les avantages matériels et politiques attachés à la réalisation de Tunion douanière ^ cette mesure^ offrirait donc au peuple une occasion favorable de voir réaliser l'objet le plus cher de ses espérances. Car la seule crainte des perturbations qu'elle pourrait entraioer obligerait de créer toutes ces institutions de prévoyance industrielle et d'organisation du travail que le peuple appelle de tous ses vœux.
Il faudrait bien que l'État intervint au milieu des luttes de la production, qu'il introduisit une nouvelle trêve de Dieu entre les grands ateliers nationaux, entre le nord et le midi, entre l'industrie métallurgique si puissante et les intérêts des ports de mer. Il le pourrait de deux manières, car il a deux iostrumens dans la main.
Le ministère du commerce lui offre le moyen d'intervenir auprès de tous les grands centres agricoles, commerciaux et manufacturiers par des agens spéciaux et de provoquer toutes les mesures relatives à renseignement professionnel, aux conseils de prud'hommes , à l'abaissement des tarifs, i la mobilisation des propriétés foncières^ à l'extension du crédit , à la caisse de retraite des travail-* leurs invalides.
Et pendant ce temps^ le. ministre des travaux pu«
blics peut contribuer de son c6té à diminuer le nombre des crises commerciales, des faillites et tous les désordres de la concorreace , en rétrécissant de plus en plus le cercle trop étendu où elle règne aujourd'hui. Pour cela il lui suffirait de soumettre à un régime d'ordre les ouvriers em{4oyé8 aux travaux qu'il exécute ; mesure importante, qui aurait l'avantage d'ouvrir des carrières utiles à cette masse de postulans et de surnuméraires dont les bureaux sont encombrés, et qui n'offrirait aucun inconvénient , si l'organisation des ateliers et la discipline des travailleurs n'étaient appliquées qu'à des œuvres permanentes ou dont l'extension fût d'avance assurée.
Le moyen d'introduire un système d'ordre, de prévoyance dans la vie et dans les travaux du peuple existent donc; et l'union douanière, en obligeant l'État à en faire usage , favoriserait la réalisation des vœux populaires.
Venons au second projet de la Couronne, qui est, je l'avoue, le plus délicat.
L'acquisition du musée de Versailles par l'État, est une de ces questions sur lesquelles l'esprit de parti croit avoir beau jeu naturellement. Et pourtant, il me semble que tout ce qu'on peut dire de plus malicieux, à ce sujet, ne résiste pas à l'examen attentif et impartial des faits.
De quoi s'agit-il? de rembourser des dépenses réelles pour un monument élevé aux gloires na-
tionales^ qui fait Torgaeil da pays^ Tadmiratioa et Teûvie de Tétranger.
Mais^ répood-OQ , si on remboursait aujourd'hui les dépenses considérables que cette création a en* traînées , le Roi en aurait donc l'honneur , sans qu'il lui en coûtât rien.
Et où serait le mal ? Qu'est-ce que la nation perdrait à ce marché? Elle aurait le monument, elle aurait la valeur de son argent. Quant à l'honneur derœuvre, avec la meilleure volonté du monde , il n'y a pas moyen de le transmettre , pas môme à la Chambre. Pour avoir l'honneur , il faudrait avoir eu Tidée. Et si la Chambre n'était arrêtée que par cette considération, il faudrait reconnaître que son scrupule se réduirait à une question d'amourpropre. Versailles , en effet , est une idée personnelle du Roi. Pourquoi est-elle venue à un seul homme, au lieu de venir à une assemblée compensée de 459 représentans du pays? Nul ne le sait sans doute 1 Mais là est le malheur , là est le vice essentiel qui, d'une œuvre éminemment patriotique, nationale , fait une œuvre que la nation ne peut pas adopter. Le ridicule d'un pareil raisonnement suffit pour en faire justice.
On dit encore : en définitive, ce sont des millions que la couronne demande! et pourquoi? Dans quel but? Quel usage en fera le Roi?
0 gardiens vigilans delà fortune publique! mais qu'en a-t-il fait? A quel usage les a-t-il employés, ces millions, quand il les possédait ? car ils étaient
à lui ! Il pouvait satisfaire tous les goûts dispendieux des races royales, s'il les avait eus ! Mais il ne les avait pas ! Son goût^ sa distraction personnelle, son bonheur est de bâtir! Eh! qui vous dit que ces mêmes millions qu'il a dépensés à Versailles, il ne les emploiera pas à embellir, à terminer un autre monument?
Certes, je n'ai pas le secret de la liste civile ; mais quand je vois, depuis douze ans, au milieu desédi* fices deParis, le Louvre rester seul inachevé ; quand j'apprends que la Couronne elle-même s'oppose à ce que des crédits soient ouverts au budget pour cet objet spécial, il ne me faut pas un grand effort d'imagination pour conclure que leRoi, qui n'aime pas médiocrement à faire travailler les ouvriers, met son honneur de roi à terminer le magnifique pa* lais que l'État a compris dans son domaine parti* culier.
