ÏIÉPOWSK DU P. VALÉRIEN AUX CALOMNIES. 3T
« plus grossiers reconnoissent que, s'ils se tai- « sent, leur patience ne sera pas un effet de leur « douceur, mais du trouble de leur conscience. »
Voilà ce qu'il dit, mes pères, et il finit ainsi: « Ces gens-là, dont on sait les histoires par tout « le monde, sont si évidemment injustes et si « insolents dans leur impunité , qu'il faudroit « que j'eusse renoncé à Jésus -Christ et à son «Eglise, si je ne détestois leur conduite, et « même publiquement, autant pour me justifier « que pour empêcher les simples d'en être sert duits. »
Mes révérends pères, il n'y a plus moyen de reculer. Il faut passer pour des calomniateurs convaincus, et recourir à votre maxime, que cette sorte de calomnie n'est pas un crime. Ce père a trouvé le secret de vous fermer la bouche : c'est ainsi qu'il faut faire toutes les fois que vous accusez les gens sans preuves. On n'a qu'à répondre à chacun de vous comme le père capucin, mentiris impudentissimè. Car que répondroiton autre chose, quand votre père Brisacier dit, par exemple, que ceux contre qui il écrit « sont « des portes d'enfer, des pontifes du diable, des « gens déchus de la foi, de l'espérance et de la « charité, qui bâtissent le trésor de l'antechrist? « Ce que je ne dis pas (ajoute-t-il) par forme « d'injure, mais par la force de la vérité. » S'aniuseroit-on à prouver qu'on n'est pas « porte d'en- « fer, et qu'on ne bâtit pas le trésor de Tante- « christ ? »
Que doit-on répondre de même à tous les discours vagues de cette sorte, qui sont dans vos livres et dans vos avertissements sur mes lettres? par exemple : « Qu'on s'applique les restitutions, « en réduisant les créanciers dans la pauvreté; « qu'on a offert des sacs d'argent à de savants re- « ligieux qui les ont refusés; qu'on donne des « bénéfices pour faire semer des hérésies contre « la foi; qu'on a des pensionnaires parmi les plus « illustres ecclésiastiques et dans les cours sou- «veraines; que je suis aussi pensionnaire de « Port-Royal, et que je faisois des romans avant « mes lettres, » moi qui n'en ai jamais lu aucun, et qui ne sais pas seulement le nom de ceux qu'a faits votre apologiste? Qu'y a-t-il à dire à tout cela, mes pères, sinon, mentiris ùnpudentissiinè , si vous ne marquez toutes ces personnes, leurs paroles, le temps, le lieu? Car il faut se taire, ou rapporter et prouver toutes les circonstances, comme je fais quand je vous conte les histoires du père Alby et de Jean d'Alba. Autrement, vous ne ferez que vous nuire à vous-mêmes. Toutes vos fables pouvoient peut-être vous servir avant qu'on sût vos principes; mais à présent que tout est découvert, quand vous penserez dire à l'oreille « qu'un homme d'honneur qui désire « cacher son nom vous a appris de terribles « choses de ces gens-là, » on vous fera souvenir incontinent du mentiris impudentissimè du bon père capucin. Il n'y a que trop long -temps que vous trompez le monde, et que vous abusez de
RÉPONSE DU P. VALEIUEN ATIX CALOMNIES. 335
la créance qu'on avoit en vos impostures. Il est temps de rendre la réputation à tant de personnes calomniées. Car quelle innocence peut être si généralement reconnue, qu'elle ne souffre quelque atteinte par les impostures si hardies dune Compagnie répandue par toute la terre, et qui sous des habits religieux couvre des âmes si irréligieuses, qu'ils commettent des crimes tels que la calomnie , non pas contre leurs maximes , mais selon leurs propres maximes? Ainsi l'on ne me blâmera point d'avoir détruit la créance qu'on pourroit avoir en vous ; puisqu'il est bien plus juste de conserver à tant de personnes que vous avez décriées la réputation de piété qu'ils ne méritent pas de perdre, que de vous laisser la réputation de sincérité que vous ne méritez pas d'avoir. Et comme l'un ne se pouvoit faire sans l'autre, combien étoit-il important de faire entendre qui vous êtes ! C'est ce que j'ai commencé de faire ici ; mais il faut bien du temps pour achever. On le verra, mes pères, et toute votre politique ne vous en peut garantir, puisque les efforts que vous pourriez faire pour l'empêcher ne serviroient qu'à faire connoître aux moins clairvoyants que vous avez eu peur, et que votre conscience vous reprochant ce que j'avois à vous dire , vous avez tout mis en usage pour le prévenir.
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Calomnies horribles des jésuites contre de pieux ecclésiastiques et de saintes religieuses.
Du 4 décembre i656.
ES REVERENDS PÈRES
Voici la suite de vos calomnies, où je répondrai d'abord à celles qui restent de vos avertissements. Mais comme tous vos autres livres en sont également remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugerai nécessaire. Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre M. d'Ypres, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d'une de ses lettres (*), qui, étant capables d'un bon sens, doivent être prises en bonne part, selon l'esprit de l'Église, et ne peuvent être prises autrement que selon l'esprit de votre Société. Car pourquoi voulez-vous qu'en disant à son ami, « Ne vous mettez pas tant en
(*) Ceslettresde Jansénius,évêque d'Ypres, furent d'abord imprimées par les jésuites , et depuis ce temps-là le père Gerberon les fit réimprimer dans les Pays-Bas , avec des notes très-curieuses.