‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 129 sur 134 · CCCCLVIL À M. LÉVESQUE DE CHASSE · texte numérisé non relu

CCCCLVIL À M. LÉVESQUE DE CHASSE

X GRASSE

C'est ce qui vous trompe, Monsieur, de croire que je sois enchanté de M' de Saint- J[ ] ^ et qu'elle m'ait pris par les

oreilles '. Ce n'est pas qu'il n'y ait de l'enchantement en nostre affaire, mais si vous y avés bien pris garde, c'est moy qui l'ay charmée et non pas elle qui m'a charmé, A moins que de l'estre auroit-elle eu continuel-

lement les yeux sur mon visage, et auroitelle mesprisé pour moy tant d'honnestes personnes et vous le premier qui l'escoulés aussy bien que moy? Mais, afin que vous en sachiés davantage el que vous voyés jusqu'où s'estend mon pouvoir, elle n'est pas seulement mon amante, mais elle est encore mon mespris, et sa constance est telle que mon mespris ne la rebutte pas. Elle prend patience de ce que je ne la rebutte point, el si elle s'en plaint, ce n'est qu'afin que ce soit une preuve de sa passion et du cas qu'elle fait de mes grâces. Elle s'en console sur les billets qu'elle a receus de moy, et, pour s'en honnorer, elle les monstre partout où elle se trouve, ce que je luy souffre pour ne pas Irop faire le cruel. Vous voyés par là qne jay beaucoup de liberté puisque j'ay la mienne et la sienne, et que je fais d'elle comme des choux de mon jardin \ La Pucelle se trouve en seureté de ce costé là , et le Conte de Dunois ne sera point en peine de m'arracher ses lauriers de dessus la teste par dépit des mauvais myrlhes de cette fausse Vénus qu'il ne verra jamais que sous mes pieds.

Mais c'est assés folastré. J'ay rendu vos lettres à M" de Saint-Nicolas et Arnaud qui vous feront response. Je suis ravi que vous soyés arrivé à Aix de si bonne humeur qui ne peut estre qu'avec la santé parfaitte. Vous pouvés croire que nous en ferons une resjouissance publique à l'hostel que vous sçavés. Mandés moy ce que vous ont couslés

' La ville de Corbie fut reprise aux Espagnols le li novembre i636.

' Le comte d'Harcomt, après avoir ravitaillé (octobre 16.39) Casai, qu'assiégeaient les Espagnols, les battit devant cette vilie (29 avril i64o).

^ Je n'ai pu deviner le nom de cette dame au sujet de laquelle Cbapelain va, selon son expression, se montrer si folâtre dans presque toute cette lettre.

* C'est-à-dire qu'elle m'ait séduit par des paroles. Le mot a été redit par Charles X au sujet de l'éloquence enchanteresse de M. de Martignac. orateur qu'il comparait, comme nous l'ont appris les Mémoires de Cbâteaiibriand, à la fameuse canlalrice Judith Pasla.

^ M. Littré, qui a cilé Scan on pour le proverbe : Faites-en des choux, des raves, n'a cité aucun de nos écrivains pour le proverbe : // en fait comme des choux de son jardin.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vos trois volumes de Ramusio et de quelle année ils sont tous <rois. Mandes moy aussy le mesme de l'histoire florentine de TAm[irato].

De Paris, ce 7 décembre i64o.

CCCCLVIII.

À M. GASSENDY,

PREVOST DE DIGNE, EN PnOTE.NCE.

Monsieur, je ne vous ay point loué dans mes précédentes pour vous donner les louanges que vous mérités qui ne sont pas la matière d'une lettre aussy tumultuaire ' que celle là. Je lay fait seulement pour vous exprimer les senlimens intérieurs que j'ay de vostre vertu et de vostre exquise science qui ne me laissent point penser h vous sans tendresse et sans ce respect que les âmes raisonnables doivent aux âmes excellentes. Mais ce n'est pas la première fois que je vous les ay tesmoignés ; je ne croy pas aussy que vous en ayés eslé surpris comme d'une chose nouvelle et ce que vous m'avés respondu là dessus est pluslost un effet de la modestie qui accomjiagne tousjours les grands honmies, que la véritable opinion que vous avés de vous, puisqu'ayanl descouverl tant de choses cachées, il est impossible que vous ne connoissiés pas en vous ce qui n'est ignoré que de ceux qui ne vous connoissent pas. Le peu donc que je vous en ay dit est très vray et nous ne contesterons plus jamais là dessus inutilement ensemble, non plus que je ne icdiray plus les mesmes vérités pour ne pas solliciter vostre pudeur.

Je vous diray seulement (pie M' L'Huillier m'a bien fait plaisir de vous obliger à per-

' Nous avons déjà trouvé tumultumrement dans ne des premières lettres de ce volume.

