‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 6 sur 134 · À M. DU TREMBLAY · texte numérisé non relu

À M. DU TREMBLAY

Monsieur \ Je fus assés heureux, hier, pour rencontrer i\L vostre frère " a Ruel ^ et iuy présenter la lettre que vous Iuy escriviés sur mon sujet. Il est vray que les importantes occupations qui ne Iuy laissent pas un moment de libre et la nécessité qu'il eust d'aller à l'instant mesme trouver M^' le cardinal me domièrent à peine le temps de Iuy dire qu'ayant appris par MM. de Cercelles

et Mainard "^ que M. de Saint-Flour- avoit pensé à moi pour le secrétariat de l'ambassade de Kome, je n'avois point voulu entendre à cette proposition qu'auparavant je n'eusse veu si S. Em. me jugeroil un sujet capable de remplir cette place.

Mais, comme nionmalhenr a permis que si je vaux quelque chose, M. vostre frère n'a pas eu le loisir de le reconnoistre, et qu'aussi il ne seroit pas raisonnable qu'il s'engageast à dire du bien de moy sm' la seule bonne réputation , laquelle est souvent trompeuse, je suis réduit à vous supplier de rendre le tesmoignage à la vérité en cette occurrence et de déposer ce que vous avés observé en moy depuis quinze ans

Toutesfois, je vous conjure que ce soit sans faveur et sans courtoisie, car encore que je fasse un extrême cas de la chose qui m'est proposée, et que je la peusse souhaitter comme mon souverain bien, je la perdrois néantmoins plus volontiers avec tout ce que j'ay au monde, que de songer seu-

' \oir dans L'Ombre de la damoiselle de Gournay (p. g38) l'enlhoiisiasle chapitre inlilulé: De la façon d'esci-ire de MM. Du Perron et Berlault, qui sert d'advertissement sur les poésies de ce volume.

' Suit (1*2 0) une iellre (sans date) adressée à M. de Saint-Christophe, relative aux affaires d'Allemagne, et où Chapelain exprime la crainte qu'un orage, venu de la maison d'Autriche, n'éclate au printemps. Mentionnons, dans celte lettre, une vive tirade contre Gaston d'Orléans, «ceiuy que ia faction espajjnole nous a corrompu. n

^ Charles Leclerc du Tremblay, frère puîné du capucin si fameux sous le nom du P. Joseph, avait le gouvernement de la Bastille, qu'il garda jusqu'au i3 janvier 16/19, où i' f"' remplacé par Pierre de Broussel.

* François Leclerc du Tremblay avait alors ( inquante-cinq ans. Il venait de signaler son zèle tt son talent dans ia négociation de la paix de Ratisboune (i3 octobre i63o).

' Canton de Marly-le-Roy (Seine-et-Oise). Le

nom de ce château, que le cardinal de Richelieu aimait tant à habiter, s'écrivait encore Ruel au milieu du siècle dernier. Voir, à ce nom, \c Dictionnaire de Moréri (édition de 17.^9).

' Si M. de Cercelles est inconnu autrement que comme un des correspondants de Chajielain, en revanche qui ne connaît François de Mainard, illustre à la fois comme prosateur et comme poète, et qui était alors âgé de cinquante-cinq ans? Voir sur Mainard, la note 1 de la page i3j des Mélanges historiques. Lettres de Baluic , n° VIII.

" Charles de A'oailles, né en 1589, mort en i6'j8, fut d'abord abbé d'Aurillac, puis évéque de Saint-Flour (16 10-1 666), enfin évèque de Rhodez. C'était le frère cadet de François, seigneur de Noailles, comte d'Ayen, né en i58i, mort en 1 6i5 , ambassadeur à Rome d'avril 1 634 à juillet i636, mais qui, comme on le voit, était déjà désigné, dès l'automne de i63-2, pour aller occuper ce poste.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lenient à la poursuivre par des moyens obliques et des desguisemens indignes d'un homme de bien. Vous sçavés combien j'estois éloigne de la recherche de cet employ. Vous sçavés encores que les premières généralles intentions que jay eues, de servir dans les ambassades, m'ont esté inspirées par vostre affection plustost que par le désir de faire fortune; ce que je vaus dis, monsieur, pour vous confirmer que mon procédé est sincère , et que je ne veux icy de vous aucun extraordinaire effort ni auprès de M^' le Cardinal , ni auprès de M. vostre frère , afin que si l'affaire se doit conclurre , elle soit autant à leur satisfaction que je sçay qu'elle sera à mon avantage. En ce cas, je ne vous feray point souvenir que je puis payer d'une intégrité sans reproche, d'un zèle désintéressé, d'un secret impénétrable, d'un courage inesbranlable, d'une fidéhté incorruptible, et surtout d'une passion violente pour ma patrie et d'une vénération spéciale pour les hautes et éminentes qualités de M^' le Cardinal, qui m'ont rendu son partisan déclaré depuis que le bon génie de la France l'a associé avec luy dans la conduitte des affaires.

Je ne vous feray, dis-je, point ressouvenir que ce sont là les essentielles parties de mon âme et sur lesquelles on peut se fonder, si l'on a dessein de se servir de moy. Car je sçay qu'elles vous sont si connues et si présentes à la mémoire que, comme elles m'ont seules donné part dans vostre bienveillance, c'est aussi par elles seules que vous continués encore à me faire du bien.

Maintenant pour ce qui regarde ma capa-

cité, n'en pouvant parler moy mesme avec bienséance, je m'en remettray au jugement de ceux que j'ay fréquentés jusqu'icy capables eux mesmes de le porter, ou à l'espreuve mesme qui est la plus seure caution que l'on puisse prendre. Ce que je pense pouvoir dire de moy sans blesser ma conscience ni sortir des termes de la modestie, est que j'ay une connoissance assés exacte des langues italienne et espagnole, depuis vingt ans qu'il y a que je les cultive ', que ma première étude fut la latine et l'histoire de tous les siècles ma principale inclination, de sorte que si j'ay quelque talent dont je me puisse prévaloir, c'est la politique de laquelle, outre la disposition que j'y puis avoir de naissance, les anciens grecs et latins et les modernes italiens et espagnols m'ont enseigné le raisonnement et l'application. Mais encore seroit-ce trop dire si je ne parlois à vous, monsieur, qui prendre» cela comme une de mes ingénuités et une profession naïve de ce que je suis, pour vous la laisser après exprimer et tourner si adroittement que la vérité se fera paroistre sans impudence et sans soupçon de vaine gloire, qui est un vice dont jamais homme ne fut moins entaché que moy.

Que si le bien, que, vous m'avés voulu procurer, m'arrivoit par ce bon office que je vous demande, et par l'assurance que vous donnés de moy , je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous dire que j'en demeurerois entièrement redevable à vous et à M. vostre frère, et que j'aurois une dépendance absolue de M°' le Cardinal et des siens, puisque ce seroit ma plus grande gloire et qu'outre cela , vous sçavés que je

' Chapelain aurait donc commencé vers l'âge de dix-huit ans à étudier l'italien et l'espagnol. On sait qu'il fut chargé d'apprendre à M""" de Sévigné la première de ces langues, et qu'une des œuvres de sa jeunesse fut la traduction d'un

roman écrit dans la seconde de ces langues , Gusman d' Al/arache. Tailemant des Réaux n'exagère-t-ii pas, quand il dit (t. III, p. 279) : «M. Chapelain se picque de sçavoir mieux fa langue itaiienne que les Italiens mêmes ?»

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

suis le plus sensible de tous les hommes aux obligations que Ton a acquises une fois sur moy.

Je fus, hier, chcs vous, à mon relour, pour vous rendre conte du succès de mon voyage, mais ne vous ayant point trouvé, j'ay estime qu'il vous le falloit pas laisser ignorer plus longtemps, ni tarder à vous faire ma prière très humble d'agir là dedans conforme'inent à ce que je vous ay présente, si ce n'est que vostre prudence ne vous dicte le contraire. Pardonnes moy cette liberté, mais pardonnes vous le premier à vous mesme, qui m'avés ordonné d'en user ainsi et d'estre assés bon pour vouloir que je vous prenne pour mon refuge'.

A M. DE BALZAC

Monsieur, je ne m'esforce point à bien parler, quand je traitte avec vous, de peur de faire tort à cette naïveté pour laquelle seule je veux astre en estime auprès de vous , et laquelle je ne croy pas qu'on rencontre jamais simple et ornée toute ensemble, que dans vostre seule bouche. J'escris ce qui me tombe sous la plume sans me donner le loysir d'y faire aucune reflection et suis quelquesfois bien aise d'y trouver des bassesses et incongruités, pour ce que ce m'est une justilication à moy mesme que je n'y

ay point employé d'artifice. Ne vous excusés donc point des négligences dont vous prétendes que vos lettres soient pleines quand vous m'en envoyés, puisque, quand ce ne seroit pas ime chose impossible quelles vous arrivassent, elle me passeroient pour marques de vostre franchise et me confirmeroient ce que je sçay desja , que vous estes tousjours à nud pour moy.

Je suis en peine de vos yeux - et voudrois bien que toutes ces infirmités allassent troubler des âmes plus corporelles que la vostre. La nature, aussi bien que la fortune, agit avec vous trop peu révéremment et je le pardonne moins à la première qu'à la dernière, estant, comme vous estes, l'un de ses principaux ornemens, il est vray qu'elles sont toutes deux ministres de la nécessité et qu'elles se peuvent excuser sur une cause supérieure contre laquelle lo sage ne sçait point murmurer. Munissons nous fun et fautre contre tous les assauts qui nous viennent de dehors, ou d'insensibilité, ou de patience. Ce sont les deux seuls boucliers que le ciel et la terre trouvent impénétrables à leurs traits et qui nous peuvent faire triompher au milieu des supplices.

