‹ Lettres ... publChapitre 36 sur 40 · AUX FIDELES DU POITOU · texte numérisé non relu

AUX FIDELES DU POITOU

Copie. IUM. de Genève. Vol. 107.

La dilection de Dieu nostre Père, et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tousjours sur vous par la communication du Sainct-Esprit.

Très chers frères, combien que nous aions telle pitié que nous devons de vostre captivité , si est-ce que nous

* Aux frères de sans autre indication. La comparaison attentive de cette lettre avec celle du 3 septembre suivant, aux fidèles, du Poitou, nous porte à croire qu'elle élait adressée aux congréga-

avons de quoy nous resjouir et louer nostre bon Dieu de la constance qu'il vous donne , tellement qu'il n'y a crainte ne menace qui vous empesche d'adhérer à luy et à sa vérité , comme aussy c'est bien raison que son honneur soit préféré à nostre vie propre , joinct aussy que nous sçavons qu'en quittant le monde pour parvenir à la gloire céleste, nous ne perdons rien , mais faisons ung eschange qui nous revient à ung p'rofict inestimable. Parquoy, mes frères, prenez courage, comme vous avez faict jusques icy, à cheminer droictement ten-* dant au but qui nous est proposé. Si une grande partie, m es me de ceux qui ont gousté la vérité de Dieu , s' esgare à sa perdition , ne soiez point desbauchés par leur exemple, car vous sçavicz que la voie de salut est nommée estroicte, pource qu'il y en a bien peu qui se rengent à s'humilier pour suyvre Jésus-Christ, en participant à sa croix, mais ayment mieux s'esgayer en leurs vanités. Vous faictcs bien aussy de vous assembler, tant pour invocquer en commun le nom de Dieu que pour recevoir quelque instruction bonne et saincte, selon que Dieu donne la grâce aux uns pour édifier les aultres. Car, veu la foiblesse qui est en nous, tels exercices nous sont nécessaires, jusques à ce que nous soions sortis du monde. Surtout quand Sathan faict de grans efforts pour abattre nostre foy, il nous est besoing d'estre tant mieux conferméz.

Touchant d'avoir l'usage des sacremens, il vous y fault procéder avec telle mesure que vous ne basassiez point que sur ung fondement ferme. Quand vous estes

tions éparses de cette province, avant l'époque où elles se transformèrent définitivement en églises.

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assemblez, chacung peult apporter ce qu'il luy est donné de Dieu, et selon que chacung a plus receu, il en doibt distribuer. Et ceux qui ne sont point encores tant avancez, doibvent recevoir en toute humilité et modestie ce qui est mis en avant. Mais c'est aultre chose d'enseigner que d'administrer les sacremens. Car pour avoir homme qui vous distribue la saincte Cène de nostre Seigneur Jésus-Christ, il fault en premier lieu qu'il soit esleu et choisy pasteur par vous d'ung commun accord. Et pour ce l'aire, il est requis que vous aiez un corps d'Eglise estably. C'est que vous soiez résolus de suyvre le train et ordre de vous assembler, comme vous avez commencé. Non pas que nous requérions de vous une confession publique, car nous sçavons bien la servitude estroicte. en laquelle vous estes détenus, et ainsi c'est bien assez que le petit troupeau s'assemble en cacheté. Mais tant y a qu'il vous est besoing d'avoir ceste convenance et accord de continuer tant aux prières communes qua la prédication de la parolle, pour avoir forme d'Eglise. Cela présupposé, quand il se trouvera entre vous homme idoine qui soit appelé à l'office de pasteur, il sera tenu de vous estre ministre des sacremens. Mais ad visez que ceux qui se recueillent ainsy à part, pour recevoir les sacremens en telle pureté que Dieu le commande, ne se meslent point parmy les superstitions papalles, mais que vous soiez vraiement séparez de tout ce qui est contraire à nostre Seigneur Jésus. Oultre plus qu'il vous souvienne que ce n'est pas à nous de séparer ce que Dieu a conjoinct , et pourtant qu'avec l'usage de la Cène , il est requis d'avoir aussy le baptesme. Car si après avoir communique ensemble à la table de nostre Seigneur

DE CALVLN. ÏÏÔ

Jésus , vous allez porter vos enfans aux prestres , c'est une pollution qui n'est point à souffrir. Nous ne disons point cecy pour vous retarder de ce qui est bon. Car nous désirons bien que vous jouissiez comme nous des moyens et aides que Dieu nous a ordonnez pour fortifier nostre foy. Mais si vault-il mieux vous abstenir pour ung peu de temps de ce qui est bon et utile , que de profaner les choses sainctes par légèreté. Quant doncques vous verrez que vous ne pouvez obtenir ce qui est pour l'usage des sacremens, gémissez, prians Dieu qu'il vous avance et supplée à vos deffaux, affin que vous ne soiez point tousjours privéz des biens qu'il a laisséz à ses enfans , et taschez plustost de corriger les vices qui vous empeschent d'en user, que de vous nourrir en vostre infirmité.

Pource que je n'avois pas grant loisir, vous excuserez la briesveté de la lettre. Les frères vous saluent , sinon que je n'entens point quel est ce M. Richart que vous dictes, car nous n'avons nul en nostre compagnie de ce nom. Pour faire lin nous prions Dieu qu'il luy plaise augmenter ses grâces en vous, en vous conduisant par son Esprit en toute prudence et vertu , pour vous faire servir à sa gloire, et vous avoir en sa protection jusques à ce que nous soions tous recueillis en l'héritage éternel qui nous a esté acquis par son Fils unicque. De Genève, ce 19 de juing 1554.

ceste occasion que Dieu vous offre, car nous ne doublons pas que l'advis ne soit venu de luy.

Madame, pour vous faire fin , après m'estre recommandé affectueusement à vostre bonne grâce, je supplie nostre bon Dieu de vous augmenter en prudence et vertu, vous gouverner du tout selon sa volonté, et vous avoir en sa protection. Ce 24 juillet 1554.

Vostre serviteur et bumble frère ,

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