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V UA1MME DE PALAIS

-. tuluyraphe. BfcL drGrnrvn. Vol. i<*4.

- Ile, puisque j'ay soeu que Monseigneur ulwih, de la mort de sa seur, je luy en ay j : . i m.t, sachant desjà par vostre advertissement ooit Usoing de longue consolation, puisque i uns au cueur sans moion des hommes ce qui i oui a l'alléger de sa tristesse.

<y mi a mit promesse dont vous me tenez lyé, je • »= pulriiiy, quant Dieu m'en donnera le moien. s; ,.. un> bititt uebahy, pourquoy tous me touchiez de i , . . - .uq.miiiif que mon dict Seigneur a intention de me i i ixMiiio «i je regardois à cela, et que je n'eusse ,, ni utiltc i oiiBÎdération en luy. Cest l'amour et révé- , . ipiii |<î luy porte à bon droict en nostre Seigneur, i ik ui'.iU <|H il me faict bien mal que je ne me puis aul- .tlli.iU i.mployer envers luy et tous, pour monstrerce ,,-ti 4 eu mon cueur. Toutefois je vous supplye ne , mI.h hm! pu nuire ce que j'en dis. Car il n'y a rien qui m j <\\i i:*mm , feinon la crainte que j'avois que vous ne I» im ' \tfiui M\u lianceen moy, comme je désire. Au

reste, je n'entens point d'intenter complaincle qui mérite response. Car il me suffit que vous n'ayez point eu de doubte ne souspeçon qui vous ait induict à m'en faire mention.

Sur cela je feray fin , après m'estre humblement recommande à vostre bonne grâce. Je prieray nostre bon Dieu de vous avoir tousjours en sa saincte protection , vous gouvernant selon sa bonne volonté, affin de glorifier son sainct nom en vous. De Genesve, ce 20 de novembre 1546.

Vostre humble serviteur et bon frère à jamais,

Jéhan Calvin.

A MONSIEUR DE FALAIS Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je n'ay rien à vous escrire pour le présent , sinon que nous attendons ce qui se fera par les Souisses \ Tout est appresté à Berne comme pour sortir du jour au lendemain, capitaine, son conseil, officiers,

1 Les cantons catholiques et réformés de la Suisse, sollicités, les premiers par l'empereur, les seconds par les princes protestants, de prendre part à la lutte dont l'Allemagne était le théâtre, avaient gardé les uns et les autres une exacte neutralité. Mais les seigneurs de Berne ayant reçu avis que des mouvements de troupe s'opéraient dans la Franche -Comté, alors soumise aux Espagnols, appelèrent dix mille hommes sous les armes et occupèrent les passages du i. 12

souldars, esleus et nomméz, second mandement envoyé qu'ils se tiennent prests à inarcher, artillerie éqqippée. Leur armée est de dix mille hommes. Je croy qu'ils n'eussent pas tant différé sans un empeschement qui les tient comme liez par le pied. Car il y a environ un an que tous les cantons fisrcnt un accord, que nul ne sortist du païs pour faire guerre, sans le consentement desaultres. Maintenant on craint que les papistes ne feussent sollt-* citez d'envahir les pais desproveus de gens, souhs couleurs de la promesse rompue. Que si le roy de Franco eust entrelassé un mot, se fust faict, desjà longtemps a. C'est qu'il eust demandé les papistes à son service , à quoy les nostres eussent facilement accordé. Ainsi les uns eussent parlé allemant à Charles , les aultres italien ou picard.

Je crains bien qu'il n'y ait faulte de bonne conduite , tant en cela qu'en d'aultres choses. Ainsi nous sommes d' au l ta ni plus admonestéz de pryer Dieu qu'il luy plaise supplier par sa bonté infinie à tant de deffaults. Vray est qu'il est facil aux ignorans de follement juger. Mais tant y a que chascun s'esbahit qu'on demeure si longtemps à r..<. er1 sans faire effort. Car il semble que Dieu tende la main pour nous dire : entrez. Et en laissant escouler le temps oq donne vigueur à celluy qui est à demy dés-

Jura. Cette mesure, motivée par la gravité des circonstances, aurait peut-être amené une scission entre les états confédérés, et de graves complications au dehors, si la trahison de l'électeur Maurice n'eut précipité le cours des événements en Allemagne. Jean (Je Muller, Hist. de la Confédération suisse, continuation de M. Vulliemin, t. XI, p. 292.

1 Mot effacé dans l'original.

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espéré. Prions doncq, et puisqu'il plaist à Dieu d'esprouver nostre patience en désirant mieuîx, contentonsnous de ce qu'il nous envoyé, ne nous lassant pour rien de le servir.

On a murmuré ces jours de quelque appoinctement. 11 fauldroit de merveilleux massons pour le bastir. Mais je crains que les nostres ou aulcuns pour le moins ne se laissent abbreuver d'entrer en propos. Ce qui sera pour remettre du tout l'ennemy non-seulement en possession de sa tyrannie passée , mais de celle où il a tousjours adspiré. Mais pource que je suis asseuré que cela ne se fera point que Dieu ne soit du tout courroucé contre nous , j'espère qu'il préviendra un tel danger. Car je ne doubte pas qu'il ne regarde plus tost son œuvre en nous que nos vices et povretez, pour nous traicter en sa pitié.

Sur ce, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle, vous, avoir aussi présenté les recommandations de nift femme, et de nos voisins , je prye à ce bon Dieu de vous tenir tousjours en sa protection , et vous faire sentir de plus en plus la joie de son assistence. De Genesve, ce 8 de décembre 1546.

Vostre serviteur et humble frère et entier amy à jamais*,

Jéhan Calvin.

LKTTRES

A MADAME DE BUDÉ * Orig. autographe. Bibl. de GenèYe. Vol. 107.