Mais je presche au lieu de vous dire que M. Voiture est en bonne santé ' et que mes lettres d'Espagne mapprennent qu'il s'en revenoit avec M. de Bautru ' lorsqu'il apprit le passage de Monsieur en Flandre, ce qui

' La lettre n'est pas datée, mais la place qu'elle occupe dans le manuscrit permet de l'attribuer sûrement aux derniers jours de l'année lG3:2.

' Chapelain répond à la lettre qui lui avait été adressée par Balzac, le i" décembre 1682, et on nous lisons (p. hbi) : «r Mon silence n'est point un effet de ma paresse, et vous pouvez croire que ce n'est pas volonlairemont que je me prive du contentement quej'ay à vous entretenir. Les raisons qui m'ont obligé de me taire, ont esté plus justes que je n'eusse désiré, et une

fascheuse defluxion qui m'estoit tombée sur les yeux , a failli à vous charger d'un ami aveugle. t>

' Vincent Voiture, alors âgé de trente-quatre ans, avait été envoyé auprès du conifcd'Olivarès par le duc d'Orléans, àla maisonduquelilapparlenait. Voir sur cet écrivain la note U de la page h 1 1 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° III.

'' Guillaume Bautru, comte de Serrant, alors âgé de quarante-quatre ans, avait été envoyé en Espagne en 1638, et de nouveau en iG32. Voir sur le diplomate-académicien la note 1 de la page 54(3 du même recueil, lettre L, l'article qui

le fîst retourner sur ses pas à sa résidence de Madiid.

M. Conrart a reçeu celle que vous luy avés escrit comme une grâce céleste et ne se sent pas de plaisir. Aussi l'avës vous obligé de bonne sorte en la matière et en la forme , et , si je suis capable d'en juger , cette lettre est une des excellentes que nous ayons veue de vous'. Je le voy vostre, acquis absolument, et vous devés faire fondement sur luy autant que sur personne de vostre connoissance. Je vous ay desjà parlé de ses bonnes parties : vous les trouvères encore en plus grand nombre lorsque vous aurés plus fait de chemin dans cette naissante amitié. Que si vous le désirés obliger entièrement, il faut que vous preniés les otlVes qu'il vous a fait pour sincères et pour véritables et que vous l'asseuriés efficacement que vous en estes du tout persuadé.

Nous attendons icyM. Godeau, dans trois jours , qui est tousjours le mesme pour vous , c'est à dire passionné.

La mort du roy de Suède n'a point apporté de diminution jusqu'icy à la fortmie des Protestans ; ils poursuyvent heu-

reusement leur victoire et tiennent les impériaux renfermés dans la liohème et dans le haut Palatinat.

M^"^ le Cardinal ai-rive demain ou le jour d'après % où ses gens croyent que le Roy ne tardera plus guères à marcher vers la frontière d'Allemagne ^, sitost qu'ils auront consulté ensemble ses intérests.

MM. de Chives et de Breton " m'obligent fort de se souvenir de moy. Je suis à eux, et les voudrois pouvoir servir. Pour vous . je suis sans réserve. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce [en blanc] janvier t633 ^

À M. DE BALZAC

Monsieur, les fascheux bruits qui ont couru de vous dans Paris, ces huits jours derniers, et dont la fausseté n'est pas encore tout à fait éclaircie , ne m'ont pas toutesfois persuadé, et j'ay suspendu ma douleur et ma crainte jusqu'à présent que je pense pouvoir asseurer qu'ils n'ont eu aucun fondement que la malice de vos anciens adversaires. Ils ne couchoient pas moins ^ que de vostre mort et passoient jusqu'à en dire les

le concerne dans le Dictionnaire historique , géographique et biogi-aphique de Maine-et-Loii-e par M. Céiestin Port (t. I", 1 87^, grand in-8°, p. 235),et la brochure de M. René Kerviler : Guillaume Bauiru, ctmte de Serrant, l'un des quarante fomlateurs de l'Académie française {tôS8-t 665 ). Paris , librairie Menu, 1876, grand in-8°de vi-86, pages.

' La première en date des lettres de Balzac à Conrart qui nous aient été conservées est celle du 5 février i6.33 (n° XX du livre V, p. 176). A ce compte, nous aurions donc perdu la lettre tant admirée par Chapelain et qui serait probablement de la fin de 1682.

^ Richelieu arriva le 3 juillet i633 chez le duc de Montbazon , au château de Rochefort, où Louis XIII l'altendait. De là, il se rendit, le l\ , à Dourdan , et le 5 à Paris.

^ Le roi ne tarda pas beaucoup, en effet, à marcher vers la frontière , car quelques jours plus tard il était déjà à Metz, ville qu'il quitta le 9 février i633.

'' MM. de Chives et de Breton étaient des voisins et amis de Balzac. On a une importante lettre de ce dernier à M. le Prieur de Chives, du 38 octobre i63^ (N° XXX du livre IV, p. ilio). Chapelain, comme nous le verrons plus loin, lui écrivit quelquefois.

^ S'il faut en juger par la date de l'arrivée de Richelieu à Paris, annoncée ici pour le lendemain on le surlendemain , la présente lettre aurait été écrite vers le 3 ou d janvier.

^ C'est-à-dire ils n'annonçaient rien de moins que la nouvelle de votre mort. On connaît le vers de la satire n de Régnier {Œuvres

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

circonstances. Mais ce qui me les rendit dès iabord plus suspects, fut un infâme et impertinent épilaphe' quils débitèrent aussifost, d'où je conjecturay que celuy là mesrae qui en avoit este' l'autheur Ta voit aussi esté de cette triste nouvelle.

Cependant je nay pas esté sans soupçon qu'il ne vous fust arrivé quelque chose de sinistre, ou en vostre santé, ou en vos affaires, vous ayant veu passer un si grand temps dans le silence non seulement pour moy. qui ne tirannise point mes amis et ne leur demande autre soin que de me bien conserver leur cœur, mais encore pour tout ceux qui vous honorent et que vous chérisses soit à la ville, soit à la Cour. J'ay appréhendé que vous n eussiés une trop légitime excuse, et [sic) quelque nouvelle persécution de la nature ou de la fortune ne vous linst les maius hées et ne nous privas! de la consolation de vos lettres, c'est à dire du plus grand contentement que nous puissions recevoir. Et dans linstant mesme que je vous escris. je vous avoue que la plume me ti-emble entre les doigts et que le coem- me dit qu'il y a quelque mauvaise raison à cette inlermission ' de correspondance. Dieu [veuille] que quand vous rece-

>Tés cecy, vous soyés en estât de me mander que l'orage est passé qui vous doit avoir agité et qu'il ne vous est demeuré de tout vosti'e mal que (juelque léger ressentiment ' qui ne vous ruine pas le plaisir de la vie! Jattens cet avis avec impatience et cependant vous donne, à mon grand regret, celuy de la publication de vostre lettre à Du Moulin, laquelle nous avions jugé ne devoir point estre mise au jour que vous ne l'eussiès reveue * et retouchée à l'endroit oîi vous faittes, à mon opinion, trop paroistre pour le siècle la générosité de vos sentimens. On y a trouvé encore à dire que vous n'ayés pas voulu , en louant Du Moulin . luy pardonner sa finesse. Pour moy sans prononcer s'il le falloit ou non, je suis bien marri qu'il ait esté fait, puisque cela vous attire un volume du mesme Du Moulin sur les bras et qu'il vous a fait perdre son amitié, dont il semble que vous faisiés quelque conte. Je pense vous avoir desjà mandé, il y a plus de deux mois, que mon sens estoit que vous ne vous déviés point engager aux réphques, lesquelles vous rejetleroienl en nouveau procès contre des gens plus dangereux que les précédens* et dont la batterie seroit plus à craindre auprès des habiles.

complètei, édition de M. E. Courbet, 1875, p. 20) :

Ne couche de rien moÏDS que de l'immortalité. Celle locution , empruntée de la langue du jeu , n'a pas survécu à la première moitié du xvii" siècle.

' On sait qu épitaphe était autrefois des deux genres, mais plutôt, semble-t-ii, par l'exemple de Balzac et de Chapelain , comme par l'exemple d'Amyot et de Ronsard , du masculin que du féminin. Je n'ai pu retrouver ffi'infàme et impertinent épitapheiqui excita si fort Tindignation de Chapelain.

- Balzac lui aussi se sert du mot intermisswn pour inten'uption. Voir {passim) le recueil de i665 et celui de 187.3.

' Ce qui reste d'une souCFrance presque amor-

tie, une impression qui va s'affaiblissant à mesure que la convalescence arrive.

* Camusat, qui a reproduit tout ie passage sur Du Moulin (Mélange», p. 6i, GG), a mis re-

cette pour reveue.

a fait suivre la citation

(p. G7) de cette remarque : rCelle lettre mit un peu de mésintelligence entre M. de Balzac et M. Chapelain, dont . pour cette fois, la franchise fut mal reçue.-'

* Allusion aux adversaires que Balzac, après la pubhcatiou de ses premières LeI tt es {162 li) , trouva dans certains moines, à la tête desquels était le P. Goulu, général des feuillants, l'auteur des Lettres de Phyllarque, lequel, selon le mot de Tallemanl des Réaux [Historiettes, t. IV, p. 89), (Tcherchoit à faire claquer son fouet.)'

