‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 73 sur 102 · CALOM. DES JÉS. CONTRE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

CALOM. DES JÉS. CONTRE PORT-ROYAL

« peine de votre neveu, je lui fournirai ce qui « est nécessaire de l'argent qui est entre mes « mains, »> il ait voulu dire par là qu'il prenoit cet argent pour ne le point rendre , et non pas qu il l'avançoit seulement pour le remplacer? Mais ne faut-il pas que vous soyez bien imprudents d'avoir fourni vous-mêmes la conviction de votre mensonge par les autres lettres de M. d'Y près que vous avez imprimées, qui marquent visiblement que ce n'étoit en effet que des avances qu'il devoit remplacer? C'est ce qui paroît dans celle que vous rapportez, du 3o juillet 1619, en ces termes qui vous confondent: « ]Ne «vous souciez pas dfs avances; il ne lui man- « quera rien tant qu'il sera ici. » Et par celle du 6 janvier 1620, où il dit: «Vous avez trop de «hâte, et quand il seroit question de rendre « compte , le peu de crédit que j'ai ici me feroit « trouver de l'argent au besoin. »

Vous êtes donc des imposteurs, mes pères, aussi -bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de saint Merri. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l'accusation qu'un de vos bons amis suscita à cet ecclésiastique que vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu'un homme est coupable parce qu'il est accusé? Non, mes pères. Des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'accusation, mais par l'arrêt qu'il en faut juger. Or, l'arrêt qui en fut rendu le a3 février

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i656 le justifie pleinement; outre que celui qui s'étoit engagé témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues, et forcé lui-même à la rétracter. Et quant à ce que vous dites au même lieu de ce « fameux « directeur qui se fit riche en un moment de « neuf cent mille livres,» il suffit de vous renvoyer à MM. les curés de Saint-Roch et de Saint- Paul, qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette imposture.

En voilà assez pour des faussetés si vaines. Ce ne sont là que des coups d'essai de vos novices , et non pas les coups d'importance de vos grands profès. J'yviens donc, mes pères; je viens à cette calomnie , l'une des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes religieuses et à leurs directeurs « de « ne pas croire le mystère de la transsubslantia- « tion , ni la présence réelle de Jésus-Christ dans « l'Eucharistie. » Voilà, mes pères, une imposture digne de vous. Voilà un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles calomniées pour le souffrir avec patience; et il faut être aussi méchant que de si méchants calomniateurs pour le croire. Je n'entreprends donc pas de les en justifier; elles n'en sont point suspectes. Si elles

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a voient besoin de défenseurs, elles en auroient de meilleurs que moi. Ce que j'en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement; vous en faire horreur à vous-mêmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il ny a rien dont vous ne soyez capables.

Vous ne manquerez pas néanmoins de dire quejesuisde Port-Royal; car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès; comme si on ne trouvoit quà Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la morale chrétienne. Je sais, mes pères, le mérite de ces pieux solitaires qui s'y étoient retirés, et combien l'Eglise est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de piété et de lumières. Car encore que je n'aie jamais eu d'établissement avec eux, comme vous le voulez faire croire, sans que vous sachiez qui je suis, je ne laisse pas d'en connoitre quelques-uns, et d'honorer la vertu de tous. Mais Dieu n'a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos désordres. J'espère avec son secours, mes pères, de vous le faire sentir; et s'il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qu'il me donne d'employer pour lui tout ce que j'ai reçu de lui, je vous parlerai de telle sorte, que je vous ferai peut-être regretter de n'avoir pas affaire à un homme de Port-Royal. Et pour vous le témoigner, mes pères, c'est qu'au lieu

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que ceux que vous outragez par cette insigne calomnie, se contentent d'offrir à Dieu leurs gémissements pour vous en obtenir le pardon , je me sens obligé, moi qui n'ai point de part à cette injure, de vous en faire rougir à la face de toute l'Église, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle l'Écriture, qui est presque l'unique remède d'un endurcissement tel que le vôtre : Impie faciès eorum ignominiâ, et quœrent nomen tuum , Domine.

