‹ Lettres ... publChapitre 35 sur 40 · A MADEMOISELLE DE PONS · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE PONS

Copie. Bibl. imp. Coll. Dupuy. Vol. 102.

Mademoiselle et bonne sœur, si Dieu vous eust donné un mary qui vous eust esté loyal, et eust vescu en bonne concorde avec vous, il seroit besoin de vous consoler maintenant , et vous exhorter à patience. Mais puisque celuy qui vous debvoit tenir aussy chèrement que la moytié de sa personne , vous a esté tant qu'il a vescu un fléau bien dur, il vous est plus tostbesoing de conr gnoistre que nostre bon Dieu en le retirant vous a re-

* En note ; « À Mademoiselle de Pons, demeurant en Bretagne, laquelle après avoir longtemps esté maltraictée de son mary à cause de la religion , Dieu l'a voit délivrée de la servitude de son mary, qui estoit mort. •

gardée en pitié. Au reste il faut que les fascheries que vous avez souffertes, vous servent tousjours d'instruction à vous humilier soubs la main de Celuy qui vous a ainsy voulu esprouver, pour vous faire aussy sentir que vaut son aide, et comme il est fidèle pour ne jamais défaillir aux siens. Mais tout le maulvais traictement soubs lequel vous avez langui, n'estoit rien auprès de ceste misérable captivité en laquelle vous estiez détenue pour ne pouvoir servir à Dieu, et que vous estiez dis traie te du Fils de Dieu pour ne luy pouvoir garder la foy du sainct et sacré mariage qu'il a contracté avec vous ; et aujourd'huy d'autant vous faut-il mieulx penser à quelle fin il vous a mise en telle liberté. Réduisez-donc, je vous prie, en mémoire les souspirs continuels que vous avez jetté si longtemps. Combien que vous eussiez beaucoup de sortes de tristesses, je ne doubte pas que vostre principal regret ne fust de ce qu'il ne vous estoit point permis de vous adonner purement au service de Dieu. Pensez bien si vous n:avez pas protesté journellement devant Dieu , que vous ne souhaittez sinon le moyen de sortir de la servitude où vous estiez. Maintenant qu'il vous est donné, n'attendez pas que Dieu vous somme de vostre promesse. C'est à vous de l'anticiper, ainsy que vostre conscience vous sollicite, sans qu'on vous picque d'ailleurs. Mesmes réduisez en mémoire que sainct Paul disant que les gens mariés sont comme partis , mais que les vefves n'ont qu'à s'applicquer du tout à Dieu, vous oste l'excuse que jusques icy vous eussiez peu prétendre. Il est certain que rien qui soit ne nous doibt empescher de nous acquitter vers nostre Père céleste, et ce bon Rédempteur qu'il nous a envoyé ; mais selon l'opportunité

que chasqti'un aura, tant plus est-il coulpable s'il ne s'employe tant plus franchement à faire son debvoir. Je sçay bien que vous avez esgard à vos enfans , et ne dis pas que ce ne soit à bon droict , moyennant que le Père souverain de vous et d'eulx ne soit laissé derrière. Mais pensez que le plus grand bien que vous leur puissiez faire, est de leur monstrer le chemin de suivre Dieu. Quoy qu'il en soit, il ne vous sera plus licite d'alléguer que vous offensez par force, puisque Dieu vous a ouvert la porte qui vous estoit close. Que reste-il donc sinon que vous preniez couraige, voire jusques à vous efforcer pour surmonter toutes les difficultés qui vous retiennent. Car je sçay bien que vous ne pouvez pas sans grande contradiction vous desdier pleinement à nostre Seigneur Jésus. Mais pour en venir à bout faites valoir la congnoissance qu'il vous a donnée desjà de long temps, et ne laissez point amortir le zèle qu'il vous a une fois imprimé en vostre cueur par son Sai net-Esprit, et n'estaignez point à votre escient le sainct désir duquel vous avez bruslé par cy-devant. Regardez comme Dieu laisse escouler ceulx qui se sont petit à petit annonchalis, et comme il permet facilement qu'estans du tout desbauchéz, ils s'en aillent à perdition. Et c'est bien raison que le Seigneur se vange ainsy de ceulx qui auront préféré les vanités de ce monde au thrésor de son Evangile. Or, au lieu que plusieurs se laissent séduire par tels exemples pour suivre un mesme train, que ce vous soit autant d'advertissement pour vous tenir tant plus serrée en crainte et sollicitude. Au reste , que le maulvais temps que vous avez enduré une partie de vostre vie, vous face tant mieulx penser à ceste vraye fé-

