ARTICLE III
Quand il seroit difficile de démontrer l'existence de Dieu par les lumières naturelles , le plus sûr est de la croire. (*)
ï. i arlons selon les lumières naturelles. S'il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible,
(*) Cet article, dans toutes les éditions, excepté celle de 1787, a pour titre : Qu'il est difficile de démontrer l'exil stence de Dieu par les lumières naturelles; mais que le plussûr est de la croire. Ce titre annonce un proposition affirmative qu'on ne peut supposer dans l'intention de l'auteur des Pensées. C'est ce que l'éditeur de 1787 a très -bien senti. Il n'a vu , dans les premiers paragraphes de cet article , qu'une suite d'objections que Pascal met dans la bouche d'un incrédule pour y répondre victorieusement. J'ai , en conséquence , adopté la forme d'un dialogue régulier qui m'a paru évidemment le but de l'auteur, et qui justifie le titre que j'ai mis en tête de l'article. J'ai distingué, par les lettres I et P, l'incrédule et Pascal.
( Note de l'Éditeur. )
puisque, n'ayant ni parties, ni bornes, il n'a nul rapport à nous : nous sommes donc incapables de connoître ni ce qu'il est, ni s'il est (i 16). Cela étant ainsi, qui osera entreprendre de résoudre cette question? Ce n'est pas nous, qui n'avons aucun rapport à lui.
P. Je n'entreprendrai pas ici de prouver, par des raisons naturelles , ou l'existence de Dieu , ou la Trinité, ou l'immortalité de lame, ni aucune des choses de cette nature, non-seulement parce que je ne me sentirois pas assez fort (117) pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis (*); mais encore parce que cette connoissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. Quand un homme seroit persuadé que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles , éternelles et dépendantes d'une première vérité en qui elles subsistent, et qu'on appelle Dieu, je ne le trouverois pas beaucoup avancé pour son salut.