ET DU STYLE DE PASCAL. XXJ
et significatives, que le latin ne peut abre'ger ? De plus , celte brièveté tant vantée n'est pas toujours une perfection : on n'est point trop long, quand on ne dit rien de superflu , et qu'en retranchant exactement les paroles perdues , toutes celles qui composent la phrase sont nécessaires , pour mettre la pensée dans tout son jour. Bien loin que cette abondance qu'on nous reproche soit un défaut, c'est un avantage de la langue françoise , qui , préférant la clarté à tout le reste , veut qu'on développe nettement tout ce qu'on pense, et qu'on le présente à l'esprit sans embarras. Comme elle ne souffre rien d'obscur , ni de confus , elle ne s'accommode ni de ces fréquentes parenthèses qui interrompent le discours, ni de ces phrases tronquées dont il faut deviner le sens , et qu'on n'entend qu'après y avoir long-temps rêvé. Tout ce qui a besoin de réflexion pour être compris, tout, ce qui demande de l'application pour être entendu , ne convient point au génie vif et prompt de la nation françoise.
« Il est vrai encore qu'il est nécessaire de tempérer en françois les figures et les métaphores trop poussées en latin; mais il ne faut point regarder comme un défaut de notre langue ce qui est l'effet de ce goût raisonnable qui lui est propre , et qui ne s'éloigne jamais de la nature et de la vérité.
« Si les défenseurs de la latinité vouloient juger équitablement , et rabattre un peu de la vénération qu'on leur a imprimée pour les anciens , ils reconnoîtroient de bonne foi que si le latin traduit perd quelques-unes de ses beautés , il en est quelquefois dédommagé par des expressions fran— çoises très -élégantes et très-heureuses. On pourroit défier les latins à leur tour de traduire tel de nos bons ouvrages françois : il leur échapperoit peut-être bien des grâces et bien des finesses que la langue latine ne sauroit exjmmer. »
Soyons donc justes pour nous-mêmes ! ne calomnions pas les ressources de notre langue , faute de les connoître î Sachons jouir de ce que nous avons, sans nous plaindre au hasard de ce qui pourroit nous manquer I On ne sauroit tout réunir. Les langues sont des méthodes analytiques, plus ou