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à ces sentiments de charité qui font trouver douce la vérité de ces paroles de saint Grégoire , laquelle paroi t si rude aux riches du monde : « Quand « nous donnons aux pauvres ce qui leur est né- « cessaire, nous ne leur donnons pas tant ce qui « est à nous que nous leur rendons ce qui est à « eux : et c'est un devoir de justice plutôt qu'une « œuvre de miséricorde. » Beg. Past. p. 3, ad. 22. C'est de cette sorte que les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l'ambition , qui fait qu'on n'a jamais de superflu, et l'avarice , qui refuse d'en donner quand on en auroit ; les saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu , et à leur faire connoître qu'ils en auront beaucoup, s'ils le mesurent, non par la cupidité, qui ne souffre point de bornes, mais par la piété , qui est ingénieuse à se retrancher pour avoir de quoi se répandre dans l'exercice de la charité. « Nous «aurons beaucoup de superflu, dit saint Au- « gustin, si nous ne gardons que le nécessaire : « mais si nous recherchons les choses vaines, « rien ne nous suffira. Recherchez, mes frères, « ce qui suffit à l'ouvrage de Dieu, » c'est-à-dire, à la nature ; « et non pas ce qui suffit à votre «cupidité,» qui est l'ouvrage du démon: «et « souvenez-vous que le superflu des riches est « le nécessaire des pauvres.» In Ps. 147.
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Je voudrois bien , mes pères , que ce que je vous dis servît non-seulement à me justifier, ce seroit peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans les maximes de vos casuistes , afin de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l'Évangile , selon lesquelles nous devons tous être jugés.
Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je commencerai par l'éclaircissement de votre doctrine sur ce sujet. Comme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de l'Église qui imposent d'horribles peines aux simoniaques , et l'avarice de tant de personnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez suivi votre méthode ordinaire, qui est d'accorder aux hommes ce qu'ils désirent, et de donnera Dieu des paroles et des apparences. Car qu'est-ce que demandent les simoniaques , sinon d'avoir de l'argent en donnant leurs bénéfices ? Et c'est cela que vous avez exempté de simonie. Mais parce qu'il faut que le nom de simonie demeure, et qu'il y ait un sujet où il soit attaché, vous avez choisi pour cela une idée imaginaire, qui ne vient jamais dans l'esprit des simoniaques, et qui leur seroit inutile, qui est d'estimer l'argent considéré en lui-même autant que le bien spirituel considéré en lui-même. Car qui s'aviseroit de comparer des choses si disproportionnées et d'un genre si différent? Et cependant, pourvu qu'on ne fasse pas cette comparaison mètaphy-
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sique, on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de l'argent sans simonie, selon vos auteurs.
C'est ainsi que vous vous jouez de la religion pour suivre la passion des hommes; et voyez néanmoins avec quelle gravité votre père Valentia débite ses songes à l'endroit cité dans mes lettres, t. III, disp. 6, q. 16, part. 3, p. 2044 : « On peut, dit-il , donner un bien temporel pour « un spirituel en deux manières : l'une en pri- « sant davantage le temporel que le spirituel , et « ce seroit simonie : l'autre en prenant le tem- « porel comme le motif et la fin qui porte à « donner le spirituel , sans que néanmoins on « prise le temporel plus que le spirituel; et alors « ce n'est point simonie. Et la raison en est, que « la simonie consiste à recevoir un temporel « comme le juste prix d'un spirituel. Donc, si « on demande le temporel, si petatur temporale , « non pas comme le prix, mais comme le motif « qui détermine à le conférer, ce n'est point du « tout simonie, encore qu'on ait pour fin et at- « tente principale la possession du temporel : « minime erit simonia , etiamsi temporale princi- « paliter intendatur et expectetur. » Et votre grand Sanchez n'a-t-il pas eu une pareille révélation, au rapport d Escobar, tr. 6, ex. 2, n. 4° ? Voici ses mots : « Si on donne un bien temporel pour « un bien spirituel, non pas comme pr.x, mais « comme un motif qui porte le collateur à le « donner, ou comme une reconnoissance , si on
« l'a déjà reçu , est-ce simonie ? Sanchez assure que « non, Opusc. t. II, L. n, c. 3, d. a3, n. n, » Vos thèses de Caen , de 1 644 •' « C'est une opinion pro- « bable, enseignée par plusieurs catholiques, que « ce n est pas simonie de donner un bien tempoce rel pour un spirituel, quand on ne le donne « pas comme prix. » Et quant à ïannerus, voici sa doctrine, pareille à celle de Valentia, qui fera voir combien vous avez tort de vous plaindre de ce que j'ai dit qu'elle n'est pas conforme à celle de saint Thomas ; puisque lui-même l'avoue au lieu cité dans ma lettre, t. III, disp. 5, p. i5io,: « Il n'y a point, dit-il, proprement et véritable- « ment de simonie , sinon à prendre un bien « temporel comme le prix d'un spirituel : mais, « quand on ie prend comme un motif qui porte à « donner le spirituel, ou comme en reconnois- « sance de ce qu'on l'a donné, ce n'est point simo- « nie, au moins en conscience. » Et un peu après : « II faut dire la même chose, encore qu'on regarde « le temporel comme sa fin principale, et qu'on « le préfère même au spirituel : quoique saint « Thomas et d'autres semblent dire le contraire, « en ce qu'ils assurent que c'est absolument si- (( monie de donner un bien spirituel pour un « temporel , lorsque le temporel en est la fin. »
Voilà, mes pères, votre doctrine de la simonie enseignée par vos meilleurs auteurs, qui se suivent en cela bien exactement. Il ne me reste donc qn'à répondre à vos impostures. Vous n'avez rien dit sur l'opinion de Valentia , et ainsi