‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 128 sur 159 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

des figures; que l'ancienne loi étoit figurative.

Il y a des figures claires et démonstratives; mais il y en a d'autres qui semblent moins naturelles, et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Ces figures-là seroient semblables à celles de ceux qui fondent des prophéties sur l'Apocalypse, qu'ils expliquent à leur fantaisie. Mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils n'en ont point d'indubitables qui les appuient. Tellement qu'il n'y a rien de si injuste que quand ils prétendent que les leurs sont aussi bien fondées que quelques-unes des nôtres; car ils n'en ont pas de démonstratives comme nous en avons. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses, parce qu'elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l'autre.

Une des principales raisons pour lesquelles les prophètes ont voilé les biens spirituels quils

promettoient sous les figures des biens temporels, c'est qu'ils avoient affaire à un peuple charnel , qu'il falloit rendre dépositaire du testament spirituel.

Jésus-Christ, figuré par Joseph, bien-aimé de son père, envoyé du père pour voir ses frères, est (*) l'innocent vendu par ses frères vingt deniers, et par là devenu leur seigneur, leur sauveur, et le sauveur des étrangers, et le sauveur du monde; ce qui n'eût point été sans le dessein de le perdre, sans la vente et la réprobation qu'ils en firent.

Dans la prison, Joseph innocent entre deux criminels : Jésus en la croix entre deux larrons. Joseph prédit le salut à l'un, et la mort à l'autre, sur les mêmes apparences : Jésus-Christ sauve l'un , et laisse l'autre , après les mêmes crimes. Joseph ne fait que prédire : Jésus-Christ fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu'il

(*) Le mot est n'a-t-il point été transposé ici par erreur de copiste ? Ne faudroit-il pas lire : Jésus-Christ est figuré par Joseph , bien-aimé de son père , envoyé du père pour voir ses frères , l'innocent vendu par ses frères vingt deniers , et le reste ? Car cette circonstance des vingt deniers regarde Joseph, et non Jésus-Christ, qui fut vendu trente deniers. Tout ce qui suit regarde également Joseph ; le nom même de Sauveur du monde est celui qui fut donné à Joseph , selon la Vulgate : Salvatorem mundi. (Gen. 41 , 4^. ) Tout cela regarde Joseph ; et en tout cela Jésus- Christ est figuré par Joseph, Voilà bien ce que l'auteur a voulu dire.

{Note de Védit. de 1787.)

se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire; et celui que Jésus -Christ sauve lui demande qu'il se souvienne de lui quand il sera en son royaume.

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