‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 77 sur 102 · CALOMN. DES J I "S. CONTRE M. ARNAULD · texte numérisé non relu

CALOMN. DES J I "S. CONTRE M. ARNAULD

Arnauld , parce qu'il vous a convaincus qu'il n'avoit alors que neuf ans, « mais un autre que « vous dites être encore en vie, et trop bon ami « de M. Arnauld pour lui être inconnu. » Vous le connoissez donc, mes pères; et par conséquent, si vous n'êtes vous-mêmes sans religion, vous êtes obligés de déférer cet impie au roi et au parlement, pour le faire punir comme il le mériteroit. Il faut parler , mes pères : il faut le nommer, ou souffrir la confusion de n'être plus regardés que comme des menteurs indignes d'être jamais crus. C'est en cette manière que le bon père Valérien nous a appris qu'il falloit mettre à la gêne et pousser à bout de tels imposteurs. Votre silence là-dessus sera une pleine et entière conviction de cette calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos amis seront contraints d'avouer « que ce ne sera point un effet « de votre vertu, mais de votre impuissance,» et d'admirer que vous ayez été si méchants que de l'étendre jusqu'aux religieuses de Port-Royal; et de dire, comme vous faites, page i/j, que le Chapelet secret du saint Sacrement, composé par l'une d'elles, a été le premier fruit de cette conspiration contre Jésus -Christ; et dans la page 95, « qu'on leur a inspiré toutes les détes- « tables maximes de cet écrit,» qui est, selon vous, une instruction de déisme. On a déjà ruiné invinciblement vos impostures sur cet écrit, dans la défense de la censure de feu M. l'archevêque de Paris contre votre père Brisacier. Vous

n'avez rien à y repartir; et vous ne laissez pas den abuser encore d'une manière plus honteuse que jamais, pour attribuer à des filles d'une piété connue de tout le monde le comble de l'impiété. Cruels et lâches persécuteurs, faut-ii donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies! Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésus-Christ au saint Sacrement, selon leur institution, vous ne cessez nuit et jour de publier qu'elles ne croient pas qu'il soit ni dans l'Eucharistie, ni même à la droite de son père, et vous les retranchez publiquement de l'Église , pendant qu'elles prient dans le secret pour vous et pour toute l'Église. Vous calomniez celles qui n'ont point d'oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais Jésus-Christ, en qui elles sont cachées pour ne paroi tre qu'un jour avec lui , vous écoute et répond pour elles. On l'entend aujourd'hui cette voix sainte et terrible, qui étonne la nature et qui console l'Eglise. Et je crains, mes pères, que ceux qui endurcissent leurs cœurs, et qui refusent avec opiniâtreté de l'ouïr quand il parle en Dieu, ne soient forcés de l'ouïr avec effroi quand il leur parlera en juge.

Car enfin, mes pères, quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de calomnies, lorsqu'il les examinera, non sur les fantaisies de vos pères Dicastillus, Gans et Pennalossa, qui les excusent, mais sur les règles de sa vérité éter-

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nellc et sur les saintes ordonnances de son Eglise, qui, bien loin d'excuser ce crime, l'abhorre tellement, qu'elle l'a puni de même qu'un homicide volontaire? Car elle a différé aux calomniateurs, aussi - bien qu'aux meurtriers, la communion jusqu'à la mort, par le premier et deuxième concile d'Arles. Le concile de Latran a jugé indignes de l'état ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés. Les papes ont même menacé ceux qui auroient calomnié des évêques , des prêtres ou des diacres, de ne leur point donner la communion à la mort. Et les auteurs d'un écrit diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé, sont condamnés par le pape Adrien à être fouettés , mes révérends pères, flagelleniur : tant l'Église a toujours été éloignée des erreurs de votre Société si corrompue , qu'elle excuse d'aussi grands crimes que la calomnie, pour les commettre elle-même avec plus de liberté.

Certainement, inespérés, vous seriez capables de produire par là beaucoup de maux, si Dieu n'avoit permis que vous ayez fourni vous-mêmes les moyens de les empêcher, et de rendre toutes vos impostures sans effet; car il ne faut que publier cette étrange maxime qui les exempte de crime, pour vous ôter toute créance. La calomnie est inutile, si elle n'est jointe à une grande réputation de sincérité. Un médisant ne peut réussir, s'il n'est en estime d'abhorrer la

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médisance, comme un crime dont il est incapable. Et ainsi, mes pères, votre propre principe vous trahit. Vous l'avez rempli pour assurer votre conscience; car vous vouliez médire sans être damnés, et être de ces saints et pieux calomniateurs dont parle saint Athanase. Vous avez donc embrassé, pour vous sauver de l'enfer, cette maxime, qui vous en sauve sur la foi de vos docteurs : mais cette maxime même, qui vous garantit, selon eux, des maux que vous craignez en l'autre vie, vous ôte en celle-ci Futilité que vous en espériez : de sorte qu'en pensant éviter le vice de la médisance, vous en avez perdu le fruit : tant le mal est contraire à soi-même, et tant il s'embarrasse et se détruit par sa propre malice.

