‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 33 sur 102 · DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

DES PRÊTRES

« parce qu'une telle loi les exposeroit indubi- « tablement , haud dubiè , au péril de la dire « quelquefois en péché mortel. » Et néanmoins dans le même Traité 10, p. 44 T •> il cut : (< Que ^es « prêtres qui ont reçu de l'argent pour dire la « messe tous les jours , la doivent dire tous les «jours, et qu'ils ne peuvent pas s'excuser sur « ce qu'ils ne sont pas toujours assez bien prête parés pour la dire, parce qu'on peut toujours <r faire lacté de contrition; et que, s'ils y mante quent, c'est leur faute, et non pas celle de « celui qui leur fait dire la messe. » Et pour lever les plus grandes difficultés qui pourroient les en empêcher, il résout ainsi cette question dans le même Traité, q. 32, page 4^7 : « Un prêtre peut- il dire la messe le même jour « qu'il a commis un péché mortel et des plus « criminels, en se confessant auparavant? Non, « dit Yillalobos, xH cause de son impureté. Mais « Sancius dit que oui, et sans aucun péché; je « tiens son opinion sûre , et qu'elle doit être « suivie dans la pratique : et tuta et seqùenda in « praxi. »

Quoi! mon père, lui dis -je, on doit suivre cette opinion dans la pratique? Un prêtre qui seroit tombé dans un tel désordre oseroit-il s'approcher le même jour de l'autel , sur la parole du père Bauny ? Et ne devroit-il pas déférer aux anciennes lois de l'Eglise, qui excluoient pour jamais du sacrifice, ou au moins pour un long temps, les prêtres qui avoient commis des

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péchés de cette sorte, plutôt que de s'arrêter aux nouvelles opinions des casuistes, qui les y admettent le jour même qu'ils y sont tombés? Vous n'avez point de mémoire, dit le père. Ne vous appris -je pas l'autre fois que, selon nos pères Cellot et Reginaldus , « on ne doit pas a suivre , dans la morale , les anciens pères , «mais les nouveaux casuistes?» Je m'en souviens bien, lui répondis-je; mais il y a plus ici, car il y a des lois de l'Église. Vous avez raison, me dit-il ; mais c'est que vous ne savez pas encore cette belle maxime de nos pères : «Que les « lois de l'Église perdent leur force quand on « ne les observe plus , cùm jam desuetudine « abierunt,» comme dit Filiutius, t. II, tr. ^5, n. 33. Nous voyons mieux que les anciens les nécessités présentes de l'Église. Si on étoit si sévère à exclure les prêtres de l'autel, vous comprenez bien qu'il n'y auroit pas un si grand nombre de messes. Or la pluralité des messes apporte tant de gloire à Dieu, et d'utilité aux âmes, que j'oserois dire, avec notre père Cellot, dans son livre de la Hiérarchie , p. 6 1 1 de l'impression de Rouen, qu'il n'y auroit pas trop de prêtres, « quand non-seulement tous les hommes « et les femmes, si cela se pouvoit, mais que les « corps insensibles, et les bêtes brutes même, « bruta animalia , seroient changés en prêtres « pour célébrer la messe. »

Je fus si surpris de la bizarrerie de cette imagination, que je ne pus rien dire, de sorte qu'il

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