Versailles est achevé, ou à peu près ; mettez-le en mesure d'achever le Louvre^ et Versailles vous dit assez ce qu'il en fera*
La question du remboursement des dépenses de Versailles envisagée i ce point de vue, qui est celui de la raison et du bon sens, n'offre assurément rien de contraire aux intérêts du peuple.
Terminons ce parallèle. Des deux côtés il n'existe aucun motif réel d'éloignement. Le peuple peut prendre en main la cause de la Royauté et poursuivre la réalisation de ses espérances les plus prochaines; loin d'en souffrir, il y trouvera des
avantages positifs. La Royauté ne recueillera pas moins de profits de la réalisation des espérances du peuple; les deux pouvoirs peuvent donc s'associer.
Si tous les intérêts poussent à cette alliance, quel obstacle s'y oppose donc ?
Il n'y en a pas d'autre que les sentimens de ré« pugnance que la bourgeoisie a inspirés au peuple; répugnance assez semblable à celle que la noblesse avait inspirée à la bourgeoisie sous la Fronde. Mais^ à la majorité de Louis XIV, la bourgeoisie fut assez bien inspirée pourse guérir de cette contagion; elle abandonna la cause des grands, qui allèrent perdre le dernier reflet de leur dignité et de leur influence politique dans les intrigues del'OËil-de-bœuf ; et^ mieux avisée^ elle s'habitua peu à peu à traiter di* rectement avec la Royauté. Espérons que le peuple n'aura pas moins de clairvoyance et de bon sens I
Après tout , qu'est-ce donc que la Royauté moderne, et quel homme aujourd'hui en est revêtu ? En face de quelle famille et de quel souverain se trouverait le peuple , s'il se déterminait à contracter une pareille alliance?
La famille royale est composée de jeunes hom* mes qui remplissent honorablement , avec intelligence , avec cœur^ les devoirs de leur position. Il faut n'avoir visité aucun peuple étranger^ pour refuser de reconnaître que les princes français se distinguent, entre tous les princes de l'Europe, par leur activité, leur patriotisme , leur dévouement
aux intérêts du pays. Ils ont reçu rédacation da DOS collèges , ils ont partagé tons les hasards et tous les dangers de nos entreprises militaires. Je ne prétends pas que ce soit une raison pourku adresser des complimens ; mais c'est une raisooan moins pour que le peuple puisse contracter une alliance étroite avec la dynastie^ sans crainte de déroger.
Les habiles de Topposition ne pardoDnent pas au Roi d'avoir empêché qu'ion ministère indépen* dant pût se former. J'ai toujours compris que celt voulait dire que le Roi n'avait pas voulu soutenir leurs combinaisons ministérielles^ envers et contre les majorités. En tous cas, il faudrait savoir quelle part ces grands hommes d'État indépendans fn« saient à la Royauté. Au fond, avouons-le ^ c'est one partie que l'on a jouée contre la Couronne et que la Couronne a gagnée, en employant probablement pour se défendre, les mêmes moyens dont on usait pour l'attaquer. Mais Tordre, la paix étaient du côté de la Couronne.
L'esprit de parti est toujours aveugle; on ose parler du Roi comme si l'homme qui nom gouverne était pour la France un étranger. Ahl vraiment, à quel pays tient-il donc> cet honHne, par le sang, par tous les liens de la famille, par ses propriétés, par le juste orgueil qu'il doitavdr des actes qu'il accomplit? Son avenir, son passé le plus glorieux, les tombeaux de ses ancêtres, le sien même, ne sont*ils pas en France? N'est*il pai
naturel que la famille royale sait la plus attachée à ce sol qui Ta vae nattre ^ sur lequel elle reçoit pins d'honneurs que toute autre et où elle pourrait nommer le plus d'aïeux?
Mais , dit-on^ comment le peuple ponrrait-il s'attacher à la Royauté moderne^ à cette cour sans élan^ sans poésie^ d'où les vertus bourgeoises ont chassé la magnanimité chevaleresque des racea princières?