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je croy cet avis d'autant plus nécessaire maintenant, que j'apprens qu'un ministre de Rouen estimé parmi eux a escrit une lettre pleine d'aigreur au mesme Du Moulin sur le sujet de celle qu'il vous a envoyée la dernière, dans laquelle il le blasnie de vous avoir répondu laschement et comme £n prévaricateur, s'ofTrant de vous combattre , s'il n'en a pas le cœur, et se promettant grand succès de son entreprise '. C'est encore un de vos malheurs que vousblessiés en caressant et que ceux de qui vous recherchés les bonnes grâces prennent vos complimens pour des dénonciations de guerre.

J'ay veu et voy tous les jours icy M. Maynard, lequel m'a consolé des tesmoignages qu'il m'a rendu delà continuation de vostre amitié. Il s'est présenté une occasion, depuis son arrivée en son païs, en laquelle, de son chef et avec beaucoup de générosité , il m'a fait paroistre qu'il m'aymoit et me désiroit du bien ". Vous sçavés comme je ressens les obligations de cette qualité et si un homme est maislre cliés moy quand il y est entré par celle porte.

Je suis dans une profonde tranquillité pour ce qui regarde le succès de la proposition , et pardonne de bon cœur à la fortune , si elle me laisse en la posture où je vis. Mon inquiétude est que mon ami sçache au vray que je pèse bien le mérite de son intention et que je l'estime sans comparai-

son plus que la chose mesme qui en pourroit réussir, quand j'en jouirois pleinement et paisiblement. Vous m'obligerés, lorsque vous luy escrivés , de l'en asseurer comme vous le pouvés faire et de luy tesmoigner que vous estes bien aise de voir les effets de vostre recommandation, car outre que je sçay que vous prenés plaisir , en toutes les occurences, de bien parler de moy, il m'a encore dit spécialement que j'avois fait partie de vostre entretien à une dernière entreveue et qu'il s'estoit confirmé extrêmement par vos paroles dans l'affection qu'il vous portoit.

Avec mes dernières lettres, il y avoitune response de M. Conrart à celle que vous luy aviés escritte. Je croy que vous l'avés reçeue et que la façon dont il se redonne encore à vous vous aura satisfait. Il faut prendre la consolation de tous nos travaux dans l'estime où nous sçavons estre parmy les gens d'honneur, et penser que c'est un bien que ni la malice ni le hazard ne nous sçauroit ravir. C'est la quintessence de ma philosophie qui me remet de tous mes maux passés et qui me fortifie contre tous ceux qui sont à venir. Je vous conseille d'en user, vous [et] de me croire [quand je vous affirme] que je seray tousjours le plus ferme de ceux qui ont fait profession de vous suyvre et de vous confesser \

De Paris, ce a5 janvier iG33.

' Ce fanatique ministre de Rouen paraît être Jean Maximiiien de Langle, sieur de Baux.

^ Mainard, que protégeait la famille de Noaiiles, avait recommandé son ami Chapelain à la bienveillance du futur ambassadeur à Rome.

^ C'est-à-dire de reconnaître publiquement combien ils vous honorent, quelle foi ils ont en vous. — On possède la réponse de Balzac ( n° IV du livre XVII, p. 721) : elle est deux fois faussement datée, et au 3o juin i636, il faut substituer le 3o janvier i633. Il règne dans cette lettre, brève et tranchante, une mauvaise humeur

dont celte seule piirase donnera une suffisante idée : «Vous faites difficulté de prononcer sur la lettre que j'ay escrite à l'Achille de la Cause, parce qu'un Tbersite de la mesme cause vous a dit qu'elle avoit offensé celui à qui je l'escrivois. J'ay appris le contraire de luy mesme. . . n — A la suite de la lettre à Balzac, vient (f° 27) un billet à M. de Chives, d'où je tire ces trois ou quatre phrases : «Mandés moy, je vous prie, ce qu'il est de M. de Balzac, car j'en suis en une peine extrême. Au retour de Guienne, il tomba malade , puis guérit et m'escrivit. Depuis il s'est

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. DE BALZAC

Monsieur, si je n'ay pas acquis auprès de vous la liberté de vous expliquer mes pensées sur ce que je croy qui vous iraporte , je vous confesse que j'ay failly en vous disant les choses qui sont dans mes lettres précédentes siu- le sujet de celles qui ont esté escrittes par vous et par Du Moulin. Mais si j'en ay peu user, de vostre consentement, comme je me l'estois persuadé, jeu prétendrois encore de la louange ou, à tout le moins, du gré, puisque mon intention a esté louable et que je fay fait pour ne pas manquer aux obligations de nostre amitié. A Dieu ne plaise que j'avoue que jamais rien m'ait dépieu ni en vos paroles ni en vos actions'.

Quaml vous ne sériés pas le grand homme que vous estes, il auroit sufB de mon affection pour me rendre en vous toutes choses agréables. Vous m'avés tousjours pieu et en tout, mais j'ay eu sujet de vous dire par les discours de ceux qui n'ont pas pom' vous la passion que j'ay, que vous naviés pas pieu à tout le monde , comme vous le mérités et comme je le désij-e. Estant sur le lieu des nouvelles et alerté pour les intérests de ceux que jayme . je n'eusse pas creu ma conscience à couvert, si je ne vous eusse averti de ce qui choquoit les délicats. Il y alloit de mon serment de fidélité à vous celer ce qui vous pouvoit nuire et qui venoil à ma conuoissance.

J'ay tousjoiu"s creu que le vray caractère de la bonté estoit la franchise, qui ne va jamais guère sans rusticité. \ ous avés deu interpréter de moy toutes choses en cette part, et croire, comme je pense, vous avoir plusieurs fois protesté que je puis bien mal juger ou mal rapporter, mais non pas avoir jamais intention de le faire.

Si je vous eusse adouci en tout la moindre des choses que je vous ay mandé, je m'en fusse accusé comme d'un crime et en eusse voulu faire la pénitence. Maintenant qu'il me semble voir dans vostre dernière lettre que ce procédé vous a desagréé, je vous demanderois volontiers permission de vous honorer sans cette estroitte obligation de vous descouvrir tous mes scrupules , laquelle j'estimerois essentielle à nostre commerce, et de me descharger de ce soin assidu que je m'eslois prescrit sur l'opinion que vous l'exigiés de ma sincérité.

Quoyquc je les estime de quelque mérite , je ne les puis néantmoins aymer, s'ils sont capables de vous altérer contre moy, et pourveu que vous ne m'en imputiés pas la négligence, je m'en abstiondray bien plus volontiers que je ne les pratiqueray. Je vous dis cecv avec ma candeur ordinaire et vous prie de croire que je suis et seray tousjours ce mesme ardent ami que vous m'avés creu jusqu'icy, sans que ce nouvel ordre diminue en rien le véhément désir que j'ay de vostre avantage et de vostre gloire. Je seray seulement plus docile et moins sujet à troubler vostre repos. Je pom'voiray à ne pas

pas.sé six semaines sans que j'aye eu de .ses nouvelles. Le commun cependant a creu sa mort

universellement Soyés moy l'ange de salut

et de joye : je vous auray une extrême obligation et demeureray. . . De Paris, ce .3o janvier l633.:>

' Chapelain répond ici à celte phrase du trop suscpptililo Balzac : ffll me fasche de ce qu'il

semble que vostre jugement ne me soit pas si favorable que vostre affection, et que vous me refusiez le plus agréable fruit que je me propose en mes actions, je veux dire le contentement de vous avoir plû.'i II me paraît difficile de répondre à la fois avec plus de douceur et de fermeté que ne le fait Chapelain, à des plaintes aussi injustes que celles de Balzac.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

me priver d'un bien qui m'est si cher comme l'est vostre bienveillance , et que mon imprudence me pourroit aisément faire perdre par les mesmes moyens que j'aurois pris pom- le conserver. Il sera plus de la bienséance assurément d'attendre vos ordonnances et d'essayer à les punctuellement exe'ciiter, sans m'ingërer de moy mesme par un zèle qui souvent est indiscret à faire des cboses non demandées et non nécessaires. Mais je vous conjure de ne me laisser pas inutile et de donner fousjours quelque exercice à la passion que j'ay de vous servir, si vous ne voulës que je croye qu'elle vous a aussi bien dépieu que la foiblesse de mon jugement, et que je ne dois plus espérer de vous que de l'indifférence.

Je pense, en vous disant cecy, vous faire un puissant exorcisme, puis que vostre bonté m'a fait croire que vous n'auriés jamais d'indifférence pour moy. U y a dix jours que je reçeus vos précédentes, par lesquelles je fus relevé de l'inquiétude où le mauvais bruit qui couroit de vous me tenoit. La douleur qu'il m'avoit donnée servit à me rendre le contentement de vostre santé plus grand. Dieu soit loué que vous n'estes mort que dans le désir des abominables , et que vous avés encore assés de vie pour la donner immortelle à ceux qui vous honoreront et qui vous aymerontl Conservés la , je vous -supplie, pour le bien public et pour le mien particulier, et ne me mettes jamais en peine de vous faire un épitaphe digne de vous. Conservés la pour adjouster à tant de beaux ouvrages que vous avés desja donnés ceux qui vous restent à donner encore , et entre

autres cette belle idée du ministre d'Estat ' qui nous a entretenu avec tant de satislaction, M. le Maistre ^ et moy, le dernier voyage que vous fistes à Paris. Conservés la enfin pour donner moyen à la fortune de se repentir et de réparer toutes les injustices qu'elle vous a fait par autant ou plus de bienfaits, à la consolation de tout ce qu'il y a de gens de bien en i'Euiope.