- La lettre à Foi tunio Licelti : De apparente magnitudine, etc., déjà mentionnée plus haut. ^ Epicurc.

mettre l'impression de cette pièce -, et ce plaisir a redoublé lorsqu'il m'a appris qu'il y en joindroit une autre de semblable sujet avec quelque traitté de M' Bouillaud dont il se feroit un juste [volume]. J'ay esté seulement d'avis que quand ces ouvrages se publieront, vous y fîssiés une petite préface dans laquelle vous lesuioigneriés que la publication ne s'en faisoit que pour chercher la vérité des choses qui y sont trailtées, et vous résoudre de leur certitude ou de leur fausseté, selon que vous verres quelles seront approuvées ou condannées du public, n'aflirmant rien dans des matières si abstraites et ne vous donnant la liberté d'en parler que pour esventer la question, et la voir décider par d'autres, sousmettanl le tout au jugement de ceux qui ont droit de régler les opinions, et à qui souverainement en appartient la censui'e. Gela m'a semblé nécessaire à cause de cette belle doctrine des atomes qui, ayant passé par un canal descrié, et faisant partie de celle d'un philosophe qui n'a pas trop bon bruit \ oblige uiihonune prudent de protester d'abord, que l'on l'a embrassée sans conséquence. Mais c'est à vous, qui estes le maistre, de juger ce qui est nécessaire , et ce qui ne l'est pas , et de prendre le ()arti que vous jugerés le meilleur, sans vous arrester à mes pensées informes.

Vous me donnés un sensible desplaisir en mapprenant vostre occupation présente, je veux dire cette multitude de procès " qui vous desrobe le temps qui est deu à la philosophie, et dont elle vous demandera conte quelque jour. Terminés cette mauvaise guerre et venés eniin jouir de la paix parmy nous, conmie vous nous le faitles espérer.

* Ce n'était pas comme simple particulier, c'était comme représentant du chapitre de l'église cathédrale de Diyiie, comme prévôt de celte église, que Gassendi avait tant de procès sur les bras.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

J'ay mille choses à apprendre de vostre bouche. J'ay cent doutes qui vous attendent pour les esclaircir et qui ne se peuvent proposer que de vive voix. La Provence, qui vous a possédé sept ans de suitte poui- la dernière fois, n'aura pas sujet de se plaindre de nous, qui avons eu une patience trop longue pour d'aussy ardens amateurs de vostre vertu, et qui pouvions vous réclamer, il y a long temps, avec beaucoup de justice. Monseigneur le Conte d'Alais ' se pourra plaindre de vostre voyage avec plus de raison, mais il est si bon et si généreux qu'il nous donnera son intérest pour quelques mois et ne nous voudra pas priver de la consolation qui nous manque par vostre absence si longuement prolongée. Je ne vous diray point icy l'extrême ressenliment que i'ay de l'honneur qu'il m'a lait de me juger digne de sa bienveillance. Il faudroit vous en parler un jour entier et vous en parler en des termes proportionnés à la grandeur de ce prince et de mon obligation , dont je vous avoue que je ne me tiens pas capable. C'est aussy ce qui m'erapesche de luy en rendre très humbles grâces par raoy mesme qui croy Iraitler plus respectueusement avec luy en ne luy escrivant point que si je luy escrivois moins dignement que je ne dois. Vous me t'erés donc, s'il vous plaist, la grâce de luy tesmoigner ce que je sens, et vous dires justement ce que je sens lorsque vous luy dires ce que je dois sentir après une faveur si grande , et je ne sache personne qui le puisse mieux que vous. Je vous supplie aussy, après l'avoir asseuré de mon zèle , de mon respect, de ma reconnoissance et de

1 Louis Emmanuel de Valois, comte d'Alais, fils de Charles de Valois, duc d'Angoulême, avait été nommé, dans Tautomne de 1687, gouverneur de Provence, en remplacement du marécha] de Vilry. Voir, sur ses excellentes relations avec le grand philosophe provençal, les Documents iné-

mon service, d'asseurer aussy M' de Beaurecueil de ma gratitude dans les nouvelles obligations que je luy ay et du désir que j'ay de m'en revancher en chose qui luy fusl agi'éable et utile.

Je vous prierois aussy de me conserver aux bonnes grâces de M"^ de Beuil, si M' de la Victoire ne s'en estoil point chargé. Si vous le failles néantmoins, vous m'obligerés sensiblement, ce gentilhomme n'ayant guères d'égaux dans mon estime, et estant un des objets de mon inclination.

Je vous rens grâces de l'esclaircissemenl que vous m'avés donné louchant le Philolaus redivmis de vostre amy\ Il m'instruit et me satisfait plainement. J'ay veu aussy la lettre que vous avés escritte à M' LHuillier et à laquelle vous me renvoyés sur l'expérience que vous fisles, il y a quelque temps, à Marseille, des poids tombants du mast d'une gallere qui voguoit à toute force en temps serain et calme, et j'ay trouvé tout cet endroit si curieux que je I'ay joint à ceux de Galilée oh il traitte la mesme question '. J'ay receu par M' de Vaugelas la copie de l'oraison de M' Bouchard qui certes est belle par le sujet.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 7 décembre i64o.

À M. DE BALZAC

Monsieur, je commence ma lettre par où vous avés fini la vostre, et ne puis tardçr davantage à me pleindre de la créance que

dits sur Gassendi, déjà cités (1877, gr. ia-8". p. 18,. 3/1).

