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On sait que la censure prononcée contre le docteur Arnauld , par une partie de la Sorbonne , rut ce qui donna lieu aux Lettrés Provinciales. On a vu que Pascal, en prenant la défense de son ami, n'épargna pas les jésuites, qui , quoique secrètement , avoient eu une part fort active à cette condamnation ; et il sut leur faire expier chèrement la joie que ce succès leur avoit causée. Il montra dans tout leur jour et le relâchement de la morale et l'esprit d envahissement de cette société.
Les jésuites combattus avec leurs propres armes , et livrés à la risée publique, abandonnèrent bientôt une lutte qui devenoit pour eux une source de mortifications ; et pour se venger d'un adversaire qui leur avoit porté de si furieux coups , ils commencèrent par obtenir, en i65|7, de la cour de Rome la condamnation des Lettres Provinciales.
Il ne sera pas inutile de faire ici une remarque qui doit fournir à l'observateur un exemple de plus des bizarreries de l'esprit humain : c'est que cette même cour de Rome , par une inconséquence trop fréquente dans les jugements des hommes, condamna , en septembre i665 et mars 1666, les mêmes maximes que l'illustre auteur des Provinciales avoit si éloquemment combattues.
Ce premier acte de vengeance , loin de profiter aux jésuites, ne fut considéré, parla saine partie du public, que comme un nouveau triomphe pour leurs ennemis ; etï Apologie de leurs casuistes, que ces religieux avoient publiée , finit par ranger du parti de leurs adversaires ceux mêmes qui, jusque-là, s'étoient montrés indifférents à la querelle. Tout le monde vouloit lire les Lettres Provinciales , et les jansénistes , pour les répandre davantage, s'empressoient de les traduire en plusieurs langues.
Tant d'humiliations ne firent qu'irriter l'orgueil et la haine des jésuites. Ils mirent en jeu tous les ressorts de leur astucieuse politique , et à force d'intrigues ils surprirent à l'autorité souveraine la condamnation et la proscription des Lettres Provinciales. On verra par le texte même de l'arrêt du conseil du roi, que pour l'obtenir, la Sorbonne, de concert avec la société jésuitique, ne se fit pas scrupule de présenter l'ouvrage comme insolent et séditieux envers l'autorité spirituelle et temporelle.
Pour donner une idée de la bonne foi des détracteurs des Lettres Provinciales, je rapporte ici quelques passages qui précèdent les pièces à l'appui de la condamnation , prises dans un recueil de bulles et autres actes du même genre , volume /#-8°, imprimé cinq à six fois dans le dix-septième siècle , et dont est tiré tout ce qui suit, ( L'Editeur. )
En i656 , pendant qu'on examinoit avec plus de chaleur en Sorbonne les Lettres de M. Arnauld, on fit paroître avec grand éclat les fameuses Lettres au Provincial, de la façon de M. Pascal, son bon ami, et la meilleure plume qui fût dans le parti. On crut que ce
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seroit un excellent moyen de donner le change aux gens les moins éclairés , et de faire oublier les erreurs que les jansénistes défendoient opiniâtrement , en les faisant paroître comme les défenseurs de la pureté et de la sévérité de la morale chrétienne.
Les premières Lettres n'eurent pas tout le succès qu'on s'en étoit promis , parce que , traitant du dogme de la grâce , et tâchant, par toutes sortes d'artifices , de mettre à couvert la deuxième lettre de M. Arnauld, elles ne purent ni empêcher sa condamnation , ni en faire voir la prétendue injustice, ni rejeter sur les seuls jésuites l'envie du dogme de foi qu'on avoit attaqué , où toute l'Eglise catholique étoit également intéressée.
Il fallut donc abandonner les matières de la grâce , pour ne s'attacher uniquement qu'à la morale des jésuites , comme on fit dans les quatorze lettres suivantes ? qui parurent les unes après les autres , jusqu'au mois de mars 1657.
Les jésuites y repondirent d'abord par différents écrits, et puis plus régulièrement, en faisant voir les impostures de chaque lettre , et la mauvaise foi dont on rapportoit les passages de leurs auteurs , et la différence visible qu'il y avoit entre la sévérité des maximes de M. Pascal , et les adoucissements que les jansénistes y apportoient dans la pratique de leur morale.
Cela ferma la bouche à l'écrivain , dont toutes les lettres furent condamnées par le pape le 6 de septembre l'an i65^, ayant déjà été brûlées par la main du bourreau, par arrêt du Parlement d'Aix, du 22 de février 1657, après l'avoir été à Paris, par arrêt du conseil d'état , donné après une consultation des prélats et des docteurs très-habiles.
CONDAMNATION DES LETTRES DE M. PASCAL, LE JEUDI 6 SEPTEMBRE l65^. (*)
Dans la Congrégation générale de la sainte et universelle Inquisition de Rome, tenue au palais apostolique de Sainte-Marie Majeure , en présence de notre Saint- Père Alexandre, par la providence de Dieu Pape VII. du nom, et des eminentissimes et rêver endissimes Cardinaux inquisiteurs généraux dans toute la republique chrétienne contre les hérétiques , députez spécialement par le Saint-Siège apostolique.
Notre S. Père le Pape Alexandre VII défend et condamne par le présent décret , et veut qu'on tienne pour défendus et condamnez les livres suivans , sous les peines et les censures contenues dans le Concile de Trente , et dans l'Indice des livres défendus, et autres peines et censures qu'il plaira à Sa Sainteté d'ordonner.
Dix-huit Lettres écrites en francois , dont la première a pour titre. . . .
Suivent les titres des dix-huit Lettres et de plusieurs autres Opuscules , et ensuite une censure d'un autre ouvrage étranger aux Provinciales. ( Suffrages de treize Théologiens. )
Pour donner plus de cours aux Lettres Provinciales , et animer plus de monde contre la prétendue morale des jésuites , on jugea à propos, dans le parti , de les mettre
(*) On croit suffisant de mettre ici la traduction françoise, qui, dans le recueil, accompagne les pièces latines.