‹ Lettres provinciales 1, 4, 13, et Opuscules philosophiques; prescrits par les programmes de rhétorique et de philosophie du 22 janvier 1885. Ed. classique, avec une introd. et des notesChapitre 11 sur 26 · SUR ÉPICTÈTE ET MONTAIGNE · texte numérisé non relu

SUR ÉPICTÈTE ET MONTAIGNE

M. Pascal vint, en ce temps-là l, demeurer à Port- Royal des Champs. Je ne m'arrête point à dire qui était cet homme, que non seulement toute la France, mais toute l'Europe a admiré. Son esprit toujours vif, toujours agissant, était d'une étendue, d'une élévation, d'une fermeté, d'une pénétration et d'une netteté au delà de ce qu'on peut croire...

Cet homme admirable, enfin étant touché de Dieu, soumit cet esprit si élevé au joug de Jésus-Christ, et ce cœur si noble et si grand embrassa avec humilité la pénitence. Il vint à Paris se jeter entre les bras de M. Singlin 2, résolu de faire tout ce qu'il lui ordonnerait. M. Singlin crut, en voyant ce grand génie, qu'il ferait bien de l'envoyer àPort-Royal des Champs, où M. Arnauld lui prêterait le collet en ce qui regarderait les hautes sciences, et où M. de Saci 3 lui apprendrait à les mépriser. Il vint donc demeurer à Port-Royal. M. de Saci ne put se dispenser de le voir par honnêteté, surtout en ayant été prié par M. Singlin; mais les lumières saintes qu'il trouvait dans l'Ecriture et les Pères lui firent espérer qu'il ne serait point ébloui de tout le brillant de M. Pascal, qui charmait néanmoins et enlevait tout le monde.

1. Cette introduction est tirée des Mémoires imprimés de Fontaine.

2. « M. Singlin ». directeur et confesseur à Port-Royal, après Saint-Cyran.

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