Il faut arrêter cette insolence, qui n'épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une calomnie de cette nature ? Quoi , mes pères ! afficher vous - mêmes dans Paris un livre si scandaleux avec le nom de votre père Mey nier à la tête, et sous cet infâme titre : «Le Port-Royal et Genève d'intelligence « contre le très-saint Sacrement de l'autel,» où vous accusez de cette apostasie , non-seulement M. l'abbé de Saint-Cyran et M. Arnauld, mais aussi la mère Agnès sa sœur, et toutes les religieuses de ce monastère, dont vous dites, p. 96, a que leur foi est aussi suspecte touchant l'Eu- « charistie que celle de M. Arnauld,» lequel vous soutenez, page 4? être «effectivement calce viniste! » Je demande là-dessus à tout le monde s'il y a dans l'Église des personnes sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance? Car, dites-moi, mes pères, si ces religieuses et leurs directeurs étoient « d'intelligence avec Genève contre le

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« très-saint Sacrement de l'autel » (ce qui est horrible à penser), pourquoi auroient-elles pris pour le principal objet de leur piété ce Sacrement qu'elles auroient en abomination? Pourquoi auroient-elles joint à leur règle l'institution du saint Sacrement? Pourquoi auroient-elles pris l'habit du saint Sacrement, pris le nom de Filles du saint Sacrement, appelé leur église l'Église du saint Sacrement? Pourquoi auroientelles demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette institution, et le pouvoir de dire tous les jeudis l'office du saint Sacrement , où la foi de l'Eglise est si parfaitement exprimée, si elles avoient conjuré avec Genève d'abolir cette foi de l'Église ? Pourquoi se seroient-elles obligées, par une dévotion particulière, approuvée aussi par le pape, d'avoir sans cesse, nuit et jour, des religieuses en présence de cette sainte Hostie, pour réparer, parleurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel, l'impiété de l'hérésie qui l'a voulu anéantir? Dites-moi donc, mes pères, si vous le pouvez, pourquoi de tous les mystères de notre religion elles auroient laissé, ceux qu'elles croient pour choisir celui qu'elles ne croient pas? et pourquoi elles se seroient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce mystère de notre foi , si elles le prenoient, comme les hérétiques, pour le mystère d'iniquité ? Que répondez-vous, mes pères, à des témoignages si évidents, non pas seulement de paroles, mais d'actions; et non pas de

quelques actions particulières, mais de toute la suite dune vie entièrement consacrée à l'adoration de Jésus-Christ résidant sur nos autels ? Que répondez-vous de même aux livres que vous appelez de Port-Royal, qui sont tous remplis des termes les plus précis, dont les pères et les conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule, mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre libelle en cette sorte : M. Arnauld, dites-vous, parle bien de transsubstantiation , mais il entend peut-être une transsubstantiation significative. Il témoigne bien croire la présence réelle; mais qui nous a dit qu'il ne l'entend pas d'une figure vraie et réelle? Où en sommes-nous, mes pères? et qui ne ferez-vous point passer pour calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Car qui s'est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de piété, où il ne s'agit point de controverses ? Et cependant l'amour et le respect qu'ils ont pour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie, mes pères, quelque artificieux que vous soyez , d'y trouver ni la moindre apparence d'arnbiguité, ni la moindre convenance avec les sentiments de Genève.

Tout le monde sait, mes pères, que l'hérésie de Genève consiste essentiellement, comme vous

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le rapportez vous-mêmes, à croire que Jésus- Christ n'est point enfermé dans ce sacrement; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux; qu'il n'est vraiment que dans le ciel, et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l'autel; que la substance du pain demeure; que le corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine; qu'il n'est mangé que par la foi, et qu'ainsi les méchants ne le mangent point; et que la messe n'est point un sacrifice, mais une abomination. Écoutez donc, mes pères, de quelle manière ce Port-Royal est « d'intelligence avec Genève dans leurs livres. » On y lit, à votre confusion : « Que la chair et le « sang de Jésus-Christ sont contenus sous les « espèces du pain et du vin, » 2e lettre de M. Arnauld, p. i5c) : « Que le Saint des saints est préce sent dans le sanctuaire , et qu'on l'y doit ado- «rer,» ibicl. p. 'M3. Que Jésus -Christ «habite « dans les pécheurs qui communient, par la préce sence réelle et véritable de son corps dans leur ce poitrine, quoique non par la présence de son ce esprit dans leur cœur,» Fréq. Com. 3e part, chap. 16. ce Que les cendres mortes des corps des ce saints tirent leur principale dignité de cette ce semence de vie qui leur reste de l'attouchement ce de la chair immortelle et vivifiante de Jésusce Christ, » ire part. ch. /jo. ce Que ce n'est par ce aucune puissance naturelle, mais par la toutece puissance de Dieu, à laquelle rien n'est imposée sible, que le corps de Jésus-Christ est renfermé

