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inoins parfaites. La nôtre est éminemment douée de ce privilège; elle semble être calcule'e exprès pour la lucidité de l'élocution. Or cette clarté qu'elle possède par excellence, est peut-être incompatible avec les autres qualités dont on peut regretterqu'elle soit privée. Nous pouvons convenirdes obstacles qu'elle oppose à l'enthousiasme du poète et à la véhémence de l'orateur , quoiqu'elle leur permette les longues périodes qui lai conviennent mal dans le discours ordinaire. Les articles l'embarrassent , les inversions la troublent , les ellipseslui répugnent, la moindre impropriété dansles termes l'effarouche; enfin, sa syntaxe , asservie à l'ordre naturel, ne peut presque rien déranger dans la marche des mots , sans s'exposer à rompre la liaison des idées; chargée de tant de chaînes , elle doit procéder avec plus de lenteur que les langues transpositives; mais ce qu'elle perd sur la célérité du mouvement, elle le regagne par l'éclat de la lumière. Elle rend la raison et la vérité comme transparentes ; elle eu est le miroir le plus exact ; car son génie ne se prête ni aux pensées louches, ni aux phrases équivoques, ni aux arguments captieux. Elle n'admet rien d'embrouillé , avantage inappréciable qui la rend plus propre qu'aucun autre idiome connu à être , dans la société et la conversation, l'écho familier de la confiance; dans les affaires publiques et privées , l'interprète fidèle de la justice; dans les sciences, les lettres et les arts, l'organe méthodique de la philosoj^hie. Notre langue, à ce titre, étoit l'instrument le plus propre à être manié par un homme tel que Pascal. Ce grand homme avoit fait un 'Traité de l'esprit géométrique , dont Arnauld a tiré plusieurs règles de l'Art de penser (*). Ces règles , destinées à former le jugement , étoient surtout à l'usage de celui qui les avoit établies ; mais on peut dire que son génie étoit bien secondé ici par le génie particulier de notre langue. Pascal ne vouloit rien admettre qui ne fût démontré
(*) Voyez la préface de la Logique de Port-Royal , Œuvres d'Antoine Arnauld , tome XXXVI; in-^°, pages no-ur.
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jusqu'à l'évidence; et notre langue aussi ne tolère dans les paroles rien qui puisse obscurcir la pensée : on ne peut tergiverser avec elle ; elle veut qu'on soit clair, à quelque prix que ce puisse être , dût-on même , pour atteindre à ce but unique , suivre à la lettre le grand précepte de Boileau :
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ; Polissez- le sans cesse, et le repolissez.
Ce fut aussi par ce moyen , ce fut avec cette arme victorieuse que Pascal sortit triomphant de la lutte qu'il soutint contre les sophismes et les paralogismes derrière lesquels se retranchoient les opinions probables , les restrictions mentales et tous les autres subterfuges de la morale relâchée. Ces ténébreuses doctrines avoient pu passer long-temps à la faveur du vague et de l'obscurité dont les enveloppoit le latin de l'école; mais elles ne purent soutenir le jour que répandit sur elles la rectitude lumineuse de la langue francoise.
Attachons-nous donc à l'étude de cette lan gue de la raison , dans laquelle nous avons tant d'ouvrages classiques , tous venus à la suite des Provinciales ; mais ces chefs-d'œuvre ne doivent pas nous faire oublier les autres bons ouvrages françois , qui étoient venus précédemment à la suite du Plutarque d'Amyot.
Ces réflexions doivent servir du moins à nous justifier du soin que nous avons pris d'esquisser , quoique d'une manière rapide et imparfaite , le tableau des bons ouvrages en prose qui parurent dans notre langue à l'époque de François Ier. La poésie Françoise employé quelquefois le dialecte de Marot. Nous ne demandons pas que la prose reprenne aussi le langage d'Amyot ; ce seroit pousser trop loin la passion de cet archaïsme que notre goût moderne ne supporte qu'à peine dans les vers même d'Hamilton et de J.-B. Rousseau , quoiqu'il ait tant de grâce dans ceux de La Fontaine ; mais nous désirons que l'on recherche , que l'on étudie , que l'on relise eniin les auteurs du seizième siècle ; que l'on tienne note de
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celles de leurs expressions qu'on a eu tort de laisser perdre, et que l'on s'attache à les faire revivre , sans s'écarter néanmoins de la forme sage et précise que Pascal a imprimée à notre prose dans cet admirable livre des Provinciales , dont Bossuet a pu envier la composition , et qui a eu la gloire de fixer la langue.
François de Neufchateau.