C'est le sujet des lettres suivante
AVERTISSEMENT
A mesure que les Lettres provinciales se succèdent, la véhémence de Pascal, de plus en plus stimulée par les impostures et les calomnies de ses adversaires, ^v^toujours en croissant; à partir de la dixième, l'invective directe, ardente, passionnée remplace la raillerie et l'ironie. Au lieu de faire rire aux dépens des jésuites, il soulève contre eux l'indignation de tous les chrétiens , de tous les honnêtes gens et la conscience publique. Il a dit lui-même dans la lettre précédente. « Ce que j'ai fait n'est qu'un jeu avant le véritable combat. J'ai montré les blessures qu'on vous peut faire, plutôt que je ne vous en ai fait » ; ces blessures il va maintenant les faire, et bien profondes, sinon mortelles. Rien ne subsiste plus de la mise en scène des premières lettres que nous avons décrite. Il aurait été difiicile d'ailleurs de continuer cette fiction et ce dialogue avec quelque vraisemblance devant les énormités, de plus en plus grandes, complaisamment étalées par le bon père. Montalte ne pouvait, sans manquer à son rôle d'honnêteté et de piété, se contenir plus longtemps: il éclate dans les lettres suivantes où il prend directement à partie les jésuites. Ce n'est plus à un ami de province qu'il écrit. Il s'adresse à « mes révérends pères », c'est-à-dire directement à l'ordre tout entiei
60 LETTRES PROVINCtALES
Avec quplle nouvelle vigueur il accumule les preuves les plus accablantes contre tant de décisions de leurs casuistes opposées non seulement à l'Évangile, mais à l'honneur et à ^ l'équité du monde!
Dans cette treizième lettre, la seule dont nous ayons particulièrement à nous occuper, il revient sur la question de l'homicide l. Jamais n'a été plus éloquemment plaidée la grande cause du respect de la vie humaine, jamais n'a été plus sévèrement condamné, sous toutes ses formes et sous tous les prétextes, le crime de l'homicide, « le seul entre tous qui détruit tout ensemble l'État et l'Église, la nature et la piété 2 ».
Les casuistes eussent voulu accommoder avec la religion le point d'honneur mondain, et ménager les préjugés et les passions des hommes de cour et de guerre, portant l'épée au côté et toujours prêts à la tirer, en dépit des lois les plus sévères, pour venger dans le sang la moindre des injures ou leur orgueil blesséf Pascal accuse les révérends pères d'avoir mis, contrairement~à l'Évangile et aux lois, le poignard à la main de tout chrétien pour frapper qui les offeii^'-.
Il est vrai que par un correctif prudent ils distinguaient la pratique de la spéculation. Ils disaient bien qu'en théorie, il est permis de tuer pour un soufflet, ou même pour une calomnie, mais ils ajoutaient que cela ne doit pas être admis facilement en pratique. Avec quelle ironie, avec quelle éloquence Pascal ne fait-il pas justice de cette cauteleuse distinction *? La pratique ne doit-elle pas suivre naturellement de la théorie? « Vous n'approuvez pas toujours, dit-il, dans la pratique, ces meurtres et ces crimes que vous trouvez permis dans la spéculation pour vous mettre à couvert du côté des juges... Je ne vous reproche pas de craindre les juges, mais de ne craindre que les juges et non pas le juge des juges... Vous êtes hardis contre Dieu et timides contre les hommes. » Il termine par un coup de tonnerre oratoire, «lit Sainte-