Mademoiselle , combien que j'aye occasion de louer Dieu du bon zèle et de la constance qu'il vous donne , selon que j'ay entendu par le porteur, toutefois pensant que mon exhortation ne vous seroit point superflue, entre tant de diverses tentations et combats , je n'ay pas voulu faillir à vous escrire par luy quelques mots, et sur tout pour vous ayder à vous résouldre de la délibération qui vous est encore aucunement doubteuse. C'est

* La lettre originale est sans suscription. Mais on croit généralement qu'elle fut adressée par Calvin à la veuve du célèbre Guillaume Budé, arrière-petit-lils du secrétaire du roi Charles V, et l'un des plus doctes personnages de la Renaissance. Guillaume Budé ayant déclaré dans son testament qu'il voulait être enseveli sans cérémonie, cettH circonstance Ht supposer qu'il était mort dans les croyances de la foi réformée. Sa veuve ne pouvant les professer librement à Paris, alla s'établir à Genève, à la sollicitation de Calvin (juin 4549). Elle était accompagnée de sa hlle et de trois de ses fils, Louis , François et Jean de Budé, qui occupèrent un rang distingué dans la République. Le plus connu des trois frères est Jean de Budé, sieur de Vérace, ami particulier de Calvin et de Théodore de Bèze. 11 fut reçu habitant de Genève le 27 juin 1549, bourgeois le 2 mai 4555, membre des deux conseils en 1559, remplit plusieurs missions importantes auprès des princes protestants d'Allemagne, et mourut en 1589, après avoir rendu d'éclatants services ù sa nouvelle patrie, et ajouté ainsi à l'illustration de sa famille dont les descendants habitent encore Genève. Galiffe : Notices généalogiques des familles genevoises, t. III, p. 83 et suivantes.

de vous retirer par deçà , pour servir à Dieu en repos de conscience. S'il vous estoit possible de vous en acquitter où vous estes , je n'auroys garde de vous donner conseil d'en bouger. Mais je sçay en quelle captivité vous estes détenue. Quant Dieu aussi vous auroit donné vertu et constance de vous préparer à la mort, et ne fleschir pour nulle crainte des dangiers où vous estes, il n'y auroit rien meilleur que d'user de ceste grâce. Mais si vous sentez que l'infirmité de vostre chair surmonte et vous empesche de faire vostre devoir, puisqu'il ne se peult faire que vostre conscience ne soit en trouble et tonnent continuel , il ne reste sinon de chercher remède convenable. Car ce n'est pas une petite perplexité , voire mesme anguoisse, de nous sentir coulpables en une chose si grande ; voire , et que le mal continue tellement que nous ne facions point de fin à offenser Dieu. Combien que plusieurs se flastent en cest endroist, se faisant à croire que c'est une faulte légère que de se polluer aux superstitions qui sont répugnantes à la Parole de Dieu, et déroguent à son honneur, j'estime que l'honneur de celuy auquel nous devons tout , vous est si précieux , que ce vous est un regret importable d'y contrevenir tous les jours comme vous y estes contraincte. Ainsy je ne doubte pas que n'ayez une singulière affection de sortir de telle paoureté , et cependant que vous y estes, que ne soyez en merveilleuse solicitude et tristesse. Considérez maintenant si ce n'est pas* une malheureuse condition d'y languir sans fin. Je sçay bien que plusieurs nous objectent , que nous ne sommes pas icy anges non plus, et que nous offensons Dieu comme on faict là ; ce qui est vray. Mais comme dict le

proverbe : mal sor mal n*e<t j>as santé. Parquoy si nous défaillons par Irop en d'autres sortes, quel mestier est-il d'augmenter nostre condamnation, en adjoustant au reste ce pesché qui est tant grief, assavoir de ne donner point gloire au Fils de Dieu , qui s'est anéanty pour nostre salut?

Au reste quand vous ayez bien tasché par dissimulation à tous exempter des périls où tous estes , encore n'est-ce rien faict ; car les iniques espient de près, et ne les pourriez jamais contenter qu'en renonceant Dieu du tout. Parquoy vous n'estes en repos du corps, non plus que de l'àme. Et après avoir décliné de Dieu pour complaire au inonde, tous n'arei rien profité, sinon de languir comme en transe. Vous me demanderez si estant Tenue icy, vous aurez repos asseuré pour tousjours. Je confesse que non. Car pendant que nous sommes en ce monde , il nous convient estre comme oiseaux sur la branche. Il plaist ainsy à Dieu , et nous est bon. Mais puisque cest anglet vous est donné auquel vous puissiez achever le reste de vostre vie en le servant, s'il lui plaist, ou bien profiter de plus en plus et vous confermer en sa parole, affin que vous soiez plus preste à soutenir les persécutions quand il luy plaira, ce n'est pas raison de le refuser. Nous avons tousjours à regarder de n'estre point cause de nostre malheur, et le chercher à nostre escient, et faulte d'accepter les bous moiens que Dieu nous présente. Je sçay que c'est une chose dure que de laisser le pais de sa naissance, principalement à femme ancienne comme vous, et d1 estât. Mais nous devons repoulser telles difficultés par meilleures considérations; c'est que nous préférions à nostre

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païs toute région où Dieu est purement adoré ; que nous ne désirions meilleur repos de nostre vieillesse , que d'habiter en son Eglise où il repose et faict sa résidence ; que nous aymions mieulx d'estre contempiibles en lieu où son nom soit glorifié par nous, que d'estre honorables devant les hommes, en le fraudant de l'honneur qui luy appartient.