« sous l'hostie , et sous la moindre partie de «chaque hostie,» Théolog. fam. leç. i5. «Que « la vertu divine est présente pour produire l'ef- « fet que les paroles de la consécration signi- « fient , » ibid. « Que Jésus-Christ , qui est rabaissé « et couché sur l'autel, est en même temps élevé « dans sa gloire; qu'il est par lui-même et par sa «puissance ordinaire, en divers lieux en même «temps, au milieu de l'Église triomphante, et «au milieu de l'Eglise militante et voyagère,» de la Suspension, rais. ai. «Que les espèces sa- « cramentales demeurent suspendues, et sub- « sistent extraordinairement sans être appuyées « d'aucun sujet; et que le corps de Jésus-Christ « est aussi suspendu sous les espèces; qu'il ne «dépend point d'elles, comme les substances «dépendent des accidents,» ibid. i'5. «Que la « substance du pain se change en laissant les ac- « cidents immuables, » Heures dans la prose du saint Sacrement. «Que Jésus-Christ repose dans « l'Eucharistie avec la même gloire qu'il a dans « le ciel, » Lettres de M. de Saint-Cyran, tom. I , let. o,3. « Que son humanité glorieuse réside dans « les tabernacles de l'Eglise, sous les espèces du «pain qui le couvrent visiblement; et que, sa- « chant que nous sommes grossiers, il nous con- « duit ainsi à l'adoration de sa divinité présente « en tous lieux par celle de son humanité pré- « sente en un lieu particulier, » ibid. « Que nous « recevons le corps de Jésus-Christ sur la langue, « et qu'il la sanctifie par son divin • attouche-

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«ment,» lettre 32. «Qu'il entre dans la bouche «du prêtre,» lettre 72. «Que, quoique Jésusce Christ se soit rendu accessible dans le saint « Sacrement, par un effet de son amour et de «sa clémence, il ne laisse pas d'y conserver son «inaccessibilité, comme une condition insépa- « rable de sa nature divine; parce qu'encore que « le seul corps et le seul sang y soient par la «vertu des paroles, vi verborum , comme parle « l'école, cela n'empêche pas que toute sa divi- « nité, aussi-bien que toute son humanité, n'y « soit par une conjonction nécessaire, » Défense du chapelet du saint Sacrement, pag. 217. Et enfin, «que l'Eucharistie est tout ensemble sa- « crement et sacrifice,» Théol. fam. lec. i5. «Et « qu'encore que ce sacrifice soit une com mémoce ration de celui de la croix, toutefois il y a cette «différence, que celui de la messe n'est offert « que pour l'Église seule, et pour les fidèles qui «sont dans sa communion; au lieu que celui « de la croix a été offert pour tout le monde , «comme l'Ecriture parle,» ïbid. p. i53. Cela suffit, mes pères, pour faire voir clairement qu'il n'y eut peut-être jamais une plus grande impudence que la vôtre. Mais je veux encore vous faire prononcer cet arrêt à vous-mêmes contre vous-mêmes. Car que demandez- vous , afin d'ôter toute apparence qu'un homme soit d'intelligence avec Genève? « Si M. Arnauld, dit « votre père Meynier, page 83, eût dit qu'en cet « adorable mystère il n'y a aucune substance du

3/fi SEIZIÈME LETTRE.

« pain sous les espèces, mais seulement la chair « et le sang de Jésus-Christ, j'eusse avoué qu'il a se seroit déclaré entièrement contre Genève. » Avouez-le donc, imposteurs, et faites-lui une réparation publique de cette injure publique. Combien de fois lavez-vous vu dans les passages que je viens de citer ! Mais de plus, la Théologie familière de M. de Saint-Cyran étant approuvée par M. Arnauld, elle contient les sentiments de l'un et de l'autre. Lisez donc toute la leçon i5, et surtout l'article second, et vous y trouverez les paroles que vous demandez, encore plus formellement que vous-mêmes ne les exprimez. «Y a-t il du pain dans l'hostie, et du vin dans « le calice? Non; car toute la substance du pain « et celle du vin sont ôtées pour faire place à « celle du corps et du sang de Jésus-Christ, laïc quelle y demeure seule couverte des qualités et « des espèces du pain et du vin. »

