BU SACREMENT DE PÉNITENCE. I^S
péchés, le soin d'en exprimer les circonstances, la pénitence qu'il en faut faire , la résolution de n'y plus tomber, la fuite des occasions prochaines qui y engagent, et le regret de les avoir commis; j'espère vous montrer aujourd'hui qu'il ne reste presque rien de fâcheux en tout cela, tant on a eu soin d ôter toute l'amertume et toute l'aigreur d'un remède si nécessaire.
Car, pour commencer par la peine qu'on a de confesser de certains péchés , comme vous n'ignorez pas qu'il est souvent assez important de se conserver dans l'estime de son confesseur, n'est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos pères, et entre autres Escobar , qui cite encore Suarez, tr. 7, a. 4? n. i35, « d'avoir deux confesseurs, l'un pour les « péchés mortels, et l'autre pour les véniels, afin « de se maintenir en bonne réputation auprès « de son confesseur ordinaire, utibonamfamam « apud ordinarium tueatur , pourvu qu'on ne « prenne pas de là occasion de demeurer dans « le péché mortel. » Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d'un péché , même à son confesseur ordinaire , sans qu'il s'aperçoive qu'on l'a commis depuis la dernière confession. « C'est, dit-il, de faire une confession « générale , et de confondre ce dernier péché « avec les autres dont on s'accuse en gros. » Il dit encore la même chose, princ. ex. 2, n. j% Et vous avouerez, je m'assure, que cette décision du père Bauny, Théol. mor. tr. 4? 1- 1 5t,
p. 1 3-7 , soulage encore bien la honte qu'on a de confesser ses rechutes : « Que, hors de certaines « occasions , qui n'arrivent que rarement , le « confesseur n'a pas droit de demander si le « péché dont on s'accuse est un péché d'habi- « tude, et qu'on n'est pas obligé de lui répondre « sur cela , parce qu'il n'a pas droit de donner à « son pénitent la honte de déclarer ses rechutes « fréquentes. »
Comment, mon père! j'aimerois autant dire qu'un médecin n'a pas droit de demander à son malade s'il y a long-temps qu'il a la fièvre. Les péchés ne sont-ils pas tous différents selon ces différentes circonstances? et le dessein d'un véritable pénitent ne doit -il pas être d'exposer tout l'état de sa conscience à son confesseur, avec la même sincérité et la même ouverture de cœur que s'il parloit à Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place? Or, n'est -on pas bien éloigné de cette disposition quand on cache ses rechutes fréquentes , pour cacher la grandeur de son péché? Je vis le bon père embarrassé là -dessus : de sorte qu'il pensa à éluder cette difficulté plutôt qu'à la résoudre , en m'apprenant une autre de leurs règles, qui établit seulement un nouveau désordre, sans justifier en aucune sorte cette décision du père Bauny, qui est, à mon sens, une de leurs plus pernicieuses maximes, et des plus propres à entretenir les vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d'accord, me dit-il, que l'habitude aug-
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mente la malice du péché , mais elle n'en change pas la nature : et c'est pourquoi on n'est pas obligé à s'en confesser, selon la règle de nos pères , qu'Escobar rapporte, princ. ex. 2, n. 3o, : « Qu'on « n'est obligé de confesser que les circonstances «qui changent l'espèce du péché, et non pas « celles qui l'aggravent. »
C'est selon cette règle que notre père Granados dit, in 5 part. cont. 7, tome IX, d. 9, n. 22, « que si on a mangé de la viande en carême, il « suffit de s'accuser d'avoir rompu le jeûne , sans « dire si c'est en mangeant de la viande, ou en « faisant deux repas maigres. » Et selon notre père Reginaldus, tr. 1 , Liv. vr, c. 4? n. 1 14 : « Un « devin qui s'est servi de l'art diabolique n'est « pas obligé à déclarer cette circonstance; mais « il suffit de dire qu'il s'est mêlé de deviner, « sans exprimer si c'est par la chiromancie, ou « par un pacte avec le démon. » Et Fagundez , de notre Société, p. 2, Liv. iv, c. 3, n. j 7, dit aussi: « Le rapt n'est pas une circonstance qu'on soit « tenu de découvrir quand la fille y a consenti. » Notre père Escobar rapporte tout cela au même lieu , n. 4 1 •> 6 1 , 62 , avec plusieurs autres décisions assez curieuses des circonstances qu'on n'est pas obligé de confesser. Vous pouvez les y voir vousmême. Voilà , lui dis-je, des artifices de dévotion bien accommodants.
Tout cela néanmoins, dit-il, ne seroit rien, si on n'avoit de plus adouci la pénitence, qui est une des choses qui éloignoit davantage de
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la confession. Mais maintenant les plus délicats ne la sauroient plus appréhender, après ce que nous avons soutenu dans nos thèses du collège de Clermont : «Que, si le confesseur impose «une pénitence convenable, convenientem , et « qu'on ne veuille pas néanmoins l'accepter, on « peut se retirer en renonçant à l'absolution et « à la pénitence imposée. » Et Escobar dit encore dans la Pratique de la pénitence, selon notre Société, tr. 7, ex. 4? n« 188 : « Que, si le pénitent « déclare qu'il veut remettre à l'autre monde à « faire pénitence , et souffrir en purgatoire toutes (.( les peines qui lui sont dues , alors le confesseur « doit lui imposer une pénitence bien légère « pour l'intégrité du sacrement , et principale- « ment s'il reconnoît qu'il n'en accepteroit pas « une plus grande. » Je crois, lui dis-je, que si cela étoit , on ne devroit plus appeler la confession le sacrement de pénitence. Vous avez tort, dit-il; car au moins on en donne toujours quelqu'une pour la forme. Mais, mon père, jugezvous qu'un homme soit digne de recevoir l'absolution quand il ne veut rien faire de pénible pour expier ses offenses ? Et quand des personnes sont en cet état, ne devriez-vous pas plutôt leur retenir leurs péchés que de les leur remettre? Avez-vous l'idée véritable de l'étendue de votre ministère? et ne savez -vous pas que vous y exercez le pouvoir de lier et de délier? Croyezvous qu'il soit permis de donner l'absolution indifféremment à tous ceux qui la demandent.