Touchant les doubtes qui vous peulvent venir en l'esprit , il seroit trop long de respondre à tous. Mais que vous aies tousjours ce point résolu, qu'il nous fault remectre beaucoup de solicitudes à la Providence de Dieu , espérant qu'il proverra aux choses où il ne nous âpparoit nulle issue. Et de faict, il n'y a que doubler que si nous le cherchons, nous le trouverons. C'est-àdire qu'il sera avec nous pour guider nos pas, et avoir le soing de nos affaires, pour y donner bon ordre. Vray est que nous ne laisserons pas d'estre subjects à plusieurs fascheries et molestes; mais prions-le qu'estant fortifiés par sa parole , nous ayons de quoy les surmonter. Et toutefoys vous avez beaucoup d'aydes qui vous ostent l'excuse qu'ont plusieurs aultres. Quand il plaira à Dieu vous conduire, vous ne viendrez pas si desnuée de bien , qu'il n'y ait pour vous sustenter, au lieu que beaucoup de paoures gens n'ont que charge sans provision. Combien y a- il de femmes chrestiennes qui sont tenues comme captisves par leurs enfants? Or nostre Seigneur vous a faict cest advantaige , que vous aiez des enfants qui non-seulement se présentent à vous délivréz de captivité , mais aussy vous y exhortent. Vous avez la liberté que plusieurs souhaittent , de laquelle vous devez user, pour vous employer tant plus franchement au

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service de Dieu. Entre les aullres empescbements qu'il semble que vous aiez , il y auroit vostre fille pour ce qu'elle esta marier. Mais tant s'en fault que je la compte pour empeschement, qu'elle vous doibt plus tost servir d'esperon pour vous inciter d advantaige. J'entens que vous l'aimez non pas seulement de l'amour commun qu'ont les mères, mais d'une affection singulière. Or je vous prye de bien considérer lequel luy vauldra mieulx d'estre là lyée en mariaige pour demeurer en servitude perpétuelle , ou d'estre par vous conduicte en lieu où il luy soit libre de vivre chrestiennement avec son mary. Car il vous fault avoir ceste espérance que Dieu luy adressera party honneste , qui vous sera en consolation comme à elle1. Il y a une chose dont il est bon que vous soiez advertie affin que rien ne vous esmeuve comme nouveau et non préveu. C'est que Sathan vous suscitera beaucoup de troubles pour renverser ou retarder vostre saincte entreprise. Mais quand vous aurez prins vostre conclusion arrestée, il ne vous sera pas difficile de surmonter tout. Cependant usez de l'opportunité, ce pendant qu'elle vous est offerte. Car comme en une chose saincte, il nous convient conclurre en brief, sans conseiller ne varier longtemps, aussy est-il nécessaire d'exécuter tantost ce que nous aurons conclud , craignant, selon la fragilité qui est en nous, de nous refroidir de nostre bon propos.

Pour faire fin, sçachant que toutes exhortations seroient vaines et inutiles de moy, sinon que Dieu leur

1 Catherine de Budé épousa, en 1550, Guillaume de Trie, seigneur de Varennes, gentilhomme du Lyonnais, réfugié à Genève pour cause de religion.

donnât vertu, les faisant entrer en votre cœur, je le supplieray de vous instruire de vraye prudence pour juger ce qui vous sera expédient de faire , de vous donner constance ferme pour obéyr à sa volonté , de vous tendre la main et se montrer vostre conducteur, de vous faire ceste grâce qu'en vous reposant sur luy vous sentiez en tout et partout son assistance. Ce 20***, 1546 *. Vostre serviteur et humble frère ,

Charles d'Espeville.

A MONSIEUR L'AVOYER NOEGUELY * Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. i§6.

Monseigneur , pource que ce présent porteur 1 m'a apporté si bon tesmongnage de Lion , et aussy que de ma part je l'ay congnu de bon sçavoir et de bon zèle , tellement que je ne doubte pas qu'il ne soit propre à servir à l'Eglise de Dieu , cela m'a contraint de vous le recommander, joinct aussi que je me confie que l'a-

1 Au dos, d'une main étrangère : De 46. Je pense que ceste lettre > soit à Mrae Budé.

* Jean-François Nœgueli, un des plus illustres magistrats et des plus habiles capitaines de la république de Berne, au seizième siècle. Il commanda, en 4536, l'armée bernoise qui conquit le pays de Vaud sur le duc de Savoie, remplit les fonctions d'avoyer, de 4540 à 1 568, et mourut dans un Age très avancé.

3 En note, d'une main inconnue : Philippe Buisonnier, de Bresse.

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dresse que je luy donne envers vous luy servira, attendu la bonne affection que vous me portez. Je vous prie donc humblement qu'il vous plaise l'avoir pour recommandé à ce que par vostre moien il ait l'ouverture pour faire cy-après service à nostre Seigneur Jésus, dont vous aies l'occasion de Vous resjouir , car sans telle espérance, je serois bien marry d'en sonner mot.

Au reste, Monsieur, si Dieu me donnoit l'oportunité de parler à vous, je déchargerois volontiers mon cueur des scandales qui nous pressent par deçà pour le maulvais gouvernement d'aulcuns qui sont ministres de la parole de Dieu en vos terres , et en toute leur vie ne donnent sinon occasion de blasphémer le nom de Dieu l. J'ay telle persuasion de vous qu'en congnoissant les paouretés dont chacun est abreuvé par deçà, vous auriez aussy bonne affection d'y pourveoir comme j'ay grand regret et tristesse d'en voyr parler. Je croy toutefois que vous en orrez parler en conseil, pource qu'un povre frère qui va par delà, nommé maistre François Maurice, vous donnera occasion d'y penser. Je ne touche point d'avantaige aux maladies, sinon que je desireroie bien qu'il pleut à Dieu vous mettre au cueur d'y donner bon remède. Et pource que je sçay qu'en vostre particulier, vous estes affectionné, comme il appartient, je vous supplie en tant que je dois avoir l'Eglise de Dieu en recommandation, qu'il vous plaise tendre la main à ceux qui sont en poine pour s'estre fidèlement porté au service de Dieu et de vous ; parquoy, Monsieur, après

4 Plusieurs ministres du pays de Vaud , et notamment Zébédée, pasteur de Nyon, Lange, pasteur de Bursins, se livraient en chaire aux plus virulentes déclamations contre les doctrines du réformateur.

