‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 50 sur 102 · CALOMNIES CONTRE PORT-ROYAL/7 2 J J · texte numérisé non relu

CALOMNIES CONTRE PORT-ROYAL/7 2 J J

peut en rire et en pleurer à son choix • « Hœc « tolerabiliiis velridentury vel flentur T» àSx. saint Augustin, co^. /tfw^. L. xx, c. 6. Keconnoisscz donc « qu'il y a un temps de rire-t un temps de « pleurer, » selon l'Écriture. Fjje souhaite, mes pères , que je n'éprouve pas<m vous la vérité de ces paroles des Proverbes • « Qu'il y a des perte sonnes si peu raisonnables, qu'on n'en peut « avoir de satisfaction , de quelque manière qu'on « agisse avec eux, soit qu'on rie, soit qu'on se « mette en colère. »

P. S. En achevant cette lettre, j'ai vu un écrit que vous avez publié, où vous m'accusez d'imposture sur le sujet de six de vos maximes que j'ai rapportées, et d'intelligence avec les hérétiques: j'espère que vous y verrez une réponse exacte, et dans peu de temps , mes pères , ensuite de laquelle je crois que vous n'aurez pas envie de continuer cette sorte d'accusation.

BOUZIEME LETTRE.

RÉFUTATïOit des CHICANES DES JÉSUITES

SUR laum£>ne et sur la simonie.

Du 9 septembre i656»

FS REVERENDS PERES,

J'étois prêt à vous écrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si long -temps dans vos écrits, où vous m'appelez «impie, « bouffon , ignorant , farceur , imposteur , ca- « lomniateur, fourbe, hérétique, calviniste dé- «guisé, disciple de du Moulin, possédé d'une « légion de diables » , et tout ce qu'il vous plaît. Je von lois faire entendre au monde pourquoi vous me traitez de la sorte, car je serois fâché qu'on crût tout cela de moi; et j'avois résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lorsque j'ai vu vos réponses, où vous m'en accusez moi-même. Vous m avez obligé par là de changer mon dessein , et néanmoins je ne laisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j'espère, en me défendant, vous convaincre de plus d'impostures véritables que vous ne m'en avez imputé de fausses. En vérité, mes pères, vous en êtes plus suspects que moi; car il n'est pas vraisemblable qu étant seul comme je suis, sans force et sans aucun appui humain

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contre un si grand corps, et n'étant soi^e»u °lue par la vérité et la sincérité, je me W& exposé à tout perdre, en m'exposant à être convaincu d'imposture. Il est trop aisé d^ découvrir les faussetés dans les questions <& fait, comme celle-ci. Je ne manqueroi^ pas de gens pour m'en accuser, et la justice ne leur en seroit pas refusée. Pour vous, ir^s pères, vous n'êtes pas en ces termes- et *ous pouvez dire contre moi ce que vous voulez , sans que je trouve à qui m'en plaindre. Dans cette différence de nos conditions, je ne dois pas être peu retenu, quand d'autres considérations ne m'y engageroient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir: mais vous savez que cela ne se peut faire sans exposer de nouveau , et même sans découvrir plus à fond les points de votre morale; en quoi je doute que vous soyez bons politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens ; et quoique vous ayez pensé qu'en embrouillant les questions par des termes d'école, les réponses en seroient si longues , si obscures et si épineuses, qu'on en perdroit le goût, cela ne sera peut-être pas tout-à-fait ainsi ; car j'essaierai de vous ennuyer le moins qu'il se peut en ce genre d'écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c'est vous qui m'engagez d'entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux.

L$ première de vos impostures est sur « Fopi- « nion 4e Vasquez touchant l'aumône. » Souffrez donc q^ je l'explique nettement, pour ôter toute obscur^ de nos disputes. C'est une chose assez connue, ^es pères, que, selon l'esprit de l'Église, il y a <V?UX préceptes touchant l'aumône : « l'un, de donner de son superflu dans « les nécessités ordinaire (jes pauvres; l'autre, « de donner même de ce qui oSt nécessaire, selon « sa condition , dans les néces&Ués extrêmes. » C'est ce que dit Cajetan, après saint Thomas: de sorte que , pour faire voir l'esprit de Vasquez touchant 1 aumône, il faut montrer comment il a réglé, tant celle qu'on doit faire du superflu, que celle qu'on doit faire du nécessaire.

Celle du superflu, qui est le plus ordinaire secours des pauvres, est entièrement abolie par cette seule maxime De El. c. 4? n- J4> que j'ai rapportée dans mes lettres. « Ce que les gens « du monde gardent pour relever leur condition « et celle de leurs parents n'est pas appelé su- « perflu. Et ainsi à peine trouvera- 1- on qu'il y « ait jamais de superflu dans les gens du monde, « et non pas même dans les rois. » Vous voyez bien, mes pères, que, par cette définition, tous ceux qui auront de l'ambition n'auront point de superflu; et qu'ainsi l'aumône en est anéantie à 1 égard de la plupart du monde. Mais, quand il arriveroit même qu'on en auroit, on seroit encore dispensé d'en donner dans les nécessités communes, selon Vasquez, qui s'oppose à ceux

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