licite et gloire parfaicte qui nous est apprestée aux cieulx, pour ne nous point amuser à quelque repos mondain , qui ne peut estre que caduque , et mesme confit en des troubles infinis, et qui pis est, nous aliène du repos de nos âmes qui est seul bénit. Mais aftin qu'il ne semble pas que je me deffie de vostre bonne volonté, je feray fin à la présente après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce et prières, et avoir supplié nostre bon Dieu que s'il a par cy-devant desployé sur vous les grâces et vertus de son Sainct-Esprit , que non-seulement il continue , mais qu'il vous y augmente , et ne permecte pas que jamais vous décliniez du droict chemin, et qu'il vous y advance de plus en plus; cependant qu'il vous contienne en sa protection.

Pource que je ne sçay où est monsieur vostre frère, et si je luy feroys plaisir en luy escripvatit, cela m'en faict abstenir. Cependant je désire que Dieu luy tienne la main forte à ce qu'il ne s'aliène point de luy1. A ce que j'entens il s'est un peu trop escarté en aucunes choses, et auroit bon besoingd'estre ramené au droict chemin. Mais pource que je ne sçay par quel costé y arriver, je réserve cela à meilleure occasion. De rechef je vous remettray en la garde de nostre bon Dieu. Le 20 de novembre

Votre humble frère et serviteur,

Charles d'Espe ville.

1 Le personnage en question n'est-il pas Antoine de Pons , seigneur de Maremnes? 11 avait épousé en premières noces Anne de Partlicnay, tille de M. de Soubise, et embrassé la Réforme à la cour de Ferrare. Marié plus tard à la dame de Montehenu, il se détourna de la foi protestante, et devint même un de ses persécuteurs. Bèze, ///*/. ecvl., T. 1, p. 190.

A UN SEIGNEUR DU PIÉMONT * Copie. Bibl. de Génère. Vol. 107.

Monsieur, combien que je vous suis incongneu de face, toutesfois estant asseuré par gens dignes de foy que mes lettres seroient bien receues de vous, je me suis enhardy de vous escrire, n'aianl autre accès que celuy que me donne l'authorité du Maistre auquel je sers, lequel, comme je croy, me suffira assez, \eu la révérence que vous portez à luy et à sa doctrine. Comme aussy c'est bien raison que grans et petits s'assubjectissent à sa majesté , puisque le Père céleste luy a donné tout empire souverain, affîn que tout genouil se ployé devant luy, et non-seulement des créatures humaines, mais

* Le nom de ce seigneur nous est inconnu. — Le Piémont, alors soumis à la domination française, n'était pas demeuré étranger à l'influence de la Réforme. Les doctrines évangéliques , fidèlement gardées par les Vaudois dans l'asile séculaire des Alpes, et ravivées par un esprit nouveau, se répandirent à Turin, et de là dans tout le pays, « en sorte, dit Bèze, qu'en peu de temps il y eut compagnie de ceux de la religion réformée dressée à Carignan, Pontcalier, Poyrin, Villefranehe, Ville-neuve d'Ast et Castillon, lesquelles toutesfois ont esté dissipées par les persécutions. » Un courageux ministre, Alexandre Guiotin, fonda, en 1557, l'Eglise réformée de Turin. Hist. eccl., t. III, p. 386 et suivantes. On lit dans les Registres de la Compagnie de Genève, 6 septembre 1557 : « Fut esleu pour Piémont maislre Pasquier Darnot, et partit le HmK jour de septembre. » — Ibidem, décembre 1558 : « 3laistre Christofle, (ils du médecin de \evey (partit) pour aller administrer la parole de Dieu en la ville de Thurin. »