Eh bien, mes pères ! direz-vous encore que le Port -Royal n'enseigne rien que Genève ne reçoive, et que M. Arnauld n'a rien dit, dans sa seconde lettre, qui ne pût être dit par un ministre de Charenton? Faites donc parler Mestrezat comme parle M. Arnauld dans cette lettre , p. 237 et suiv. Faites-lui dire : «Que c'est un mensonge « infâme de l'accuser de nier la transsubstantiation; qu'il prend pour fondement de ses « livres la vérité de la présence réelle du fils de « Dieu, opposée à l'hérésie des calvinistes; qu'il « se tient heureux d'être en un lieu où l'on adox^e

roi DE port-royal sur l'eucharistie. 3/|7 « continuellement le Saint des saints présent « dans le sanctuaire»; ce qui est beaucoup plus contraire à la créance des calvinistes que la présence réelle même; puisque, comme dit le cardinal de Richelieu, dans ses Controverses, p. 536: « Les nouveaux ministres de France s'étant unis « avec les luthériens qui croient la présence «réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ils « ont déclaré qu'ils ne demeurent séparés de «l'Église, touchant ce mystère, qu'à cause de « l'adoration que les catholiques rendent à lEu- « charistie. » Faites signer à Genève tous les passages que je vous ai rapportés des livres de Port- Royal, et non pas seulement les passages, mais les traités entiers touchant ce mystère, comme le livre de la Fréquente Communion, l'Explication des cérémonies de la messe, l'Exercice durant la messe, les Raisons de la suspension du saint Sacrement, la Traduction des hymnes dans les Heures de Port-Royal , etc. Et enfin faites établir à Charenton cette institution sainte d'adorer sans cesse Jésus-Christ enfermé dans l'Eucharistie, comme on fait à Port-Royal, et ce sera le plus signalé service que vous puissiez rendre à l'Eglise, puisque alors le Port-Royal ne sera pas cY intelligence avec Genève , mais Genève d'intelligence avec le Port-Royal et toute l'Eglise.

En vérité, mes pères, vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le Port-Pvoyal de ne pas croire lEucharistie; mais je veux faire voir ce qui vous y a engagés. Vous savez que j'entends

un peu votre politique. Vous l'avez bien suivie en cette rencontre. Si M. l'abbé de Saint-Cyran et M. Arnauld n'avoient fait que dire ce qu'on doit croire touchant ce mystère , et non pas ce qu'on doit faire pour s'y préparer, ils auroient été les meilleurs catholiques du monde, et il ne se seroit point trouvé d'équivoques dans leurs termes àcprésejice réelle et de transsubstantiation. Mais, parce qu'il faut que tous ceux qui combattent vos relâchements soient hérétiques, et dans le point même où ils les combattent, comment M. Arnauld ne le seroit-il pas sur l'Eucharistie, après avoir fait un livre exprès contre les profanations que vous faites de ce sacrement? Quoi, mes pères ! il anroit dit impunément : « Qu'on « ne doit point donner le corps de Jésus-Christ à « ceux qui retombent toujours dans les mêmes « crimes, et auxquels on ne voit aucune espèce rance d'amendement; et qu'on doit les séparer « quelque temps de l'autel, pour se purifier par a une pénitence sincère, afin de s'en approcher « ensuite avec fruit ! » Ne souffrez pas qu'on parle ainsi , mes pères ; vous n'auriez pas tant de gens dans vos confessionnaux. Car votre père Brisacier dit « que , si vous suiviez cette mé- « thode, vous n'appliqueriez le sang de Jésusce Christ sur personne. » Il vaut bien mieux pour vous qu'on suive la pratique de votre Société , que votre père Mascarenhas rapporte dans un livre approuvé par vos docteurs, et même par votre révérend père général, qui est : « Que toute

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(.( sorte de personnes, et même les prêtres, peu- « vent recevoir le corps de Jésus-Christ le jour « même qu'ils se sont souillés par des péchés « abominables; que, bien loin qu'il y ait de l'ir- « révérence en ces communions, on est louable « au contraire d'en user de la sorte ; que les eon- « fesseurs ne les en doivent point détourner, et « qu'ils doivent au contraire conseiller à ceux « qui viennent de commettre ces crimes de comte munier à l'heure même; parce qu'encore que « l'Église l'ait défendu, cette défense est abolie « par la pratique universelle de toute la terre. » Mascar. tr. 4> disp. 5, n. 284.

Voilà ce que c'est, mes pères, d'avoir des jésuites par toute la terre. Voilà la pratique universelle que vous y avez introduite et que vous y voulez maintenir. Il n'importe que les tables de Jésus-Christ soient remplies d'abominations , pourvu que vos églises soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent hérétiques sur le saint Sacrement : il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez-vous faire après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur foi? N'avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur hérésie ? Vous le devriez , mes pères , et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.

« M. de Saint-Cyran, dit le père Meynier, en « consolant un de ses amis sur la mort de sa « mère, tome I, lett. i4, dit que le plus agréable

3jo seizième lettre.