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m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je prie nostre bon Dieu de vous maintenir en sa garde, vous conduisant tousjours par son esprit en F obéissance de sa volonté. De Lausanne, ce 12 de janvier 1947. Vostre humble serviteur,

Jéhan Galvik*

A MONSIEUR DE FALAIS Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, aiaht reçeu vos lettres par le sieur dé La Rivière , je craignois que les aultres dont vous faisiez la mention , feussent perdues. Depuis elles m'ont esté apportées. Pottr response je remercie Dieu de ce qu'il vous a augmenté vostre joye et contentement. J'ay escrit briesvement aux trois compaignes tout ensemble, pour les saluer à leur bien-venue. Je ne sçay si DieU nous fera ce bien quelque jour, qu'elles n'ayeflt plus besoing de mes lettres. Si non je leur seray une aultre fois un petit plus libéral en papier.

Pour vostre personne, suivant la charge que votis m'aviez donné, j'ay regardé depuis mon retour où il y auroit logis commode. Quant à celluy de Clébergue, vous seriez trop loing des voisins que vous cherche^*.

1 Selon la tradition conservée à Genève, Calvin habitait alors la maison située au Bourg-de-Four, à l'angle formé par la rue des Chaudronniers et les bâtiments voisins de l'hôpital.

Combien que de longtemps j'en avoye eu envye pour moy-mesme , affin de m'y derrober quant je cherche d'avoir loysir. Et m'avoit-on promis de m'en donner response; mais rien n'est venu. Si je l'avoye entre mes mains, comme l'on m'en avoit donné espérance, vous sçavez qu'il sera à vostre commendement. Auprès de nous je n'en ay peu trouver ayant jardin, qui vous fust plus propre que une que je vous ay louée *. Non pas que le logis me contente ; mais il me l'a fallu faire par faulte d'aultre. Vous aurez au-devant moien jardin , et court assez spacieuse. Derrière aultre jardin encor. Une grant salle d'aussi belle veue que vous en sçauriez souhaitter pour l'esté. Les chambres n'ont pas si plaisant regard, que je vouldroye bien. Mais quant vous serez arrivé , possible qu'on trouvera moien d'y donner ordre. Excepté la salle, on pouvoit trouver maisons de meilleure estoffe et mieuk basties pour la commodité. Mais le jardin n'y eust pas esté , et je voy que c'est un membre que vous désirez principallement. Quoy qu'il en soit elle est louée à douze escus. Quant vous la verrez , si vous dictes que c'est trop, j'auray mon excuse preste, que je ne suis pas tel mesnager que pour bien espargner ma bourse non plus que celle des aultres. Je me suis hasté d'en faire marché à cause du jardin seulement. Si le temps vous targoit par de là, il me semble que la saison vous sera aussi propre d'icy à un mois que plus tard , moyennant que l'air fust gracieux selon que la saison le doit porter. Pour la conduite, combien que mon frère n'est pas icy à ceste heure, toutefois je m'ose bien porter «

1 Probablement dans le quartier de Saint- Antoine.

fort pour luy qu'il vous y servira volontiers. Et il a faict le chemin si souvent qu'il y doit estre assez rusé. Joingt aussi qu'il a eu affaire aux basteliers. Et je crois qu'il vous souvient que mon advis seroit que vous fissiez une partie du chemin par eaue pour vous refraischir. En attendant que vous me mandiez vostre pleine résolution, nous sèmerons sans faire bruict et ferons tailler les treilles.

Des occasions que vous avez de vous plaindre, je vous prye, Monseigneur, d'oublier beaucoup de choses pour esviter fascherie qui ne rellève point le mal et ne l'amende. Sur tout qu'il vous plaise supporter ce qui aura esté faict par zèle inconsidéré, car c'est une faulte qui advient aux meilleurs. Mais je croy que ce en est desjà faict en une sorte ou l'aultre. J'espère que l'issue en aura esté modérée par vostre prudence.

Quant au sieur de Paré 1 , si d'adventure il venoit droict à vous sans passer par cy, et qu'au reste il apporta nouvelles pour entrer plus avant en propos , vous avez par delà Monsieur d'Albiac, lequel ayant eu grant privaulté avec luy, vous pourra advertir du tout mieulx que Maldonade n'en aura trouvé. Et sera bon d'en faire inquisition diligente. Car je craindrois que par ses follies de jeusnesse il n'eust eu quelque maladie, telle qu'ont aujourd'huy beaucoup de gens. Je vous descouvre familièrement ma crainte, aymant mieux excéder en ceste partie que de rien celler pendant qu'il en est temps. Vous demanderez pourquoy doncq j'ay tant différé. Mais les conjectures que j'en ay sont venues depuis. Car c'estoit le plus court d'en deviser de bouche, si j'en eusse con-

1 II recherchait en mariage une parente de M. de Falais.

ceu en mon esperit aultant que maintenant. Je le vous propose afûn que vous y advisiez. Car je ne vouldroye , point avoir ceste reproche , je ne dis pas seullement devant le monde, mais aussi devant Dieu, que la fille eust esté abusée en rien par ma dissimulation. Je sçay pource que c'est un mal si commun et vulgaire, que beaucoup n'en font guères de difficultés. Mais je me doubte que vous y seriez scrupuleux comme moy.

Pour faire fin, Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle , je supplieray nostre bon Dieu de vous maintenir en sa garde, qui est le tout de nostre vie, tant pour ce siècle que pour l'advenir. J'entens qu'il vous face tousjours sentir, comme il faict, que vous estes en sa conduite. Tous ceux qui ne vous escrivent point se recommandent humblement à la bonne grâce de vous et de Madamoiselle. Ce 25 février 1547.