J'ay rendu vostre lettre à M. Maynard auquel elle a apporté une joye extraordinaire. Il vous réserva prontement et , à mon avis , vous envoyera ime ode qu'il a fraiscbement présentée à M. le Cardinal. Dans Pasques vous aurés un petit volume de vers pieux de M. Godeau ^ qui ne le ruineront pas dans vostre estime et qui ne vous le feront pas croire indigne de l'amitié que vous avés pour luy. Il vous prie de le tenir pour vostre très acquis et de l'excuser s'il ne vous escrit point. Le tracas de son impression et la Court dont on l'a fait estre malgré luy, nous le ravissent presques à nous mesmes, en sorte qu'il n'a presque pas mesme le loysir de nous parler ,

La comédie dont je vous ay parlé dans mes précédentes n'est mienne que de l'invention et delà disposition. Le vers en est de Rotrou, ce. qui est cause qu'on n'en peut avoir de copie, pour ce que le poëte en gaigne son pain. J'en ay bien gardé le plan sur lequel elle a esté exécutée , mais il seroit malaisé qu'il vous divertist plaisamment; si vous le désirés voir toutesfois, je vous en feray [ajvoir une coppie et vous l'envoyeray ".

Je m'en vais désormais estre bien embar-

> Le Ministre d'Estat ne parut que vingt-six ans plus lard, sous le litre de : aArisUppe, ou de la Cour (Paris, Aug. Courbé, i658, in-i"). Balzac était déjà mort depuis quatre années (8 février i65A).

* L'avocat Antoine Le Maître était alors âgé

de vingt-quatre ans seulenrienl. Nous retrouverons souvent le nom de ce personnage dans la correspondance de Chapelain.

3 Les Œuvres chresttennes dont il a été fait mention dans la note 5 de la lettre IL

'' Je ne crois pas que les historiens de la litté-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

rassé parce que si MM. les Ministres ne changent point d'avis, je suis nommé et choisi pour secrétaire de Tambassade de Rome , qui est le négoce dont je vous parlois obscurément dans mes précédentes, pour ce qu'il nestoit pas encore à sa maturité et que je suis 1" homme du monde qui se promet le moins de l'avenir. Dès là je dis adieu au repos et à la tranquillité que je pensois avoir rencontré dans mes ténèbres. Je serois bien heureux de solliciter pour vous en cet eniploy quelque .bon évesché, en attendant le chapeau qui seul peut bien couronner vostre mérite ' .

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 17 febvrier i633'.

A. M. DE BALZAC

Monsieur,

Je puis passer pour négligent auprès de

vous par plusieurs raisons. La faute des

raaistres de la poste en est une, mais la

nouvelle occupation que me donne l'emploi

rature aient jamais signalé cette paiiicularité. Il resterait à savoir quelle est la comédie de Rotrou dont Chapelain fournit le plan au poêle, alors si pauvre et si malheureux. S'il faut en juger par les indications chronologiques, cette pièce pourrait bien être la Célimène , iouée en i633, imprimée en i637(in-/i°) et qui, retouchée plus fard par François l'Hermite, dit Tristan THermile, fut réimprimée (i653, in-6°) sous le titre à'AmaryUi.t.

' Ce n'est point là, comme on serait peut-être tenté de le croire, une amicale plaisanterie. Balzac soupira, pendant presque toute sa vie, après la mitre et la pourpre, elses contemporains n'en étaient pas trop surpris. Le moins indulgent d'entre eux, Tallomant des Réaux, a dit {Historiettes, t. IV, p. 93) : «Le Cardinal se fust fait honneur en luy donnant un evesché.;»

' Balzac (lettre VIII du livre XVII, p. 723)

de Rome auquel ils m'ont destiné^ en est bien la principale. Je suis à plaindre, et du tracas où l'on m'a jette et de lempeschement qu'il m'apporte de m'entretenir avec vous aussi souvent que je le désire. On appelle mon eslection à ce secrétariat bonne fortune, et orce gens me l'envient, mais s il n'y a point d'autre bonne fortune en ce monde, je conclus qu'il n'y en a point pour moi , tant je trouve desjà de différence entre ce genre de vie et celuy que je menois , il y a quatre mois , dans ma paisible retraitte.

Il y a assés long temps qu'on a dit que nul n'estoit satisfait de sa condition et que l'on a creu que le vrai repos estoit bamii de la terre. Je l'ay tousjours esprouvé depuis ma naissance, et lesprouve encore plus maintenant qu'il semble à chacun que je le doive espérer le plus. Vostre solitude, je le jure, mesmes avec toutes les injustices que vous avés ressenties par le passé et desquelles vous n'estes pas encore délivré à cette heure, est le vray contentement que je souhaiterois , et, sans avoir dessein de vous consoler, je vous proleste que , si je la pouvois avoir sem-

s' excuse ainsi de ses torts : fr Je n'ay garde de trouver mauvaise vostre liberté. Mais je vous prie de pardonner à mon chagrin, et de supporter quelque chose d'une âme malade, •n Balzac ajoute : «Je suis glorieux de l'eslirae que vous faites de mon discours. Toutefois, je ne sçay pas bien si c'est tout de bon que vous l'estimez, ou si vous ne voulez point adoucir par là une humeur que vous pensez avoir irritée." On a daté du 1"' août j636 celte lettre qui doit être du 1" mars i633. Voir sur ce point et sur d'autres fausses dates, une note de la lettre écrite par Chapelain à M. de Cercelles, au commencement du mois de mai i633, lettre XV, p. 33.

^ Le pronom ils, qui grammaticalement devrait se rapporter aux maîtres de la poste, désigne les grands personnages qui avaient pensé à Chapelain pour le secrétariat de l'ambassade de M. de Noailles.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

blable, je la préférerois à tout ce que la Court me sçauroit donner de plus avantageux. Je souspire après le biencpieje quitte et tremble d'appréhension deceluy qu'on dit que je vay recevoir. Toute ma vie,j'ay esté dans les affaires comme n'y estant pas et ay vescu particulier et retiré au milieu de la multitude. Je m'estois desfait de l'ambition et m'estois défendu d'espérer aucune chose. Rien, après cela, ne me pouvoit arriver de fascheux, m'estant mis de moy mesme en un estât si bas, qu'il estoit encore au dessous des disgrâces et des cheules '. Et voicy qu'on me relève et qu'on me met en veue pour servir peut-estre d'objet à la malice et calomnie! On me guindé en haut pour eslre plus exposé aux tempestes qui régnent ordinairement dans les régions supérieures. Je vous le répète, je vous liens heureux chés vous, vous comparant à moy, quelque sujet de ressentiment que vous ayés de la mauvaise récompense que le siècle donne à vostre mérite. Jamais je n'en pourray faire autant que je ne le fasse ^, et vous me trouvères véritable en ma protestation, si Dieu me laisse de la vie pour l'exécuter, après l'accomplissement de cette mission , de laquelle il m'a esté impossible de m'excuser. Par mes lettres précédentes, je vous ay accusé la réception de vos dernières et de celle principalement que vous escriviés à l'Empereur sur le sujet que vous sçavés \ Il seroit diÛicile que je vous disse l'estime que j'en ay fait, sans que la foiblesse de mes pa-

roles fist tort à la force de ma conception. 11 y a peu de choses excellentes dans l'Antiquité que cette pièce n'égale ou mesme ne surpasse. Elle est si belle que, sans en prétendre autre reconnoissance , il me semble qu'elle vous pouvoit payer de sa seule beauté. N'ayés point de regret de l'avoir enfantée. Car, si elle ne vous a rien produit d'utile, elle vous a adjoustéune extrême gloire, qui est le solide bien que la révolution des choses ne sçauroit oster.

Je ne voudrois point surtout, autant que je puis juger de ces choses, que vous prissiés résolution de passer en pais estrange*, quand mesme vous auriés de bons gages en main d'y estre receu selon ce que vous valés. Je ne suis pas fort expérimenté en ces matières et néantmoins je pense que ces transmigrations sont dangereuses en toutes personnes et qu'en la vostre particulièrement elles passeroient pour marque de mesconlentement, ce que les hommes prudens comme vous ne doivent jamais, qu'ils ne sçacherit bien que cela ne leur puisse nuire. Je compatis à vostre douleur plus qu'aucun de vos tidelles et voudrois bien avoir d'autres lénitifs à vous donner que le temps et la patience. Mais, croyez moy, qu'en i'estat des choses présentes , il est périlleux d'y chercher d'autres remèdes, et qu'une maison comme la vostre est un excellent lieu poui' attendre le temps et patienter. J'ay dit exactement à nostre ami R[oisrobert] ^ ce que M. de Chives m'ordonnoit de

^ Cette phrase fait songer an vers d'Alain de Lille, vers que l'on assure avoir été cité par Charles I", roi d'Angleterre, dans sa prison : Qui jacel in terra non babet unde cadat.

* Ce qui veut dire : j'en ferai autant quand je le pourrai.

•' Probablement quelque lettre écrite à l'empereur Ferdinand II en faveur de la paix. Celte pièce n'a pas été recueillie dans les OEuvres de Balzac.

* Voiture, cité dans le Dictionnaire de Trévoux, disait lui aussi (en i6i5) étranges ^our étrangères, et La Fontaine , cité dans le Dictionnaire de M. Litlré, le disait encore beaucoup plus tard.

