‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 56 sur 159 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir , trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent dans cette même ignorance d'où ils étoient partis. Mais c'est une ignorance savante qui se connoît. Ceux d'entre deux qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde', et jugent plus mal de tout que les autres. Le peuple et les habiles composent , pour l'ordinaire , le train du monde : les autres le méprisent et en sont méprisés. (*)

On se croit naturellement bien plus capable d'arriver au centre des choses que d'embrasser leur circonférence. L'étendue visible du monde nous surpasse visiblement; mais comme c'est nous qui surpassons les petites choses, nous nous croyons plus capables de les posséder; et

(*) Le peuple et les habiles, etc. Voyez à la suite de la note 36 l'explication de cette maxime, par Vauvenargues.

(L'Éditeur.)

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