‹ Lettres provinciales et Pensées (volume 2)Chapitre 55 sur 159 · PREMIÈRE PARTIE, ART. VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. VI

On voit, d'une première vue, que l'arithmétique seule fournit des principes sans nombre, et chaque science de même.

Mais si l'infinité en petitesse est bien moins visible, les philosophes ont bien plutôt prétendu y arriver; et c'est là où tous ont choppé. C'est ce qui adonné lieu à ces titres si ordinaires, des Principes des choses , des Principes de la philosophie, et autres semblables, aussi fastueux en effet, quoique non (*) en apparence , que cet autre qui crève les yeux (33) , de omni scibili. (**)

Ne cherchons donc point d'assurance et de fermeté. Notre raison est toujours déçue par l'inconstance des apparences; rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui l'enferment et le fuient. Cela étant bien comprisse crois qu'on s'en tiendra au repos (34), chacun dans l'état où la nature l'a placé. Ce milieu qui nous est échu, étant toujours distant des extrêmes, qu'importe que l'homme ait un peu plus d'intelligence des choses? S'il en a, il les prend d'un peu plus haut. N'est-il pas toujours infiniment éloigné des extrêmes ? et la durée de notre plus longue vie n'estelle pas infiniment éloignée de l'éternité?

Dans la vue de ces infinis, tous les finis sont égaux; et je ne vois pas pourquoi asseoir son imagination plutôt sur l'un que sur l'autre.

(*) Quelques éditions mettent moins au lieu de non.

{**) C'est le titre des thèses que Jean Pic de La Mirandole soutint avec grand éclat à Rome, à l'âge de vingt-quatre ans, en 1487.

La seule comparaison que nous faisons de nous au fini, nous fait peine. (35)

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