= Ismaël BouUiau.

3 Voir là-dessus Vie de Pierre Gassendi, par le P. Bougerel, 1787, p. 186.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous me iesmoignés avoir de ma froideur pour M' Coustarl, après les asseurances que je vous ay données du contraire à i\m et à l'autre '. A quoy reconnoissés-vous donc que je ne vous accorde pas de bon cœur l'affection que vous m'avés demande'e pour luy et dont sur vostre parole et sur la sienne je lay trouvé si digne? Ce ne peut estre sans doute à ce que je vous en ay escrit, ou s'il m'a eschappé quelque chose qui vous ait donné opinion que je ne fusse i)as autant persuadé de luy que vous le désirés, m'abandonnant à luy autant que j'ay fait, vous m'en devriés sçavoir encore plus de gré, puisqu'ainsy j'aurois fait à vostre considération ce que je n'aurois pas fait pour la sienne. Mais détrompés vous, Monsieur, et me croyés, s'il vous plaist, que je me suis livré à luy aussy bien pour lamour de luy que pour l'amour de VDUS, et qu'il y a quatre mois que je suis son serviteur et que je croy qu'il est mon amy. Et je vous avoue qu'ayant regardé celte amitié comme une chose eslablie, j'ay esté surpris de voir que vous l'aviés conceue comme dtjuteuse encore,, et vous m'avés par là fait imaginer que M' Coustart est peut estre dans le mesrae soupçon, d'autant plus que luy ayant respondu à sa dernière lettre aussy cordiallement que le pouvoit souhaitter nostre naissante amitié, il n'a pas trouvé à propos de continuer nostre commerce et a, depuis, laissé passer plus de trois mois sans me faire sravoir au moins qu'il avoil receu celle que je luy escrivois. Si

cela est, je vous supplie de l'esclaircir et de le bien asseurer que si mon affection luy est un peu considérable, il en doit faire estât absolument et croire, en la recevant, qu'il me fait encore plus de plaisir qu'à luy.

Au reste, quoyque je ne vous estime pas trop sincère dans la trop obligeante approbation que vous donnés à mes incartades philosophiques, vous m'encourages pourtant à les continuer quand la verve m'en prendi-a . et. quelque peu raisonnables qu'elles soient, je ne craindray point d'en charger le papier, puisque ce ne sera que pour vous et qu'il y a desja quelque temps que j'ay perdu la honte. Je ne trouve rien à dire que vous ne me reparties point sur cette matière, et m'attens de la voir trailtée avec beaucoup d'autres à fonds dans les discours oîi vous travaillés.

Vos vers latins sont tels que je vous ay mandé au jugement de tout ce qu'il y a de bon goust en celte ville, et c'est dommage que vous ne vous y plaises plus que vous ne failles tant pour le public que pour vostre particulier.

Le tenipérammenl que vous avés trouvé pour satisfaire l'esprit bouiru de Corneille le doit tellement contenter que, s'il ne le reçoit pas avec mille joyes, je suis d'avis que vous laissiés l'endroit comme il esloit. Je luy tliray que vous avés eu la bonté <le vouloir imprimer ce lieu de la sorte : Les jvges dom on m'a dit que vous estes convenus, car des deux c'est celle qui me semble la meilleure",

M' de F orgue a j)ris la peine de me raj)-

' Nous n'avons pas la lettre où Balzac reprochait à Chapelain sa froideur pour Costar. Du reste, par une étrange coincidei.ee, la correspondance de Balzac avec Chapelain s'arrête au mois de décembre iG4o, pour ne recommencer qu'au 3i août i6i3 (voir le recueil de 1878), et, d'autre part, comme on le sait, la cor.espondance de Chapelain avec Balzac s'arrête à ce même mois de décembre i6io.

- M. J. Tascbereau {UUtoue de la vie et des ouvrage» de ComeiUe, p. loô) a reproduit ce passage , en le faisant précéder et en le faisant suivre des lignes que voici : «En vérité, CorneiHt> était bien autorisé à ne croire que médiocrement à la franchise de Chapelain et à la sincérité do l'intérêt qu'il lui faisait voir. Balzac, beaucoup plus indépendant et plus juste , se montra , malgré les incitations contraires de la lettre qu'on vient

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

porter luy niesme les livres italiens ' et j'ay esté si malheureux de ne m'estre pas rencontré chés moy et de n'avoir peu encore apprendre où il loge. Hier, je vis M' de la Tliibaudièi-e qui s'offrit de solliciter pour luy, (juoyqu'il plaidasl contre son parent, et me fit fort sur la passion qu'il a pour vous et pour tout ce qui vous touche. Je pris l'occasion de luy dire ce que vous aviés désiré touchant les divers endroits de vos œuvres

