DE L INQUÏSIT. QU'ON VEUT ÉTABLIR EN FR
« est sujet à errer dans la foi ; mais seulement « à n'y rien dire de contraire , s'il n'y en a de « grandes raisons : In causis fidei , determinatio « solius papœ ut papœ non ligat ad credendum , « quia est deviabilis à fide > » comme dit Gerson, Le pape entreprend donc sur nos libertés dans cette bulle, où il nous veut obliger de croire ses décisions; et ainsi c'en est une nullité manifeste.
C'en est aussi une autre plus considérable qu'il ne semble, lorsque le pape dit qu'on a employé à examiner cette matière la plus grande diligence qui se puisse désirer, quâ major de siderari non possit ; car il y a ici un artifice secret qu'il faut découvrir : c'est que, comme je vous l'ai déjà dit, les papes veulent qu'on croie qu'ils peuvent seuls décider les points de foi, en sorte qu'après cela il ne faut rien désirer davantage; au lieu que nous soutenons qu'il n'y a que les conciles qui puissent obliger à croire, et qui ne laissent rien à désirer. Et ainsi le pape fait fort bien, selon sa prétention , de nous vouloir faire avouer qu'on a apporté en cette matière tout ce qui se peut désirer , quoiqu'il n'ait fait autre chose que consulter quelques réguliers. Mais nous ferions fort mal èy consentir, puisque ce seroit le reconnoître pour infaillible , blesser infiniment nos libertés, ruiner les appels au concile général, et même rendre tous les conciles inutiles , puisque le pape suffiroit seul s'il étoit infaillible. Et ne doutez point que les
partisans de la cour de Rome ne fissent bien valoir un jour la réception de cette bulle, pour en tirer ces conséquences.
Il y a bien d'autres nullités essentielles que je serois trop long à rapporter. Jamais bulle n'en eut tant. Mais ce qui la met le plus hors d'état d'être reçue au Parlement, est qu'ayant été faite par le pape seul, sans concile, et même sans l'avis du collège des cardinaux, elle ne peut être considérée que comme ayant été faite par le propre mouvement du pape, motu proprio , que l'on ne reconnoît point en France; car on n'y a jamais reçu les bulles faites motu proprio (*) en matière de foi ou de chose qui regarde toute l'Eglise, quelque effort qu'aient fait les papes pour cela, comme fit Innocent X, dans sa bulle de la résidence des cardinaux, de l'an 1646, où il déclare « qu'encore qu'elle soit et faite par son propre mouvement, il entend « qu'elle ait la même force que si elle avoit été « faite par le conseil des cardinaux. » Sur quoi feu M. l'avocat -général Talon dit « que c'étoit
(*) Les bulles de motu proprio du pape ont toujours été rejetées en France pour cette seule clause. Nous voulons qu'il paroisse que nous avons consulté le pape sur les difficultés qui s'élèvent parmi nous. Nous n'avons jamais reconnu cette plénitude de puissance qui autoriseroit le pape à se mêler de lui-même du gouvernement particulier de nos églises. Il ne le pourroit tout au plus que par voie de remontrance , et non par voie d'autorité , chaque évêque étant pape dans son diocèse.