Vostre serviteur et humble frère,

Jéhàn Calvin.

Monsieur, celluy qui vous présentera ces lettres est ambassadeur de ceste ville. Us sont deux qui vont par delà, je ne sçay pourquoy, c'est-à-dire pour leurs, affaires particulières qu'ils ont à démesler ensemble. Je vous en ay voulu advertir, non par aultre cause sinon que je présume que vous eussiez esté marry de n'en estre point adverty. Car si vos affaires portent que vous preniez conclusion de venir, cest advertissement pourra servir. Non pas qu'il soit besoing de grande cérémonie, comme nous en avons devisé , mais seulement affin qu'il ne leur semble qu'ils ont esté mespriséz, surtout si vous

veniez en ça. Je parle le ïanguage du païs. S'il y avoit quelques bonnes nouvelles, j'espère qu'ils nous en apporteront. Mais il est besoing que Dieu nous humilie de quelque costé que ce soit. Combien que j'espère que nostre Antipche l, qui nous presse maintenant sera serré Je si près, qu'il ne luy souviendra des gouttes de sea mains, ne de ses pieds ; car il en aura par tqut le corps. De son compagnon Sardanapalus % Dieu luy garde lu pareille. Car ils sont bien dignes de passer tous deux par une mesme mesure.

A MONSIEUR DE FANAIS * Orig. autographe Bibl. de Gwève. Vgl, iff.

Monseigneur,- j'avois oublié en mes dernières lettres l'article de Y Apologie }et ne sçay comment il m'estoit échappé. Sainct André en avoit la copie; et en cela je n'ay pas esté frustré de mon opinion. Mais selon Testât

1 L'empereur Charles-Quint. — Vainqueur, sans combat, de l'armée des princes confédérés, grâce à la trahison de Maurice de Saxe, ce prince, quoique fort incommodé de la goutte, recevait en ce moment la soumission des villes liguées de la Souabe et du Palatinat, dont il exigeait d'énormes rançons.

2 Le roi François 1**. Il mourut au mois suivant, le 31 mars 1547.

* Au dos A Monseigneur, Monsieur de Fallez, à Basle près la Cauf-Houff. — M. de Falais venait en effet de quitter Strasbourg, alors menacé par l'armée impériale, pour fixer sa résidence en Suisse.

présent, quant il scroit question de l'imprimer, je ne voy point qu'il y auroit à changer. D'adoulcir il n'est possible ; de s' en flamber en plus grande véhémence , le temps ne le porte point , au moins pour luy donner cours. Et mesme si vous délibérez de la faire imprimer à Strasbourg , encor ne sçay-je s'ils l'oseront admettre telle qu'elle est. Quid enim audeal , qui tyranno se tmplicuit1? Çà il y auroit plus de liberté. Il me souvient que vous me fîtes mention , incontinent après l'avoir veue, de corriger quelques points, mais sans me noter ne quoy ne comment. Il vous plaira doncq par le premier m'en mander vostre vouloir, et ce que vous désirerez de moy. Du translateur pour la faire latine , vous en auriez là un assez élégant, s'il vous sembloit bon d'en user *. Icy il s'en trouvera bien quelqu'un ; par faulte d'aultre je me substitueray. Et cela comme j'espère n'emportera pas grant atarge. Car moiennant qu'il y ait perspicuité, il suffira. Et aussi la barbarie de Majestas vestra, de laquelle on sera contraint d'user, répugne à un ornement trop exquis. Toutefois si fauldrail en avoir vostre advis, en cas qu'il nous y fallust employer par deçà. Au reste nos gens ont quelque petit de paour. Mais je n'estime pas qu'il y ait cause. Vous sçavez que villes de frontières sont subjectes à craindre. Et pource que nous avons Grantvelle pour voisin s, et

1 La ville de Strasbourg s'était soumise à l'empereur. Les termes de cette soumission portaient qu'elle renoncerait à la ligue de Smalkade, et contribuerait, avec les autres états, à l'exécution de la sentence prononcée contre le landgrave et l'électeur.

* Sébastien Castalion, professeur à l'université de Bâle.

8 Antoine Perrenot, évêque d'Arras, cardinal de Granvelle, célèbre

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qu'on oit parler de lever gens, on se doubte. Quant à moy j'ay ma conjecture diverse, car ce n'est pas la saison d'attenter rien icy. Mais il nous fault laisser escouler beaucoup de bruicts , tout ainsi que nous ne pouvons empescher que l'eau n'allé aval. Quoy qu'il en soit je suis bien ayse que nostre Seigneur nous réveille, pour nous recommander à luy. Comme c'est le plus grant bien qui nous puisse advenir, que de nous sçavoir remettre à bon escient à sa protection.

Faisant fin à la présente , Monsieur, après m'estre humblement recommandé à la bonne grâce de vous et de Madamoiselle, et vous avoir présenté les recommandations de nos voisins, je prieray nostre bon Dieu de vous tenir en sa saincte garde, vous conduire en tous vos pas, vous monstrer ce qui sera bon et expédient, et vous en donner bon effect et prospère. Ce 7 de mars

Vous congnoistrez par les lettres de Sire Nicolas, comme il va de vostre argent. Il me l'a aussi mandé. Du chois qu'il vous remette, vous en ferez selon l'opportunité présente.

Vostre serviteur et humble frère à jamais ,

Jéhan Calvin.

ministre de Charles-Quint et de Philippe II. Il était né à Ornans, près de Besançon, en 4547, et mourut, en 4586, à Madrid.

LITTRES

A MONSIEUR de falais

Orig. autographe. Rfbl. de Genèv«. Vol. 194.