^ L'abbé François Le Metei de Boisrobert était alors âgé de quarante ans environ. Voir sur cet académicien les notes i et 2 de la page 5 1 1 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° XXXVI. Le nom de Boisrobert reviendra souvent dans les pages suivantes.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

voslre part pour le faire sçavoir adroittement à son Maistre \ Je le trouvay altère ' d'une lettre que vous luy aviés escritte sans doute durant vostre plus sensible desplaisir et loutesfois disposé de vous servir, s'il y pouvoil rencontrer les dispositions. C'est un homme qui m'a semblé, en ces derniers temps , chaud et officieux ami, mais, si vous le voulés conserver, je suis d'a\is que vous le mesnagiés avec douceur. Il s'eslève en faveur et pourroil prendre, avec le temps, les mœurs que donne la fortune. Je remets toutesfois cela , comme tout, à vostre singulière prudence.

J'ay donné en main propre vos lettres à M. Conrart et à M. Godeau qui vous respondent et ra'espargnent la peine de vous tesmoigner leur ressentiment.

J'ay veu M. d'Andilly' et M. Le Maistre, avec lesquels j'ay eu grande et ample conversation sur vostre sujet. Nous vous avons loué et plaint en mesme temps. Ils parlent anjourd"huy pour Pomponne*.

M. Granier est toujours à vous.

Je suis , Monsieur, etc.

De Paris, ce [en blanc] mars i633 '.

A M. GASSENDI

Monsieur*^, pour toute response au scrupule que vous avés eu d'estre demeuré quelque temps sans que vous m'eussiés rescrit, je vous diray que ce retardement ne m'a pas donné autre peine en l'esprit, sinon de me faire douter que vous n'eussiés pas agréable que je prisse cette familiarité avec vous. Mais maintenant que je voy par la vostre, que non seulement vous me permettes de vous escrire , mais que vous me faittes espérer de vos lettres à l'avenir, je vous asseureiviy que vostre scrupule a esté vain et que, si j'ay esté surpris de vos lettres , ça esté plustost pour ce que je ne les atlendois pas, que pour ce qu'elles soient arrivées trop tard. Je sr-ay que je parle à un philosophe solide et à un homme qui a peu connoistre par ce peu de communication que nous avons eu ensemble, que c'est mon génie et ma façon de raisonner. Sur ce fondement je me puis plaindre de l'excès de courtoisie dont vous usés envers moy, et me semble que vous

' C'est-à-dire au cardinal de Richelieu, de la maison duquel Boisrobert faisait partie.

- Agite, ému. Le mot a été employé dans le même sens par Boileau (Satire m) :

Quel sujet inconnu vous trouble et vous altère?

' Robert Arnauldd'AndilIy, frère aîné du grand Arnauld, était alors âgé de quarante-quatre ans. Comme plusieurs des membres de sa f;imii!e, et notamment comme son frère Henri , d'abord abbé de Saint-Nicolas, et ensuite évêquc d'Angers, il figurera souvent dans la correspondance de Chapelain. Ce furent MM. d'Andiily et Le Maître qui procurèrent à Chapelain la généreuse amitié du duc de Longueville : ils lui parlèrent si favorablement de la Pucelle, que le prince, après en avoir vu les deux premiers livres, donna au poêle une pension de deux milles livres qui, bien différente de tant d'autres pensions de

la même époque, fut toujours régulièrement payée.

* Voir sur Pomponne (aujourd'hui canton de Lagny, arrondissement de Meaux département de Seine-et-Marne), la note i de la page 65 1 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° LXXXVIIL

^ Suit (T 3i) une lettre sans adresse , écrite en mars i633, où Chapelain parie de l'amitié que lui porte Lhuillier, du secrélariat de l'ambassade de Rome et du changement survenu en celte affaire, des bienfaits qu'il doit à M. de Longueville et au cardinal de Richelieu , etc.

* Pierre Gassend, plus connu sous le nom do Gassendi, était alors âgé de quarante ans. Voir sur ce savant- la noie i de la page 5.")5 des M"langes historiques. Lettres de Balzac, n" LIV. Chapelain cl Gassendi ne devaient pas tarder à devenir l'un pour l'autre d'excellents amis, comme on le verra dans cette correspondance.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous estes contraint et avés un peu traitté trop civilement et trop communément dans vostre lettre im esprit qui cherche vostre force et qui est rebuté de cérémonie et de coftipliment.

Ce n'est pas louange à vous d'exceller en ce genre, possédant des choses si fort au dessus de ce qui entretient le commerce des hommes ordinaires. Ce n'est pas à moy consolation de voir une page toute remplie d'excuses et de protestations, croyant desja de vous tout ce que vous en sçauriés désirer, et ne m'estimaut pas considéré de vous comme d'une personne qui ait besoin de toutes ces gentillesses pour faire cas de vous. Dès icy je vous proteste, pour ne le faire plus jamais, que je vous suis ce que M. Lhuillier vous est', et que si je ne suis pas aussi digne de vostre amitié que luy, je le suis au moins autant de vostre candeur et de ce généreux procédé qui vous sépare du commun des hommes et vous rend l'objet de

» François Lhuillier ou Luillier, qui aimait Gassendi d'une atTection vraiment fraternelle, était aussi très-lié avec Chapelain, ce qui ne l'empêchait pas de se moquer du bizarre accoutrement du bonhomme, comme nous l'apprend Tallemant des Réauï (t. ITI, p. a 65), et, ce qui était plus grave, de sa poésie, comme nous l'apprend le même chroniqueur ( t. IV, p. igi). Voir sur Lhuillier la note i de la page /lyg du recueil cité plus haut, lettre XVIIL

5 C'est un correspondant de Chapelain resté bien obscur. Tallemant des Réaux n'en a rien dit dans les Historiettes , mais il l'a mentionné dans une note sur Voiture (voir l'édition de M. Ubicini , 1. 1 , p. 2 1 9 ) comme « homme d'âge , fort sérieux, ami de Chaudebonne et de Voiture, gouverneur du duc de Fronsac.îî Dans une lettre du 29 octobre i633 (f 6i), Chapelain le comble des plus affectueux compliments, cherchant de son mieux à le consoler. M. Magnhes avait subi ^opération de la taille à l'âge de cinquante ans; il en avait soixante en i633 et il avait à se plaindre des «injustices de la fortune, 'i suivant

nostre admiration. Accourcissons le chemin qui fait tant perdre de temps, et jouissons dabordde nostre félicité sans consommer en paroles vaines et en préparatifs inutiles les heures que nous pouvons employer à de solides entretiens.

M. Lhuillier me servira de garend. M. Magnes ' me piégera et mon cœur les deschargera envers vous, quoy qu'ils vous en ayent peu dire. J'ay impatience de vostre arrivée en ce pais ' et cependant je suis, etc.

(Sans date)

À M. DE CERCELLES.

Monsieur, ce sera icy la dernière importunité que je vous donneray sur l'affaire qui vous a tant travaillé et de lacpielle je vous avois l'obligation première. Je vous supplie de ne vous en pas rebuter et de me rendre encore un ofBce après tant d'autres que vous

l'expression de Chapelain, qui ajoute: tr Rappelés celte ancienne générosité qui avoit servi d'exemple au mieux-né de nos jeunes princes..." Ce Magnhes avait vingt ans quand, allant à Rome avec Guillaume Maran, docteur régent ez droictz canonique et civil en l'université de Tolose, il fut pris par les corsaires de Tunis et emmené en captivité (i593 ). Voir le chapitre xiv du livre 11 de l'ouvrage manuscrit du P. Dan , supérieur des trinitaircs, intitulé : Les illustres captifs. Histoire générale de la vie, des faicts et avantures de quelques personnes notables prises par les infidèles musulmans (bibliothèque Mazarine, n" 1919, in-f°). Le P. Dan donne au compagnon de voyage et de captivité de G. Maran le prénom de Gilles et l'appelle «homme de grande probité et de doctrine." 11 ajoute qu'il se défendit très-bravement à bord du vaisseau qu'avaient capturé les corsaires, et qu'à son retour d'Afrique, il fut nommé gouverneur du duc de Fronsac.

3 Cette impatience ne devait pas être de longtemps satisfaite, car Gassendi ne vint à Paris qu'au commencement de l'année i6^i.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

avés faits si généreusement en ma faveur. Depuis hier que j'eus l'honneur de vous voir avec M. Maynard, il est impossible que je vous exprime en quelles agitations d'esprit j'ay esté sur les choses dont nous j)arlasmes sur les précises explications que j'eus de l'intention de M. de Noailles. C'est un seigneur duquel la haute naissance et le mérite singulier me sont en vénération singulière, et je me loueray toute ma vie de ma bonne fortune qui m'a fait avoir le bien de m'approcher de luy.

