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disse. Quant est des moyens que le sire François m'a mis en avant, je Juy en ay répondu ce qu'il "vous en mandera, comme je pense. Cependant il fauldroit que le partement fust tel comme d'Egypte, troussant vos hardes avec vous. En cela je croy qu'il est mestier d'ung ferme couraige et bien constant. Mais vous pourrez tout en celuy qui vous fortifie. Quant il vous auroyt conduict jusques icy, vous verrez l'addresse qu'il vous donnera. De mon costé je m'y vouldrois employer de bon cueur et bonne âme, selon comme j'y suis tenu. J'espère que vous ayant tenu la main en plus grandes choses, qu'il ne vous deffauldroit pas en cest article. Mais il lui plaist quelquesfois d'exercer et esprouver nostre foy, en telle sorte qu'en laissant ce que nous tenons en main , nous ne sachions ce que nous devons trouver. Nous en avons exemple en nostre père Abraham. Après luy avoir commandé d'abandonner le pays, son lignage, et tout le reste, il ne luy monstra présantement rien pour récompense, mais le remect à ung aultre terme. Viens, dict-ii, en la terre que je te monslreray. Si luy plaist aujourd'huy de faire le semblable envers nous, que nous quittions le lieu de nostre naissance pour nous transporter en pays incongneu, sans syavoir comme nous y devons trouver, rendonsnous à luy, qu'il gouverne nos pas, et faisons-luy cest honneur d'espérer qu'il nous conduira à bon port. Mesme il faut que vous soiez tout adverty que vous n'entrerez pas en ung paradis terrestre, pour vous resjouir en Dieu sans aulcune moleste; vous trouverez ung peuple assez rude ; vous y aurez des tentations assez fascheuses. Bref, ne prétendez de méliorer vostre condi-
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AU PROTECTEUR D'ANGLETERRE * Copie. Btbl. imp. Coll. Dupuy, vol. 102.
Monseigneur, combien que Dieu vous ait proveu d'une singulière prudence , magnanimité et aultres vertus requises à Testât où il vous a constitué , et aux affaires qu'il vous a mises en main , toutcsfois d'aultant que vous me tenez pour serviteur de son Fils auquel vous désirez surtout d'obéir, je me tiens asseuré que pour l'amour de luy vous recevrez humainement ce que je • vous escris en son nom, comme de faict je ne prétends à aultre fin, sinon qu'en suivant ce que vous avez commencé de plus en plus, vous advanciez son honneur jus-
* Edouard Seymour, comte de Hertford, duc de Sommerset, régent d'Angleterre, sous la minorité d'Edouard VI. Ce fut sous son administration que la Réforme s'établit victorieusement en Angleterre. Appuyé sur le parlement, il comprima les troubles survenus dans le royaume après la mort de Henri VIII, confirma la suprématie du roi, abolit le culte des images, les messes privées, et rétablit la communion sous les deux espèces. Il entretint une correspondance avec Calvin, qui lui dédia, le 24 juin 1548, son Commentaire sur la première épître de saint Paul à Timothée, et, docile aux conseils du réformateur, il offrit un asile aux bannis religieux du continent, Bucer, Fagi, Ochino et Pierre Martyr. Aimé du peuple, haï des grands, il se rendit impopulaire par l'insuccès de la guerre qu'il soutint contre Henri II en Ecosse et en France, fut renversé du pouvoir par un complot de la noblesse , emprisonné à la Tour de Londres (octobre 4549) et ne recouvra sa liberté, l'année suivante, que pour périr, en 1552, sur l'échafaud, victime de l'ambition de Warvick, comte de Northumberland, son parent.
ques à ce que tous aiez establi son règne en telle perfection comme il se peult voir au monde. Et anssi tous congnoistrez par la lecture, que sans advancer rien du mien, le tout sera tiré de sa pure doctrine. Si je ne regardois que la dignité et grandeur où vous estes, il n'y auroit point accès pour un homme de ma qualité. Mais puisque vous ne refusez point d'estre enseigné du Maistre auquel je sers, mais que plus tost préférez à tout le reste la grâce qu'il vous a faicte d'estre de ses disciples, il me semble que je n'ay besoing de vous faire longue excuse ne préface, pource que je vous tiens assez disposé à recepvoir tout ce qui procédera de luy.
Nous avons tous à rendre grâces à nostre Dieu et Père de ce qu'il s'est voulu servir de vous en œuvre tant excellente , que de remettre au-dessus la pureté et droicte reigle de son service en Angleterre par vostre moien, et faire que la doctrine de salut ayt lieu , et y soit fidellement publiée pour tous ceux qui la vouldrontescouter; de ce qu'il vous a donné une telle vertu et coustance à poursuyvre jusques icy contre tant de tentations et difficultés; de ce qu'il vous a tenu la main forte en bénissant tous vos conseils et labeurs pour les faire prospérer. Ce sont choses qui incitent tous vrays fidelies à magniGer son nom. Mais cependant pource que Sathan ne cesse d'eslever tousjours nouveaulx combats, et que c'est une chose de soy difficile tant que rien plus, de faire que la vérité de Dieu domine paisiblement eutre les hommes qui de leur naturel sont adonnés à mensonge; d'aultre part qu'il y a [tant] de circonstances qui empeschent aujourd'huy le cours d'icelle, et surtout que les superstitions de rAntechrist aians prins racine de si long temps
ne se peuvent aisément oster des cœurs , il me semble que vous avez bon mestier d'estre confermé par sainctes exhortations. Et je ne doubte point que l'expérience ne le vous face sentir, qui sera cause de m'y faire procéder plus franchement, pource que ma délibération, comme j'espère, respondra à vostre désir. Quant mes exhortations seroient superflues, si supporteriez-vous le zèle et sollicitude qui m'a induict à les faire. Par plus forte raison je crois que la nécessité que vous en sentez, fera qu'elle soit encores mieux receue. Quoy qu'il en soit , Monseigneur, qu'il vous plaise me donner audience en quelques advertissemens que j'ay proposé de vous desduyre icy en brief , espérant que quant vous les aurez escoutés , pour le moins vous y trouverez goust pour en estre consolé, et prendre tant meilleur couraige à continuer la saincte et noble entreprise où Dieu vous a voulu employer jusques icy.
Je ne doubte pas que les grands troubles qui sont advenus depuis quelque temps, ne vous aient esté bien durs et fascheux , et surtout que plusieurs en ont peu prendre occasion de scandalle; d'aultant qu'ils estoient esmeus en partie soubs umbre du changement de la religion. Parquoy il ne se peult faire que ce ne vous ait esté un assault bien rude , tant pour les pensées qu'il vous en pouvoit venir à l'esprit, que pour les murmures des malins et ignorans, et aussy pour l'estonnement des bons. Certes le bruict que j'en ay ouy de loing me cause grande angoisse en mon cœur, jusques à ce que j'ay sceu que Dieu avoit commencé d'y mettre quelque remède. Toutesfois pource qu'ils ne sont possible encores du tout appaisés , ou que le diable les pourroit renouveller,
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