Monseigneur, je suis joieux que tous aiez nostre frère maistre Pierre Viret pour vous soullager des fascheries lesquelles vous pouvoient bien estre dures, veu que j'en estois tourmenté plus que je ne dis par seulle compassion. Mais j'espère que Dieu y aura remédié quant au faict. Et pour le reste il y a proveu , en vous envoiant celluy duquel vous pouvez recevoir aultant de consolations que d'homme du monde. Tellement qu'il m me faict plus mal que je n'aye point entreprins le voyage. Car je ne crains plus que vous aiez faulte de moy. Ce sera aussi la cause , pourquoy je vous feray plus briesves lettres.

Quant à l'homme1 je ne sçache point avoir donné signe aulcun que vos complainctcs me semblassent excessives; seulement craignant qu'il ne vous advint quelque maladie , et aussi pensant que ce n'estoit pas chose convenable à vous d'entrer en contention avec un

1 Allusion à Valéran Poulain. Il paraît, d'après une lettre de Calvin à Valéran, que celui-ci recherchait, malgré l'opposition de M. de Falais, la main de Mademoiselle de Wïlcrgy, parente de ce seigneur : « Scripsi prius de juniore, ad quam adspiraveras, quid ego reprehenderem. In hâc tentandA videris oblitur fuisse quid ad illam discedens scripsisses... At si verum est quod ipsa testatur, pessimis rationibus conciliât»! fuissent nuptiae, etc... » Calvlnus ralerando Polano. Mars 4547.

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homme de sa qualité; considérant d'aultre part son audace, et ce qui peult sortir d'une beste venimeuse, si on la presse , je vous avoye prié de prendre le tout modérément , tant qu'il seroit possible. Au reste je le congnois, et ne crains pas tant les maies grâces, que je voulsisse que l'Eglise de Dieu eust aulcun dommaige par ma dissimulation. Mais je ne voy pas maintenant que j'y puisse faire , et puis il n'y a nulle nécessité présente. Car où il est congneu , il s'est plus descrié qu'il ne seroit de besoing. Où il est incongneu, on ne gaigneroit rien d'en parler, jusque à ce qu'il tasche à se insinuer. Mais encor Dieu le pourra faire saige après l'avoir chastié de tant de ses follies.

Je viens à vostre voiage. Combien que je ne voye nul danger au chemin, ne d'embusches, ne d'aultre practique, ne de violence, toutefois pour le premier je n'en ay rien asseuré à personne, mais au contraire my en doubte. Secondement, quant au temps j'en ay parlé comme celluy qui n'en sçavoit rien. Vray est que si on me demande si vous n'avez point intention de nous venir voir, je ne suis pas fort obstiné à le nier aux amis, craignant qu'ils ne m'estiment double. Et mesme quand j'ay loué la maison , tant celluy qu'a parlé à vous que aulcuns aultres, ont bien jecté incontinent leur conjecture sur vous. Je leur ay répondu, possible que ouy, mais qu'il y en avoit d'aultres. Ainsi que je la prenois à l'advçnture, ne doubtant pas toutefois d'avoir hoste pour y mectre. Au reste je ne puis empescher que plusieurs ne devinent, et se persuadent, sans que j'en sonne mot, que vous viendrez. Tant y a qu'au plaisir de Dieu il ne vous viendra nul préjudice de par moy. J'espère au

plaisir de Dieu que la sepmaine prochaine maistre Pierre Viret nous rapportera de vos nouvelles. Si après avoir ouy nostre frère Sainct André, vous aviez quelque chose à me mander de nouveau , vous aurez messager propre en luy.

Sur quoy, Monsieur, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce et de Mademoiselle , vous avoir à tous deux présenté les recommandations de ma femme et des amis , je supplye nostre bon Dieu vous avoir toujours en sa garde , vous consoler, fortifier et parfaire en vous tout l'œuvre de sa gloire et de vostre salut. Amen. De Genesve, ce 15 de mars 1547. Vostre très humble serviteur et frère,

A MONSIEUR DE FALAIS Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 191.

Monseigneur, j'escris à Myconius1, comme vous verrez par la copie que je vous envoyé. Il m'a semblé advis que c'estoit assez , pource que les juges comprendront mieulx. mon intention de sa bouche. Il y aura plus de

1 Oswald Myconius, ministre et autistes de l'Eglise de Bâle. Calvin invoquait son appui auprès des magistrats de cette ville pour faire rompre une promesse de mariage entre Mademoiselle de Wilergy et Valéran. (Calvinns Myconio, cal. ma» 1547.)

Digitizeci by

gravité, pource que la poursuite ne sera pas si véhémente de mon costé, comme si je ne m'ingeroy de leur escrire, comme ayant la matière trop affectée. Je croy que nostre frère maistre Pierre Viret fera le semblable envers le sieur Bernard Mayer1, suivant ce que je luy en ay mandé. Quant il seroit besoing , il se condamne de desloyaulté en ses lettres qu'il m'a escrites. Car après m'avoir requis au mois de janvier d'intercéder pour luy au mariage de Merne , il m'a mandé que Wilergy l'avoit aymé anle multos menses jusque à le demander pour mary, plus tost que d'estre cherchée. Comment cela s'accorde - il ? Sinon qu'il en voulsist avoir deux ensemble. Mais le tout est qu'on luy couppe la broche à toutes ses chicaneries, attendu qu'elles sont trop indignes d'audience. Sur cela je ne pense point que les juges n'y mectent fin bien tost.

Monsieur, après m'estre de bon cueur recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle , sans oublier les trois Damoiselles, je prye nostre bon Dieu de vous avoir en sa garde , de vous confermer tousjours en patience , de vous délivrer des fascheries de cest importun, et vous amener en bonne prospérité. Ce premier de may, de Genesve, (1547).

Vostre serviteur et humble frère ,

Jéhàn Calvin.

1 Conseiller àjBâle et frère du bourgmestre de cette ville.

LfcTTIU.»