(le lire [celle du 17 novembre iG'io], disposé à se rendre au vœu très légitime de Corneille. C'est ce que nous apprend le passage suivant d'une autre lettre, également inédite, que Chapelain lui écrivait le 8 décembre.. . Balzac ne tint, pas encore compte de ce dernier conseil, car, en réimprimanl celte lettre, à laquelle Corneille a rendu justice avec effusion [Avertissement de iC'jS], il la modifia ainsi (p. oia de Fin-folio) : w... Il n'y a pas un des juges, dont le bruit est que vous estes

convenus ensemble "i Conférez Notice de

M.Marty-Laveaux sur le Cù/,page i8 du tome III des Œuvres de P. Corneille. Balzac, dans un passage que l'on n'a pas remarqué (lettre XXIX du livre XXII, p. 865 de l'in-folio), répond ainsi aux observations de Chapelain , non le 9.à novembre t6ùi, mais ie sa décembre i6ùn : r.Que les soupçons de *^* sont mal fondez quand vos advis luy sont suspects, et qu'il s^imagine pouvoir estre digne de voslre envie! 11 ne me souvient du tout plus de la lettre sur laquelle il veut regratter. Mais c'est une affaire de grande importance, sort pour luy, soit pour son antagoniste [Scudéry]. li y a de plus sages fous aux Petites Maisons que ces tireurs d'esclaircissemens. Néantmoins puisque nous sommes obligez de donner à un chacun autant de satisfaction que nous pouvons, si je dis : on m'a dit ou le bruit court, au lieu de parler atïirmativement, ne pensez-vous pas que ce soit un tempérament qui doive satisfaire le soupçonneux?. .. n

■ Balzac avait, au sujet de ces hvres italiens, écrit, quelques jours auparavant, ceci à Chapelain (p. 858 de l'in-folio) : rrJ'eusse donné à Monsieur Girard vos trois livres italiens , s'il eust passé par icy, comme il me l'avoit promis. Mais

m vous faisiés dessein de parler de luy et vous pouvés croire qu'il en fut ravi.

Il y a douze jours que j'ay fait mettre entre les mains du s' Rocolet le livre de M"^ de Rohan et, hier, je luy envoyay un panégyrique de M' le Cardinal pour vous que le Père le Rose, cordelier, autrefois sécularisé, et maintenant remis dans la règle et l'habit^, a composé pour préface à uii livre qu'il appelle le Philosophe indifférente \'ous

il a esté obligé, à ce qu'on m'a dit, à prendre une autre route. 55

- Jacques du Bosc , écrivain normand des plus féconds et des plus oubliés, fut d'abord cordelier : il quitta son couvent vers l'an i63o, étant déjà prêtre et bachelier de Sorbonne, et il rentra dans son ordre vers 16/10, comme nous l'apprend le Dictionnaire de Moréri. Conférez le Dictionnaire critique de Bayle au mot Bosc et la Bibliothèque du Richejel par l'abbé L. Josse Le Clerc (au même mot).

^ Le Philosophe indifférent n'a pasété mentionné par Beuchot dans l'article de la Biographie universelle où il énumère tant d'autres productions du P. du Bosc. Mais l'historien de l'Académie française nous parle ainsi de la Préface de ce hvre, laquelle fut sans doute tirée à part : «En l'année 16 Ai [Registres, 16 novembre 16/11. Sic. D'après la lettre de Chapelain, ne faut-il pas se demander si l'on no devrait pas lire 16A0?], le Père du Bosc , cordelier, prédicateur du Roi , connu pour être l'auteur de V Honnête femme , et de plusieursaulresouvrages,aprèsavoirfait imprimer un Panégyrique du cardinal de Richelieu, se présenta à l'entrée d'une des conférences de l'Académie et offrit un exemplaire de son livre à chacun de ceux qui s'y trouvèrent, dont il fut loué et remercié. « Ce Panégyrique du cardinal de Richelieu a été omis dans la Bibliothèque historique de lu France. Dans la Bibliolheca universa Franciscanu (t. II, in/i°, 1789, p. 97), on donne au Philosophe indifférent et au Panégyrique du cardinal de Richelieu (Paris, in-A°) la date de 16/1 3. Il est étonnant que les auteurs de la bibliographie franciscaine n'aient pas été mieux informés en ce qui regarde la publication des ouvrages d'un de leurs

i^ll

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

verres, par la lettre que M' Conrart vous escrit et par le billet qu'accompagnoit sa lettre, et que je vous envoyé, combien ce Père souhailte vostre approbation. Je serois bien aise que vous l'en trouvassie's digne. Durant que son autheur a esté clans le siècle, il a fait l'Honneste femme ' et les Lettres des dames'- avec asse's d'applaudissement. H a este' bon de vous le faire davantage connoistre par là.

M' Ménage, à ce que jay appris de M' L'Huillier, a fait des endécassilabes sur vostre sujet, lesquelles il madresso '. Il faut qu'il les reléche et i-epolisse puisqu'il ne me les a pas encore fait voir. Mais je le vay resveiller et, en quelque estât qu'ils soient, je veux qu'il me les baille au pluslost pour le prochain ordinaire.