Il est vray qu'alors que l'employ du secrétariat de Rome s'est présenté et que M" les Ministres, conjointement a\ec luy, m'ont regardé favorablement pour le remplir, il est arrivé que. faute de s'être bien entendu , il s'est promis de moy des choses dans lesquelles je suis incapable de luy rendre l'assistance qu'il avoit désiré. Il est vray encore qu'au temps que la proposition m'en fut faitle, je conçeus cet employ avec de telles circonstances d'honneur et davantage, que ce que j'ay appris depuis des conditions que M. de Noailles y met. me surprend et m'interdit plus que vous ne sçauriés penser. .M. de Noailles a esté estonné que je ne voulusse point me charger du soin de ses affaires domestiques, durant et après son ambassade. Et moy je lay esté sans comparaison plus quand jay appris en paroles expresses qu'il n'entendoit point que j'eusse obligation de mon eslection à d'autres qu'à luy, ni que je creusse estre au Roy, mais à luy seul , qu'il ne s'obligeoit à me donner part dans la négociation qu'autant qu'il le trouveroit bon et que je ne devois pas croire que

y allast que pour y agir.

qu'il se réservoit la liberté de me destituer et de rae renvoyer, si mon service ne luy plaisoit pas, qu'il rayeroit le litre de secrétaire de fArobassade sur toutes les lettres où il se trouveroit escrit, et qu'il ne vouloit point que j'envoyasse de lettres qu'il n'eust veues ^

Or, Monsieur, bien que je respecte tout ce qui vient de iM. de Noailles, et que je croye toutes ses intentions pleines d'équité et de raison ; néantmoins j'ay ressenti toutes ces loix si dures à mon esprit, n'ayant principalement pas esté fort importun à rechercher la place où l'on rae destinoit. que je me suis résolu, après l'avoir meurement considéré, de supplier que la chose en demeurast là et fust comme non avenue. Aussi bien seroit-il diflicile que. durant le service qu'il va rendre, il peust prendi-e en moy toute la confiance qu'il seroit nécessaire pour son soulagement , après avoir tesmoigné combien il trouvoil estrange que je ne m'attachasse point à ses intérests domestiques, et il seroit aussi malaisé de ra'oster à moy le scrupule et l'appréhension d'un mauvais traittement, si je ni'estois embarqué à le suyvre après les semences de deflTiances et de jalousies qui se sont écloses. depuis resclaircissement que je luy ay donné de ce qu'il pouvoit attendre de moy.

Je rends grâces à Dieu de ce qu'il a permis que l'on se soit expliqué d'assés bonne heure pour donner loysir à M. de Noailles de faire eslection d'un secrétaire de qui il puisse avoir tout le conlentenient qu'il mérite et pour me faire éviter les desplaisirs que je reconnois qui m'estoient inévitables

' Ce nom a été laissé en bl.nnc dans le manus- autres œuvres inédiles de cet écrivain. Tallemant

crit. des Beaux dit avec sa plaisante verdeur de lan-

^ Voir les détails que donne sur toute cette af- g^ge (t. III, p. 267): «Ce M. de Noailles lui

hir(iVabhéCjoi\iel[Bibliothèqiiefratiroisc,[.Wll, ayant fait une brutalité, il le planta là, dont

p. 358 et 359), d'après une \ie manuscrite de Cba- l'autre pensa enrager, et remua ciel et terre pour

pelain qui lui avait été communiquée , avec les le ravoir.*'

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

autrement. 11 est en lieu où il peut choisir. Paris est plein de personnes de vertu et de capacitë qui occuperont cette place plus dignement que je n'eusse fait et de qui les parties seront plus considërables \ H ne perdra rien en moy. puisque la seule chose que j'ay d'estimable, qui est ma passion pour les gens d'honneur, hiy demeurera acquise à jamais et qu'il doit s'asseurer de mon très humble service dans toutes les occurences oià je luy pourray faire paroistre. Pour vous , Monsieur, comme vous avës esté le premier à faire l'ouverture de la chose pour le bien que vous me voulés, j'espère que vous me ferés encore la grâce de la terminer et que vous obtiendre's de M. de Noailles qu'encore que je ne l'assiste pas en

cette occasion, il ne laissera pas de me tenir au rang de ses fidelles serviteurs.

Je vous baise très humblement les mains et suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce [..] niay 1033 '■'.

À M. DE BOISROBERT

Depuis vostre partement de Paris, la plus forte occupation que j'ay eue a esté la correction de mon Ode suivant l'intention de M^' le GardinaP, mais il faut que je vous avoue que ce qui m'est arrivé de nouvelles affaires domestiques , jointes avec l'inquiétude où vous m'avés veu pour l'employ de Rome, m'a du tout empesché de travailler

' Ce fut François de MainardqueM.de NoaiUes emmena à Rome et qu'il garda auprès de lui pendant toute la durée de son ambassade. M. Livet, dans une note de l'article de Pellisson sur Mainard {Histoire de l'Académie française, t. I, p. 196), s'exprime ainsi : «La place de secrétaire avait été offerte à Chapelain, qui l'avait refusée avec beaucoup de dignité, à cause des conditions humiliantes que lui voulait imposer M. de Noailles. Maynard n'eut, auprès de rambassadeur, aucun titre olTiciel, ni aucune fonction. ïi

- Lettre qui est très-probablement du 1" mai, puisque toutes les lettres sont rangées par ordre chronologique et que la lettre suivante est aussi du 1" mai. — Signalons, au sujet de l'affaire du secrétariat de l'ambassade de Rome, diverses lettres de Balzac à Chapelain qui sont toutes inexactement datées, et qui, au lieu d'appartenir à l'année i636, sont incontestablement de l'année i633. Par exemple, les lettres VII, YIII et IX du livre XVII (p. 72,^, 72^) ont été écrites, les deux premières pendant que l'affaire se négociait, la troisième au moment où elle venait d'être abandonnée. On lit, en effet, dans la lettre VII (20 juillet i636): «J'espère de revoir Paris, et PkOme mesme, si c'est là que le destin vous appelle;r; dans la lettre VllI (1" août i636): «La nouvelle que je devine, me fasche; mais je la

croy advantageuse à vostre bien ; et je sçay que le secrétariat de l'Ambassade de Rome a esté le premier degré de la fortune du cardinal d'Ossat;n enfin, dans la lettre IX (8 août i636): «Le parent de Vercingétorix [c'est-à-dire le comte de Noailles, gouverneur du haut et bas pays d'Auvergne et de Rouergue] ne sçait ce qu'il veut, et n'a pas sçeu connoistre ses advantages. H a eu grand tort de pointiller avec vous sur une qualité qu'il falloit faire revivre, pour une personne de vostre mérite, quand elle eust esté supprimée, comme il prétendoil.n

^ H s'agit là de VOde à Monseigneur le cardinal de Richelieu. Dans le Catalogue des œuvres laissées par les académiciens, dressé par l'abbé d'Olivet (à la suite de ï Histoire de l'Académie, édition de i858, t. II, p. 519), on ne cite qu'une édition de cette Ode (Paris, in-/j°, 1(137). Mais il en existe plusieurs autres, notamment une postérieure (Paris, 1660, in-/i°), et une antérieure, que M. Paulin Paris {Historiettes, t. III, p. 282) nous fait ainsi connaître : « L'Ode au cardinal de Richelieu, qui vaut mieux certainement que YOde sur la prise de Namur de Despréaux, a été reproduite dans les Nouvelles muses des sieurs Godeau, Chapelain, Habert, etc. (Robert Bertault, i633, in-8°, p. 21). Elle a trente strophes de dix vers. 75

à cet ouvrage comme je croy ie pouvoir faire et comme la grandeur du sujet ie dësire. Maintenant comme le succès en dépend uniquement du repos de mon esprit , et quil est impossible que je Taye tant que je me tiendray engage' à cet employ, je vous ay envoyé ce laquais exprès pour vous conjurer, par l'amitié fldelle que vous m'avés promise et tesmoignée jusqu'icy, de supplier très humblement M^' le Cardinal qu'il luy plaise, si jay fait quelque chose qui luy ait esté agréable, non seulement de me dispenser de ce voyage, mais de faire sçavoir à M. de Noailles qu'il m'a retenu en France, soit pour le service du Roy, ou autre chose, soit pour celuy de M^' le Cardinal niesme. L'un ou l'autre de ces moyens me dégage avec honneur de cette affaire, laquelle je ne puis achever, et met M. de Noailles à couvert des discours qui en pourroient estre faits. Je tiendray l'un ou l'autre à faveur extrême, mais je vous confesse qu'il seroit bien plus selon mon inclination et bien plus à mon avantage, si iM^' le Cardinal [daigne] m'envoyer son aveu ' et permette que je me dise partout arresté par luy pour son propre service.

En ce cas, j'essayerois de ne paroislre pas du tout indigne de celle grâce que néantmoins je luy demande simple, sans luy vouloir eslre à charge ni de pention ni d'appointement, et demeurant dans les simples termes de passer dans le monde pom" estre h luy et pour le servir avec zèle et passion en tout ce qui luy plairoit de m'ordonner. C'est la très humble requeste

que je vous conjure de luy faire pour raoy en ces propres mots, laquelle sil m' octroyé, comme je l'espèce de sa générosité, vous m'obligerés, s'il vous plaist, de recevoir l'ordre de luy pour le porter de sa pari à M. de Noailles. Et je vous ay esprouvé si franc et si oflicieux que je ne doute point que vous n'en faciès aussitost la diligence, comme il est b^esoin pour tirer vostre ami de l'embarras où il se trouve.

La résolution estant prise en mon esprit, pour mille raisons de ne point aller à Rome, vous mespargnerés une rupture fascheuse avec M. de Noailles, que jhonore et désire servir en toute autre occasion, cl me niettrés en estât d'achever la Pièce quil ' a jugée pouvoù- n'eslre pas tout à fait indigne de luy et à laquelle il est impossible que je m'appUque avec la tranquillité nécessaire pour y réussir. Obligés moy donc de parler le plus prontcnient qu'il vous sera possible à M^' le Cardinal aux termes précis que je vous ay marqués, de tirer sa response, de la faire sçavoir, selon mon intention, à M. de Noailles et de me donner avis de tout par ce laquais. J'atlens celte assistance olTicialle' de vous, et vous promets de ne vous eslre jamais importun que cela en ma vie.