A MONSIEUR DE PALAIS OriK. autographe. BiM. de Qwèn. Vol. 114.

Monseigneur, puisque vostre commodité ne vous a permis de venir, comme nous espérions , c'est assez si Dieu vous faict la grâce de vous bien trouver par delà. Car jasoit que je désirasse d'estre près de vous , toutefois je préfère ce qui vous est le meilleur. Quant à l'homme duquel vous avoit parlé Maldonad , oultre la congnoissance que j'en ay eu pendant qu'il a esté icy, je m'en suis enquis de son maîstre ancien Gallasius, lequel m'a dict qu'il l'a trouvé très loyal et serviable. Vray est qu'il ne l'estimeroit pas suffisant pour démener grans affaires, sinon qu'on l'instruise et qu'on luy donne sa leçon. Mais d'exploitter ce qui luy sera commandé , qu'à cela il n'y ferafaulte, mesme qu'il sera vigilant. Et quant au premier, je ne l'en estime pas moins. Car il vault mieulx un homme modeste et posé , qu'un grand entrepreneur et hardy par trop. Vous y adviserez selon que vos affaires le porteront affin que le Sr d'Albiac le peult faire venir, et par ce moien que vous ne demeuriez pas longtemps desproveu. Au reste j'espère que Dieu vous aura dépesché des fascheries, où ce brouillon1 vous a tenu par si longtemps. Ce faict, que vous soiez aulcunement à repos touchant votre maison.

Nous sommes encor attendans sur les nouvelles de

1 Valéran Poulain. Voir les deux lettres qui précèdent.

DE CAAYIN. 199

Pestât général de l'Eglise. Si Dieu nous veult si durement affliger, que de lascher la bride à ce tyrant1, qui ne demande qu'à tout ruiner, c'est à nous d'estre tout préparéz à souffrir. Moyennant que celluy qui nous a prins en sa charge domine in medio inimicorum , il nous convient avoir patience , nous consolant en l'espérance de ce qui s'ensuit, qu'il confonde ses ennemis. Mais encor j'espère qu'il provesra à ces graus troubles , supportant nostre foiblcsse, et qu'il refrénera l'audace de ceux qui triumphent devant le temps , voire contre luy.

Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle , et vous avoir présenté à tous deux les recommandations de ma femme, je pryeray nostre bon Dieu de vous conduire tousjours, veiller sur vous, et vous augmenter en tous ses biens. Je me depporte de toucher au propos que m'a tenu le sieur Maldonad, quant à dresser une Eglise par delà*. Car je ne sçay qu'en dire, sinon que je désirerois que tout fust bien faict. De Genesve, ce 18 de may 1547.

Vostre serviteur et humble frère ,

Jéhan Calvin.

'L'empereur Charles-Quint venait de remporter à Muhlberg (24 avril 4547) une victoire décisive sur les princes protestants.

* C'est-à-dire à Bâle. L'Eglise française de cette ville fut fondée après la Saint-Barthélémy, à la requête d'un grand nombre de réfugiés, parmi lesquels se trouvaient les enfants de l'amiral de Coligny. (Mss. divers des archives de l'Eglise française de Bâle.)

k MONSIEUR K FALAB

fV-jj nuioçmiitifi Bihl df Gonro. Vai. jp*.

Monsekneur, jf espère que le porteur des

m le capitaine 3e noftre dug-oeil j"ay looé la

maison. Il avolunte 3r se transporter par delà, afiiiî de

deviser aw v>us. L me prroos:^ «5:iLλle ecmcition.

L'une, s'il tous pkist lui prvitïr arcert t certain terme,

que la maison vous demeurera enfLkri* jcs^oe ed rem-

sans en payer ioni^f ; eî ats reparatkais

^voif en î:Tiea px.r >\t*crf crciroiLii, çx — ei ;o«r-

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vous ay desjà adverty que la maison ne vous seroit duisante. Par conséquent il vous fauldra pourvoir ailleurs. Car vous n'obtiendrez point qu'il la face approprier à vostre usaige, si ce n'est par ce moien. Et de faict quant vostre délibération seroit de venir sur la fin de l'esté , je vous conseillerois de tascber qu'avant vostre venue les réparations fussent faictes , pour éviter les rompements de teste et beaucoup d'incommoditéz. Je croy que la devise que j'en ay faict vous plairoit très bien , en sorte que vostre absence n'empescberoit rien , et seriez bien ayse d'avoir la chose faicte. Il estime peu les réparations qu'il y fault , mais je ne les prise pas moins de quarante escus. Parquoy l'achept m'en sembleroit plus expédient : mesme si vous pouviez accorder aux deux centz escus et qu'il print sur luy ceste charge de la guarantir à perpétuité. Je désire que vous faciez quelque chose moiennant que ce soit à vostre profit.

Le Sr de Parey1 arriva hier au soir, et me vint saluer environ neuf heures. Pource que c'estoit bien tard , nous ii'eusmes loysir de guèrcs parler ensemble , tellement que je ne sçay encore comme il va de ses affaires. Après avoir parlé au sieur Maldonad , je seroye d'advis que seulement vous advertissez la fille de la nature, sans luy déclairer nul inconvénient qui luy soit advenu ; car tout cela se rediroit puis après. Seulement doncq , je luy tiendroye ce propos : Il dort peu , il y a quelque légièreté, ainsi tel dangier seroit à craindre selon qu'on voit sa complexion. Regardez si vous seriez patiente , quant Dieu vous auroit visitéz jusque-là. Cela à mon opinion

1 Prétendant à la main de Mademoiselle de Wilergy.

suffirait. Et selon que la Terriez disposée , vous en feriez quant à ce point. Nous avons eu quelques nouvelles de la sentence, et luy1 se plaignant des juges s'en glorifie. Dieu luy veuille donner meilleur sens.