J'ay fait voir à .M"^ de Priésac l'éloge que vous avés fait de son livre. Je l'ay fait voir aussy à l'Académie qui Ta loué extrêmement et qui en a regardé nostre amy avec j)lus d'estime. W le Chancelier la veu aussy et, sm' celte occasion , a très bien parlé de vous '. Je ne vous diray point la joie et le ravissement du loué qui ne se peut bien dire, et je crains quil n'essaye de vous l'exprimer luy niesme, ni'ayant dit plus dune fois qu'il vous en vouloit remercier, comme vostre très obligé. Et certes c'est un

plus célèbres confrères, de celui qu'ils proclament eux-mêmes vir in scribendo polilisximus.

* L'Honneste femme parut à Paris, en iGSa, avec une préface de Perrold'Ablancourt, ami de ranlcur. D'après Tallemanl des Réaux {Hislonettes, t. V, p. aT)), d'Ablancourl ne fil pas seulement la préface, mais frluy et Patru raccommodèrent fort le livre du père du Boscî Voir ce que rapporte encore Tallemanl du Cordelicr (t. V, p. loi, et t. IV, p. 3^3), et ne pas négliger une excellenle note de M. P. Paris (t. IV, p. i 'i5).

- \ouveau recueil des lettres des dames de ce temps, avec leurs respomcs. Paris, Aug. Courbé, i635. petit in-8°.

homme d'honneur, et dont vous pouvés faire estât. Il est en peine si M"^ Rocolet vous a envoyé le livre de la part de l'aulheur ou de celle de l'imprimeur à cause de quelque chose de semblable où il prétend que M"^ Rocolet l'a mal servi, faisant les présens en son nom, sans parler de l'aulheur, quoyqu'il luv en eust donné l'ordre exprès.

J'opprens que M' de Saumaise a un tel ascendant ' sur le d[ocleur] Heinsius qu'il ne passe plus qu€ pour un escolier auprès de luy et ainsy vos vengeances se font sans que vous vous en mesliés.

Je vous envoyé un sonnet que je lis il y a dix mois sur le merveilleux passage du Rhin de M*' de Longueville , et que j'ay retouché , ces derniers jours, par occasion.

Voila une jolie le'.tre et bien assortie. Vous vous en passerës néantmoins, en attendant mieux.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 8 décembre i6'4o.

À M. DE BALZAC

Monsieur, je n'escris plus qu'à vous depuis quehpie temps, non pas que j'aye renoncé à tout autie commerce que le vostre.

* On trouve dans /Egidii Menagix poetnata

{octava editio priorihus longe auctior et emendatior, el (juam solam ipse Menagius agnoscit , Amsterdam, 1687, page 29) des vers Ad Janwn Ludovicum Balzacium , où l'ami de Chapelain est proclamé Gallicw linguœ patn' alqiie princeps. Voir encore {ihid., pge 8j) d'autres vers intitulés : Ad Joli. Capellnnum de nnvo libello Bdhacii.

* .Ce passage a été reproduit par M. Livel {Histoire de l' Académie française , t. 1, p. 889). Il faut y corriger une faute d'impression (tSùg pour i6âo).

* C'est-à-dire une telle supériorité.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mais parce que, la saison ayant ramené à Paris la pluspart de ceux à qui j'avois accoustumé d'escrire , mes lettres sont converties en visite , et je n'ay plus besoin de les entretenir que de vive voix. Et pleust à Dieu que j'en peusse dire autant de vous et que vostre campagne, qui duie il y a cinq ou six ans, eusl une fin aussy bien que les autres! J'ay petite opinion de moy en toutes choses , et néanlmoins je me persuade que si vous veniés vous reposer pour un temps à la Cour, vostre présence eschaufferoit ma froideur, et mon imagination stérile se rendroit assés féconde par le beau feu qui vous, accompagne pour vous paroisli-e moins sèche dans la conversation animée que dans les escritures mortes. Mais ne troublons point vostre repos par nos désirs, et si vous avés résolu de couler vostre vie dans ces conquestes littéraires jusqu'à ce que vous vous soyés rendu maislre universel de l'orbe' des sciences, nous ne vous envions point celte gloire, et ne préférons point nostre intérest à vostre satisfaction.

Jay esté bien aise de voir dans vos dernières l'apologie de vostre amy Plassac, et je prétens bien m'en servir pour excuser ceux de mes amis qui se trouveront un jour ou coupables ou accusés de pareil crime \ ce

' M. Liltré, qui a trouvé le mot orbe dans un recueil du xni° siècle, ie Trésor de Biunetto Latini, a été obligé de descendre jusqu'aux auteurs du x¥in' siècle pour le retrouver. La phrase de Cliapelain représentera désormais, dans l'histoire de ce mot, le siècle de Louis XIV.

- On se souvient d'avoir lu plus haut que Ménage, le caustique Ménage, avait donné à Chapelain de Irès-fàcheux renseignements sur la probité de Josias Gombaud, seigneur de Plassac.

