AU R. P. JOSEPH
Je vous avoue que l'avis qu'on me donna de vostre esmotion contre moy m'avoit osté la hardiesse de me présenter devant vous, et réduit à vous faire entendre par mes lettres et par ceux qui mayment les raisons du changement arrivé en l'affaire de Rome pour ce qui me regardoit. Depuis , ayant appris que vous les aviés goustées, et que vous trouviés bon que je vous rendisse mes devoirs, j'ay remercié Dieu d'estre rentré en grâce près de la personne du monde à qui je me reconnois le plus obligé, et dont la seule aversion in'eust osté toute sorte de contentement à l'avenir.
J'ay cherché l'occasion de vous faire la révérence et de recevoir par vostre bouche les asseurances de la satisfaction que j'estime vous avoir donnée et de la bienveillance que je pensois avoir perdue en vous. -Mais les occupations importantes qui vous tiennent continuellement dans l'action ne m'ayant pas permis de vous rencontrer, je vous rends icy grâces très humbles de ce qulil vous plaist rne tenir encore au nombre de vos serviteurs, et vous supplie de croire que rien ne me sera jamais impossible pour vostre service particulier.
M. de Boisrobert. qui vous rendra cette lettre, vous présentera aussi un Exemplaire de l'Ode que M'' le Cardinal a trouvé bon que je fisse en son honneur ^ J'espère que vous l'aurés agréable à cause du sujet et que vous y airaerés le zèle qui m'a fait entreprendre d'en parler, bien que ce n'ait
' Chapelain a voulu dire : de me faire un si grand honneur que de présenter, etc. On sait que Guillaume Bautru, qui «testoit bon courtisan,?) comme le rappelle Tailemant des Réaux (Historiettes, t. II, p. 016), fut un des familiers du Cardinal, lequel, selon le même
chroniqueur (ibid., p. 3i<j), iten faisoit cas.^ ' On lit Irès-dislinclement : par ma puissance ,
mais il semble bien que le sens exige : par ma
présence.
■' Nouvelle preuve, s'il en avait été besoin, de
la publication en ii)33 de l'Ode qui. d'après
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
pas esté assés dignement. Que si vous i'approuvie's, j'en voudrois avoir bonne opinion et me tiendrois plus que satisfait du travail et du temps que j'y ay employé. Attendant que je sois capable de vous donner quelque plus grand tesmoignage de ma passion , je demeureray vostre, etc.
De Paris, ce 18 juin iG33.