DES RELIGIEUX
continua ainsi : Mais en voilà assez pour les prêtres; je serois trop long; venons aux religieux. Comme leur plus grande difficulté est en l'obéissance qu'ils doivent à leurs supérieurs, écoutez l'adoucissement qu'y apportent nos pères. C'est Castrus Palaiïs, de notre Société, Op. mor. p. i, disp. 2, page 6: «Il est hors de « dispute, non est controversia , que le religieux « qui a pour soi une opinion probable n'est « point tenu d'obéir à son supérieur, quoique «l'opinion du supérieur soit la plus probable; « car alors il est permis au religieux d'embrasser « celle qui lui est la plus agréable, quœ sibi gra- « tior fuerit, comme le dit Sanchez. Et encore « que le commandement du supérieur soit juste, « cela ne vous oblige pas de lui obéir : car il « n'est pas juste de tous points et en toute ma- « nière, non undequoquè juste prœcipit , mais « seulement probablement; et ainsi vous n'êtes « engagé que probablement à lui obéir, et vous « en êtes probablement dégagé ; probabiiiter « obligatus , et probabiliter deobligatus.» Certes, mon père, lui dis-je, on ne sauroit trop estimer un si beau fruit de la double probabilité. Elle est de grand usage, me dit-il; mais abrégeons. Je ne vous dirai plus que ce trait de notre célèbre Molina, en faveur des religieux qui sont chassés de leurs couvents pour leurs désordres. Notre père Escobar le rapporte, tr. 6, ex. 7, n. t 1 1 , en ces termes : «Molina assure qu'un « religieux chassé dç son monastère n'est point
iTHECA )
ÎOO SIXIÈME LETTRE.
« obligé de se corriger pour y retourner, et qu'il « n'est plus lié par son vœu d'obéissance. »
Voilà, mon p«cre, lui dis-je, les ecclésiastiques bien à leur aise. Je vois bien que vos casuistes les ont traités favorablement. Ils y ont agi comme pour eux-mêmes. J'ai bien peur que les gens des autres conditions ne soient pas si bien traités. Il falloit que chacun fît pour soi. Ils n'auroient pas mieux fait eux-mêmes, me repartit le père. On a agi pour tous avec une pareille charité, depuis les plus grands jusques aux moindres; et vous m'engagez, pour vous le montrer, à vous dire nos maximes touchant les valets.
Nous avons considéré, à leur égard, la peine qu'ils ont, quand ils sont gens de conscience, à servir des maîtres débauchés; car s'ils ne font tous les messages où ils les emploient, ils perdent leur fortune; et s ils leur obéissent, ils en ont du scrupule. C'est pour les en soulager que nos vingt-quatre pères, tr. 7, ex. 4> n. 2 23, ont marqué les services qu'ils peuvent rendre en sûreté de conscience. En voici quelques-uns: « Porter des lettres et des présents ; ouvrir les «portes et les fenêtres; aider leur maître à « monter à la fenêtre, tenir l'échelle pendant « qu'il y monte : tout cela est permis et indif- « férent. Il est vrai que pour tenir l'échelle il « faut qu'ils soient menacés plus qu'à l'ordi- « naire, s'ils y manquoient; car c'est faire in- « jure au maître d'une maison d'y entrer par la (f fenêtre. »