‹ Lettres ... publChapitre 38 sur 40 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Copie. Arcii. ceci, «le Berne. Vol. VI, p.

Madame , combien qu'à mon semblant ce soit quasy peine superflue de rien ajouster à ce que vostre frère vous pourra escrire, d'autant que luy seul est assez suffisant pour vous advertir de ce qu'il y a de faire, toutesfois le grand désir qu'il a de vous sollicitera faire vostre profit Ta incité à me requérir que de mon costé je m'y employasse, et j'ay esté bien content de luy aider en une chose si saincte. Il est question de vous exhorter, puisque vous avez esté endormie, quand on a tasché de vous

* Fragment sans adresse et sans date. 1554?

retirer de vostre captivité, maintenant vous atl visiez de vous résouldre pour ne plus varier. Je sçay bien que ceux qui aiment de se tenir là, font tousjours ceste question s'il n'est pas possible d'y servir à Dieu aussy bien qu'ailleurs. Or de vous déduire ce propos, ce n'est pas matière d'une lettre. Je vous renvoyé aux livres qui en sont escrits. Seulement, je vous prieray, en vostre conscience n'avez- vous pas de remords qui vous picquent? Qui plus est, d'où procèdent les doutes que vous faites, sinon que vous craignez en délogeant de quitter vos aises et commodités. Car si vous aviez conclu à bon escient de servir à Dieu sans nul autre regard , vous ne vous amuseriez plus en tels circuitz. Quand vous auriez ceste vertu de vous exposer plus tost à tous dangers que de ileschir de vostre devoir, vous pourriez dire que la terre est au Seigneur. Car c'est assez que nous lui fassions hommage de corps et d'esprit, quelque part qu'il nous nourrisse. Mais si vous estes convaincue, sans autre tesmoing que vous ne le glorifiez pas comme il appartient, mais tenez la clarté qu'il vous a donnée comme esteinte sous vos pieds, vous devez sentir que vostre estât est plus que misérable. Or combien que pour un temps les vains subterfuges qui trompent beaucoup de gens ayent aussi gagné sur vous, à ce que j'entens, Dieu vous a réduite à ce point de vous faire sentir vostre mal pour vous y déplaire. Or en cela il a bien monstrè qu'il avoit pitié de vous. Aussy en tout ce qu'il a disposé de Testât de vostre maison , il semble qu'à vue d'œil il vous ait tendu la main. De vostre costé je croy que vous ne serez pas marrie, si je vous remets en mémoire que vous avez fuy le bien qu'il vous offroit. Car vous syavez quand

il vous eust mis le premier coup en liberté, qu'en cherchant nouveau lien il n'avoit pas tenu à vous que vous ne fussiez comme plongée en l'abysme, sans espérance d'en sortir. Et de faict ce qu'après vous avez esté si froide et comme amortie, estoit un signe que son esprit estoit eslongné de vous, combien que inesme en cestendroict. . .

AUX SEIGNEURS DE BERNE '

Copie. Archives de M. le colonel Henri Tronchin à Laviguy.

Magnifiques, puissans et très redoubtés seigneurs , après vous avoir présenté nos humbles recommandations et services, nous vous supplions de nous excuser de ce que nous recourrons à vous pour nous plaindre

* Pendant que Calvin avait à lutter contre le parti des libertins à Genève, il était en butte aux plus vives attaques de la part de quelques-uns des ministres du clergé bernois. Protecteurs de la double révolution qui avait donné l'indépendance et la Réforme à Genève, les seigneurs de Berne voyaient avec un extrême regret la diversité de cérémonies qui séparait les deux églises. Ils s'élevaient surtout contre la doctrine de l'excommunication, que maintenait énergiquement Calvin, et qui leur paraissait une atteinte portée au pouvoir civil. Par ces divers motifs ils fermaient volontiers les yeux sur les licences de quelques-uns de leurs ministres, et se montraient peu disposés à réprimer les attaques dirigées contre Calvin et les ministres de Genève. Mss. divers des Are M. eccl. de Berne. Ruchat, ffistoire de la Héformalion en Suisse, t. VI, p. 119 et suivantes.

des propos par trop outrageux et desbordés qui se tiennent en vostre pays contre nous, non pas tant pour diffamer nos personnes que pour exposer l'Evangile et toute chrestienté en opprobre et mocquerie. Vous sçavez, Messieurs, que jusques icy, nous ne vous avons jamais fasebé ne importuné de nos querelles, non pas que nous n'ayons eu souvent juste occasion de vous advertir des injures qui ont esté semées à tort contre nous, mais nous aymions beaucoup mieulx nous taire que donner aulcung ennuy ne moleste à vos seigneuries. Maintenant que la nécessité nous contraint d'ouvrir la bouebe, nous espérons d'avoir accès tant plus humain et facile, et que de vostre grâce, vous serez enclins non-seulement à nous prester l'oreille, mais aussy à rémédier au mal duquel nous avons advisé estre bon de vous advertir.

