‹ Lettres portugaises;Chapitre 30 sur 46 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

ans mentir, cette dame d'hier au ;soir est bien laide; elle danse d'un

méchant air, et le comte de Cugne ^avoit eu grand tort de la dépeindre comme une belle personne. Comment pûtes- voua demeurer si longtemps auprès d'elle ? Il me sembloit, à l'air de son visage, que ce qu'elle vous disoit n'étoit point spirituel. Cependant vous avez causé avec elle une partie du temps que l'assemblée a duré, et vous avez eu la dureté de me dire que sa conversation ne vous avoit pas déplu. Que vous disoit-elle donc de si charmant? Vous apprenoit-elle des nouvelles de quelque dame de France qui vous soit chère, ou si elle commençoit à vous le devenir elle-même? car il n'y a que l'amour qui puisse

faire soutenir une si longue conversation. Je ne trouvai point vos François nouveaux arrivés si agréables, j'en fus obsédée tout le soir, ils me dirent tout ce qu'ils purent imaginer de plus joli, et je voyois bien qu'ils PafTectoicnt ; mais ils ne me divertirent point, et je crois que ce sont leurs discours qui m'ont causé la migraine effroyable que j'ai eue toute la nuit. Vous ne le sauriez point si je ne vous l'apprenois. Vos gens sont occupés sans doute à aller savoir comme cette heureuse Françoise se trouve de la fatigue d'hier au soir; car vous la fîtes assez danser pour la faire malade. Mais qu'a-t-elle de si charmant? la croyez -vous plus tendre et plus fidèle qu'une autre? lui avez -vous trouvé une inclination plus prompte à vous vouloir du bien que celle que je vous ai fait paraître? Non sans doute, cela ne se peut pas; vous savez bien que, pour vous avoir vu passer seulement, je perdis tout le repos de ma vie, et que, sans m'arrêter à mon sexe et à ma naissance, je courus la première aux occasions de vous voir une seconde fois. Si elle en a fait davantage, elle est à votre lever ce matin, et le petit Durino la trouvera sans doute assise auprès de votre

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