‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 141 sur 159 · ARTICLE XVIII · texte numérisé non relu

ARTICLE XVIII

PENSÉES SUR LA MORT, QUI ONT ÉTÉ EXTRAITES D*UNE LETTRE ÉCRITE PAR PASCAL , AU SUJET DE LA MORT DE SON PERE.

yuAND nous sommes dans l'affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de l'affection , ou pour quelque autre malheur qui nous arrive , nous ne devons pas chercher de la consolation dans nous-mêmes, ni dans les hommes , ni dans tout ce qui est créé; mais nous devons la chercher en Dieu seul. Et la raison en est, que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que nous appelons maux; mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritable cause, l'arbitre et la souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source, et remonter jusques à l'origine pour trouver un solide allégement. Que si nous suivons ce précepte , et que nous considérions cette mort qui nous afflige, non pas comme un effet du hasard, ni comme une nécessité fatale de la nature , ni comme le jouet des éléments et des parties qui composent l'homme (car Dieu n'a pas abandonné ses élus au caprice du hasard ) , mais comme une suite indispensable , inévitable ,

juste et sainte, d'un arrêt de la providence de Dieu , pour être exécuté dans la plénitude de son temps; et enfin que tout ce qui est arrivé a été de tout temps présent et préordonné en Dieu : si , dis-je , par un transport de grâce , nons regardons cet accident , non dans luimême , et hors de Dieu ; mais hors de lui-même , et dans la volonté même de Dieu ; dans la justice de son arrêt, dans l'ordre de sa providence, qui en est la véritable cause , sans qui il ne fût pas arrivé, par qui seul il est arrivé, et de la manière dont il est arrivé; nous adorerons dans tin humble silence la hauteur impénétrable de ses secrets; nous vénérerons la sainteté de ses arrêts, nous bénirons la conduite de sa providence; et unissant notre volonté à celle de Dieu même, nous voudrons avec lui , en lui , et pour lui , la chose qu'il a voulue en nous et pour nous de toute éternité.

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