il n'est pus icy question de nos personnes, car si nous avions esté injustement blasmés, la justice nous seroit ouverte par tout vostre pays comme à ung chascung ; mais pource que ceulx desquels nous avons à nous plaindre se dressent notamment contre la doctrine que nous portons, ce qui ne doibt point estre tiré en procez ne playdové, voylà pourquoy nous avons pensé d'avoir refuge à vos Excellences. 11 n'est jà besoing, magnificques seigneurs , de vous remonstrer quel blasme et ignominie retourne au sainct Evangile , Çuand prescheurs du pays de Berne el pelleront les prescheurs de ' le voyez assez selon vosti

de prudence et de modération. Mais puisque Diéu nous a faict ceste grâce, d'ung costé et d'aultre, d'estre uniz de bon accord , ceulx qui crient et tempestent contre nous, non-seulement monstrent qu'ils ne demandent que troubles et scandales, mais aussy qu'ils sont comme houttefeux pour rompre la saincte union que Dieu a mise entre nous. Vos prescheurs» par la grâce de Dieu, sont ensemble de bon accord. Sçachez d'eulx comme ils en sont avec nous, car s'ils ne vous protestent qu'il y a une droicte fraternité et ung consentement aussy paysible qu'on le sçauroit demander, nous ne requérons point d'estre favorisés par vos Excellences. Mais s'ils vous déchurent, comme nous sommes bien asseuréz qu'ils le feront , qu'il n'y a nulle picque ne contradiction, ce vous doibt estre ung argument certain que ceux qui nous calumnient, ne cherchent ne vostre honneur, ne vostre proffit, ne vostre repos. De nostre part nous pouvons bien protester que nous avons tousjours taschc d'estre conjoints selon la vérité de Dieu avec tous vos ministres, tellement qu'en vous priant qu'il vous plaise prendre nostre cause en main, nous ne vous requérons sinon de maintenir tant l'honneur de Dieu que le vostre.

Or le cas auquel nous vous prions de pourvoir est tel. En une congrégation de la classe de MorgeS, en présence de grand nombre de gens, quelqu'ung a tellement diffamé nostre frère maistre Jehan Calvin que le bruict est commun par le pays qu'il est condamné comme hérétique, comme aussy ce mot fut souvent réitéré. Depuis Zébédée, prescheur de Nyon, aux nopees du fils et de la fille du seigneur de Crans, parlant de la doctrine que nous tenons et sommes prêts de signer

de nostre sang, dict en plain sermon que c'estoit une hérésie pire que toute papaulté et que ceulx qui la preschent sont d'icelle, et qu'il vauldroit mieulx maintenir la messe. Cependant un nommé Jérosme lequel, comme vous sçavez, pour ses erreurs a esté banny de la ville de Genève, ne faict nulle difficulté (d'appeler) nostre dict frère Calvin hérétique etantéchrist. Regardez, magnifiques seigneurs, si nous pouvons dissimuler telle chose sans estre traîtres à Dieu, lequel nous a commis, comme dict sainct Paul, non-seulement pour enseigner ceulx qui se rendent dociles, mais aussy pour résister à tous contredisans. Parquoy nous espérons bien que, comme princes fidelles et chrestiens, vous nous tiendrez la main

en telle chose, et ne permettrez que l'Eglise de Dieu soit dissipée soubs vostre protection, et que l'Evangile soit en vitupère. Mesmes , puisque nous abstenant de faire troubles ny esmotion, nous avons paisiblement recours à vous, ce regard vous induira tant plus à donner si bon remède au mal que Dieu en sera gloriffié, le scandale aboly, l'audace de ceulx qui ne demandent qu'à

1 Banni à perpétuité de Genève (voir la note, p. 363-364), Boiser se relira sur le territoire de Berne, et vécut successivement à Thonon et a Lausanne. Hais la licence de ses opinions et la violence grossière de si s attaque* < outre les ministres de Genève attirèrent de nouveau sur lui la sévérité des magistrats. Expulsé du pays de Berne, comme il l'avait été de Genève, il retourna en France, erra de ville en ville et sollicita vainement le litre de ministre au synode d'Orléans (-1:162). Repoussé par les églises réformées, il rentra dans l'église catholique et se vengea des rigueurs qu'il avait encourue! Genève, en publiant un pamphlet outrageant contre la mémoire de Calvin. C'est le livre intitulé : Histoire de lu vie, ma doctrine et mort de Jean Calvin, par Mc Hcrosnie '\

mettre tout en confusion sera réprimée, et serons obligez de plus en plus, estans soulagez par vostre équité et bonne justice , de prier Dieu pour vostre prospérité , comme de faict nous le supplions de vous avoir en sa saine te garde, vous gouverner par son Sai net-Esprit, en toule justice et droicture , faisant servir à sa gloire l'autorité qu'il vous a donnée. De Genesve, ce 4 d'octobre 1554.

Quaut il vous plaira, magnilicques seigneurs, ordonner d'estre plus à plain acertenéz du faict, nous sommes prests de tout vériffier selon qu'il est icy couebé par escript, combien qu'il ne sera jà besoing d'en faire longue inquisition , veu que le bruict en vole partout. Vos humbles serviteurs, les ministres de la paroi lr< de Dieu en l'Eglise de Genesve,

Jéhan Calvin.

Abel Poitppin.

Frànç. Bourgoing.

Raymond Chauvet.

Michel Cop.

De Sainct-André.

Jean Fabri.

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