Que si M. de Noailles estoit parti de la Cour auparavant que vous eussiés résoluliou de M*' le Cardinal, vous pourries, sil est disposé à me faire cette grâce, tirer un mol de luy que vous escririés et luy fériés signer, et si vous ne veniés point prontement à Paris*, me l'envoyer alin que je renvoyasse de sa part à M. de Noailles. La chose

' C'est ainsi que j'ai cru devoir rétablir la phrase boiteuse et incorrecte : Si M^' le Cardinal l'envoyer d'un aveu.

- C'est-à-dire Richelieu.

* Je ne trouve officiai, officiale dans aucun autre auteur du xvu' siècle. Peul-élre faut-il lire autrement et croire que Chapelain s'est servi

de l'expression déjà employée un peu plus haut, et qu'il a écrit ou voulu écrire : assistance ojficieuse.

* Richeheu était à Juvisy (aujourd'hui caulon de Longjumeau , arrondissement de Corbeil (Seine-et-Oise) le a mai i633. (Recueil de M. Avcnel, t. IV, p. 661.)

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

m'importe extrêmement et ne coustera à M^' le Cardinal qu'une parole et à vous qu'un de ces offices que vous rendes si souvent et si volontiers à ceux que vous aymés. C'est pourquoy je m'en promets bon succès et demeure. Monsieur, vostre, etc.'

De Paris, le i" may i633.

xvn.

A M. DE BOISROBERT

PRÈS DE MO^SElGNEUlt LE CARDINAL.

Vous me ravisses du nouveau lesmoignage de la bonté que M^' le Cardinal a pour moy et du favorable jugement qu'il luy a pieu faire de celuy que vous luy avos monstre touchant celte nouvelle histoire de Flandres*. Je suis né pour recevoir de ses grâces et prens la bonne opinion qui luy est demeurée de cet Escrit, pour l'une des plus signalées qui me pouvoit venir de sa part. Ce sont des présens qui passent jusques dans mon âme, qui m'enrichissent, et qui establissent ma réputation, laquelle je tiens estre la vraye fortune des gens de bien. Je vous supplie cpi'il sçache que, ne le pouvant payer que de mon ressentiment, i\ est au moins si grand que j'en suis satisfait moy mesme, moy qui ne me suis jamais rien pardonné.

Mais, pour ce qui regarde la question: Si l'historien doit juger, dans laquelle il déclare tenir la négative contre moy, je m'estime fort malheureux de n'eslre pas aussi bien de son avis en cet article , comme je le suis et le veux estre tousjours en toutes choses. Je n'ay point d'amour pour mes opinions et, pour les tenir, je ne contredis jamais à qui que ce soit, beaucoup moins lorsque je réplique au premier des hommes , dont la bouche prononce dos oracles et de qui l'autliorité seule doit passer pour infaillible raison. Je ne fay que descouvrir les fondemens de ma créance et -de rendre conte de ce qui m'a persuadé, jusques là de tenir pluslosl pour un parti que pour l'autre, attendant la décision de celuy qui nous la peut donner. Et je me bazarde d'au- • tant plus librement à luy repartir, que je sçay par expérience qu'il a l'humanité jointe à ses qualités divines, et que luy qui nous a assuré la liberté, ne trouvera pas mauvais que j'en use pour un moment en une occasion oii les erreurs mesmes ne portent aucun péril après elles ^.

Dans mon escrit, je posois la question j)Our problématique, agitée et tenue diversement selon les inclinations des Escrivains et des Lecteurs avec raisons et authorités de

' Cette fettre, jusqu'aux mots -.n'estrc pas tout à fait indigne de luy, a été publiée par M. R. Kerviler (Élude sur Chapelain déjà citée, Revue do Bretagne et de Vendée, 187.5, p. 268). Trompé par l'abbé d'OHvet, M. Kerviler croit que VOde au, cardinal de Richelieu , composée r. peu de temps après la mort de Malherbe, ne lut cependant imprimée qu'en 1687.7) C'est faire ^imprimer l'ode trop lard et la faire composer trop tôt. On a vu dans la lettre qu'on vient de lire que, le 1" mai 1 633, Chapelain travaillait encore à cette ode : il polissait et repolissait la pièce qui n'avait point paru à Richelieu tout à fait indigne de luy, mais où le grand ministre avait demandé quelques corrections. Tallemant nous apprend (t. III,

p. a 66) que d'autres personnes encore obligèrent Chapelain à retoucher ses strophes : «MM. Arnaut et quelques autres de ses amis lui firent faire tant de changement à cette pièce, qu'elle parvint à Testai où on la voit, et sans difficulté c'est une des plus belles de nostre langue. 75

- Le livre du cardinal Bentivoglio dont il a été question dans les lettres V et VII.

^ Ces compliments excessifs semblaient nécessaires à Chapelain pour se faire pardonner la liberté grande qu'il prenait de combattre l'insoutenable thèse du cardinal de Richelieu. Tenons compte au contradicteur du cardinal du courage relatif avec lequel il défendit (un peu trop verbeusement) les droits sacrés de l'historien.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

grand poids de costé et d'autre. Icy j'adjousteray que, sous le mot de jugement, je comprens les conjectures, les louanges, les condannations, les maximes résultantes et les sentences qui se peuvent tirer du sujet, en passant. Maintenant, pour defiendre mon sens qui est dans l'affirniative, je dis que l'histoire ayant pour unique but l'avantage de la Société, elle ne doit rien obraettre de ce qui le peut produire, et que lorsqu'il manquera h quelqu'une particulière un seul des moyens nécessaires à cette fin, elle sera moins parfaitle que celle qui se rencontrera les avoir tous ensemble. Or il est certain que l'histoire prise pour la simple narration , sans qu'elle appuyé sur les ench-oits remarquables, touche les fautes, pénètre les causes vraisemblables, explique les conséquences, fortifie le droit, et déteste l'injustice, passera tousjoursdans l'esprit du lecteur pour un rapport et une réprésentation passagère des évènemens et ne sera jamais suivie de l'Utilité qu'elle se propose pour Objet. Car il faut considérer qu'elle est cscritte pour les hommes en général , le plus grand nombre desquels a besoin que l'on luy digère les choses, si l'on veut que l'on en profile; de sorte qu'à lesgardde la multitude, IHistoirc nue et le plus vil des Romans est tout un.

Le commun, pour la pluspart, est incapable, en hsant les Relations, de discourir sur les occurences simplement récitées et de tirer des exemples historiques le fruit dont ils n'ont que les semences, et qui ne le conduira ' comme par la main à toutes les réflexions qu'ils peuvent soutfrir, il est clair que de sa propre force il ne les fera pas. Le raisonnement n'est pas un bien public; peu de gens le possèdent; le reste du monde ou ne l'a pas, ou l'a imparfait et altéré. C'est un défaut que nous tenons de la cor-

ruption de nostre première nature, laquelle ne s'estant peu conserver dans la pureté de sa création , nous a laissé par le péché cette tare en la partie qui constituoit pi'incipalement nostre essence, et ceux là sont bien voulus du Ciel* en qui sa grâce a réparé ce qui désormais manque comme naturellement à l'animal qui estoit né pour raisonner.

Sur ce fondement, il me semble assés juste de dire que puisqu'on ne doit pas attendre que l'histoire fructifie toute seule dans l'âme des personnes ordinaires pour lesquelles elle est composée, il faut que fEscrivain viemie au secours de sa foiblesse et l'accompagne de tout ce que l'esprit en pourroit tirer par la forte méditation; à quoy je ne voy point d'inconvénient qui soit considérable , lorsque je pense qu'au pis aller ceux qui sont habiles et qui n'ont pas besoin de cette ayde ne le trouveront qu'inutile pour eiL\ et qu'en récompense les autres y profiteront notablement.

Mais, comme par ces raisons, je désire que fhistorien juge , aussi d'autre costé, ne veux-je pas qu'il soit permis à toutes pei-sonnes d'escrire l'histoire ni de juger. i\près la doctrine de la Religion, je liens qu'il n'y a point de profession plus sacrée que celle là , et à laquelle il faille se donner avec plus de révérence et de retenue. Celuy qui s'en charge doit estre absolument homme de bien, sans parti et sans intérest quelconque, dune habitude naturelle au bon jugement, fortifié par une exacte lecture des Anciens et informé des choses par des mémoires certains et non suspects. Il faut qu'il s'esiève au dessus des passions et qu'il n'ait de mouvement que pour la vérité avec intention de la rendre utile à la conduite des actions humaines; qu'au reste il ne se termine jamais rien qu'après l'avoir plusieurs fois

G'esl-H-dire: et lorsqu'on ne le conduira, elc. Traduction libre du :

, . . Pauci quos œquus

Juppiter . . .