aussi des anges. Vray est que cela est bien niai congneu aujourd'huy de la plus part. Nous voions que le nombre de ceux qui s'accordent d'obéir en vérité à ce grand Roy, est bien petit. Mais j'ai entendu que Dieu par sa bonté infinie vous a toucbé le cœur, tellement que vous désirez d'estre chrestien de faict et non pas de tiltre. Je parle aussi à cause que ce nom de chrestienté voile bien en la bouche de tous, mais quand ce vient à s'humilier soubs l'Evangile qui est le sceptre par lequel Jésus-Christ veult régner sur nous , peu s'en fault que chacun ne recule , en quoy on veoit que c'est chose par trop commune de se couvrir du tiltre de chrestien par hypocrisie, et par ce moien le profaner. Ainsi ce n'est point une petite vertu ny vulgaire, d'approuver par effectque nous désirons estre disciples du Fils de Dieu, affin aussi qu'il nous advoue pour siens. Et d'aultant plus estes-vous obligé à recongnoistre la miséricorde qu'il vous a faicte en vous amenant jusques-là. Car ce n'est pas de nostré mouvement propre que nous y venons, mais d'aultant qu'il luy plaist nous y attirer. Et affin que ceste bonté ait tant plus de lustre pour estre mieulx congneue , il nous choisit et sépare du milieu de ceux auxquels autrement nous sommes esgaux. Ainsi que tous les pauvres aveugles que nous voions errer nous soient aultant de mirouersde notre misérable condition, pour magnifier Celuy qui nous a retirés des horribles ténèbres de mort.

Au reste, Monsieur, congnoissez quelle est la valleur de ce thrésor infini de la vérité de Dieu , lequel vous a esté commis, afin que vous en faciez bonne garde et ûdelle. Car de ceux-mesmes qui font profession de la pure doctrine de l'Evangile , on voit que la pluspart se

contente d'en avoir quelque phantaisie ou opinion volante. Voilà pourquoy une grande partie de ceux auxquels Dieu avoit donné quelque goust de sa grâce , se desbordent au double , jusques à estre du tout abruty. Car Dieu ne veult point estre mocqué , ne mesprisé. Et voiant les corruptions qui régnent partout et les assaults que Sathan dresse aujourd'huy à ceux qui désirent do cbeminer directement, nous avons bien mestier de lever les yeulx en bault pour demander force et constance, affin d'y résister. Et je croy que de vostre part vous en expérimenterez plus que je ne vous en sçaurois dire. J'entens des empescbemens qui vous destournent ou retardent de servir purement à Dieu. Surtout pource que soubs la tyrannie de l'Anté-Christ , si un homme veult vivre chrestiennement , il fault qu'il se dresse quant et quant à mourir. Si est-ce que nulle difficulté ne nous excuse , quand il est question de l'honneur de nostre Dieu. Et si Jésus-Christ ne s'est point espargné pour nostre salut , ce n'est pas raison que nostre vie nous soit plus préticuse que luy. Combien doncques qu'il n'y aict chose plus odieuse que d'estre congneu vray chrestien, si|nous fault-il pratiquer ceste leçon de S. Paul, de n'avoir point honte d'estre hays ne vilipendéz à ce tiltre. Et de faict si nous désirons d'estre eslevés en la gloire de nostre Seigneur Jésus-Christ, il nous fault porter l'opprobre de sa croix. Ainsi je vous prie, selon que la nécessité vous advertit, de vous aiguiser et solliciter à batailler constamment contre Sathan et le monde, désirant d'estre amorty quant à vous, pour estre pleinement renouvellé en Dieu. Et pource qu'il fault congnoistre devant qu'aymer, je vous prie aussi de vous