3 Légitimer, que l'on voit dans le Songe du Vei'gier (xiv' siècle), que l'on revoit au xvi' siècle dans Olivier de Serres et dans Pierre Pilhou , n'a été indiqué par M. Littré dans aucun écri^'

qui ne peut manquer d'arriver ayant tant d'amis que j'en ay et cette contagion ayant esté si générale. En effet, la multitude des criminels ne peut pas seulement causer l'impunité du crime, mais encore elle le peut en quelque sorte aullioriser, ou du moins le rendre supportable, pour ce que les actions qui se sont rendues communes perdent aussy bien leur laideur que leur beauté, et ont cela de la coustume qu'encores qu'elles soient mauvaises, on s'y laisse aller sans le trouver estrange, comme si l'usage les pouvoit légitimer ^

Au reste, ça esté M^ de la Thibaudiere qui, en présence de ce même M' de Plassac, m'a appris que c'esloit au chevalier à qui vous addressiés vostre Barbon, et je veux croire qu'il est digne du titre que vous luy avés donné dans vostre dédicace.

W de Grasse lent vostre lettre en partant, et M' Conrart la retint originale pour la faire voir à nos amis , et je croy que c'est tout ce qu'il peut faire à présent que de l'avoir receue.

Je n'ay esté consolé des incommodités que le dégel m'apporte par les fluxions dont je suis persécuté, qu'en m'imaginant qu'il vous a soulagé de celles que le froid dernier vous a causées". Mais n'est-ce pas une chose

vain du xvii' siècle. Ici encore la correspondance de Chapelain donne à la chaîne un anneau de plus.

'' Balzac craignait horriblement le froid , comme on le voit dans les dernières phrases de la dernière lettre à Chapelain du recueil de i665 (n" XXX du livre XXII, p. 866) : «Je ne sçay plus que vous dire tant je suis morfondu ; car, mon cher Monsieur, cet hyver me tue, et me trouve jusques dans le feu. Je ne le nomme pas seulement rude et fâcheux, mais cruel, impitoyable, Scythe, Suédois et Norvégien. S'il continue, je seray contraint de prendre congé de vous jusques à ce que nous soyons bien avant dans l'année prochaine. 57

LETTRES DE JEAN OHAPELAI^J

bizarre que, malgré nostre union, il se trouve des rencontres où vostre mal est mon bien et è conversa?

L'illustre desbauché' n'est pas encore de retour de ses Indes et je m'attens qu'après avoir este' planter les vignes au delà de la Giutat " et de Frontignan *, il aura donné par la tempeste dans quelque isie do Naxe* et que, ce qui l'arreste encore en chemin, aura esté quelque nouvelle Ariadne qu'il aura trouvé digne de sa consolation.

Le grammairien dont vous me parlés est lout ensemble digne de vosire bienveillance et de vostre mespris , quoyque plus du premier que de l'autre. Il y auroit trop de choses à dire sur son sujet et ce seroil pluslost matière d'histoire que de lettre. ()uel(|ue jour, M' l'abbé de La Victoire vous en divertira , car c'est un de ses bons chapitres.

Je vous envoyé une Sylve panégyrique dont vous me manderés vostre avis. L'autheur en est inconnu. Vous aurés aussy par cet ordinaire les vers de M' Ménage qui sont vostre éloge, aussy bien que l'autre est celuy fie M' le Cardinal. 11 m'a fort asseuré que

cestoienl les seuls qu'il eust jamais faits. En parlant de M' de Saumaise , il m'a dit avoir appris de luy, le jour de devant, qu'il eust respondu à la response que Ileinsius a faitte à vostre dissertation, si on ne l'eust point asseuré que vous y faisiés response vous mesme.

J'ay envoyé à M" Flotte le paquet pour M"^ Mainard. Ce fut une grande resverie de vous mander que le duc de Veimar ûst des vers. Celuy que je m'imaginois qui fust original de cette nouvelle '" me la fort désavouée et ne m'a dit outre chose sinon qu'il estoit fort éloquent en sa langue, comme fort judicieux en tout.

Je suis à l'ordinaire, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce i5 décembre i6io'.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, je dicte cette fois cy parce que je ne puis escrire, la fièvre du rheume qui me tient depuis deux jours au lit m'oslant la

' Des Barreaux.

^ La Ciolal est un clief-lieu de canton du département des Bouches-du-Rhône, arrondissement de Marseille, à 35 kilomètres de celle ville.

^ Chef-lieu de canlon du doparlement de l'Hérault, arrondissement de Montpellier, à aa kiiomèlres de celle ville.

" Naxos, autrefois dans les Cyclades, aujourd'hui dans l'Archipel. Ce fut là que Bacchus recueillit Ariane abandonnée par Thésée.

* G'esl-à-dire, qui aurait annoncé le premier celte nouvelle, qui eu aurait été la source première (d'ong'O, ori{;ine). Cette tournure n'a pas, ce me semble, été signalée par les philologues. Je ne la trouve pas, du moins, dans le Dictionnaire de M. Lillré.