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examiné ; que ses remarques soient exquises et précieuses , et que ses observations rendent lousjours le lecteur ou bon ou prudent. A moins que tout cela, non seulement il vaudroit mieux que Ton ne jug^east point, mais que l'on n'escrivit point encore. Les Autheurs téméraires ou préoccupés causant beaucoup plus de préjudice à la République que ceux qui y mettent le trouble el la désolation. J'estime que le jugement bistorique, avec ces conditions, sera supportable à Monseigneur, lequel, outre qu'il le peut avoir interdit à l'bistorien par la juste appréhension qu'il ne s'en servist dangereusement, l'a possible encore creu peu nécessaire par la considération de sa haute et admirable clarté dans les choses les plus embrouillées, de sa puissante vertu pom* tirer en un clein (l'œil toute la substance des matières les plus stériles, ce que sa modestie lu y a fait croire commun à tous. Et j'avoue bien que s'il n'y avoit point de distinction entre Monseigneur et le reste des hommes, et que chacun se peusl louer comme luy d'une si angélique constitution d'esprit, il ne faudroit point escrire d'histoire; il suffiroit des plus légères relations; chacun se feroit l'office de l'historien à soy raesme; entendant le naïf récit des choses , on raisonneroit de son chef sur le passé et sur l'avenir, et l'on se donneroit ce plaisir inconnu aux basses âmes d'appliquer ses sentiments sur tout et de rendre les sujets que l'on regarde féconds par cette application. Mais il ne nous appartient pas d'estre si heureux, et si l'opinion qu'il a qu'il faut suspendre son jugement en escrivant l'histoire , est fondée sur cette créance , j'oseray dire qu'il l'a eue trop avantageuse de nostre généralle infirmité, laquelle n'aura jamais trop d'appuis pour la soustenir ni trop de remèdes pour en corriger les desrèglemens.

Pour moy, je pense vuider la question en distinguant et disant que f historien ne doit point juger au respect de Monseigneur et de ceux qui luy pourront ressembler, mais qu'au respect de f ordinaire des hommes le jugement de l'historien est de nécessité absolue pour suppléer à leur défaut et soulager leur imbécillité. C'est ce que j'eusse respondu à Monseigneur s'il m'eust obligé à deffendre ce que j'avois posé dans l'escrit que vous luy avés fait voir. Quand tout autre divei'tissement luy manquera, je laisse à vostre discrétion de luy donner cettuy cy et vous conjure de m'aymer tousjours.

De Paris, ce 9 may' i033.

À M. DE BOISROBERT

Monsieur, je crains que vous ne reparties de Paris encore une fois sans que je vous entretienne et cependant il m'importe extrêmement de vous dire combien je me sens redevable à la bonté excessive de Monseigneur le Cardinal, dans les nouveaux tesnioignages que vous m'en avés donnés. C'est pourquoy vous trouvères bon , s'il vous plaist, que je m'en explique sur le papier.

Je vous diray donc, premièrement, pour les remarques de Monseigneur sur mon Ode , qu'il m'est extraordinairement glorieux d'en avoir eu son approbation en la plus grande partie , mais que je suis beaucoup plus touché de l'honneur qu'il m'a l'ait par ses repréhensions que par celuy que je reçois de ses éloges. Je n'oserois dire que les endroits qui luy ont pieu ne soient pas estimables; j'ayme mieux estre peu modeste que de ne pas déférer en tout à son divin

' J'ai cru devoir remplaceryum par mai, parce que juin est un lapsus évident, les deux let-

tres suivantes étant datées de ce même mois de

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jugement '. Néantmoins je vous confesseray que j'ay trouvé une justice plus exacte dans la censure que dans ia louange et que j'ay esté bien plus partial de la première que de la seconde, bien que ces précieux caraclères qui les marquoient ayent esté également adorés de moy " et que je les aye également pressés de ma bouche.

Maintenant quoyque vous mayés appris qu'il a reçeu favorablement les raisons que j'avois mises en apostille, dans la dernière copie pour justifïier mon dessein et que il les ait raesme voulu passer pour bonnes, affin de m"espargner la peine que les lieux remarqués me pourroient faire à raccommoder, mon zèle toutesfois n a peu accepter ce parli, et sans se prévaloir de findulgence de Monseigneur il s'est imposé à iuy mesme la loy ou de mettre l'Ode au point qu'on avoit désiré à la première veûe, ou du moins d'y faire un effort pour y parvenir. Il ne suffit pas cpie Monseigneur se contente de ma bonne volonté pour me faire oster la main de l'ouvrage, il faut que la passion que jay de l'achever soit satisfaitte et que, si je ne le puis, on connoisse que ce n'est pas par lascheté, mais par impuissance.

J'espère faire voir à Monseigneur les endroits, dans six jours, que j'ay retouché et le biais que j'ay pris pour suyvre son intention première. Après cela, s'il l'approuve, on pourra imprimer la Pièce, et contenter le monde qui la demande avec instance sur la réputation que Iuy a donné

Monseigneur par le cas que chacun sçait qu'il en a fait. Vous m'obligerés de Iuy faire entendre particulièrement tout cecy, afin qu'U sache quelle est ma reconnoissance et le désir que j'ay de rendre un digne hommage à sa vertu. Mais vous ne me ferés pas une faveur moins considérable, si vous Iuy tesmoignés l'extrême ressentiment que j'ay de la grâce qu'il m'a accordée, lorsque vous l'en avés très humblement supplié en mon nom.

L'aflairo de Rome m'estant ruineuse par une infinité de circonstances, je serois le plus stupide de tous les hommes si Son Éminence ayant bien voulu m'en tirer, je Iuy en faisois un remerciment ordinaire \ Je pèse la grâce et n'en puis assés ressentir que, non seulement elle me débarasse d'un voyage où je risquois infiniment, mais qu'elle m'honore encore d'un aveu, pour lequel seul je quittcrois tout ce que la fortune me sçauroit jamais donner de bien el davantage.

Au reste, bien qu'en apparence je ne me puisse dire à Monseigneur que depuis la permission qu'il m'en a donnée, et ce que vous on avés publié de son consentement, il est néantmoins très véritable que je suis h luv depuis le temps qu'il a esté appelle à la conduite de nos affaires et que j'ay passé pour sien en toutes les occasions où il a fallu ou louer sa haute vertu , ou deffendre ses actions des attaques de la calomnie. C'est pourquoy je vous conjure de me faire passer auprès de Iuy , dès à présent, pour vieux ser-

' Voilà deux fois de suite que Chapelain se sert de cette épithète à l'égard de Richelieu, mais n'oublions pas que divin n'a ici (el c'est déjà bien assez!) que le sens d'excellent, de parfait.

^ Adorés est pris ici dans le sens primitif d'adorare, porter à ia bouche, comme l'expliquent du reste les derniers mois de la phrase.

' On voit par là que Taliemant des Réaux

n'avait pas eu tort d'assurer (t. III, p. 2 (> 7; que, dans celle occasion, «t Boisroberl le servit [Chapelain] auprès du cardinal de Richelieu, qui croyoit lui estre obligé à cause de son ode. " Remarquons-le une fois pour toutes, la correspondance de Chapelain confirme sur un grand nombre de points les récils et les témoignages de l'auteur des Uisloricttos.

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viteur , et d'autant plus qu'ayant estudië , depuis long temps , son rare mérite , observe ses mouvements avec un soin particulier, descouvert les racines qui nous ont produit tant de beaux fruits et par de raisonnables conjectures pe'nétré le fond de son âme, je l'ay révéré à proportion de la connoissance que jeu ay eue, c'est à dire plus que personne.

Mais il vous souviendra de le conlirmer dans la créance que vous luy avés desja donnée, que mon ambition ne va qu'à estre creu sien par luy et par toute la France. En m'y accordant la grâce qu'il fait, il ne me regardera pas, s'il luy plaist, comme un prétendant d'eraploy ou à pension; je ne croy mériter ni l'un ni l'autre et contiens mon désir de ce costé là au dedans des bornes. Je souhaitte ardemment, mais en général, d'eslre utile à son service pour contenter ma passion et payer à sa vertu ce que je luy dois comme François et qu'il n'y a point dhomme en France qui ne luy deust, si on luy esloit aussi juste qu'il est bienfaisant à autruy.

Au surplus, j'ay l'esprit patient et puis attendi-e dix ans un de ses comniandemens sans murmure et sans inquiétude, sans m'empresser à la porte de sa cbambre, sans l'ennuyer de mon visage, ny l'importuner de mes demandes. Je suis amoureux de sa vertu et non pas de sa fortune et ne considère en luy, maintenant qu'il veut bien souOVir que je l'approche , que ce que j'y ay considéré, il y a dix ans, lorsque j'espérois le moins de pouvoir parvenir à l'honneur de l'approcher. Quelque peu de bien que j'aye, je ne m'estimeray jamais pamTe tant que j'auray de la modération,

et bien que je ne sois pas en condition de refuser les grâces que sa générosité me pourroit faire , il est pourtant vray que le bien -est la chose que je désirerois la dernière, et que je préfèreray tousjours le plus petit tesmoignage de sa bienveillance au plus grand thrésor qui me pourroit venir de sa libéralité.

Vous l'asseurerés donc, Monsieur, qu'il ne sera jamais chargé de moy, que je suyvray tousjours ses ordres aveuglément et qu'encore que la passion que j'ay de le servir soit violente, je ne me présenteray néantmoins jamais à luy qu'il ne le commande, ni ne rechercheray jamais aucune autre faveur de luy que celle qu'il m'a desja octroyée , en m'avouanl pour sien. Je vous donne là une grande harangue à faire, mais vous m'aymés et sçavés bien prendre vostre temps et je veux me persuadei- que vous n'en perdrés pas une parole. Je finis sans compUment et suis , etc.

Monseigneur m'a rendu l'esprit par la grâce qu'il luy a pieu de me faire. C'est pourquoy je le supplie qu'il use de toute rigueur dans la censure de l'Ode. Désormais que j'ay la tranquillité qui me manquoit, je trouve de la force dans ma foiblesse et croy tout pouvoir en son nom.

De Paris, ce [en blanc] may it533 '.

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