exercer à lire les sai notes exhortations qui vous pourront aider à cela. Car la froidure qu'on voit en plusieurs procède de ceste nonchalance qu'il leur semble que c'est assez d'avoir gousté en passant quelque mot de l'Escriture, et ne tiennent compte d'y profiter, comme il seroit besoing. Au contraire nous avons à pratiquer ce que dictS. Paul, qu'en contemplant la face de Jésus- Christ au mirouer de son Evangile, nous soions conformez à luy de gloire en gloire. En quoy il signifie que selon que nous approchons plus près de Jésus-Christ, et le congnoissons plus privément, la grâce et vertu de son esprit croist aussi et se multiplie en nous. Ainsi doneques que vous soiez soigneux à tousjours profiter de mieux en mieux. Qui plus est vous avez à penser à vos enfans, lesquels Dieu vous a commis à ceste charge, affin qu'ils luy soient desdiés, et qu'il en soit le père souverain comme de vous. Vray est que beaucoup sont empeschéz de s'aquiter de leur devoir pour le regard de leurs enfans, pource qu'ils n'ont aultre désir que de les avancer au monde. Mais c'est une pauvre considération et trop perverse. Ainsi je vous prie, d'aultant que Dieu yous a donné lignée et des enfans de bon esprit, qu'en repu tant que c'est un thrésor précieux, vous donniez ordre qu'ils soient instruits de bonne heure en sa crainte, et qu'ils soient préservés des pollutions et ordures auxquelles nous avons esté plongés. Je sçay que vous n'avez pas attendu d'estre incité par moy à bien commencer, mais que vous les avez pourveu d'un homme qui a le sçavoir pour les bien instruire, et s'y emploie fidèlement. Mais pource qu'il fault que tant le père que les enfans soient plainement adonnéz à Dieu, et les desi. 27

tourbiers que Sathan mect par delà sont si difficiles à surmonter que rien plus , il est bien mestier que vous soiez exhorté à les dresser plus en l'héritage céleste qu'aux biens et honneurs caduques d'icy-bas.

Sur quoy, faisant fin, Monsieur, après m'estre recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray nostre bon Dieu de vous avoir en sa saincte protection, vous augmenter ce qu'il vous a donné de la congnoissance de sa vérité, et vous gouverner tellement par son esprit qu'il soit servy et honoré de vous, jusques à ce que nous soions recueillis en la gloire de son royaulme immortel. DeGenesve, ce 25me de febvrier 1554.

Vostre humble frère et serviteur,

JrëHAN Calvin.

AUX FRÈRES DE WESEL * Copie. Bibl. de Genève. Vol. I94«.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tousjours sur vous par la communication du Saint-Esprit.

Très chers frères, nous avons à louer Dieu de ce que aux troubles qui régnent aujourd'huy par tout le monde,

* Cliassés de l'Angleterre par l'intolérante politique de la reine Marie , les membres de la Congrégation étrangère de Londres se dispersèrent dans les Pays-Ras et en Allemagne. Quelques-uns se

DE CALVIS.

il vous a donné quelque rctraicte où tous le puissiez servir et adorer en liberté. Et non-seulement cela, mais aussy tous a donné le moyen de vous assembler eu son nom , tous exercer à ouyr sa parolle, l'invocquer d'un commun accord, et faire confession pure de vostre foy. Ce n'est pas une petite grâce, attendu les horribles confusions qu'on voit par tout. Il reste que vous en faciez vostre profict, et que vous soyez tant plus ardents à glorifier Celuy qui vous a eslargy un tel don pour le faire fructifier. Quant à la forme d'user des sacremens , ce n'est pas sans cause que vous en avez quelque doubte et scrupule, car il n'y a rien meilleur que de nous tenir à la pure simplicité que nous tenons du Fils de Dieu , duquel l'ordonnance nous doibt estre pour reigle unique, comme aussy l'usaige des apostres, y a esté du tout conforme. Et de faict sitôt qu'on en décline tant peu que ce soit , le meslange qu'on y apporte du coslé défc hommes ne peult estre que corruption. Mais il nous semble que vostre condition est diverse de celle des pasteurs du lieu et de tout le corps du peuple. Si les pas-

retirèrent à Wesel, où d'autres réfugiés les avaient précédés, mais où l'intolérance luthérienne n'accueillit qu'à regret ces tristes victimes des révolutions religieuses de l'Europe (1554). Sommés, trois ans après, par les magistrats du pays, de signer un formulaire consacrant le dogme de la présence réelle, ces bannis préférèrent les douleurs d'un nouvel exil à l'abjuration de leur foi. Quelques-uns se retirèrent à Francfort, dont le sénat les reçut humainement et obtint de celui de Wesel une tolérance précaire pour le petit nombre de réfugiés qui n'avaient point encore quitté cet asile. L'Eglise réformée française de Wesel, composée d'éléments divers, s'était organisée en 1554, par les soins d'un habile ministre, François Péruçel, et sous l'inspiration de Calvin. Voir la correspondance latine du réformateur, et Rachat, Hist. (le la Réfortnatùm en Suisse, t. VI, p. 157 à 159.