" Le 20 décembre, Chapelain écrivait à Boucliard (f 553 v°) : t: C'est bien grand dommage que le pauvre Mascardy soil morl , et il y a

trois njois que je vous en tesraoignay ma douleur dans la mesme lettre où je me resjouissois avec vous de la chanoinerie de Verdun que M^ l'Eminenl Cardinal Barberin vous a donnée. Vous estes bien louable de hiv avoir voulu procurer des honneurs hmèhros aussy bien qu'à M' de Peyresc, et les Italiens dont il estoit une des principales lumières devroient avoir grande honte d'avoir élé prévenus par un esiranger comme vous. . . Nous attendons dans quelque temps icy M' Gassendi avec qui nous resoudtons toutes les .iiHicullés de M' de Peyresc el fondions celle belle cloche. J'ay veu depuis peu une response de luy à Fortunius Licotus sur certaine question naturelle, si exquise elsirarequejenevoy rien de mieux nyde plus so lidement philosophé chés tous les Anciens.. . En attendant cela [c'est-à-dire, le droit sur l'abbaye de Saint-Pierre de Cannes], je pense que vous devés estre averti que M' Hnllon, vostre frère.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

force de la main et pi-esque celie de la parole. Pour tout autre, je me fusse dispensé, cet ordinaire, de cette sorte de devoir, mais pour vous , il n'y a mal qui tienne. Car une amitié qui doit durer jusques après la mort, ne permet pas que je vous manque à la moindre chose durant la vie , et l'inquiétude où je m'imagine que vous sériés de n'avoir point de mes lettres me seroit un plus grand mal que ceiuy que le rlieume me fait souflVir.

Mais, pour respondre à la vostre, il est si vray que je suis pour M' Costart dans les sentimens que je vous ay mandé, [que] j'ay eu toutes les peines du monde à me remettre ' ce que IVP Ménage me dit de luy vers le temps que vous me marqués, et si vous ne m'en eussiés fait souvenir, je vous asseure que cette mesdisance avoit fait si peu d'impression en mon esprit que jamais elle ne me fust revenue, et que si vous m'eussiés demandé en termes généraux ce que je croyois de nostre amy, je ne vous eusse sceu respondre autre chose , sinon que je le croyois nostre amy. Vous pourrés donc vous mettre en repos de ce costé là et luy aussy, si vostre scrupule avoit passé jusqueslà, n'y ayant point de doute que, tant qu'il sera ce que vous croyés, je luy seray tousjours ce que vous avés désiré. Il a trop de vertu et de mérite pour n'estre pas honnoré et ayraé par une personne qui ne fait cas que de la vertu, tant qu'il demeurera vertueux, et vous estes trop clairvoyant dans ces sortes

s'est fort plaint à plusieurs personnes, entre autres à M' Ménage, qui me l'a dit, des eCforls que vous aviés faits auprès de M' vostre père pourhiy faire user de son authorité afin de vons faire donner le bénéfice que possède vostre frère en le iuy arrachant, dont il dit avoir les preuves par les lettres qui ont esté trouvées de vous après la mort du défunt... t. Le même jour, Chapelain (f°555 v°) envoyait à d'Olive du Mesnil cet

de choses pour prendre l'apparence pour l'effet et le faux pour le vray.

Quant à M' de Priesac, vous n'avés rien à craindre. Son compliment viendroit désormais à tard et je commence à croire que c'estoit un compliment qu'il me faisoit , lorsqu'il me disoit qu'il vous vouloit escrire, et qu'il prétendoit, en vous le mandant, que cela luy tinst lieu de lettre et de remerciement, non pas qu'il n'eust eu grande envie de vous escrire. Mais ceux qui , comme luy, ont soin de leur honneur, songent à deux fois quand ils ont à vous escrire, et il y en a peu de ceux qui ne sont pas fous qui hazardent, comme moy, à vous entretenir d'un stile pédestre. Au reste, il seroit bien malaisé, quelque protestation publique que vous puissiés faire de ne vouloir point de commerce avec les escrivains, que vous vous en puissiés défendre, à moins que de faire de vostre solitude un désert aussy sauvage et aussy inaccessible que celuy de M' le Maistre qui, depuis sa retraitte du monde, n'a pas mesme permis à mon amitié d'y entrer. Ce sera bien assés que vous vous en deschargiés en partie, et que ces protestalions vous servent à vous délivrer des ambitieux importuns qui n'ont rien à faire , et qui sont bien aises de pouvoir dire qu'ils ont grande communication avec vous.

Pour vos amis je ne sçay pas mesme s'il seroit à propos de garder un si opiniastre silence, puisque vous estes homme et que vous estes obligé à pratiquer avec eux ce

accusé de réception : «J'ay receu deux nouveaux exemplaires de vostre Olium silvestre par les mains de M' Doujat qui se monstre très officieux pour les choses qui vous regardent. n Chapelain promet d'envoyer un des deux exemplaires en Angoumois et «de l'exposer aux yeux de M"^ de Balzac, c'est à dire du père de toutes les grâces."

1 Me rappeler, me remettre en mémoire.

LETTRES DE JEA.^ CHAPELAIN

devoii- de la société. Et ne me demandés point à quoy hon toutes ces escritures? Quand elles ne serviroient point à la gloire de celuy qui les fait ny à la satisfaction de ceux qui les reçoivent, elles servent du moins à passer la vie dans l'action, qui est une des obligations de riiomme et pour laquelle seuUe la natiu-e Ta fourni de tant de nobles instruaiens qui ne peuvent demeurer qu'avec crime sans estre employés, et quel avantage croyés vous que c'est de pouvoir passer sa vie dans une action perpétuelle pourveu quelle soit innocente comme celle cy !

