‹ Lettres provinciales et PenséesChapitre 96 sur 102 · DE L INQUIS1T. QU'ON VEUT ÉTABLIR FN FR. ^G · texte numérisé non relu

DE L INQUIS1T. QU'ON VEUT ÉTABLIR FN FR. ^G

faite de la bulle, où l'on a réformé cette période comme on a pu. Mais ils n'ont pas relevé par là l'honneur de leur caractère, qui demeure flétri dans l'original , et dans le latin même qu'ils rapportent. De sorte que cette correction ne rend que plus visible l'outrage qui a été fait à leur dignité, et la foiblesse qu'ils ont témoignée en le souffrant.

En voulez-vous d'autres? Que direz-vous de ce que le pape ne se contente pas de défendre d'écrire, de prêcher, et de rien dire de contraire à ses décisions, comme on reconnoît quil en a le pouvoir par le rang suprême qu'il tient dans l'Église? Mais il veut aller au-delà, et nous imposer de croire ce qu'il a décidé lui seul , Teneant : et c'est ce que nous ne pourrions reconnoître sans confesser que « nous et nos rois « sommes ses sujets dans le temporel même; » puisque leurs bulles déclarent nettement « que « c'est une hérésie de dire le contraire : » Alisier sentientes hœreticos reputamus , disoit Boniface VIII à notre roi Philippe-le-Bel. Il est donc sans doute que, si nous tenons le pape pour infaillible, il faut que nous nous déclarions pour ses esclaves, ou que nous passions pour hérétiques, puisque nous résisterions à une autorité infaillible. Aussi jamais l'Église n'a reconnu cette infaillibilité dans le pape , mais seulement dans le concile universel, auquel on a toujours appelé des jugements injustes des papes, Et au lieu que, pour établir leur souveraine do-

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mination, ils ont souvent entrepris de traiter comme hérétiques ceux qui appelieroient d'eux aux conciles, comme firent Pie II, Jules II, et LéonX, l'Eglise au contraire soutient, comme il a été déterminé en plein concile universel , que le pape lui est soumis. Et c'est pourquoi nos rois, leurs procureurs-généraux, les universités entières, et les particuliers, ont si souvent appelé des bulles au concile , ainsi qu'il se voit dans tout le chapitre i3 des libertés de l'Église gallicane. Aussi le principal fondement de nos libertés , et dont M. Pithou les fait presque toutes dépendre , est cette ancienne maxime : « Qu'encore que le pape soit souverain es choses « spirituelles , néanmoins en France la puis- « sance souveraine n'a point de lieu , mais qu'elle « est bornée par les canons et règles des anciens « conciles : et in hoc maxime consistit Ubertas Ec- « clesiœ gallicanœ , selon l'Université de Paris. » Sur quoi M. du Puy , dans ses Commentaires sur ces libertés, dédiés à feu M. Mole, premier président et garde des sceaux, imprimés chez Cramoisy avec bon privilège, rapporte, p. 3o, que nos théologiens appellent cette pleine puissance du pape, «une tempête consommée et « une parole diabolique, plenam tempestatem et « verbiun diabolicum. »

Voilà les sentiments de nos docteurs , selon lesquels nous avons toujours tenu « que la dé- « cision du pape n'oblige point à croire ce qu'il « a décidé, même en matière de foi, parce qu'il

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