teurs faisoyent leur debvoir, ils iiiettroyent peine de retrancher les superfluités qui ne servent rien à édifier, mesme plus tost obscurcissent la clarté de l'Evangile. Les gouverneurs aussy de leur costé y debvroyent bien avoir esgard. C'est doneques ung vice à condamner quant à eux, de ce qui nourrissent ces menus fatras qui sont comme un résidu des superstitions papales desquelles nous debvons tascher d'exterminer la mémoire en tant qu'en nous est. Mais pour aultant que vous n'estes qu'ung membre particulier, non-seulement vous pouvez licitement, mais aussy debvez supporter et souffrir telles infirmités qu'il n'est pas en vous de corriger. Nous n'estimons pas que d'avoir des chandelles allumées en la Cène et du pain figuré , soyent choses indifférentes pour y consentir ny les approuver, mais trop bien pour s'accommoder à l'usaige qui en sera desjà receu, quand nous n'aurons pas l'authorité pour y remédier. S'il estoit question de recevoir icy telles cérémonies, nous serions contraints et tenus selon le lieu auquel Dieu nous a constitués d'y résister jusques au bout, et de maintenir constamment la pureté dont l'Eglise qui nous est commise est desjà en possession. Mais quand nous viendrions en quelque lieu où il y auroit forme diverse , il n'y a celuy de nous qui par despit d'une chandelle ou d'une chasuble se voulut séparer du corps de l'Eglise , et par ce moien se priver de l'usaige de la Cène. Il nous fault garder de scandaliser ceulx qui sont encores destenus en telle infirmité , comme si vous les rejectiez par trop légière occasion. Et puis ce nous seroit un grand regret si l'Eglise françoise qui peut là estre dressée , estoit rompue par fa u lté de nous

l>fc CALYLN. 421

estre voulu accommoder à quelques cérémonies qui ne concernent point la substance de la foy. Car, comme nous avons dit , il est bien licite aux enfans de Dieu de s'absubjectir à beaucoup de choses lesquelles ils n'approuvent pas. Or le tout est de sçavoir jusqu'où telle liberté se doibt estendre. En quoy mintenons cest article pour résolu qu'il nous faut accommoder les ungs aux autres en toutes les cérémonies qui n'emportent point de préjudice à la confession de nostre foy, affin que l'unité de l'Eglise ne se dissipe par nostre trop grande rigueur ou chagrin. Vray est que vous debvez tascher par tous bons moyens de retenir la plus grande sobriété qu'il vous sera possible. Parquoy il sera bon de requérir modestement ceux qui ont la puissance de ne vous point estraindre en tout et partout à leurs façons de faire. Mais tant y a que nous ne vous conseillons pas de quicter la condition d'avoir Eglise chrestienne en ce lieu-là, par ce seul différent des cérémonies. Le principal est que vous ne fleschissiez point en la confession de vostre foy, et que vous demouriez en vostre entier quant à la doctrine. Vray est qu'il vous faut fuir contentions, et non-seulement y garder modestie, mais aussi déclairer que vostre intention n'est pas d'amoindrir la vertu des sacrements, mais plus tost de magnifier les biens spirituels que Dieu nous y eslargit. Mais quand vous confesserez qu'en la Cène nous sommes vrayement faits participais du corps et du sang de Jésus-Christ, et que nos âmes en sont repeues, advisez bien d'exclurre les erreurs dont possible aucuns pourraient estre enveloppés par delà. Pour le moins ne desguisez pas ce que Dieu nous en a donné à congnoUtre , quand vous en

122 LE ÎT LIE S

serez requis. Combien que desjà l'ung de nos frères en avoit escrit à deux de vostre compaignie, toutesfois pource que nos très chers frères, les pasteurs et ministres de Lausanne, ont désiré que nostre conseil fust adjousté à celuy qu'ils vous veulent donner, nous n'y avons pas voulu espargner nostre peine, estans prests de vous servir en choses plus grandes quand Dieu nous en donnera la faculté , lequel nous supplions vous tenir en sa saincte garde, vous gouverner par son esprit, et vous augmenter en tout bien, après nous estre recommandes à vos bonnes prières. De Genève, ce 13 de mars 1554.

Vos très humbles frères en nostre Seigneur,

Les Ministres de l'Église de Genève.

Page 1