Je suis de vostre avis pour ce qui regarde le panégyrique que je vous ay envoyé, et que vous devés avoir receu il y a quelque temps. Son autheur ' se desfroqua par desbaucbe, et s'est renfroqué^ par ambition. D ne médite pas moins qu'une mitre et a mis tout le moine au dehors. Il ne se peut nier qu'il n'ait de l'esprit et du stile, et que si l'on récompensoit ces parties là, il ne fust assés bien fondé pour prétendre une double menée ^ dans son couvent. Nous avons veu un Père Cofleteau ' et un Père Deslandes* qui ont passé de la cuculle*^ à l'épiscopat avec moins de sujet que ne feroit cettuicy. s'il avoit un mesme ascendant queux. Mandés moy, je vous prie, ce qu'il vous semble de son ouvrage

^ Jacques du Bosc , dont il a été question dans la précédente lettre.

- Reiifi-oqué n'a jamais été français. C'est un mot dont Chapelain ne se sert que pour plaisanter.

* Sic pour tnense (de metisa), table, et, par extension, revenu qui est le parlaj;e des religieux.

* Nicolas CoelTeleau , après avoir été nommé (1617) évéque de Dardanie in partibus, devint évéque de Marseille en 1631.

^ Il s'agit là du Père F. Noël Deslandes, dominicain, auteur d'une harangue funèbre prononcée à Paris, en l'église de Saint-Merry, au service fait pour le repos do l'âme de Henri IV

sans considérer la matière, puisqu'elle n'est pas de luy.

Le génie et le stile d'Heinsius me semblent, comme à vous, tout autrement estimables que ceux de Saumaise et j'aymerois mieux lire une satyre que le premier auroit fait contre moy qu'une oraison que le dernier auroit fait à ma louange. Nos messieurs du quartier de Saint André ' ne seroient pas sans doute de cet avis et il me semble avoir reconneu que pourveu que les choses que dit un honmie soient belles , ils ne font point de différence entre l'aulbeur et le traducteur, et qu'ils font plus de cas d'un recueil de lieux comumns s'ils sont beaux , que du plus bel esprit du monde. En vostre fait néantmoins je ne suis pas de vostre avis pour la préférence que vous donnés à Heinsius et' Saumaise, car ne s'agissant que de combattre par allégations de passages celuy qui ne vous a combattu qu'avec ces sortes d'armes, et l'éloquence ny la Heur d'esprit n'ayant point de lieu dans celte querelle pour sa décision . il est certain que l'arsenal de Saumaise estant mieux fourni que celuy d'Heinsius, apparemment la victoire luy en fust demeurée, et ce dernier cy ne jouiroil pas d'un triomphe imaginaire avec lequel il impose aux ignorons. J'ay esté tenté deux ou trois fois de faire faire compliment de

(Paris, 1610, in- 8*). Prédicateur du roj Louis XIII, il fut évéque de Tréguier de i63G au 19 août i645. Voir sur lui l'ouvrage du Père Touron (t. V, p. 968-278).

* De cuch//(ï, capuchon, cape. CucuUe, que l'on ne trouve dans le Dictionnaire de M.Liltré qu'avec le sens de scapulaire , était encore usilé, dans le sens de «robe que portent au chœur certains ordres religieux-'. Voir ie Dictionnaire de Trévou.T aux mots cuciille et cucule.

' Messieurs du Puy et ceux qui se réunissaient autour d'eux dans l'hôtel de Thou, rue des Poitevins, derrière Saiut-André-des-Arts.

* Sic. 11 faudrait sur.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vostre part à M' Sauniaise sur ce sujet, et je m'en suis abstenu attendant ce que vous me manderie's là dessus afin de le faire encore plus eflicace.

Le chagrin qui vous a mené dans la solitude s'entretient et s'accroist dans la solitude , et il ne faut point que vous espe'riés jamais d'en guérir en ce lieu là , quo} qu'au rapport de M' de la Thibaudière, ce soit mi des plus beaux lieux du monde. Vous avés une vertu qui n'est point née pour les bois ,

ny ])our les antres; elle demande un théâtre et des applaudissements pour se bien porter, et certes vous ne luy faittes pas moins de tort qu'à nous de la tenir si long temps ensevelie.

Je ne diray rien du s"^ Uocolet à M' de Prieusac.

Je suis bien aise que la réformation de ce vers ne vous a pas dépieu.

Je ne puis plus parler que pour vous dire que je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce 3o décembre i64o'.

' C'est ici la dernière lettre que nous possédions de Chapelain à Balzac. Comme la correspondance entre les deux amis dura jusqu'en février 1 65/) , époque de la mort de Balzac, on peut calculer qu'à raison d'une lettre par semaine en

moyenne, il nous manque plus de six cents lettres écrites, du commencement de i64i jusqu'au commencement de i65i, par Chapelain à celui que, nous venons de le voir, il surnommait si aimablement le ph-e de tordes les grâces.

APPENDICE

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