Monsieur, après m'estre humblement recommandé à la bonne grâce de vous et de Madamoiselle , vous avoir présenté les recommendations de Gallasius et de ma femme, je prieray nostre bon Dieu qu'il vous ait tousjours en sa garde, vous gouverne et conduise, et vous face la grâce de le glorifier tousjours.

Il suffit que vous soiez adverty qui est le présent porteur. Je ne sçay s'il aura aultre compagnie avec luy, car il est party bien en baste , tellement que sans m'en avoir parlé il est venu ce matin tout botté me dire à dieu. Voilà qui a esté cause que je n'ay pu communicquer avec Maldonad, car il s'en alla hier au soir coucher à Tourné. C'est aussi pourquoyje ne vous fais nulle recommendation de luy. DeGenesve,ce26 de may 1547. Vostrc serviteur et humble frère,

Jéhah Calvw.

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je n'ay rien à vous escrire pour le présent , sinon que le porteur est l'un des fils de feu

1 Valéra» Poulain. Voir les notes, p. m et 496.

Mr Budé \ Quant vous l'aurez congneu, vous le trouverez de si bonne sorte, que vous l'estimerez digne d'estre aymé de tous ceux qui ayment Dieu, encore qu'il n'eust nulle recommandation de la mémoire de son père. Il n'est pas de ceux qui font grant monstre ne parade. Et d'aultant est-il plus prisé de moy, et je sçay que ainsi sera-il envers vous. Son intention est d'aller voir Basle et Strasbourg , puis retourner sans faire long séjour par delà. Néantmoins je luy ay conseillé de se bien enquérir si les chemins seront seurs avant que passer oultre ; et il m'a promis de le faire, car sans nécessité il n'y auroit propos de se mettre en hazart. Je croy que devant qu'il arrive par delà, vous ne serez plus en délibération quant au sieur de Parey. Car l'allonge qu'il demande n'est pas pour s'entretenir en grande fermeté ; et de faict je conjecture que cela a esté faict à cautolle par les siens , pensant qu'entre cy et là il changeroit de propos, attendu ce qu'ils congnoissent de sa complexion.

Nous sommes bien esbahis de n'avoir nulle certitude de nouvelles. On peult appercevoir le désordre qui est en Allemaigne et la paoure conduicte. S'il y avoit un seul grain de sel , ils auroient proveu à leurs affaires devant qu'ils sçachent ce qui devoit estre sceu trois jours après. Mais quoy? Non est consilium, non e$t fortitudo absque domino. Or ils sont desproveus de son costé.

J'espère de sçavoir par le premier, que c'est que vous aurez ar resté avec nostre capitaine f.

Pour faire fin, Monsieur, après m'estre humblement

Jean de Budé, sieur de Vérace, Voir la note, page 480. Jean de Budé fit, en 4547, un premier voyage à Gtnève pour y préparer rétablissement de sa famille.

* Amédée Perrin.

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recommanda à vostre boane rrice et de Mj.t Limo iselle , vous avoir présenté les pareilles reeommendatioas de ma femme et des aultres, je supctlerav nostre bon Dieu de vous avoir toujours en sa xirie, vous jonverner par son Esperit, Tons fortiùer contre tons scandales et fascheriesT et sembiablement toute vostre maison. Poarce que je aiy loisir J escnre aux Dumoiselles , je désire cependant d'estre bien affectueusement recommandé à tontes trois. De Geaesver ce i de juin* 1347.

Vostre servr.eur et humble frère,

* MO>^iEl R DE FALAJS Ong. autocrate. BifaL * Vol iM.

Monseigneur, combien que je n'eusse pas grant chose à tocs escrire, toutefois craignant que vous ne trouvissiez estrange que ce porteur vint par delà sans mes lettres, je n'ay touIu faillir à vous escrire quelque mot. Je ne scay pas bouuement pourquoy le dit porteur a entreprins ce voyage. Je croy que aussi ne faict-il guères mieuls. A grant peine estoit-il arrivé qu'il prenoit conseil Je retourner sans avoir esprouvé ne bien ne mal. Depuis il a changé souvent de propos. Somme, je n'ay veu aultre constance en luv, sinon qu'il ne trouvoit icy rien à son gre. En escrivant, il m'a souvenu queyavoye

matière à laquelle je n'avoye point pensé. C'est que le sieur Maldonad m'a parlé de Jacques, assavoir s'il pourroit retirer mes sermons. Selon que j'en ay veu, il recueille bien quelques sentences. Mais la substance n'y est pas si entière , comme je désirerois , combien qu'il se pourra faire que par succession de temps il y adviendra mieulx. Ainsi en attendant s'il acquéra plus grande agilité par l'usaige , encore vauldroit-il mieulx d'avoir ce qu'il faict, que rien. Et aussi le temps en pourra donner quelqu'un plus propre.

A ce que je puis conjecturer des lettres escrites à nostre frère Sainct-André , je crains que toutes les miennes ne vous ayent point esté baillées. Toutefois je n'en pensoye avoir commis qu'à messaiger seur. De l'Apologie j'avoye remis la conclusion à vostre venue. Mais elle se translatera en Latin, pour estre preste quand vous la vouldrez. Si est-ce que si le nom de la ville n'y estoit requis , qu'elle s'imprimeroit icy mieulx que par delà, c'est-à-dire en plus beaux cbaractères, en meilleur papier, et plus correctement. Regardez seulement si vous désirez que le nom de la ville soit exprimé, car sans cela je vous asseure bien du reste.

Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, et de Madamoiselle, je prieray nostre bon Dieu de vous tenir tousjours en sa garde, vous donner matière de vous resjouir en luy au milieu des fascheries de ce monde , et vous augmenter en toutes ses bénédictions. De Genesve, ce 6 de juing 1547.

Vostre serviteur et humble frère,

Jehan Calvin.

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