Et à qui la faute? sinon à la bourgeoisie elle'* même qui^ entourant seule la Royauté , lui impose nécessairement ses exemples , ses préceptes d'ordre et de prudence exagérés? Vous qui voulez faire triompher les intérêts du peuple, osez donc appro*cher la Couronne au nom du peuple, lui offrir d'autres préceptes, d'autres exemples. Prouvez-lui que le peuple peut associer sa destinée à celle de la dynastie^ ses intérêts aux intérêts de la Royauté; et, retrempés dans la confiance populaire^ les princes et les rois redeviendront chevaleresques et magnanimes I
L'avènement de la bourgeoisie devait introduire dans rÉtat et dans. la famille^ le principe de l'intérêt^ comme règle suprême de la politique et de la morale. Chacun chez soi, chacun pour soi! Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ! Tels sont les principes le plus en faveur dans la bourgeoisie ; et il est naturel qu'il en soit ainsi. Tout, dans le triomphe de la bourgeoisie^ a dû se ressentir du point de départ. Ce n'étaient
-pas des Bobles qui avaient pris généronaeme&t, dès le xui"" siècle^ Tinitiative de cette grande évolution sociale; qui , au nom de la justice^ au nom de la solidarité de toutes les classes composant la nation française , avaient stipulé les droits des cornmunes et du Tiers-État. Non ! les bourgeois n'ont eu pour défenseurs que des bourgeois. C'est au nom de l'intérêt qu'ils ont parlé et agi , et c'est l'intérêt naturellement qu'ils ont introduit avec eux comme principe dans le gouvernement de TÉtat. Grâce à Dieu , il n'en est pas ainsi pour le peuple. Son avènement ne résultera pas de lextension triomphante de l'intérêt particulier à une seule caste ; ce ne sont pas des paysans , ce ne sont pas des ouvriers qui ont provoqué les premiers l'avénement des classes populaires des villes et des campagnes; non^ ce sont des bourgeois 1 C'est dans le sein même de la bourgeoisie que la cause populaire trouve encore aujourd'hui ses défenseurs les plus puissans. Et quel sentiment les anime? Quelle pas* sion enflamme cette jeunesse^ élite de la boor-
. geoisie , qui poursuit avec une énergie infatigable Tavénement des classes populaires ? Ce n'est pas la passion de l'intérêt , c'est la. passion du devoir, de l'honneur. Tous ces jeunes hommes se dévouent; ils obéissent à la voix sainte du cœur, du patriotisme^ de la religion^ ils se font peuple I Un pami sentiment , au lieu de développer et de glorifier les intérêts de l'individualisme, doit régénérer et affermir les bases même du gouvernement^ en
étendant sa prévoyance et sa protection jusqu'aux classes , jusqu'aux familles les plus pauvres et les plus abandonnées. L'avènement du peuple doit donc remettre en honneur^ parmi nous, le senti* ment du devoir et des dévouemens sublimes»
Admirable Providence^ qui réservait pour der* nier cachet à la sociabilité française le sentiment , la passion , attribut étemel du caractère national l la passion généreuse qui fait notre force morale et notre légitime orgueil au milieu des peuples, et dont le triomphe définitif nous permettra de donner encore à l'Europe , au nom de la politique , l'exemple que nous lui avons donné, pendant les croisades^ au nom de la religion I
Nous avons dominé l'Europe par notre diplomatie sous Richelieu , par notre philosophie, nosmœurs, notre littérature sous Louis XIV et sous Voltaire , par les principes de notre constitution depuis 89 ; «i la France devait entreprendre défaire entrer peu à peu les dernières classes du peuple dans la jouissance des intérêts moraux et matériels réservés aux classes bourgeoises , quel exemple elle offrirait aux autres peuplesl
Quoi I un pays aurait prouvé que la misère ,
l'abjection de la majorité de ses habitans n'est pas
un fait inhérent à l'existence des sociétés humaines!
Quoi! il y aurait dans le monde une nation modèle,
dont les plus pauvres familles seraient au-dessus du
besoin ! où les femmes des plus pauvres ouvriers
jouiraient de cet inappréciable avantage de pouvoir lu 31
élever leurs enfaos 1 Mais ce peaplé serait le |r^ miet' do monde 1 II deviendrait l'objet de rétadéi du re9|)eot^ de rddmiration du globe etatiet I
Voilà la aatioD qui nous ^seigne notre devoi^i diraient les autres peuples } de qu'elle a pfa faks^ noàs pouvons l'aecomplir. Suivons la voie qti'elle atraoée! Imitbns^la!
Ainsi tous reviendbaient à nousl Nous mareha^ tioiis enoore eb tdte du inonde I
0 peuple! qui nous reodâ ànous-mémes, et nous iAs|>iré8 ce pur^ ce noble sentiitient^ œtte joie sâ^ l)lime qui fait battre nos cœun^ lois le Ineaveaa dëDS là €i(él Tu Tas défendue de tMi àang^ ta rembellisy tu Tassàinis à la sueur de ton firo&tl Et o'est par toi qu'elle va devenir l'etavie^ l'orgueil, l'idole des nations 1 Peuple I à qui je doia le lait qui jn'a Dt)at*ri i le toft qui îB^abritOi les tissus qui me couvrent^ le temps que je te dévoue^ jusqu'ils tombe de moii père^ et jusqu'aila jouets dll tm enfans f Peuple ! sois Ib bienveuu I
nn w devxièmIe bt debnieb toimi.
TABIiS AXAvmçm
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DEUXIÈME VOLUBOB.
TASI.I: AHAt^TSQiraS
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