Vous calomnierez donc plus utilement pour vous, en faisant profession de dire avec saint Paul que les simples médisants, maledici, sont indignes de voir Dieu, puisqu'au moins vos médisances en seroient plutôt crues, quoiqu'à la vérité vous vous condamneriez vous-mêmes. Mais en disant, comme vous faites, que la calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime, vos médisances ne seront point crues, et vous ne laisserez pas de vous damner : car il est certain , mes pères , et que vos auteurs graves n'anéantiront pas la justice de Dieu , et que vous ne pouviez donner une preuve plus certaine que vous n'êtes pas dans la vérité, qu'eu recourant au mensonge. Si la vérité étoit pour

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vous, elle combattrait pour vous, elle vaincroit pour vous; et, quelques ennemis que vous eussiez , la vérité vous en délivrerait , selon sa promesse. Vous n'avez recours au mensonge que pour soutenir les erreurs dont vous flattez les pécheurs du monde , et pour appuyer les calomnies dont vous opprimez les personnes de piété qui s'y opposent. La vérité étant contraire à vos fins, il a fallu mettre votre confiance au mensonge , comme dit un prophète, Isaï. 28. Vous avez dit : « Les malheurs qui affligent les « hommes ne viendront pas jusques à nous : car « nous avons espéré au mensonge, et le meni< songe nous protégera. » Mais que leur répond le prophète, ch. 3o? « D'autant, dit-il, que vous « avez mis votre espérance en la calomnie et « au tumulte, sperastis in calumniâ et in tumultu? « cette iniquité vous sera imputée, et votre ruine « sera semblable à celle d'une haute muraille « qui tombe d'une chute imprévue ; et à celle « d'un vaisseau de terre qu'on brise et qu'on « écrase en toutes ses parties, par un effort si « puissant et si universel, qu'il n'en restera pas « un test avec lequel on puisse puiser un peu « d'eau , ou porter un peu de feu : parce que « (comme dit un autre prophète, Ézéch. i3), a vous avez affligé le cœur du juste, que je n'ai « point affligé moi-même; et vous avez flatté et « fortifié la malice des impies. Je retirerai donc « mon peuple de vos mains, et je ferai connoîtrç « que je suis leur seigneur et le vôtre. »

Ouï, mes pères, il faut espérer que, si vous ne changez desprit, Dieu retirera de vos mains ceux que vous trompez depuis si long-temps, soit en les laissant dans leurs désordres par votre mauvaise conduite, soit en les empoisonnant par vos médisances. Il fera concevoir aux uns que les fausses règles de vos casuistes ne les mettront point à couvert de sa colère; et il imprimera dans l'esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant et en ajoutant foi à vos impostures ; comme vous vous perdez vousmêmes en les inventant et en les semant dans le monde. Car il ne s'y faut pas tromper : on ne se moque point de Dieu , et on ne viole point impunément le commandement qu'il nous a fait dans l'Évangile , de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu il est coupable. Et ainsi, quelque profession de piété que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos mensonges , et sous quelque prétexte de dévotion qu ils le fassent, ils doivent appréhender d'être exclus du royaume de Dieu pour ce seul crime, d'avoir imputé d'aussi grands crimes que l'hérésie et le schisme à des prêtres catholiques et à de saintes religieuses, sans autres preuves que des impostures aussi grossières que les vôtres. « Le démon, dit M. de Genève (*), est sur la

(*) M. de Genève. Saint François de Sales, évêque et prince de Genève , étoit ainsi nommé avant sa canonisation , oui se fit en i665.

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« langue de celui qui médit, et dans l'oreille de «celui qui l'écoute. Et la médisance, dit saint « Bernard, serm. il± in cant. , est un poison qui « éteint la charité en l'un et en l'autre. De sorte « qu'une seule calomnie peut être mortelle à « une infinité d'âmes, puisqu'elle tue non-seu- « lement ceux qui la publient, mais encore tous « ceux qui ne la rejettent pas. »

P. S. Mes révérends pères, mes lettres n'avoient pas accoutumé de se suivre de si près , ni d être si étendues. Le peu de temps que j'ai eu a été cause de l'un et de l'autre. Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte. La raison qui m'a obligé de me hâter vous est mieux connue qu'à moi. Vos réponses vous réussissoient mal. Vous avez bien fait de changer de méthode ; mais je ne sais si vous avez bien choisi , et si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des bénédictins.

Je viens d'apprendre que celui que tout le monde faisoit auteur de vos apologies les désavoue, et se fâche qu'on les lui attribue. Il a raison, et j'ai eu tort de l'en avoir soupçonné; car quelque assurance qu'on m'en eût donnée, je devois penser qui! avoit trop de jugement pour croire vos impostures, et trop d'honneur pour les publier sans les croire. Tl y a peu de gens du monde capables de ces excès qui vous sont propres, et qui marquent trop votre carac- Proyinciales. 2 4

tère, pour me rendre excusable de ne vous y avoir pas reconnus. Le bruit commun m'avoit emporté. Mais cette excuse, qui seroit trop bonne pour vous, n'est pas suffisante pour moi, qui fais profession de ne rien dire sans preuve certaine , et qui n'en ai dit aucune que celle-là. Je m'en repens, je la désavoue, et je souhaite que vous profitiez de mon exemple.

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