« sacrifice qu'on puisse offrir à Dieu clans ces « rencontres , est celui de la patience : donc il « est calviniste. » Cela est bien subtil, mes pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui. «Parce, dit ce grand « controversiste, qu'il ne croit donc pas le sacri- « fice de la messe. Car c'est celui-là qui est le plus «agréable à Dieu de tous. » Que l'on dise maintenant que les jésuites ne savent pas raisonner, lis le savent de telle sorte, qu'ils rendront hérétique tout ce qu'ils voudront, et même (*) FÉcri-

(*) M. Pascal avoit en vue sans doute le père Théophile Raynauld , jésuite savoyard, qui s'avisa de faire une censure du symbole des Apôtres , par laquelle il prétend prouver que cette première confession de foi du christianisme est hérétique dans tous les chefs. Elle parut pour la première fois dans le livre latin de ce jésuite , intitulé : Erotemata de bonis ac mails Ubris , in-l\° , Lugduni , i653, et réimprimée depuis comme une impiété en plusieurs ouvrages. Je sais bien que c'est une raillerie du père Théophile Raynauld pour se moquer des censures de la Sorbonne. Mais pouvoit-il se permettre la raillerie sur un des actes les plus essentiels du christianisme? Voici le premier article de cette singulière censure : Erotemata , page 294 , in-!\° : « Credo in Deum « patrem omnipotentem , creatorem cœli et terrae. Primus « iste articulus, si intelligatur, quasi solus pater sit Deus , « et omnipotens et creator ; Filius autem et Spiritus sanctus « solùm creaturae sint. Ideôque nec Filius verè ac substance tialiter dici possit Deus , et omnipotens et creator; simili- « terque Spiritus sanctus ; propositio et blasphéma , indice viduae Trinitatis destructiva , et pridem in sacro et œcu- « menico Nicapno concilio trecentorum decem et octo episco- < porum j adversùs Arii inipietatem , damnata. Quatenùs

CALOMN. DES JLS. CONTRE M. DE S. CYRAN. 35 l

ture sainte. Car ne seroit-ce pas une hérésie de dire, comme fait l'Ecclésiastique : « Il n'y a « rien de pire que d'aimer l'argent, nihil est ini- « quius quàm amare pecuniam ; » comme si les adultères, les homicides et l'idolâtrie n'étoient pas de plus grands crimes ? Et à qui n'arrive-t-ii point de dire à toute heure des choses semblables; et que, par exemple, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux de Dieu ; parce qu'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la messe, qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'étes-vous donc pas ridicules, mes pères? et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de celte même lettre où M. de Saint-Cyran parle du sacrifice de la messe comme du plus excellent de tous, en disant : « Qu'on offre à Dieu tous les « jours et en tous lieux le sacrifice du corps de « son fils, qui n'a point trouvé de plus excellent « moyen que celui-là pour honorer son père ? » Et ensuite : « Que Jésus-Christ nous a obligés de « prendre en mourant son corps sacrifié, pour

« autem soli Patri creationem attribuit, nova est , temeraria, « erronea , contra communem Ecclesise patrum ac theologo- « rum omnium sensum, probata; cùm hactenùs receptum sit « tanquam inviolabile decretum , omnes Trinitatis actiones « ad extra esse indivisibiliter toti Trinitati communes. » Le reste de la pièce est sur le même ton.

( Note de ledit, de 1812.)

« rendre plus agréable à Dieu le sacrifice du o nôtre, et pour se joindre à nous lorsque nous « mourons, afin de rions fortifier en sanctifiant « par sa présence le dernier sacrifice que nous « faisons à Dieu de notre vie et de notre corps. » Dissimulez tout cela, mes pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournoit de communier à la mort, comme vous faites, page 33, et qu'il ne croyoit pas le sacrifice de la messe : car rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession.

Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre calviniste feu M. de Saint- Cyran, à qui vous attribuez le livre de Petrus Aurelias, vous vous servez d'un passage où Aurelius explique, page 89, de quelle manière l'Eglise se conduit à l'égard des prêtres, et même des évèques qu'elle veut déposer ou dégrader. «L'Église, ditce il, ne pouvant pas leur ôter la puissance de « Tordre, parce que le caractère est ineffaçable, « elle fait ce qui est en elle; elle ôte de sa mé- « moire ce caractère qu'elle ne peut ôter de 1 âme « de ceux qui l'ont reçu : elle les considère comme « s'ils n'étoient plus prêtres ou évêques; de sorte « que, selon le langage ordinaire de 1 Église , on « peut dire qu'ils ne le sont plus, quoiqu'ils le a soient toujours quant au caractère : Ob indè- « lebilitatem characteris. » Vous voyez, mes pères, que cet auteur, approuvé par trois assemblées générales du clergé de France, dit clairement que le caractère de la prêtrise est ineffaçable

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