RUE DES SAINTS-PÈRES
SX
Vu
mi
LETTBfvS PROVINCIALES
Après tout ce qui a été écrit sur Pascal, depuis une quarantaine d'années, par Cousin, Sainte-Beuve, Nisard, Saisset, Faugère et, en dernier lieu, par M. Havet, il est difficile de dire quelque chose sur les Provinciales H sur 1rs Pensées qui n'ait été déjà parfaitement dit. Aussi n'ai-je pas d'autre prétention que de prendre et de résumer dans l'œuvre de mes nombreux devanciers, ce qui me paraîtra le meilleur pour les élèves de rhétorique et de philosophie auxquels cette modeste publication est destinée, J'aurai soin de laisser de côté les polémiques irritantes auxquelles Pascal a donné lieu. Il me semble tout à fait hors de propos de renouveler des querelles anciennes ou récentes, soit du temps de Pascal, soit de notre temps, entre théologiens et philosophes. Je parlerai de Pascal sans nul
souci de plaire ou de déplaire à ceux-ci ou à ceuxlà, ni de le tirer en tel ou lel sens, selon le caprice ou le goût de la polémique du jour; je n'y mettrai nulle passion religieuse ou même philosophique. Dans les Provinciales, je m'attacherai surtout au côté littéraire, qui a dû être le point de vue principal de ceux qui les ont placées dans le programme de la rhétorique.
Une vie développée de Pascal serait hors de proportion avec ces quelques pages détachées de son œuvre. Nous renvoyons pour les détails biographiques à la belle Histoire de Port-Royal par Sainte-Beuve, et surtout à la source originale où tous ont puisé, c'est-à-dire à la vie qu'en a donnée sa sœur, Mme Perier, qu'on trouve en tète de presque toutes les éditions des œuvres de Pascal, Quel plus véridique et plus touchant biographe que cette sœur, dont la plume pieuse et émue a raconté les travaux, les luttes, les souffrances de ce frère aimé et admiré !
Biaise Pascal est né en 1623, à Clermont, où sa statue a été inaugurée avec un grand éclat, il v a seulement quelques années. De haute lignée bourgeoise, comme les Arnauld, il appartenait à une bonne et ancienne famille d'Auvergne qui remplissait les plus hautes charges du tiers état. Son père, Etienne Pascal, président de la cour des aides à Clermont, puis intendant de la généralité de Normandie, était un savant instruit dans
les mathématiques, l'histoire et les langues anciennes. A Paris, où il s'était retiré, après avoir vendu sa charge de Rouen, sa maison était un centre où se réunissaient un certain nombre de savants qui devaient plus tard former le noyau de l'Académie des sciences. Le maître de Pascal fut son père; il voulut qu'il étudiât la grammaire et le latin avant de commencer les mathématiques. On sait comment Pascal enfant, par un trait merveilleux de précocité et de génie, déjoua la méthode paternelle. On refusait de lui donner un Euclide, il devina, il refit Euclide à lui tout seul avec des barres et des ronds, nous dit sa sœur. Cette merveille a été dignement célébrée par Chateaubriand.
« Il y avait un homme qui, à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques; qui, à seize, avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eut vu depuis l'antiquité; qui, à dix-neuf, réduisit en machine * une science qui existe tout entière dans l'entendement; qui, à vingt-trois ans. démontra les phénomènes de la pesanteur de l'air, etc. ; cet effrayant génie se nommait Biaise Pascal 2. » Chateaubriand n'exagère pas; Mme Perier raconte que son père, le jour où il découvrit qu'en cachette, à lui seul, sans aucun livre, cet enfant était arrivé à la